Publié par : gperra | 12 août 2017

Lago Argentino


Publié par : gperra | 9 août 2017

Songe d’un Glacier

Il fut un temps où la planète fermait peu à peu ses paupières de glace sur les continents, ne laissant pénétrer dans son coeur somnolant qu’un étroit filet de lumière crépusculaire. Les glaciers étaient descendus des montagnes en conquérants invincibles qui recouvraient et arrasaient tout sur leur passage. Le grand sommeil de plusieurs millénaires était venu, contre lequel il était inutile de se révolter.

Vinrent alors les hommes du froid, dont la poitrine était pleine d’étoiles et dont les mains portaient le feu qui ne s’éteind point. Leurs êtres se logeaient si profondément dans le sacré que jamais leur intelligence n’aurait songé à modifier le cours d’un ruisseau où flottaient d’étincelants cristaux de givre pour le détourner, ni à imaginer d’autres couleurs que celles qui pénétraient leurs âmes lorsque les immenses steppes déversaient sur eux leur lumière.

Quand ils marchaient dans le vent blanc, quand ils suivaient les traces des bêtes à sang chaud dont la viande était un chant dans leurs bouches, quand ils peignaient leur amour du monde sur les roches, ils pouvaient parfois se dire que le grand sommeil n’aurait pas de fin et que l’humanité demeurerait cet éternel enfant au coeur pur qui pleurait de joie en regardant les branches des arbres ployer sous le poids de la neige miroitant dans le petit matin.

Mais les sages qui observaient les cimes enneigées voyaient bien que les montagnes continuaient de veiller, mesurant avec attention la distance qui les séparaient du Soleil, sentant se tendre le lien invisible qui, traversant le vide, les reliait à lui comme un muscle qui un jour se contracterait de nouveau.

Ainsi, quand on entendit dans la plaine le premier grondement de tonnerre provenant de la glace s’effondrant dans le grand lac d’eau claire, certains surent que les temps avaient changés et que l’astre du jour rappelait vers sa face ses créatures endormies. L’eau comprit qu’elle devait désormais ruisseler vers l’inconnu, loin de la sécurité du froid où elle s’était si longtemps blottie, pour que la vie se déploie une fois encore dans une majestueuse arborescence multicolore, au risque de se souiller, de se perdre elle-même et d’oublier son propre nom.

Les glaciers se retirèrent alors doucement vers les montagnes, laissant leurs enfants jouir de la liberté dans la plaine qui s’était mise à verdoyer, acceptant de n’être plus que le vestige de temps anciens qui bientôt seraient oubliés. Mais ceux qui gravissent les montagnes et parfois rencontrent leurs falaises impassibles, flamboyantes d’un bleu si beau qu’il commande de tomber à genoux devant lui, sentent que le temps des glaciers reviendra un jour, quand nous serons tous allé au bout des jeux et des guerres que permettent la chaleur et la lumière, pour que règne à nouveau sans partage la paix du sommeil et de la glace.

Publié par : gperra | 9 août 2017

Gregoire and the anthroposophes !

IMG-20170808-WA0021

Publié par : gperra | 5 août 2017

Un parisien

Publié par : gperra | 5 août 2017

Petit dialogue philosophique de voyageur

– Peux tu me définir, Grégoire, ce qui fait selon toi la particularité de la pensée philosophique européene ?

– Oui, avec Descartes, l’essence de l’être humain se définit désormais comme un être conscient de lui-même, c’est-à-dire un individu, autonome, libre, séparé des autres et de la nature, puisque justement sa conscience de lui-même le place au dehors de l’Être.

– Mais justement, en Amérique Latine, on définirait plutôt l’Homme comme un être relié aux autres hommes et à la Nature, donc solidaire, écologique, spiritualiste, etc.

– Pour le moment, la pensée européenne n’est pas arrivé à ma connaissance jusqu’au point où elle peut penser conjointement cette essence humaine consciente d’elle-même et libre – donc séparée – et son lien fondamental aux autres et à la Nature.

– Donc il y a un fossé irrémédiable entre l’Amérique Latine – pour ne pas dire tout ce qui n’est pas le monde occidental – et l’Europe ?

– Oui… Encore que, maintenant que j’y pense, il y a bien eu des tentatives philosophiques dans cette direction, avec le Communisme et l’Anarchisme.

– Ah bon ?

– Le Communisme, quand on y réfléchit, c’est simplement une tentative pour concilier la dignité de l’Homme comme individu avec le monde économique, en créant une société adaptée à cette dignité, détruisant pour cela le modèle social capitaliste hérité du passé qui porte nécessairement atteinte à cette dignité humaine par l’aliénation des travailleurs.

– Mais j’ai l’impression quavec le Communisme, il y a eu une perte de la notion de liberté individuelle en cours de route…

– Sans doute, puisque la solution passe par un État autoritaire, voire totalitaire. Mais en revanche, la dimension du respect de la dignité de la personne d’un point de vue économique est bien prise en compte.

– Et pour l’Anarchisme ?

– Je crois qu’on pourrait définir également l’Anarchisme comme une (ou plusieures) tentative(s) philosophique(s) pour penser la relation de l’individu libre avec les autres au sein de la société, mais en repensant les formes mêmes de ces relations, en bannissant (ou tentant de bannir) les relations fondées sur le pouvoir ou l’autorité.

Au départ, Anarchisme et Communisme était très proches l’un de l’autre, voire confondus, et ont même cohabité dans la Première Internationale.

– Et cela a donné quoi ?

– Le grand problème historique, c’est que le Communisme tout comme l’Anarchisme ont été comme bannis d’Europe, alors qu’en réalité ces courants sont fondamentaux et même centraux pour la culture européenne. Ils sont le prolongement logique des Lumières, mais nous les avons partiellement exilés et proscrits. Nous nous croyons plus tranquils en ayant fait cela, car c’est ce qui a préservé notre modèle sociétal bourgeois. Mais nous en payons le prix sous la forme d’un conflit avec le reste du monde, dont nous aurions tort de croire que le rapport de force sera toujours en notre faveur.

– Et pour le lien entre les individus libres et conscients d’eux-mêmes avec la Nature ?

– Là, j’avoue que je ne sais pas. Il y a sans doute quelques pistes dans l’Anarchisme de Thoreau, mais je ne le connais pas bien. 

Mais ce qui est sûr, c’est qu’il revient au Communisme et à l’Anarchisme – définis comme prolongements naturels et nécessaires des Lumières – de penser ce problème, et à personne d’autre. Tant que ce n’est pas eux qui le font (je veux dire leurs continuations philosophiques légitimes, qui ne sont pas du tout nécessairement les institutions politiques actuelles sensées les incarner), c’est le New-Age qui s’empare de ces questions, avec en tête de proue les anthroposophes. Ce n’est pas pour rien que Rudolf Steiner était au départ un anarchiste (opportuniste et fou) qui s’est dévoyé dans la Théosophie. Si on regarde bien, on s’apercevra egalement que sa NEF (son « economie fraternelle » et la banque qui se base dessus) est en réalité une reprise devoyée des idées de Proudhon, qui avait tenté le premier de fonder une banque solidaire, mais avait été mis en prison pour que cela soit impossible. Puis les Communards, inspirés par les idées de Proudhon, ont tous été massacrés, ce qui les a fait disparaître du paysage culturel et social français. 

Le New-Age est en quelque sorte né de l’exil ou du meurtre du Communisme et de l’Anarchisme, placés ainsi hors du sol culturel, philosophique et social européen. 

Publié par : gperra | 4 août 2017

Ushuaia !


Publié par : gperra | 4 août 2017

Un paysage au bout du monde

C’était un paysage au bout du monde, non loin du lieu où le détroit de Magellan s’ouvrait sur l’autre océan si longtemps ignoré, comme la citadelle du seigneur d’un royaume caché qui attendait de me rencontrer.

Si vous croisiez son regard, ce paysage vous faisait cependant bien comprendre qu’il était malvenu de l’aborder avec les grossières manières anthropomorphiques de chasseurs-cueilleurs que nous n’avons pas encore cesser d’être, car il savait qu’il était temps pour les enfants de la terre de se dresser désormais dans de vraies pensées, sans costumes étriqués pour danser aux salles de bals illuminées des idées, ni cravates de députés endimanchés pour prendre la parole à l’assemblée de notre nouvelle majorité, solennelement proclamée.

Il n’avait nul besoin du masque d’un dieu pour nous aborder, ni de fronts se courbant jusqu’au sol pour venir nous saluer.

Pourtant, ce jour-là, c’est la silhouette du prince de la vie en personne qui se dessina pour moi dans cette majestueuse étendue colorée, avec son coeur empli de bonté palpitant dans ce lac d’emmeraude immaculé, avec ses jambes granitiques vigoureusement campées dans ces hautes montagnes aux cimes enneigées, comme un légionnaire qui jamais ne recule dans les combats de justice où il est engagé, son visage grave et paisible resplendissant dans ce soleil qui imbibait les brumes jusqu’à les saturer.

Au moment où il tourna vers moi sa face d’or et de fer, le temps malheureusement me manquait pour engager la conversation avec cet être qui connaissait les sentiers que j’allais à présent traverser.  Mais dans une existence, il est des rencontres où aucune parole n’a besoin d’être prononcée pour sentir qu’une frontière vient d’être passée, le passeport dûment tamponné, ouvrant sur un nouveau pays aux contrées insoupçonnées.

 20170802_173603.jpg

Publié par : gperra | 3 août 2017

Retour sur les nuées

Publié par : gperra | 2 août 2017

Torre del Paine

Publié par : gperra | 31 juillet 2017

Les fantômes des terres australes

Ils ont disparu des terres australes, ceux qui marchaient le torse nu dans la neige, attentifs à la douceur mauve des nuages.

20170730_172000

Leurs feux ne s’élèvent plus dans la nuit pour célébrer le ciel paisible qui se rapprochait d’eux au point de les toucher quand ils haussaient leurs coeurs à peine un peu plus haut, dans la prière ou dans le chant.

Ceux dont les salons reluisaient des reflets du bois sculpté, du cuivre ouvragé et du verre étincelant les ont chassé comme des animaux dont on pouvait trancher les parties du corps en pensant que bientôt viendrait l’heure du thé.

20170727_162502

Pourtant, on ne meurt pas facilement dans ces contrées où le temps s’endort pour s’enrouler dans les glaces flottantes du pôle. Ainsi ce peuple invisible continue-t-il à marcher dans la neige au bord du détroit où la mer scintille, comme il l’a fait durant des millénaires, sans comprendre cette absence de chair et de cris d’enfants qu’il ressent parfois dans son être comme une faim qu’il ne peut satisfaire.
20170731_133031

La propriété, venue des contrées par delà les mers, l’a assassiné, sans comprendre que le nouveau monde où elle a posé le pied ne permet de posséder que l’histoire qu’on laisse derrière soi à chaque pas en avant, courageusement posé dans la neige face au vent.

Aujourd’hui, j’avance contre le vent glacé, laissant derrière moi quelques empreintes que parfois la neige ne recouvre pas. Je suis seul, mais il m’arrive d’entendre les chants  de ceux qui marchaient autrefois le torse nu dans la neige, les yeux plongés dans le gris-mauve du ciel descendu jusque dans leurs coeurs pour y allumer des feux dans la nuit du bout du monde.
20170731_132913

Older Posts »

Catégories