Publié par : gperra | 6 novembre 2016

Songe d’un Pays

Comment pouvons-nous tant aimer les terres où nous décidons de vivre, au point d’y fonder nos visages et d’y modeler nos langues ?

Est-ce  parce que nos corps chérissent ce qui les nourrit et ce qu’ils respirent au point de s’y confondre, non d’un amour qui serait simple possessivité du ventre et des poumons, mais celui de l’embryon qui croît dans l’existence, puisque l’air et la nourriture ouvrent aussi la porte du coeur ?

Car ceux qui s’établissent en un lieu font bien plus que l’habiter. Ils refondent avec lui le lien premier, reconstituent le cordon de chair qui les alimentait autrefois, et vénèrent cette mère dont ils sentent la présence à l’entour, mais dont le visage se dérobe à leurs regards tant qu’ils ne sont pas encore nés. 

Nous avons pu aimer et nous établir jusqu’à la banquise, jusqu’aux déserts qui nous brulaient, jusqu’aux lacs où l’humidité nous affaiblissait, jusqu’aux montagnes où la rareté de l’oxygène ralentissait le flux de notre sang, aux point de devenir les enfants de ces pays qui ne nous attendaient pas.

Mais pourrons-nous aimer un jour jusqu’aux terres arrides d’autres planètes, jusqu’à d’autres pesanteurs, jusqu’à d’autres diamètres du soleil et d’autres éclats de lune que celle que nous connaissons ? 

Si nos corps peuvent aller plus loin que ce ciel d’un doux bleu tranquille,  ferons-nous de ces lieux lointains sous d’autres étoiles nos demeures, les aimerons-nous comme nous avons pu aimer chaque lande de notre monde, y plongerons-nous le fer de nos âmes pour le mêler à ces métaux inconnus ?

Ouvrirons-nous dans l’espace et le vide des sentiers de vie unissant notre sol à ceux des autres mondes, comme ces chemins de randonnée qui circulent d’un village à l’autre, emplis de nos songes et de nos désirs ?

Pourrons-nous aimer plus loin que ces frontières de toujours et prier sous d’autres cieux, alors même que l’amour et la foi ont toujours épousé les limites de nos mondes ?

Pouvons-nous enfanter encore d’autres pays ?

Publié par : gperra | 3 novembre 2016

Songe de la Lumière

Au commencement, lorsque tous les êtres entrèrent à pas prudents dans le monde, seule la lumière y pénétra nue. Entièrement et parfaitement dénudée, toute sa peau tournée vers l’endroit, sans nul envers dissimulé, comme prête à faire l’amour avec l’Univers entier. Elle refusa le vêtement des corps et la protection de la chair, pour se donner sans aucune réserve ni replis cachés.

C’est pourquoi la lumière est demeurée ce nourrisson trop sensible qui frémit jusqu’au fond de son être à tout effleurement, fusse une aile transparente de libellule bleutée. Langée dans les teintes de l’arc-en-ciel, elle vagit comme elle le faisait au tout premier jour, naissant à chaque trouée de nuages.

                                          ***

Avec leurs chevalets de fortune, leurs palettes usées et leurs pâtes de couleurs difficilement achetées, ils n’étaient pas la lumière, mais des amis de la lumière. Car eux aussi avaient décidé d’être nus, dans leurs poitrines et dans leurs pensées. Ils avaient délaissés les vastes greniers européens où s’entassaient des millénaires de représentations chargées de poussière, les images sacrées aux pesantes dorures d’un métal dérobé sur un autre continent, et des cargaisons de concepts tellement vieillis qu’ils avaient pris un goût de vinaigre dans leurs amphores rescapées du naufrage des idées.

Ils ne chargeaient leurs poches d’aucune croix sanguinolante, d’aucune vierge bienséante parée de rouge et de bleu, ni d’aucun rois-voyageurs aux lourds manteaux brodés. Point n’étaient besoin de leur recommander de ne prendre qu’une seule chemise pour la route, car leur ressources ne leur permettait pas d’en acheter une deuxième.

Mais ils allaient le cœur nu et l’esprit joyeusement pauvre à la rencontre de la forêt, attentifs aux miroitements qui s’évanouissaient entre les feuilles, aux ombres qui glissaient sur les sentiers, aux flamboiements des surfaces sur les montagnes et aux creusements des reflets dans les eaux.

Dans leurs intelligences bien éveillées, ils recueillaient les pièces d’or éparpillées des impressions, non pour les entasser comme le ferait un vieux dragon sournois, mais pour les offrir aux nombreux invités de la fête, comme le ferait un sage magicien à l’anniversaire de son meilleur ami.

Aujourd’hui, nous conservons leurs toiles dans nos musées, leurs croquis démultipliés sur nos emballages de la nouvelle année, leurs couleurs sur les chocolats dont nous aimons nous gaver. Leur pauvreté est devenu la parure bon marché de notre siècle grassouillet.

Et pourtant, par delà toutes nos propriétés, nous demeurons troublés par leur geste inégalé, par leur chevaleresque authenticité, par leur dénuement de mendiants à la recherche de la clarté, qu’ils approchaient pour la penser.

Publié par : gperra | 21 octobre 2016

Petite vidéo sur le combat d’une vie

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Publié par : gperra | 17 octobre 2016

Face à face

Publié par : gperra | 1 octobre 2016

Songe du Néant

Quand l’Univers cessa à mes yeux d’être un oeuf surgi du désir d’un Dieu ovipare dans le but de faire éclore l’Humanité, et que les étoiles ne furent plus pour moi ces yeux flamboyants de bonté tournés vers nos existences errantes dans les vallées enténèbrées, le Néant vint se placer face à moi, dressé comme un colosse d’acier. De sa bouche sortait un puissant mugissement, assourdissant jusqu’aux derniers psaumes encore blottis dans ma mémoire.

Je compris alors pourquoi ils étaient si nombreux à le fuir, lui et ses questions qui gèlent le sang jusqu’à la volonté ! J’aurais pu moi-aussi me décider à courir, pour aller m’abriter dans les églises, les familles, les armées ou encore dans les plaisirs où sa puissante voix ne me serait plus parvenue qu’atténuée. Et cela me semblait raisonnable, puisque je savais que rien ne saurait en triompher, et que seuls les refuges de pailles, de briques ou de béton armé pouvaient encore différer quelques temps son avancée.

Pourtant, je décidais de rester. Et je ne maudissais pas la science, qui l’avait fait paraître, comme le font ces faux-prophètes des âges nouveaux dans leurs citadelles aux vitraux colorés. Car jamais je ne mordrai comme eux à pleines dents dans la faiblesse de la chair humaine, pour m’enivrer de répugnante satiété, quand bien même l’insoutenable pénurie de sens me jetterait à terre comme une bête affamée !

Bien au contraire, je le laissais venir à moi, ses pas ébranlant le sol et lézardant un à un les temples de mes pensées. Mais tandis que le Néant s’approchait et que son ombre me couvrait bientôt tout entier, je me disais que si tout devait s’écrouler, je me tiendrais toutefois debout devant lui sans trembler, sans la moindre haine à son égard, sachant reconnaître son visage familier, déjà présent autrefois, lorsque nous apprenions à tailler des pierres et à racler la graisse des peaux des animaux que nous avions tués. Non, je n’ajouterais pas mes propres années à tout ces millénaires passés à le toiser de biais pour ne pas rencontrer son regard !

Je me tenais donc face au Néant. Moi, je n’avais rien à lui répondre, si ce n’est quelques paroles à peine murmurées. Mais je savais que le voir est notre vaillance, notre magnifique et grandiose chevauchée, sans promesse de places attitrées au banquet des dieux guerriers, sans corps momifiés sensés renaître dans l’éternité, sans nirvana où nous pourrions nous prélasser, sans jardin des martyres aux dattes un peu trop sucrées, sans non plus de vierge germanique pour intercéder, mais juste le trésor de notre précieuse intégrité !

Publié par : gperra | 20 septembre 2016

Écoles Steiner-Waldorf : l’avis détaillé de la MIVILUDES

La Vérité sur les écoles Steiner-Waldorf

Suite à une demande d’information adressé à la MIVILUDES par un particulier, celle-ci a rendu un avis détaillé sur les résultats de ses recherches concernant les écoles Steiner-Waldorf et la pédagogie qui la sous-tend, liée a l’Anthroposophie de Rudolf Steiner. Cet avis étant utile et nécessaire au débat public sur cette importante question sociale, nous le publions ici. Nous avons pris soin cependant, pour préserver toutes les personnes concernées, d’occulter tout élément permettant d’identifier le destinataire, tout comme l’expéditeur.



Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires



La secrétaire générale

Paris, le 1er juillet 2016 (…)

Monsieur,

Par courriel du 14/12/2015, vous avez appelé l’attention de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (MIVILUDES) sur la pédagogie Steiner-Waldorf ».

En réponse, je tiens tout d’abord à vous faire connaître que la MIVILUDES n’a pas vocation à définir ce qu’est une secte. Elle…

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Publié par : gperra | 25 août 2016

Le processus de sacralisation des représentations

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Publié par : gperra | 22 août 2016

Songe du Groupe

Quelle place dans un groupe pour qui ne veut ni suivre ni être chef ?

Le groupe existe depuis que l’homme fût un animal. Il a ses meneurs, ses manipulateurs, ses faibles et ses forts, ses mâles et ses femelles, ses sentiers de transhumance, ses haltes, ses chasses, ses charges, ses fuites, ses guerres, ses perfidies, ses humiliations, ses intronisations, ses sacrifices, ses odeurs de glandes atrophiées mais encore bien actives. Il ne revient jamais sur ses pas, ni sur ses fautes.

Ils s’agit de suivre, puis suivre encore, vers les champs de pâtures comme vers les précipices ! 

Ceux qui mènent le groupe le dirigent en toute connaissance de cette animalité, sans pourtant être eux-mêmes des hommes, mais seulement d’autres animaux qui ont appris la domestication de leurs semblables. Ils mangeront volontiers la chair de leur troupeau quand sera tombée la nuit dissimulant l’éclat de leurs cannines.

La plus grande malédiction ne fût sans doute ni la douleur de l’enfantement, ni la sueur ruisselant du front vers le soc de la charue, mais de ne pouvoir jamais complètement échapper aux groupes. Car ils sont là, à chaque tournant de l’existence, de la cour de maternelle aux réunions de travail, imposant de verser et de mêler tous les sangs dans le même chaudron infecté.

Là où j’ai grandi, le groupe était si cruel qu’il a cisaillé à jamais les parties de mon être qui auraient pu lui appartenir. Je ne connaîtrai ni de nuits sous le grand tipi, ni de jours de gloire illuminés de feux d’artifice savamment orchestrés. C’est pourquoi il a été et sera toujours si facile pour un groupe de m’exclure. 

Faut-il soi-même enfanter les groupes pour en être libéré, au risque que du pelage ne recouvre peu a peu notre torse ? Ou faut-il escalader des sommets si pentus qu’aucune prairie où d’autres viendraient paître à nos côtés n’y pourraient s’étendre ? Ou encore nourrir d’éthique et de fourrage nos propres bergeries ?

Ou bien plutôt élire l’ami, celui qui traversera à nos côtés les forêts ensorcelées  et les montagnes glacées ? Et réunir l’équipe, celle qui naviguera sur le grand fleuve et sera accueillie dans le domaine de la belle souveraine protectrice, avant d’affronter les armées vociférantes ? Puis laisser chacun aller son chemin lorsque le temps d’être ensemble ne sera plus.

Publié par : gperra | 20 août 2016

Songe du Courage

Que ferions nous sans le courage ? 

Celui de sortir du confort et des habitudes où nous nous sommes endormis pour accepter la mission périlleuse que des Nains et un Vieux Magicien nous proposent.

Celui de faire preuve de sagacité contre nos adversaires et de prendre les Trolls au piège de la lumière du Soleil.

Celui de supporter les situations personnelles difficiles et les attaques des Gobelins chevauchants des Loups.

Celui d’assumer des responsabilités et le fardeau des Anneaux Magiques qui arrivent dans nos existences.

Celui de faire front contre l’inacceptable et de tenir le passage du guet contre les Cavaliers Noirs.

Celui de prendre des décisions justes et de se déclarer volontaire au Conseil d’Elrond.

Celui d’accepter nos sentiments profonds et les présents de la dame Galadriel.

Celui d’aller jusqu’au bout de nos pensées et de suivre sans renoncer les chemins qui mènent au Mordor.

Celui de reconnaître ce qui est vrai et de ne pas écouter les paroles endormantes de Grima Langue de Serpent.

Celui de garder les yeux bien ouverts et de faire rayonner le Cristal d’Étoile quand Arachnée s’avance contre nous dans les ténèbres.

Celui d’être présents pour les autres et de venir à temps au secours du Gondor.

Et celui surtout de ne pas céder le passage aux Balrogs !

Publié par : gperra | 20 août 2016

Songe du Bien

Je ne peux me remémorer quand eut lieu cette longue conversation les yeux dans les yeux avec cet être plus transparent qu’un magicien revenant des fondements de la terre après avoir lutté des jours durant ?

Peut-être au sein de l’utérus de ma mère, lorsque tous les bleus s’entremêlaient, du plus céleste au plus marin, et qu’il s’agissait de se décider à naître, après avoir entendu tant d’aventures de chevaliers aux armures étincelantes venus dans le monde pour y saigner et y vaincre ?

Mais peut-être aussi chaque fois qu’ici-bas je revenais difficilement en moi-même, pour écouter ce que je pourrais avoir à me dire, extrayant du vacarme des machines qui m’entouraient le grain d’or de silence d’une pensée véritablement mienne ?

Je ne sais ce qui a pu emporter mon acquiescement à cette décision, obtenue probablement sur le fil du rasoir, sans pourtant de persuasion ni d’ordre reçus de quiquonque. Car quel argument convaincant aurait pu entraîner le choix du Bien, tandis que tous les calculs honnêtes tombent inévitablement sur des lignes de comptes qui s’annulent ?

Certainement pas parce que l’on m’aurait élevé dans un palais de marbre, où auraient été gravées au marteau-piqueur des formules percutantes exprimant des valeurs intemporelles. Ni non plus pour la récompense d’une prochaine incarnation au goût de fraise.

Sans doute est-ce tout simplement ma sympathie pour la conversation de ces pèlerins qui depuis des millénaires parcourent le monde vêtus de gris. Car ils prêtent attention à chaque lever de soleil, tout autant qu’à la nécessité de dire quelques mots en passant à l’heure du thé à celui qui ne sait pas encore qu’une grande aventure l’attend.

J’oublie sans doute trop vite encore ce que ces errants me confient lorsqu’ils traversent mon existence. Mais leur regard de feu me soutient dans ce choix face auquel rien n’est guère plus important : qu’oublie-t-on en effet de plus essentiel que d’essayer d’être peu à peu une personne meilleure qu’elle ne l’était ?

Les sorcières vivent leurs existences avec le seul désir de planter leurs aiguilles empoisonnées dans les veines de ceux qu’elles croisent, plutôt que d’apprendre à faire des dons au-dessus des berceaux. Les vieux moines à la peau suintante se régalent des décrets qu’ils imposent pour rétrécir le bonheur des vies simples, plutôt que de se dénuder pour aller plonger dans les étangs glacés ou les geysers fumants. Et ceux dont l’élargissement de l’espace imparti à leurs coudes est l’unique préoccupation continuent à battre ces parties de leurs corps qui ne deviendront jamais des ailes.

Mais moi je ne peux oublier à quel point tout flamboie généreusement quand survient le soleil couchant, ni comment la fleur déploie sa corolle vers l’infini, ni enfin avec quelle majesté nous surplombent les étoiles. Le Bien exige de nous que nous nous grandissions !

C’est pourquoi il est possible que l’on fasse s’écrouler sur moi les montagnes, ou que l’on saborde un jour mon navire en partance pour les Amériques. Mais je sais que ceux qui entendent le chant de la mer, ou ceux qui font barrage aux mensonges, ou ceux encore qui s’attendrissent quand s’approche d’eux le museau humide d’un chat seront mes amis par delà la mort.

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