Publié par : gperra | 27 juillet 2015

Ant-Man et la resurrection du Chamanisme

A première vue, le film se présente comme un box-office de super-héros classique, à la différence près que celui-ci est de petite taille. Un cambrioleur sur la voie de la repentance découvre en effet un costume de super-heros qui lui donne la capacité de rétrécir à volonté à la taille d’une fourmie. Avec ce dernier, il devra déjouer les plans d’un laboratoire d’armement qui projette de commercialiser ce genre d’équipement, sans se rendre compte des risques pour la santé mentale de ceux qui s’y risqueraient (le rétrécissement contiendrait en effet des risques de lésions cérébrales) .

Mais quand y regarde de plus pres on s’apercoit que sous le couvert d’une aventure technologique moderne, le film réactive en fait une thématique chamanique. En effet, Ant-Man doit apprendre, à l’aide d’une sorte d’oreillette, à canaliser ses pensées et sa volonté pour que les fourmis lui obéissent, tout comme les chamanes sont sensés apprendre à entrer en relation avec les esprits des animaux de la forêt afin d’obtenir leur aide. De plus, notre ancien cambrioleur doit prendre garde au danger consistant à ne plus maîtriser son « rétrécissement » et à rester prisonnier de la dimension quantique de l’univers qu’il aura atteinte : le chamane est sensé toujours veiller à savoir retrouver le chemin du retour et à ne pas se perdre dans le monde des Dieux et des forces surnaturelles lorsqu’il en entreprend la visite.

Ainsi, ce film semble reprendre une thématique propre au chamanisme, voire au neo-chamanisme, qui refleurit aujourd’hui, en l’habillant de considérations technologiques. Ainsi, tout comme le chamane doit revêtir un habit de cérémonie pour voyager sur les plans du monde surnaturel, le super-héros doit enfiler son costume pour rétrécir à volonté. Tout comme le chamane doit apprendre à commander les esprits des animaux, Ant-man doit exercer sa concentration pour diriger les fourmis. Enfin, tout comme le chamane doit maîtriser son voyage dans l’au-delà et savoir en revenir, l’apprenti Avengers doit trouver le moyen de revenir de l’infiniment petit, de la dimension quantique de l’univers où les notions d’espace et de temps n’ont plus cours.

Il n’y aurait sans doute rien à redire à ce genre de scénario, s’il ne contenait pas une référence implicite à l’un des mouvements sectaire qui se développe de nos jours, accreditant par des images aux contenus symboliques et des thèmes spécifiques une forme d’engouement pour une tendance new-age de plus, venue notamment d’Amerique Latine, consistant a faire ingurgiter aux adeptes des substances hallucinogenes et dangereuses pour provoquer des états de transes ou l’on est sensé entrer en relation avec son animal-totem, au risque parfois de ne pas le supporter.

C’était il y a plus de 20 ans. Je suivais à l’Université de Paris III un module d’enseignement qui devait s’avérer fondamental dans la construction de mon univers intellectuel : Histoire des Mythes, en Médiation Culturelle. Le cours était des plus étranges : donné par Claude Aziza, il consistait à nous faire venir à 8h du matin chaque semaine dans la salle de projection pour y visionner de mauvais péplums des années 50, parfois des épisodes de la série Twin Peaks, etc, tandis que notre enseignant nous laissait en plan, puis revenait 20 minutes avant la fin du cours, pour nous faire un petit discours avant de nous libérer. Là où certains auraient pu y voir un manque de professionnalisme éhonté, je restais pour ma part ébloui par la manière dont cet enseignant savait dégager en très peu de mots les dimensions symboliques et psychologiques des films de seconde zone qu’il nous avait fait voir, éveillant notre esprit à un mode de lecture des images qui allait structurer notre capacité critique.

A la fin du séminaire, Claude Aziza nous demanda de nous livrer à un petit exercice destiné à valider notre unité d’enseignement : analyser un film contemporain et y déceler les références mythologiques cachées. Je choisissais Jurassik Park, qui venait de sortir sur les écrans et défrayait la chronique. J’y montrais comment ce film réactivait des contes et des mythes traitant de notre rapport complexe à la nourriture, faite à la fois de désirs et de culpabilité (Hansel et Gretel, manger et être manger), qui se manifestait à travers la manière dont Spielberg mettait en scène l’apparition des monstres préhistoriques (Velociraptors apparaissant lorsque les deux enfants mangent de la gelée, ingénieur dévoré par le Tyrannosaure lorsqu’il est assis sur la cuvette des WC, etc.). Ce fut mon tout premier article !

Aujourd’hui sort donc un nouvel épisode de la série. De nouveau, il faut essayer de dépasser le simple contexte d’un film d’aventure, avec des monstres créés par le génie génétique, échappés d’un zoo, pour y déceler comment s’y exprime,  à travers un réseau de symboles, une thèse psychologique concernant les tendances profondes de notre société moderne.

Mais cette fois, il ne s’agit plus de notre rapport à la nourriture, mais plutôt de notre rapport aux autres. Nous le voyons en effet dans la manière dont nous sont présentés les différents protagonistes (humains) de cette aventure. Il s’agit tout d’abord d’un couple de parents dont nous apprendrons plus tard qu’ils sont en instance de divorce. Puis de leurs deux fils, dont l’un est tellement replié sur lui-même, son smartphone et sa petite copine (à qui il est pourtant incapable de dire qu’il l’aime tandis qu’il succombe aux charmes des premières venues) qu’il ne communique plus avec son entourage. Ils sont confiés aux bons soins d’une tante, par ailleurs directrice du parc, caricature de jeune cadre dynamique, qui ne connaît même pas l’âge de ses neveux, qui a pratiquement rompu les liens familiaux avec sa sœur et qui  est incapable de donner suite à sa relation avec son nouveau petit copain, le dresseur de Velociraptors du Parc. Bref, une trentenaire célibataire qui a conscience de vivre comme une fatalité les derniers temps que son horloge biologique lui accorde pour faire des enfants, puisqu’elle mesure sans pouvoir y remédier son incapacité actuelle à fonder un foyer. Ainsi, toutes les situations psychologiques sont celles de l’isolement, de la rupture du lien social et familial minimal qui est sensé assurer la survie de l’espèce humaine.

Le film montre que cette tendance à l’isolement égocentrique a été récemment exacerbée par le bond technologique opéré par les Smartpones, devenus de véritables ordinateurs portatifs nous connectant instantanément et en tous lieux à une multitudes de réseaux et de fonctionnalités. Ils enferment en effet nos contemporains dans des sortes de bulles. Cette thèse est également présente dans un autre film à l’affiche, Terminator Genesys, qui imagine que la fin du monde sera provoquée le jour du lancement d’une nouvelle application gérant individuellement toutes nos fonctionnalités informatiques.

Comme une métaphore de cette tendance psychologique et sociétale, le nouveau dinosaure créé par modification génétique incarne cette tendance démente à l’isolement, à l’enfermement dans sa bulle technologique. Être artificiel né en captivité, l’Indominius Rex a commencé par dévorer sa propre sœur. Ainsi, lorsqu’il s’échappe par ruse de son enclos, il faut y voir l’expression des pulsions individualistes et antisociales occidentales qui se déchaînent et rendent impossibles les liens entre les hommes.

Comment lutter contre ce monstre issue des profondeurs de notre inconscient ? Le film suggère une réponse : en comprenant que nous avons en nous des tendances primaires encore plus profondes, lesquelles nous poussent à nous associer pour assurer notre survie. « Et maintenant ? » demande la directrice du Parc à celui qui est devenu à la fin du film son petit copain officiel. « On ne se quitte plus ! Question de survie ! » lui répond le dresseur. En effet, celui-ci a pu venir à bout de la bête génétiquement modifiée par le fait qu’il avait su créer, avec les Velociraptors qu’il dressait, un lien de confiance si profond qu’il s’est avéré plus fort que le pouvoir de domination exercé par le mauvais animal. Il savait donc dès le départ que le remède à l’individualisme forcené de notre société est le lien primordial que nous sommes en mesure de créer avec nos semblables lors des premiers temps de l’existence. De même, au fur et à mesure que les deux frères subissent les périls d’une jungle préhistorique, ceux-ci connaissent une forme de rapprochement : « Tu es mon frère et il y en aura toujours un pour veiller sur l’autre », dit à son cadet celui qui était incapable quelques heures auparavant de lever les yeux de son smartphone lorsqu’un membre de sa famille lui adressait la parole. Le triomphe final de l’instinct de groupe sur la pulsion égocentrique est symbolisée, à la fin du film, par l’alliance du Tyranosaure, du Vélociraptor et du Mosasaure (monstre marin) pour vaincre l’Indominus Rex.

Que penser à présent de cette thèse ? Elle revient régulièrement dans les films fantastiques américains (Lire ainsi mon analyse de La Guerre des Mondes dans Du Spirituel au Cinéma, en laissant de côté mon baratin anthroposophique de l’époque). Comme s’il s’agissait de conjurer la tendance à l’individualisme de nos sociétés, considérée comme une pulsion primaire profonde, en lui opposant une autre pulsion primaire sensée être plus profonde encore. Mais est-ce vraiment le cas ? L’individualisme est-il effectivement une tendance pulsionnelle venue des profondeurs de l’inconscient (Thanatos, comme la nomme Freud) à laquelle nous devrions opposer une autre pulsion (Eros), pour rétablir l’équilibre ? C’est la thèse de Malaise dans la civilisation, qui est le socle idéologique de ce film.

Pour ma part, je crois plutôt que devenir un individu, un être capable d’autonomie, un être capable de vivre sainement une certaine solitude, de penser par soi-même, n’est pas de l’ordre de la pulsion primaire égoïste. Ou pas seulement. J’ai connu de nombreux êtres qui en étaient fondamentalement incapables, en raison de la faiblesse de leur nature morale tout autant que de leur éducation. « Ma fille n’est pas un Je ! » me disait ainsi fièrement un jour une mère de famille sud-américaine pour qui la notion occidentale du « sujet » était une hérésie, lui préférant un « nous » dont elle ne percevait pas le caractère problématique.  En présentant comme le fait Jurassik World la question de l’individualité, nous voyons les choses d’une manière aussi superficielle que le font tous les mouvements voulant un retour au communautarisme par peur de ce que représente l’individu. En réalité, devenir  un être autonome est un effort, un acte de courage, une élévation morale. De même, se lier aux autres, s’y associer, ne relève pas toujours d’une pulsion primaire consistant à nous dissoudre dans un groupe. Certes, ce genre d’association existe. Mais il s’agit d’un archaïsme de la psychée. Jamais il ne sera possible de soigner l’égoïsme de nos sociétés occidentales en s’appuyant sur une telle tendance ! En revanche, il existe une manière de se lier aux autres hommes qui est un travail sur soi, un chemin parcouru volontairement vers l’altérité. C’est celle que connaissent et qu’exercent tout ceux qui, dans nos sociétés, travaillent à sortir de leur isolement pour s’ouvrir aux autres, à travers toutes sortes d’activités ou de démarches…

Publié par : gperra | 27 juin 2015

Ouest-France : Un ancien anthroposophe se met à table

Originally posted on La Vérité sur les écoles Steiner-Waldorf:

L’anthroposophie, Grégoire Perra connaît bien. Et pour cause : il fut un ancien élève des écoles Steiner-Waldorf de Verrières-le-Buisson (Essonne) et de Chatou (Yvelines). De 1995 à 2010, il fut également membre de la Société anthroposophique de France, association ayant pour but de diffuser la doctrine de Rudolf Steiner. Il aura collaboré avec la structure pendant une quinzaine d’années.

Jusqu’à ce qu’en juillet 2011, Grégoire Perra se mette à table et évoque L’endoctrinement à l’anthroposophie dans les écoles Steiner-Waldorf. Le numéro 110 de la revue Bulles et le site internet de l’Union nationale des associations de défense des familles et de l’individu (Unadfi) ont relayé son témoignage.

L’ancien anthroposophe évoque, notamment, « l’endoctrinement des élèves et enseignants »,dénonce une « sorte d’atmosphère religieuse permanente »et relève « une logique de défiance à l’égard des pouvoirs publics et de la légalité ».

Il explique que « l’endoctrinement »

Voir l'original 92 mots de plus

Originally posted on La Vérité sur les écoles Steiner-Waldorf:

L’expérience de Laura

posté sur le blog de Laura le 4 mai 2015

Cette époque où …. j’ai ruiné des amitiés en disant la vérité

Il y a environ un an j’ai quitté mon emploi. Je l’ai quitté parce qu’il le fallait. Je trouvais que travailler pour l’institution qui m’employait était extrêmement stressant, et pas seulement parce que cela affectait mon travail, mais aussi parce que cela ruinait ma vie personnelle. J’ai passé 7 années dans cette institution avant finalement de la quitter. Toutes ces années ne furent pas stressantes, je fis quelques expériences surprenantes et j’ai appris tellement de choses, mais dans l’ensemble ce fut pour moi une mauvaise expérience.

Après mon départ, j’ai écrit un article sur un blog concernant le temps passé dans l’institution (sur un blog actuellement supprimé). Nulle part, je n’ai fait mention de l’endroit où se trouvait l’institution, ni son nom, ni le nom…

Voir l'original 3 233 mots de plus

Publié par : gperra | 15 juin 2015

Les Nazis et les Anthroposophes : amis ou ennemis ?

Originally posted on La Vérité sur les écoles Steiner-Waldorf:

Alicia Hamberg, en Suède, connaît en profondeur les écoles Steiner-Waldorf et l’Anthroposophie. Elle fait partie des rares personnes qui, de par le monde, osent prendre la plume pour révéler la réalité de cette dérive sectaire, tout comme Dan Dugan et Roger Rawlings, aux Etats-Unis. De surcroît, elle le fait avec intelligence, tact et mesure, dans un soucis à la fois de rigueur envers la vérité et d’humanité. Bien évidement, cela lui a valu une campagne de calomnies dirigée contre elle par certaines institutions anthroposophiques, attaquant sa personne, conformément à la stratégie habituelle de ces milieux.

Aujourd’hui, elle publie un article apportant un éclairage des plus importants sur les liens entre les Anthroposophes et les Nazis de 1933 à 1945, se basant sur sa lecture minutieuse de l’ouvrage de Peter Staudenmaier, Between Occultism and Nazism: Anthroposophy and the Politics of Race in the Fascist Era. (Leiden, 2014.). En effet, lorsque l’on est…

Voir l'original 1 249 mots de plus

Originally posted on La Vérité sur les écoles Steiner-Waldorf:

Article paru dans les Actualités de l’UNADFI n°224 de Mai 2015 :

Les récents cas d’épidémie de rougeole ont mis en évidence une catégorie de la population opposée à la protection vaccinale. Ce phénomène d’origine idéologique et culturel est un véritable casse-tête pour les acteurs de la santé publique qui peinent à trouver les arguments pour l’endiguer. Il touche notamment les parents des écoles Steiner Waldorf (1) auxquels s’est intéressée Elisa Sobo, anthropologue à l’Université d’État de San Diego (Californie).

Cette universitaire a choisi ces écoles pour leurs taux élevés d’enfants non vaccinés. Dans l’établissement où Elisa Sobo a fait son étude, plus de la moitié des parents (généralement instruits) avaient obtenu l’autorisation de ne pas faire vacciner leurs enfants pour «croyances personnelles ». Elle a constaté qu’ils avaient, en partie, fait le choix de l’établissement pour cette raison et qu’une fois les enfants scolarisés, leur croyance était renforcée par…

Voir l'original 243 mots de plus

Originally posted on La Vérité sur les écoles Steiner-Waldorf:

Le 18 avril, à Noisy-le-Grand, s’est tenue une réunion de plusieurs associations, sur le thème de la prévention des dérives sectaires. 2taient présentes le Conseil national des associations familiales laïques (CNAFAL), l’association noiséenne de défense et de protection contre les sectes (ANDPS), Attention enfants et le CLPS.

Dans ce cadre, j’ai répondu à la question suivante : « Mettre ses enfants dans une école Steiner-Waldorf, placer son argent à la NEF : un acte citoyen ? »

Un enregistrement à été réalisé de cette intervention, disponible sur Dailymotion. Voir la vidéo :

http://www.dailymotion.com/video/x2sogot

Voir l'original

Publié par : gperra | 26 mai 2015

Songe de la Faute

Comme la coquille un jour sera brisée par l’être vivant qui sommeillait à l’intérieur, la faute parviendra à fissurer la surface du visage, à morceler le sourire et à prendre pied dans la réalité. Malgré tous les efforts de celui qui la cachait en lui-même depuis tant d’années, la voilà qui montrera fièrement sa laideur aux yeux de tous.

Car la faute n’est pas venue de nulle part, poussée par la brise légère des circonstances et une faiblesse passagère. Elle était déjà là depuis les origines, son œil de reptile nettement formé alors même que le corps de celui qui la commettra un jour s’esquissait à peine dans le ventre maternel. Vivante, consciente, elle ne faisait qu’attendre son heure, les griffes repliées.

Qu’elle soit absence totale de pitié, désir sanglant de vengeance, pulsion primaire, soif de pouvoir, manque effroyable de respect, duplicité conduisant à la trahison, égoïsme qui ne recule devant rien, plaisir de la cruauté,  la faute n’a ni surpris ni pris au dépourvu celui qui l’a accomplie. Car ce dernier savait son existence au cœur de sa nature depuis presque toujours. Il espérait seulement pouvoir la garder secrète, comme une couvée empêchant l’éclosion, ou une gestation sans terme, les cuisses démentiellement serrées. C’était sans compter sur l’infinie bienveillance de la Vie, qui accouche tous les êtres, même les monstres qui dorment à l’intérieur de nous !

La faute née, elle marche désormais d’un pas maladroit devant son auteur dans la lumière, à la fois indépendante de sa personne et expression impitoyable de lui-même ! C’est pourquoi celui qui a commis la faute ressent tant de haine pour sa victime : elle porte désormais sur elle la marque non seulement de ce qu’il lui a fait, mais surtout de ce qu’il est vraiment. Et puisque même en démembrant son corps et en brûlant ses restes, il ne peut la faire disparaître totalement de sa conscience, il voudrait l’accabler de la responsabilité de son propre acte, qui l’accusera jusqu’à ce qu’il assume et répare.

Ainsi, la victime devient-elle le dernier lien que le fautif peut encore conserver avec lui même, par delà ce qui le happe loin de toute authenticité. Dans le malheur qui l’accable, la victime ignore bien souvent quelle puissance de clarté a fusé de son être pour permettre que le scandale arrive.

Pourtant, l’esquive et la fuite ont de telles ressources que la faute glisse parfois encore longtemps avec virtuosité sur les surfaces miroitantes de l’existence, à distance de son auteur. Même advenue, elle peut encore être occultée un nombre incalculable de jours. Peut-être jusqu’au dernier ! Seul le coupable sait que quelque chose à irrémédiablement changé et cesse de poser le regard de la même façon qu’avant sur lui-même.

Mais dans la nuit qui prive définitivement l’œil de toute lumière, la faute tenue si longtemps à distance finira-t-elle par pouvoir s’approcher suffisamment de son auteur pour le regarder dans le blanc des yeux, lui renvoyant cette image de lui-même qui se forme alors dans sa pupille sans chaleur ? Ou bien le laissera-t-elle s’envoler délesté de ce qu’il a commis, privée d’ailes pour le suivre où il va ?

Publié par : gperra | 12 mai 2015

Le Problème W

Originally posted on La Vérité sur les écoles Steiner-Waldorf:

Article paru dans Actualités de l’UNADFI d’avril 2015, page 21 :

L’Allemagne et l’Australie envisagent de rendre la vaccination obligatoire. Nombre de pays développés, dont la France, sont actuellement confrontés à des épidémies de rougeole, maladie normalement disparue depuis plusieurs années. Parallèlement, ils constatent une érosion de la confiance de l’opinion dans les vaccinations. Cet hiver, l’Allemagne a été confrontée à une virulente épidémie de rougeole provoquant la mort d’une enfant de 18 mois. Des petits alsaciens, s’étant rendus en Allemagne dans le cadre d’un voyage scolaire, ont contracté la maladie. Au plus fort de l’épidémie, les autorités sanitaires recensaient 80 nouveaux cas par jour. Au total, 1 101 personnes ont été contaminées. Cette épidémie a été facilitée par une défiance vis-à-vis du vaccin. L’épidémie était principalement circonscrite à Berlin mais d’autres Länder du sud-est du pays, comme la Bavière et la Thuringe, ont également été touchés. Le foyer infectieux provient…

Voir l'original 245 mots de plus

Publié par : gperra | 2 mai 2015

Songe de la Curiosité

Toi qui n’es ni penchant ni vice, pourquoi t’accuses-t-on d’être plantée comme une écharde qu’il faudrait extraire ? Tu n’es pourtant une étrangère qu’à ceux qui sont étrangers à eux-mêmes. Et tu n’es le défaut que de ceux qui épient la vie des autres parce qu’ils ont oublié de vivre la leur.

D’où vient la curiosité ?  Est-ce un cri qui monte du fond des choses, demandant à être reconnues ? Ou bien est-ce, à l’inverse, le respect d’un tout autre appel, celui qui sourds des profondeurs de soi-même ?

D’aussi loin que remontent mes souvenirs, ma curiosité était là, m’accompagnant dans mes tout premiers pas. Elle n’était pas une inconnue ! C’est elle qui m’a présenté ma propre mère, qui se penchait ce jour-là au balcon de notre appartement parisien. Elle ne passait pas d’un objet à l’autre et ne voulait pas savoir ce qui lui était interdit. Mais elle aimait se poser sagement, comme se pose le papillon, sur certains objets, sur certains visages, sur certaines questions. J’aimais entendre les mots qui me permettaient de les comprendre, de les déchiffrer, de les résoudre. Et ce sentiment si exhaltant de prendre dans mon esprit une énigme, qui y voltigeait désormais librement.

Dès le départ, elle m’a entraîné loin au-delà des limites de mon monde, droit vers l’aventure de la pensée ! Elle fouillait à pleines mains dans la terre pour y trouver les fossiles des monstres des temps anciens. Elle ouvrait grand les pages des livres pour y suivre les lignées des hommes d’avant l’Histoire. Elle voulait observer les satellites invisibles d’étoiles qui ne scintillent pas. Elle désirait comprendre la réfraction de la lumière, et comment un petit miroir pouvait déposer sur le mur une tâche blanche qui ne laissait aucune trace. Elle voulait percer le mystère de l’existence du monde avant que je ne soit conçu. Le reflet de l’infini dans une glace faisant face à une autre glace la fascinait. Et moi, je la suivais avec confiance. Car la curiosité satisfaite ne me nourrissait pas seulement de réponses, mais de dignité. Avec elle, je me sentais être celui que j’ai toujours été, et que je devais devenir.

Quelle joie, quand l’Univers montrait qu’il pouvait être compris ! Par delà les apparences – que les explications franchissaient – il m’approchait comme un être doux et raisonnable, qui pouvait devenir mon ami. Chaque fois, c’était comme si sa main étreignait virilement la mienne, alors que je n’étais pourtant encore qu’un enfant.

Mais le temps est venu plus tard de ce que je ne pouvais pas comprendre : l’incohérence, la bêtise, la folie, l’indifférence, la méchanceté, le reniement insidieux et progressifs de ses propres principes, la violence préférée à l’honnêteté, l’amour trahi par bassesse, l’impossibilité du recul… Voilà ce que je n’arrivais ni à m’expliquer, ni même à croire.

Dans l’antre de ceux qui vident l’esprit de leurs adeptes, comme des chimpanzés qui fracassent le crâne de leurs victimes pour en manger la cervelle, ma curiosité ne m’a pas abandonné. Bien au contraire, elle m’a accompagné au péril de sa vie lorsque je suis entré dans cet édifice gigantesque et pourtant si creux d’un faux-savoir qui prétendait tout savoir, mais qui ne touchait à rien, ou à si peu de choses. Elle ne m’a pas laissé monter jusqu’à ses plus hautes tours, d’où il m’était promis une vue sans limites ! Mais elle m’a fait descendre jusqu’à ses fondations, où j’ai pu constater la boue et non la pierre. Avec elle, je suis revenu moi-même de ce territoire d’ombres et de simulacres.

Aujourd’hui, elle revient se présenter à moi bien en face, plus exigeante que jamais, alors même que la sueur du grand combat fume encore sur ma peau. Sans tenir compte de ma fatigue, elle claironne impitoyablement de nouveaux départs ! Elle tient chacun des fils de ma propre vie dans sa main, pour les poser fermement dans la mienne : les voyages, les histoires, les connaissances, les récits, les interrogations, les rencontres… À moi de les tenir, ces rênes d’un char qui m’emporte vers la vie et franchira d’un bond prodigieux le gouffre de ma mort !

Older Posts »

Catégories

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Rejoignez 377 autres abonnés