Publié par : gperra | 26 mai 2018

Protégé : Photos de mon appartement en 2018

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Publié par : gperra | 23 mai 2018

Songe de l’Éveil

Le bruit qu’il fit en s’eveillant fût si grand que plusieurs siècles et de nombreuses nations suffirent à peine à en absorber l’incroyable déflagration. Lui qui cherchait simplement à être cohérent avec lui-même n’aurait pour rien au monde voulu qu’on érige de statues de son corps dépassant la cime des figuiers sous lesquels il venait parfois réfléchir en toute tranquillité, ni qu’on innonde d’encens des temples dressés à sa gloire par des inconnus avec lesquels il n’avait jamais conversé, ou que ceux pour qui la vie ne mérite pas d’être consommée crue éditent en son nom des livres de recettes sophistiquées. Mais c’est pourtant ce qui arriva.

Il avait déjoué la torpeur de la jouissance, puis celle de la vie d’ascète, avant de percer le sommeil même de l’existence. Il avait suivi sa pensée, de conséquences en conséquences, sans rejoindre les chemins le ramenant vers la grande route où tous déambulent désorientés. Il avait marché tout droit sur la voie où reculer signifie s’égarer, les yeux bien ouverts et le cœur bien centré.

Parvînt-il ensuite à cet océan paisible de conscience aux couleurs pastels que décrivîrent ceux qui ne le suivirent pas là où il s’en était allé ? Ou bien n’y eut-il pour lui aucun rivage final, aucun domicile fixe où s’établir comblé, les jambes repliées et les yeux savamment plissés, tournés vers un dedans bien rangé ?

En réalité, la vérité n’est pas une villa au sommet d’une colline surplombant la plaine, avec son dais de glycines frais et ombragé sous lequel s’asseyerait un notable satisfait d’une retraite bien gagnée ! Les éveils ne se succèdent pas de degrés en degrés jusqu’à l’éveil suprême d’un crépuscule cendré, mais chacun est l’égal de tout les autres, aussi surprenant qu’un essain  d’étoiles naissant d’un immense nuage de poussières dorées !

Car une fois son premier éveil accompli, l’eveillé ne cesse jamais de s’éveiller encore. Tout éveil en fleur dépose sa prochaine germination inattendue. Et celui qui quitte la vie en s’éveillant au ciel n’est pas plus grand que celui qui ouvre son intelligence à la terre et à la pluie.

Publié par : gperra | 17 mai 2018

Écrit à 23 ans, pour Toni Esperto

Publié par : gperra | 10 mai 2018

Songe de la Volonté

Sortiras-tu vivant de ta propre vie, ou bien seras-tu aussi mort que ton propre cadavre, en attente de sa crémation ?

Auras-tu l’énergie de courir dans la vaste plaine bleutée du ciel comme tu courrais à travers les prairies parsemées de fleurs oranges, avalant l’espace à grandes enjambées ?

Auras-tu encore le désir de te saturer les yeux de réel, comme tu buvais aux sources en plongeant ta bouche dans le flot glacé ?

Pourras-tu bâtir des voyages et dessiner des traversées, quand bien même le dongeon où tu es enfermé garde ses portes verrouillées ?

Sauras-tu inlassablement dégainer et rengainer ton sabre lorsqu’approcheront les brigands de ton âme, suivant le geste parfait de la lame naissant du fourreau, comme tu as combattu sans faiblir durant ton existence ceux qui menaçaient les étoiles ?

Il t’a fallu tant de temps pour apprendre à prendre pieds en toi-même. Qui pourrait te dérober ce sol où tu suis désormais ton chemin, quand bien même disparaîtraient la planète entière et ses continents ?

Sauras-tu encore entendre à temps le son des gongs annonçant les moments de choix auquel il ne faut pas se dérober, résonnant dans la brume des lointains de leur discret timbre cuivré que tu as mis si longtemps à reconnaître ?

Et sauras-tu retenir la force de l’ouragan de lave et de feu surgissant de ta poitrine lorsqu’il s’agira d’écouter battre le cœur tranquille d’un oiseau venu se poser sur ton épaule au petit matin ?

Publié par : gperra | 2 avril 2018

Love, love, love…

Publié par : gperra | 21 mars 2018

Wakan ou la terre dévorée, spectacle de Gilles Coullet

Il y a des spectacles qui sont un peu plus que des spectacles, des récits d’histoire qui sont un peu plus que des histoires. Le spectacle de Gilles Coullet intitulé Wakan, la terre dévorée possède ainsi la dimension du mythe, c’est-à-dire de l’histoire qui se hisse à la dimension du récit de l’origine.

Cependant, le mythe raconté par le spectacle de Gilles Coullet ne passe pas par l’image, comme le font d’ordinaire les mythes, mais par le corps. C’est un mythe raconté par le corps en mouvement. Et de ce fait, il s’agit d’un mythe s’adressant à la volonté plus qu’à la pensée. C’est-à-dire que, en tant que spectateur, nous ressentons ce que dit le spectacle sous formes de sensations qui ébranlent et secouent la volonté, bien plus que sous la forme d’images qui nous feraient rêver ou réfléchir.

Ainsi, c’est sous la forme d’une pure pulsion de vie que Gilles Coullet nous fait éprouver la figure d’insectes dont son corps épouse les contours et reproduit les mouvements : scorpion, mante religieuse, etc. C’est de même sous forme de sensations physiques, ébranlements kinesthésiques, qu’il nous transmet ce que vivent dans leurs membres et sous leur peau divers animaux, comme le varan, le bison ou l’aigle, dont la majesté des ailes déployées nous transporte dans un vol aussi fier que froid.

Le point d’orgue du spectacle, sa culmination magique est d’une certaine façon atteinte avec l’apparition de l’Homme, signifié par quelques gestes tout simples et pourtant d’une portée qui apporte soudainement au cœur du spectacle non pas la sacralité, puisqu’elle était déjà présente, mais une dimension d’un autre ordre, d’une texture différente, d’une couleur et d’une amplitude qui n’étaient pas encore apparues. C’est comme si la dimension de la transcendance faisait irruption dans le spectacle, comme une porte qui s’ouvrirait toute grande au beau milieu du ciel. Mais une transcendance qui ne renierait pas l’animalité dont l’acteur vient de parcourir de multiples figures. Au contraire, il s’agirait plutôt d’une transcendance qui aurait traversé la Nature comme un souffle dont elle faisait partie, avant de s’exhaler sous la forme d’une vibration sonore atteignant les confins du monde.

C’est pourquoi, lorsque surgit la parole, dans la deuxième partie du spectacle, à travers les mots d’un chef indien d’autrefois tentant d’expliquer aux hommes blancs venus envahir et détruire leurs territoires pour quelles raisons ceux ci sont sacrés aux yeux de ces hommes condamnés à la disparition (Discours du grand chef Seattle, Pieds nus sur la terre sacrée), nous ressentons que ce texte est bien plus qu’une œuvre littéraire, que l’expression d’un point de vue, que le développement d’une idée. Il s’agit d’une parole qui, prononcée à la fin du spectacle, était déjà présente dès le début de celui-ci, blottie dans le corps, tapie sous forme de potentiel dans les muscles de l’acteur en tension, vibrant dans les figures des formes de vie exprimées tour à tour.

Ainsi, Gilles Coullet nous propose de vivre une expérience particulière, celle d’un texte complètement incarné au point de ne pas toujours avoir besoin d’être prononcé, d’une parole qui reste souterraine et silencieuse avant d’être dite, bousculant les frontières qui séparent le geste de la parole, faisant saillir la parole du geste, donnant à sentir une parole en puissance au cœur même du geste.

Gregoire Perra
Professeur de Philosophie

Publié par : gperra | 10 mars 2018

Songe de la Traîtrise

Comme les édifices d’une grande cité, la traîtrise peut prendre toutes les tailles, allant de la petite bâtisse que personne ne remarque au coin d’un carrefour, à l’immeuble qui surplombe de sa noire silhouette un quartier, ou qui domine la ville entière.

Il y eût le petit traître au visage gras et au sourire bête qui remit à l’ennemi aussitôt qu’il les eut reçus les documents tombés entre ses pattes d’ours prêt à tout pour du miel.

Il y eût la femme aux yeux torves qui se vengea en laissant s’allonger encore un peu plus l’os de son menton de menteuse, prononçant ses fausses dépositions comme elle aurait laissé s’écouler un épanchement urinaire ruisselant sur le bureau du commissariat, dans une effroyable odeur d’herpès.

Il y eût l’architecte sans visage ni pensée, au cœur creux comme un tambour de cérémonie, qui crut laver son âme dans les eaux du Gange tandis qu’il salissait une fois encore son esprit en s’agenouillant servilement devant ses anciens maîtres, qui ricannaient d’une telle silhouette de bambou.

Il y eût la femme-enfant venue se parjurer pour ne pas grandir, les mains posées pour toujours sur la barre du tribunal, tandis que l’écho de sa voix crècellante résonnera entre les murs du palais de justice jusqu’à ce qu’elle l’entende et s’en effraie.

Il y eût le faux-ami à la peau de fesses de bébé recouvrant ses joues rondes. Sa bouche était un anus défèquant des selles liquides semblables à d’onctueuses purées de carottes chaudes dont se délectaient ses adeptes, qui croyaient goûter la nourriture des dieux dans la chaleur du sourire d’un gourou, tandis qu’ils  s’en allaient en de ridicules processions aux forêts des anciens druides, depuis bien longtemps partis loin de tels imbéciles.

Mais la pire des traîtrises fût peut-être celle du jeune navigateur qui cinglait autrefois sa voilure derrière le navire de son capitaine, sentant la puissance du souffle marin soulever l’écume pour l’offrir aux rayons du soleil levant lorsqu’il fendait les vagues et que son cœur bondissait du courage d’aller plus loin que l’horizon, sans craindre les monstres des bords du monde ! Il aurait alors offert son âme pour ne pas perdre de vue le sillage de ce navire aux grandes voiles blanches qui lui ouvrait la voie vers la haute mer !

Que se passa-t-il en son esprit quand il sentit que l’ancre qu’il n’avait pas remontée raclait le fond vaseux de son être, ralentissant irrémédiablement sa course, tandis que s’éloignait au loin la flotte de ceux qui ne pouvaient plus l’attendre ? À quelle moment décida-t-il de pointer ses canons vers l’arrière des nefs qui s’en allaient vers leur liberté, tandis que lui-même perdait jusqu’à l’amitié du vent et sombrait dans la captivité des créatures des abysses, qui lui ravirent son propre nom ?

Comprit-il avant son naufrage que la plus grande des traîtrises vient toujours de ceux qui n’ont pas la force d’être eux-mêmes par eux-mêmes ?

Publié par : gperra | 26 février 2018

Naissance

Publié par : gperra | 23 février 2018

Songe de la Lourdeur

Vers quelles froides étoiles mortes d’atomes effondrés sur eux-mêmes sont attirés tous ceux qui sombrent dans la lourdeur ?

Quelle est cette boue épaisse qui ralentit leurs pas et leurs pensées, leur faisant manquer les rendez-vous fleuris de leurs existences, leur faisant rater les trains qui les auraient emportés vers les sommets enneigés où les étoiles rient à gorges déployées ?

Pourquoi sont si peu nombreux les hommes aux silhouettes réduites à de simples traits sur du papier blanc, dont les légères essences ne s’encombrent pas de valises chargées de rochers ?

Pourquoi nos pays ne sont ils plus traversés par ces chevaliers aux coeurs désapesantis que leurs blanches montures portaient en galopant d’un combat à l’autre sans jamais s’essouffler ?

C’est dans la chair s’enveloppant de sucres et de graisses pour ne plus entendre l’appel du vent que la vaillance s’est endormie.

C’est dans le malheur qui ne permet plus de sentir sa vie portée par la musique que les esprits ont chutés.

C’est dans des coeurs que le sang ne parvient plus à irriguer que le souvenir de ceux qu’ils auraient dû être s’est perdu.

Publié par : gperra | 14 février 2018

Grégoire Perra en bande-dessinée

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