Publié par : gperra | 28 août 2019

Un condensé de mon identité profonde…

Publié par : gperra | 26 août 2019

Songe d’un petit parc de la montagne

Le petit parc est aujourd’hui pour moi seul, tandis que le vent de l’après-midi souffle ses questions.

Tranquillement, pareil au peintre de paysages, je pose face à lui ma palette de mots, de pensées et d’émotions. Mon beau voyage s’achève en cette dernière halte où me sourit l’Argentine.

Le révolutionnaire qui a parcouru autrefois ces collines à vélo avant d’aller mourir plus au nord revient-il ici parfois s’abreuver de paix, protégé par les piliers de ces grands arbres qui interdisent le passage à la malice et à l’obscurité, accueillant ceux qui ont donné leur vie pour ce qu’ils sentaient plus grand qu’eux-mêmes ?

Pourrais-je moi-aussi revenir parfois en ces quelques endroits du monde qui m’ont accueilli dans leur douceur pour me réconcilier avec moi-même et me dire de continuer d’avancer ?

Au plus fort de l’épreuve, quand jouiront les hyènes assemblées, et que j’aurais peut-être oublié que la vie offre à peu d’hommes la gloire des combats du temps présent, me souviendrais-je du murmure de la rivière en contrebas et de ce ciel vibrant de blancheur au-dessus de moi, dans le chant intrépide des oiseaux de ce continent de jeunesse et d’espérance ?

Ma chair ne pourra embrasser tout les paysages des Amériques et mes os pourront rompre sous les coups répétés. Mais mon coeur entendra encore la voix de la cascade où l’enfant d’Alta Gracia venait lui-aussi voir tomber le soir, la roue de sa bicyclette jetée à terre en riant tournant dans le vide à ses côtés, dans le bruissement de l’eau miroitante où la foi n’est pas nécessaire pour défier un empire.

Publié par : gperra | 21 août 2019

Guy Perra 1989

Publié par : gperra | 21 août 2019

Vieux cahier de dessins 1989

Publié par : gperra | 19 août 2019

Songe d’un Désert

La roche rouge s’élève en colones et en murs improbables tout autour de moi. Jamais le présent n’a autant eu de prise sur mon corps. Chaque pas accompli dans le canyon semble vierge de toutes attaches. Ni le passé ni le futur ne peuvent pénétrer cette enclave d’éboulements dont personne ne connaît la date.

Ici, l’eau ne porte plus mon cœur. Le soutien de l’océan m’est retiré et me voici ramené à mes seuls forces, à mon seul courage de vivre et à ma seule volonté de vaincre. Quelques fragments de quartz laiteux polis m’assurent encore pourtant de la douceur perdue du monde.

Comme le Puma, je dois désormais m’abreuver de l’eau contenu dans les viscères de mes proies. Et comme l’Homme, je ne dois plus rêver de cette justice qui pourrait jaillir soudain à flots de la roche couverte de sable, mais accomplir ce que je dois sans promesse de récompense dans l’un ou l’autre monde.

La soif que j’éprouve m’a pourtant conduit peu à peu à ce puits qui descend si profond en moi-même que j’ai le vertige en m’approchant de son bord. J’en remonte la force de me tenir debout sous le soleil et de ne pas me laisser faire lorsqu’on insulte avec arrogance la vérité.

En écoutant le murmure de son écoulement dans le sol, j’ai été conduit jusqu’au grand fleuve solitaire qui traverse contre toutes attentes ces vastes étendues de pierres sèches. Miroitant paisiblement contre la rive, il semblait attendre que je confère à ses eaux le pouvoir du commencement, où ceux qui désirent vivre au contact d’eux-mêmes peuvent venir librement se plonger.

À présent, j’attend ceux qui peuvent à toute heure du jour et de la nuit me saisir pour me jeter dans leurs geôles et de me trancher la tête en dansant avec impudeur devant les puissants de ce monde, mais qui ne pourront jamais traverser le désert de roches rouges où celui qui se parle à lui-même entend la voix du vent lui répondre.

Publié par : gperra | 13 août 2019

Songe d’une Vallée

La roche rouge plissée par la pluie s’élève en murailles dentelées jusqu’à l’horizon. La rivière bordée de vert y serpente d’un côté à l’autre. Tant que le soleil la frappe, elle miroite d’espièglerie.

Mais voici qu’une montagne s’interpose et que son disque est blessé. Soudain, je ne peux plus m’oublier jusqu’à perte de vue dans les innombrables nuances de verts, d’ocres et de bleus. Un léger froid couvre mes épaules et je dois revenir à moi-même.

Peu à peu, les formes se dissolvent et s’unissent, épuisées d’avoir dû se livrer des heures durant à la lumière dénudante du jour. Dans le gris-bleuté, elles peuvent désormais se laisser paisiblement être, simplement blotties les unes dans les autres, recueillies dans la coupe des mains du soir.

En contrebas, des hommes qui vivent au bord de la route ont allumés un feu. Sur leurs visages balayés de jaune, flambe la fierté d’être ensemble en silence au milieu de nulle part tandis que la nuit les entoure. La chaleur se réverbère entre le père et ses fils qui le regardent sans rien dire. Comme dans les temps anciens, le foyer et la famille ne font fièrement qu’un.

Mais pour moi qui demeure hors de son cercle, le temps est venu où la lune se met à briller comme une broche d’argent serties de diamants d’étoiles, versant son étrange demi-jour blanc dans la vallée. Au bord de l’asphalte, j’attends le bus aux phares déchirants l’obscurité qui me ramènera à la ville.

Je profite pourtant de ces instants où nul ne sait où je suis pour appartenir à cette terre. Car ici je pourrais, si je le voulais, marcher longtemps dans le désert en remontant la Cordillère, jusqu’aux brumes de Chachapoyas, où personne ne pourrait plus jamais me saisir.

Publié par : gperra | 6 août 2019

L’aventure continue…

Publié par : gperra | 4 août 2019

Songe d’un Inquisiteur

Celui qui veut remettre l’Église au centre du village a le crâne lisse et brillant d’un galet sur lequel la vie a longtemps roulé ses vagues écumantes sans le pénétrer.

Sa légère homosexualité, impossible à assumer dans ce petit monde aux teintes violacées, est désormais parfaitement maîtrisée, enfouie sous son pull-over à col roulé. Il cache aussi sa peau mainte et mainte fois flagellée. Son beau sourire où ne suinte nulle cruauté indique le chemin tout tracé à notre civilisation égarée.

Sur son âne aux oreilles dressées, par les réseaux sociaux il s’en va accuser. Il porte dans son cœur la certitude de la pureté, dont il n’est que le messager. L’argent des archevêchés qui l’ont missionné ne lui servira pas pour s’offrir les orgies dont il est à présent sevré, mais pour les tenailles qui arrachent les chairs et les dents de ses prisonniers.

Pour faire triompher la doctrine sacrée, il sonde les reins des apostats de ses lames effilées, faisant jaillir le pu de leur passé. À ses yeux, les mots qui sortent des bouches naissent des entrailles qui les ont proférés. Or il sait que l’Esprit Saint ne peut s’incarner que dans des viscères immaculées.

Il se tient devant moi, serrant les cordes par lesquelles il croit m’avoir ligoté, dans le donjon où ses gardes pensent m’avoir emmuré, pour me confondre et me faire expier.

Et tandis que mes hurlements emplissent l’époque où il demeure – faisant saliver son désir de ma confession prochaine avant le bûcher – moi, les deux pieds dans mon temps, je le regarde suer.

Car j’ai depuis longtemps quitté la cage où j’ai grandi enfermé, et le monde d’aujourd’hui a le ciel libre et bleu de la matinée d’une ère nouvelle, où les fautes d’hier ne peuvent coudre la bouche d’aucun homme de vérité.

Publié par : gperra | 28 juillet 2019

Songe d’une Cataracte

Comme une armée qui envahit à pas de loup les faubourgs d’une ville pour l’encercler et la prendre par surprise, l’eau vient de toutes parts autour des chutes : transparente, silencieuse et tranquille. Elle ruisselle lentement parmis les pierres sans les bousculer, humecte à peine les feuilles des arbres dont les branches plient vers sa surface, laisse tout juste entendre un murmure que la forêt croit elle-même chanter.

La vie qu’elle donne sans compter en passant ne porte pas sa signature. Elle ne revendique aucune paternité pour les êtres aux couleurs vives qui viennent s’abreuver et croître à ses côtés, reflètant le vert-de-gris qui l’entoure avec un infime plissement, sans se faire remarquer lorsqu’elle accélère parfois sa course.

Quand la terre dresse sur son passage les crocs de ses rochers, on peut l’entendre hausser la voix et déployer sa blancheur face à l’ennemi, avant de retourner au calme de sa course fluide et discrète.

Mais lorsque parfois l’existence se fracture et s’effondre, et qu’il lui faut soudain plonger dans le vide de l’inconnu, comme l’immense cataracte d’Iguazu, l’eau déploie alors avec majesté le pouvoir de sa douceur aux yeux de tous. Soudain, sa transparence se mue en avalanches étincelantes, flamboyantes entre le vert qui s’accroche aux rochers, grondant comme un fauve démultiplié !

Et moi qui la contemple en contrebas, trempé des embruns qui viennent me saluer, pareil au héros qui se retourne sur son exploit, j’aperçois l’arc-en-ciel qui couronne sa victoire inespérée.

Publié par : gperra | 27 juillet 2019

Songe des Morts

Partout où les Morts s’assemblent la nuit se fait, même dans le clair matin qui sourit. Ils ont le pouvoir des ombres, du mensonge et de la trahison, que leur présence compacte érige en mur de glace aux reflets scintillants. Dans la salle du tribunal, leur haine silencieuse remonte vers moi de leurs ventres avec la violence d’un condamnation qu’ils voudraient sanglante.

Car leur matrice est atteinte. Le pouvoir d’enfanter leurs semblables aux yeux crevés ne sera bientôt plus.

Ainsi, le jugement qu’ils m’adressent est en réalité celui de leur propre sentence, qu’ils ne peuvent plus ignorer désormais. Car la vie les a depuis bien longtemps assignés à comparaître devant elle et ne leur a plus trouvé d’excuses pour ce qu’ils sont. Ils savent que l’heure de se présenter devant sa face pour accomplir leur peine est venue. Mais ils se cachent encore, tant que la pénombre les dissimule un peu.

Leurs serres m’entourent, mais ils n’ont plus le pouvoir de me saisir. Leurs hurlements retombent dans un silence embarrassé. Leurs ricanements sonnent comme une veille chanson désuète dont personne ne comprend qu’elle ait pu être à la mode.

Sur la route des Andes, mon cœur est trop plein de cuivre et de cascades aux eaux vertes pour être un seul instant leur prisonnier. Je vais par des routes qui leur sont inconnues, les vingt ans qu’ils m’avaient volés revenus en moi à tout jamais.

Et lorsque viendra le temps d’entendre ce que les juges ont à me dire, je sais que je n’aurais à craindre aucune parole. Car ce que diront les hommes concernera les hommes. Et ce que me dira la vie, je le connais déjà.

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