Publié par : gperra | 23 septembre 2017

Rio de Janeiro

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Publié par : gperra | 23 août 2017

Songe d’un Oiseau des mers glacées

L’oeuf dans lequel tu viens au monde est une petite enclave de chaleur menacée sur la vaste banquise, que veillent tour à tour tes parents. Ainsi serais-je moi aussi cette part d’humanité résistant au froid qui tue la grandeur voulant éclore de nos actes.

La face avant de ton corps resplendit de blanc éblouissant. Ainsi serais-je moi aussi adonné à la clarté du jour lorsque mes yeux seront tournés vers le monde, jusqu’à ce que ma conscience soit emplie de la couleur des nuages et de la neige lorsque je pense.

La face arrière de ton corps est couverte du noir de la nuit la plus profonde. Ainsi porterais-je moi-aussi vaillament dans l’existence la part nocturne de mon être et de la vie, dans laquelle je me fonde et me ressource.

Sur ta poitrine se dessine un éclat jaune-orange aussi surprenant que le soleil du matin émergeant de l’océan austral. Ainsi adonnerais-je moi-aussi mon cœur à l’astre d’or de la générosité, pour aller toujours de l’avant, jusqu’aux pôles inhabités.

Tu plonges dans la mer glacée pour t’y nourrir et virevolter dans les flots en compagnie des grands mammifères marins. Ainsi chercherais-je moi-aussi la nourriture de mon âme en suivant les forts courants poissonneux de la vie, faisant joyeusement la course avec ceux dont les nages sont des danses que je dois apprendre.

Tu te dresses intensément vertical dans l’immensité désertique de la Terre de Feu. Ainsi veillerais-je aussi farouchement que toi à ma droiture, malgré le vent qui renverse et couche tout ce qui est faible.

Toi qui vas peut-être disparaître de ce monde tant est fragile ton espèce, comme est délicate ici-bas la persistance du Bien, je te garderai vivant, gourmand et querelleur dans ma mémoire reconnaissante, car tu fus l’Homme avant même qu’il y ait des hommes.

Publié par : gperra | 20 août 2017

Songe d’un Lac bleuté

Lorsque je suis entré sans trop savoir comment dans la bataille de mon temps, je n’avais pas idée de la place qui serait la mienne dans les rangs de ceux qui combattaient, ni quelle sorte de victoire je pouvais espérer si ceux-ci l’emportaient. J’ai seulement marché là où la lumière de la pensée éclairait mon chemin, sans m’attendre à me retrouver au centre des combats, où la première ligne peut sentir la sueur rance des soldats de l’autre bord qui poussent contre ses boucliers.

La guerre a fendu mon casque, entaillé mon armure, couvert ma poitrine et mes bras de cicatrices, mais elle a aiguisé mon épée au tranchant sans pareil. Car je n’ai pas déserté lorsque l’ennemi paraissait si fort que le passage vers la ville lui semblait grand ouvert.

Ce combat était devenu le mien, et je ne recevais mes ordres que de mon propre cœur. J’entrais ainsi dans le temps présent, après en avoir été si longtemps éloigné. Et je ne quitterais ce champs où pleuvent les projectiles enflammés que lorsque mon époque aura entendu l’heure de la relève sonner.

Je pourrais alors venir dresser ma sépulture au bord du grand lac bleuté, d’où émergea jadis la culture et la dignité. Et je me dresserai immobile dans l’éternité, comme une pierre levée dont le seul rôle sera de poser son regard sur le paysage, sans aller plus loin que l’horizon où passent les nuages, sans dépasser la ligne que dessine la crête des montagnes, sans désirer un bleu plus somptueux que celui du ciel que le soleil invincible parcourt sans un bruit.

Les champs dorés, la terre rouge et les eaux bleues seront mon empire loin des terres convoitées, où personne ne passe jamais, si ce n’est parfois quelques voyageurs en quête de vérité, à qui je n’adresserais pas la parole, ni n’indiquerais l’emplacement du peu d’or que j’aurais peut-être enterré, mais que j’inviterais à s’asseoir aux côtés de ma pierre levée, où une svelte salamandre aura été gravée, pour contempler ensemble un moment le grand lac bleuté.

Publié par : gperra | 20 août 2017

Songe d’un Lac turquoise

En allant si loin jusqu’au bout des chemins et de toi-même, où les distances sont si vastes que les montures s’épuisent parfois avant d’être arrivées, tu aurais pu t’attendre à ce que les paysages rencontrés bousculent ton être émerveillé.

Pourtant, quand le grand lac turquoise se découvrit à tes yeux dans toute sa majesté, tu mis du temps à comprendre que sa beauté n’avait plus rien d’une apparence, ni d’une surface sur laquelle ton âme habituellement glissait.

Tu restais interdit devant lui comme un oiseau dont le coeur s’était arrêté, attendant que cesse ce spectacle si beau qu’il ne pouvait décemment durer.

Mais chaque fois que ton regard y revenait, il te fallait te rendre à l’évidence d’une existence qui se maintenait. Face à toi s’étendait cette verte immensité qui semblait respirer, plus grande que l’horizon des montagnes bleutées qui la bordaient, comme si le monde n’avait pas ici les règles qu’il doit partout respecter.

Et tu te demandais comment avait pu t’apparaître avec une telle netteté, comme une image échappée de tes rêves les plus sacrés, la réserve de vie que ton coeur garde cachée, pure comme un lac d’une terre jamais incarnée, gardée par les Andes comme un trésor inviolé, impétueuses et libres sous le ciel vibrant de clarté, ces eaux turquoises et douces où chaque jour tu viens t’abreuver.

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Publié par : gperra | 12 août 2017

Lago Argentino

Publié par : gperra | 9 août 2017

Songe d’un Glacier

Il fut un temps où la planète fermait peu à peu ses paupières de glace sur les continents, ne laissant pénétrer dans son coeur somnolant qu’un étroit filet de lumière crépusculaire. Les glaciers étaient descendus des montagnes en conquérants invincibles qui recouvraient et arrasaient tout sur leur passage. Le grand sommeil de plusieurs millénaires était venu, contre lequel il était inutile de se révolter.

Vinrent alors les hommes du froid, dont la poitrine était pleine d’étoiles et dont les mains portaient le feu qui ne s’éteind point. Leurs êtres se logeaient si profondément dans le sacré que jamais leur intelligence n’aurait songé à modifier le cours d’un ruisseau où flottaient d’étincelants cristaux de givre pour le détourner, ni à imaginer d’autres couleurs que celles qui pénétraient leurs âmes lorsque les immenses steppes déversaient sur eux leur lumière.

Quand ils marchaient dans le vent blanc, quand ils suivaient les traces des bêtes à sang chaud dont la viande était un chant dans leurs bouches, quand ils peignaient leur amour du monde sur les roches, ils pouvaient parfois se dire que le grand sommeil n’aurait pas de fin et que l’humanité demeurerait cet éternel enfant au coeur pur qui pleurait de joie en regardant les branches des arbres ployer sous le poids de la neige miroitant dans le petit matin.

Mais les sages qui observaient les cimes enneigées voyaient bien que les montagnes continuaient de veiller, mesurant avec attention la distance qui les séparaient du Soleil, sentant se tendre le lien invisible qui, traversant le vide, les reliait à lui comme un muscle qui un jour se contracterait de nouveau.

Ainsi, quand on entendit dans la plaine le premier grondement de tonnerre provenant de la glace s’effondrant dans le grand lac d’eau claire, certains surent que les temps avaient changés et que l’astre du jour rappelait vers sa face ses créatures endormies. L’eau comprit qu’elle devait désormais ruisseler vers l’inconnu, loin de la sécurité du froid où elle s’était si longtemps blottie, pour que la vie se déploie une fois encore dans une majestueuse arborescence multicolore, au risque de se souiller, de se perdre elle-même et d’oublier son propre nom.

Les glaciers se retirèrent alors doucement vers les montagnes, laissant leurs enfants jouir de la liberté dans la plaine qui s’était mise à verdoyer, acceptant de n’être plus que le vestige de temps anciens qui bientôt seraient oubliés. Mais ceux qui gravissent les montagnes et parfois rencontrent leurs falaises impassibles, flamboyantes d’un bleu si beau qu’il commande de tomber à genoux devant lui, sentent que le temps des glaciers reviendra un jour, quand nous serons tous allé au bout des jeux et des guerres que permettent la chaleur et la lumière, pour que règne à nouveau sans partage la paix du sommeil et de la glace.

Publié par : gperra | 9 août 2017

Gregoire and the anthroposophes !

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Publié par : gperra | 5 août 2017

Un parisien

Publié par : gperra | 5 août 2017

Petit dialogue philosophique de voyageur

– Peux tu me définir, Grégoire, ce qui fait selon toi la particularité de la pensée philosophique européene ?

– Oui, avec Descartes, l’essence de l’être humain se définit désormais comme un être conscient de lui-même, c’est-à-dire un individu, autonome, libre, séparé des autres et de la nature, puisque justement sa conscience de lui-même le place au dehors de l’Être.

– Mais justement, en Amérique Latine, on définirait plutôt l’Homme comme un être relié aux autres hommes et à la Nature, donc solidaire, écologique, spiritualiste, etc.

– Pour le moment, la pensée européenne n’est pas arrivé à ma connaissance jusqu’au point où elle peut penser conjointement cette essence humaine consciente d’elle-même et libre – donc séparée – et son lien fondamental aux autres et à la Nature.

– Donc il y a un fossé irrémédiable entre l’Amérique Latine – pour ne pas dire tout ce qui n’est pas le monde occidental – et l’Europe ?

– Oui… Encore que, maintenant que j’y pense, il y a bien eu des tentatives philosophiques dans cette direction, avec le Communisme et l’Anarchisme.

– Ah bon ?

– Le Communisme, quand on y réfléchit, c’est simplement une tentative pour concilier la dignité de l’Homme comme individu avec le monde économique, en créant une société adaptée à cette dignité, détruisant pour cela le modèle social capitaliste hérité du passé qui porte nécessairement atteinte à cette dignité humaine par l’aliénation des travailleurs.

– Mais j’ai l’impression quavec le Communisme, il y a eu une perte de la notion de liberté individuelle en cours de route…

– Sans doute, puisque la solution passe par un État autoritaire, voire totalitaire. Mais en revanche, la dimension du respect de la dignité de la personne d’un point de vue économique est bien prise en compte.

– Et pour l’Anarchisme ?

– Je crois qu’on pourrait définir également l’Anarchisme comme une (ou plusieures) tentative(s) philosophique(s) pour penser la relation de l’individu libre avec les autres au sein de la société, mais en repensant les formes mêmes de ces relations, en bannissant (ou tentant de bannir) les relations fondées sur le pouvoir ou l’autorité.

Au départ, Anarchisme et Communisme était très proches l’un de l’autre, voire confondus, et ont même cohabité dans la Première Internationale.

– Et cela a donné quoi ?

– Le grand problème historique, c’est que le Communisme tout comme l’Anarchisme ont été comme bannis d’Europe, alors qu’en réalité ces courants sont fondamentaux et même centraux pour la culture européenne. Ils sont le prolongement logique des Lumières, mais nous les avons partiellement exilés et proscrits. Nous nous croyons plus tranquils en ayant fait cela, car c’est ce qui a préservé notre modèle sociétal bourgeois. Mais nous en payons le prix sous la forme d’un conflit avec le reste du monde, dont nous aurions tort de croire que le rapport de force sera toujours en notre faveur.

– Et pour le lien entre les individus libres et conscients d’eux-mêmes avec la Nature ?

– Là, j’avoue que je ne sais pas. Il y a sans doute quelques pistes dans l’Anarchisme de Thoreau, mais je ne le connais pas bien. 

Mais ce qui est sûr, c’est qu’il revient au Communisme et à l’Anarchisme – définis comme prolongements naturels et nécessaires des Lumières – de penser ce problème, et à personne d’autre. Tant que ce n’est pas eux qui le font (je veux dire leurs continuations philosophiques légitimes, qui ne sont pas du tout nécessairement les institutions politiques actuelles sensées les incarner), c’est le New-Age qui s’empare de ces questions, avec en tête de proue les anthroposophes. Ce n’est pas pour rien que Rudolf Steiner était au départ un anarchiste (opportuniste et fou) qui s’est dévoyé dans la Théosophie. Si on regarde bien, on s’apercevra egalement que sa NEF (son « economie fraternelle » et la banque qui se base dessus) est en réalité une reprise devoyée des idées de Proudhon, qui avait tenté le premier de fonder une banque solidaire, mais avait été mis en prison pour que cela soit impossible. Puis les Communards, inspirés par les idées de Proudhon, ont tous été massacrés, ce qui les a fait disparaître du paysage culturel et social français. 

Le New-Age est en quelque sorte né de l’exil ou du meurtre du Communisme et de l’Anarchisme, placés ainsi hors du sol culturel, philosophique et social européen. 

Publié par : gperra | 4 août 2017

Ushuaia !


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