Publié par : gperra | 25 août 2016

Le processus de sacralisation des représentations

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Publié par : gperra | 22 août 2016

Songe du Groupe

Quelle place dans un groupe pour qui ne veut ni suivre ni être chef ?

Le groupe existe depuis que l’homme fût un animal. Il a ses meneurs, ses manipulateurs, ses faibles et ses forts, ses mâles et ses femelles, ses sentiers de transhumance, ses haltes, ses chasses, ses charges, ses fuites, ses guerres, ses perfidies, ses humiliations, ses intronisations, ses sacrifices, ses odeurs de glandes atrophiées mais encore bien actives. Il ne revient jamais sur ses pas, ni sur ses fautes.

Ils s’agit de suivre, puis suivre encore, vers les champs de pâtures comme vers les précipices ! 

Ceux qui mènent le groupe le dirigent en toute connaissance de cette animalité, sans pourtant être eux-mêmes des hommes, mais seulement d’autres animaux qui ont appris la domestication de leurs semblables. Ils mangeront volontiers la chair de leur troupeau quand sera tombée la nuit dissimulant l’éclat de leurs cannines.

La plus grande malédiction ne fût sans doute ni la douleur de l’enfantement, ni la sueur ruisselant du front vers le soc de la charue, mais de ne pouvoir jamais complètement échapper aux groupes. Car ils sont là, à chaque tournant de l’existence, de la cour de maternelle aux réunions de travail, imposant de verser et de mêler tous les sangs dans le même chaudron infecté.

Là où j’ai grandi, le groupe était si cruel qu’il a cisaillé à jamais les parties de mon être qui auraient pu lui appartenir. Je ne connaîtrai ni de nuits sous le grand tipi, ni de jours de gloire illuminés de feux d’artifice savamment orchestrés. C’est pourquoi il a été et sera toujours si facile pour un groupe de m’exclure. 

Faut-il soi-même enfanter les groupes pour en être libéré, au risque que du pelage ne recouvre peu a peu notre torse ? Ou faut-il escalader des sommets si pentus qu’aucune prairie où d’autres viendraient paître à nos côtés n’y pourraient s’étendre ? Ou encore nourrir d’éthique et de fourrage nos propres bergeries ?

Ou bien plutôt élire l’ami, celui qui traversera à nos côtés les forêts ensorcelées  et les montagnes glacées ? Et réunir l’équipe, celle qui naviguera sur le grand fleuve et sera accueillie dans le domaine de la belle souveraine protectrice, avant d’affronter les armées vociférantes ? Puis laisser chacun aller son chemin lorsque le temps d’être ensemble ne sera plus.

Publié par : gperra | 20 août 2016

Songe du Courage

Que ferions nous sans le courage ? 

Celui de sortir du confort et des habitudes où nous nous sommes endormis pour accepter la mission périlleuse que des Nains et un Vieux Magicien nous proposent.

Celui de faire preuve de sagacité contre nos adversaires et de prendre les Trolls au piège de la lumière du Soleil.

Celui de supporter les situations personnelles difficiles et les attaques des Gobelins chevauchants des Loups.

Celui d’assumer des responsabilités et le fardeau des Anneaux Magiques qui arrivent dans nos existences.

Celui de faire front contre l’inacceptable et de tenir le passage du guet contre les Cavaliers Noirs.

Celui de prendre des décisions justes et de se déclarer volontaire au Conseil d’Elrond.

Celui d’accepter nos sentiments profonds et les présents de la dame Galadriel.

Celui d’aller jusqu’au bout de nos pensées et de suivre sans renoncer les chemins qui mènent au Mordor.

Celui de reconnaître ce qui est vrai et de ne pas écouter les paroles endormantes de Grima Langue de Serpent.

Celui de garder les yeux bien ouverts et de faire rayonner le Cristal d’Étoile quand Arachnée s’avance contre nous dans les ténèbres.

Celui d’être présents pour les autres et de venir à temps au secours du Gondor.

Et celui surtout de ne pas céder le passage aux Balrogs !

Publié par : gperra | 20 août 2016

Songe du Bien

Je ne peux me remémorer quand eut lieu cette longue conversation les yeux dans les yeux avec cet être plus transparent qu’un magicien revenant des fondements de la terre après avoir lutté des jours durant ?

Peut-être au sein de l’utérus de ma mère, lorsque tous les bleus s’entremêlaient, du plus céleste au plus marin, et qu’il s’agissait de se décider à naître, après avoir entendu tant d’aventures de chevaliers aux armures étincelantes venus dans le monde pour y saigner et y vaincre ?

Mais peut-être aussi chaque fois qu’ici-bas je revenais difficilement en moi-même pour écouter ce que je pourrais avoir à me dire, extrayant du vacarme des machines qui m’entouraient le grain d’or de silence d’une pensée véritablement mienne ?

Je ne sais ce qui a pu emporter mon acquiescement à cette décision, obtenue probablement sur le fil du rasoir, sans pourtant de persuasion ni d’ordre reçus de quiquonque. Car quel argument convaincant aurait pu entraîner le choix du bien, tandis que tous les calculs honnêtes tombent sur des lignes de comptes qui s’annulent ?

Certainement pas parce que l’on m’aurait élevé dans un palais de marbre, où auraient été gravées au marteau piqueur des formules exprimant des valeurs intemporelles. Ni non plus pour la récompense d’une prochaine incarnation au goût de fraise.

Sans doute est-ce tout simplement ma sympathie pour la conversation de ces pèlerins qui parcourent le monde vêtus de gris depuis des millénaires tout en prêtant attention à chaque lever de soleil, tout autant qu’à la nécessité de dire quelques mots en passant à l’heure du thé à celui qui ne sait pas encore qu’une grande aventure l’attend. Car ce regard de feu dont le souvenir m’accompagne me soutient dans ce choix face auquel rien n’est guère plus important : qu’oublie-t-on en effet de plus essentiel que d’essayer d’être peu à peu une personne meilleure qu’elle ne l’était ?

Les sorcières vivent leurs existences avec le seul désir de planter leurs aiguilles empoisonnées dans les veines de ceux qu’elles croisent, plutôt que d’apprendre à faire des dons au-dessus des berceaux. Les vieux moines à la peau suintante se régalent des décrets qu’ils imposent pour rétrécir le bonheur des vies simples, plutôt que de se denuder pour aller plonger dans les étangs glacés ou les geysers fumants. Et ceux dont l’élargissement de l’espace imparti à leurs coudes est l’unique préoccupation continuent à battre ces parties de leurs corps qui ne deviendront jamais des ailes.

Mais moi je ne peux oublier à quel point tout flamboie généreusement quand survient le soleil couchant, ni comment la fleur ouvre sa corolle à l’infini, ni enfin avec quelle majesté nous surplombent les étoiles.

C’est pourquoi il est possible que l’on fasse s’écrouler sur moi les montagnes, ou que l’on saborde un jour mon navire en partance pour les Amériques. Mais je sais que ceux qui entendent le chant de la mer, ou ceux qui ne laissent pas passer les mensonges, ou ceux encore qui s’attendrissent quand s’approche d’eux le museau humide d’un chat seront mes amis par delà la mort.

Publié par : gperra | 7 août 2016

Au Machu-Pichu

Publié par : gperra | 30 juillet 2016

Songe d’un Fruit

Qu’il soit vêtu de vert, de rouge, d’orange, de jaune, de bleu ou de brun, le fruit arbore sans orgueil sa singularité princière. Fils de Nature, il n’est pas encore pourvu d’une chair où l’individu pourrait se ressentir lui-même. Mais il s’est clairement éloigné de la simple fibre végétale où l’Univers peut entrer et sortir à sa guise, sans avoir à saluer qui que ce soit.

Tout a probablement commencé par les fruits. Car le fruit est l’expérience-même. Celui qui mord dans un fruit nouveau, jusqu’alors inconnu, fait bien plus que se nourrir, pour autant qu’un petit éclat de penser s’est illuminé en lui. En le mangeant, il explore une saveur qui envahit sa conscience et donne soudain à sa propre sensation d’exister, qui n’était encore que vaporeuse, la consistance de la pierre, la dureté du granit.

Il y a bien longtemps, le goût du fruit fut si puissant qu’il fit oublier au premier mangeur jusqu’à l’existence des étoiles, des sources et des vents. Et tandis que le jus commençait à sécher sur ses lèvres et que la pulpe descendait dans son ventre, loin de toute conscience, c’est alors qu’il découvrit son insondable solitude. Jamais plus il ne pourrait oublier ce moment où ce qui est unique rencontra ce qui est également unique.

Car l’expérience du fruit ne connaît aucune satiété. C’est à l’infini que l’on goûte ses couleurs, sa chair et ses sucres ! Il est impossible d’en saisir toute l’étendue : de même que le concept se donne sans réserve à l’intelligence sans que celle-ci ne parvienne jamais à en faire le tour, le fruit se livre totalement à celui qui le croque tout en ne cessant de lui échapper.

Quelle est donc cette expérience originelle qui m’ebranle au point de me faire vaciller ? Grenade qui me ramène chez les Morts ou Pomme qui me chasse du Paradis, Orange qui fait resplendir le Soleil dans ma gorge ou Banane qui apaise les ouragans de l’âme, le fruit pénètre en moi comme un mythe grandiose. Il me raconte une histoire qui m’interroge et dont je veux la fin. Avec lui commence l’immense aventure de la curiosité humaine. Il nous a arraché à une quiétude dont nous continuons à nous lamenter, alors que nous devrions nous honorer de l’avoir abandonnée.

Nul ne m’empêchera désormais de goûter au monde et à moi-même de toutes mes dents, par amour d’un désir auquel aucun prêtre ni vicaire ne me fera jamais plus renoncer !

Publié par : gperra | 28 juillet 2016

Songe de la Cruauté

La question est de savoir où chacun puise sa force. Que faut-il pour que mon identité revienne vers moi pour m’édifier, une fois qu’elle a été jeté dans le monde ?

Ais-je besoin que mon corps porte les vêtements et les couleurs de ma communauté, prenant soin toutefois d’en laver régulièrement la crasse et la sueur que j’y aurais immanquablement déposées ?

Dois-je laisser sous forme de métal doré une part de moi-même dans un coffre que je n’ouvrirais qu’aux heures les plus sombres de la nuit pour me délecter seul de son contenu brillant ?

Faut-il me faire construire une pyramide sur la terrasse de laquelle je vivrais désormais éternellement, me gardant bien d’en descendre plus que nécessaire, tout en contemplant d’en haut la croissance des champs où mon peuple travaillerait ?

Dois-je choisir des animaux que certaines parties de mon corps devront endosser, aiguisant mes canines comme celles du jaguar, deployant ma chevelure comme les plumes du condore, ou lubrifiant ma peau comme celle du serpent ?

Ou bien me faut-il des prisonniers nus chargés de cordes, que je ferais mener au sacrifice en buvant à chacun des pas qui les rapprochent du supplice la peur qui débordera immanquablement de leurs coeurs ?

Non, car j’ai un jour vu jouir debout une femme qui avait pu abaisser jusqu’au sol son ennemi vaincu, laissant ruisseler son sang le long de sa gorge en se léchant les épaules. Et ce spectacle m’a horrifié !  Je ne chercherais pas ma force en buvant à cette coupe-là ! S’élever en écrasant les os de celui qui s’écroule sous ses pieds n’est pas le chemin de mes pas.

Et s’il me faut trouver pour cela d’autres puits de confiance que ceux qui sont offerts aux bêtes, j’irais boire jusqu’aux sables du désert !

Publié par : gperra | 22 juillet 2016

Songe de la Beauté

Il y eut la première fois que le cœur se mit à frémir devant le cours d’une rivière où la lumière blanche d’une fin d’après-midi s’éparpillait sur des milliers de vaguelettes. Il y eut les feuilles rouges d’un arbre, comme un saignement qui n’en finissait pas. Il y eut l’immense voie-lactée surplombant une montagne enneigée, arrêtant le temps au sein même de la nuit. Il y eut le pelage d’un guépard se fondant dans la savane vibrante de chaleur.

Le genre humain était alors nomade et la beauté aussi. Elle apparaissait parfois au cours d’une journée de marche, comme on croise un autre voyageur sur son itinéraire. Mais lorsqu’ils s’arrêtaient pour la saluer, les premiers hommes ne trouvaient pas de mots. Et la beauté continuait sa route, pour les retrouver en d’autres lieux, où ils ne l’attendaient pas.

Parfois, il fallait marcher des mois entiers pour la revoir. Et parfois elle revenait encore et encore jusqu’à ce que le soleil se couche, comme si elle voulait lasser de sa présence pourtant inlassable.

Qui peut expliquer ce  qui se produisit le jour où l’humanité devint l’amie de la beauté ? Quand elle paraissaît, le cœur semblait vouloir se saisir du monde et n’en rien lâcher, jusqu’au plus petit éclat de couleur, jusqu’à la moindre brindille couchée par le vent. Tout semblait entrer en lui et déborder dans son être. Soudain, l’existence contenait bien plus que ce que l’on avait jamais attendu d’elle !

Et pourtant, la beauté ne laissait rien d’elle-même après son passage, sinon cette impression d’avoir séparé des côtes qui autrefois étaient soudées les unes aux autres, comme une armure fendue de toutes parts.

Les hommes voulurent alors la retenir et la garder par des oeuvres de leurs mains. Et elle se laissa prendre, ou plutôt fit semblant. Car même dans ces apparences où elle semblait demeurer, la beauté surgissait et disparaissait, comme un éclair dans la nuit. Toujours libre, toujours évanescente.

Jamais elle ne cessera de passer en ce monde ! Et jamais nous ne cesserons de la croiser, de la suivre, de la perdre et de la retrouver, pour autant que nous soyons en chemin.

Publié par : gperra | 18 juillet 2016

 Songe d’une Montagne

Les montagnes n’étaient pas présentes lors du commencement, mais se dressèrent farouchement jusqu’à lui ! Bien qu’on l’ait oublié, elles furent jadis maîtresses du monde, faisant descendre leurs glaciers jusque dans les plaines afin de les sanctifier par le froid, les préparant à devenir le théâtre de la vie.

Cependant, une fois leur don accompli, beaucoup d’entre elles ne purent renoncer à leur puissance. Profondément enfoncées dans le monde, elles écrasèrent le sol de leurs présences, tout comme les esprits de ceux qui s’approchaient d’elles pour les vénérer, exigeant des cultes et des sacrifices. Et la tyrannie des montagnes s’étendit sur la terre entière.

Mais celles dont les cimes étaient élancées purent s’élever au-dessus d’elles-mêmes, prolongeant de blancheur universelle leurs crêtes ciselées, désirant la bonté plutôt que la domination.

Car les cimes des montagnes couvertes de neiges éternelles est la part de la terre qui dialogue encore avec la lumière, le vent et l’éternité. Quand les rayons roses du couchant colorent leurs faces, avant que n’apparaissent les premières étoiles, une conversation rudement menée depuis l’aurore se clôt par un accord : chaque jour, ces montagnes se chargent d’obtenir un compromis avec le ciel, pour que la grande aventure des existences singulières puisse continuer.

C’est ainsi qu’aujourd’hui encore descendent  des montagnes blanches les eaux du renouveau. Sur leurs flancs, la vie est parfois si puissante que son bourdonnement fait vibrer chaque être dans la fraîcheur matinale.

Longtemps, les hommes ont appris à prier devant les montagnes en tremblant. Mais quand eux-mêmes seront devenus montagnes, élevant la cime de leurs personnalités jusqu’à la blancheur de la vraie pensée, nulle peur n’encombrera plus leurs prières, et le bien s’écoulera de leurs mains.

Publié par : gperra | 17 juillet 2016

À Huascaran, au Pérou

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