Publié par : gperra | 25 juillet 2018

Mon Acropole

Publicités
Publié par : gperra | 17 juillet 2018

Songe du Mont Olympe

L’ombre de la fin d’après-midi était venue rafraîchir la pierre de la montagne sur laquelle je me tenais assis, face à la mer. Jamais peut-être sinon dans mon enfance l’existence n’avait été si puissamment savoureuse. J’étais comblé du goût de la pêche, de l’odeur des figues, du froissement d’ailes des cigales, du parfum des chèvres et du grondement de la source en contrebas. De petites fleurs violettes rayées de mauve parsemaient le chemin qui se dirigeait vers la montagne où auraient autrefois vécu les Dieux.

J’étais monté jusqu’à sentir ma volonté épouser la forme de mes os et me donner le signal du retour, que j’ai su écouter. Je dû accepter que mon corps ne soit plus dans l’ascendance de sa force, mais seulement dans celle de l’experience.

Je me demandais pour quelle raison la vie semblait vouloir nous enseigner autre chose que ces simples et fabuleuses sensations ? N’étaient-elles pas pleines d’un miel aussi parfait que l’or ? Ne suffisaient-elles pas à justifier le monde ?

Pourquoi fallait-il que l’âme qui est en moi me conduise vers le goût d’autres fruits que ceux des arbres vers lesquels je pouvais tendre les mains ? Et pourquoi étais-je pris dans ce flux dont le cours dessinait mon histoire au fil des années ? Le temps seul d’un jour de randonnée n’avait-il pas l’unité accomplie d’un orbe auquel rien n’avait besoin d’être ajouté ?

Je ne savais pas même si, une fois que tout serait accompli, mon récit prendrait la forme si splendidement structurée d’une icône, plaçant au centre de la toile ma figure en majesté, entourée de chaque grands événements dans sa petite case attitrée. Ou bien s’il tiendrait en quelques phrases d’un jugement vite expédié, comme le font les hommes à l’égard des autres hommes.

Mais que m’importait mon nom sur la couverture de ce livre que les autres éditeraient ! J’avais quant à moi d’autres monts à franchir, à questionner et à aimer. Et si j’ignorais à qui ma vie serait contée, je savais que ce jour gorgé de milles éclats descendrait la nuit au plus profond de moi, faisant renaître dans mon regard cette part d’Olympe que j’avais gravie et non rêvée.

Cet hydromel-là ne pouvait être frelaté !

Publié par : gperra | 15 juillet 2018

Songe de la Pauvreté

Sur les bords de la grande mer qui chante l’éveil de la pensée, la pauvreté s’était lentement établie, là où de puissants empires s’étaient jadis dressés, puis effondrés.

Seules leurs langues majestueuses avaient traversées les siècles. Le Grec qui plisse le regard jusqu’à ce qu’apparaisse la ligne de demarcation entre la silhouette de la montagne bleue et le voile de brume argenté qui la recouvre au petit matin. Et le Latin, pesant comme la pierre et fort comme la catapulte qui la propulse au loin dans les airs.

Mais elles ne charriaient plus dans leurs mémoires ni les noms des empereurs qui les avaient jadis parlées, ni la carte des routes ouvertes contre toute attente jusqu’aux confins du monde connu, ni la grâce des aqueducs surplombant les villes de leurs arcs qui ne disparaissent pas une fois la pluie passée.

Dans les petites maisons écrasées par le soleil vivaient à présent les pauvres gens, pour qui le jour des oranges était une fête et le costume du dimanche plié dans un tiroir un trésor bien gardé.

Dans les villes où s’étaient autrefois déployées des consciences voyant plus loin que leurs murailles et les frontières de leurs existences, la pauvreté avaient inexorablement resserrés tout les périmètres. L’inquiétude pour la survie des enfants aux ventres tordus par la faim exprimait seule encore le soucis d’aller plus loin que soi.

Car la misère avait aussi rétrécit toutes les idées. Les statues des victoires aux ailes déployées qui ornaient autrefois les proues des navires avides d’aventures gisaient à présent dans la boue noire des ports délaissés.

Pourtant la mer aux inombrables lèvres de lumière, apparaissant et disparaissant, ouvraient encore l’esprit des désespérés à d’autres rivages et à d’autres destinées. Ma famille est venue de ces terres sans héritages, jusqu’au pays où le mouvement et la lumière venaient d’être capturées. La terre des cerveaux libres, lavés des vieilles icônes enluminées, leur ouvrait sa porte et redressait peu a peu la tête de ceux qui avaient émigré.

La pauvreté est peut-être toujours la perte d’empires passés, mais la conquête de royaumes où naîtront d’autres manières d’exister.

 

 

 

 

Publié par : gperra | 15 juillet 2018

Retour à Cetara en 2013

Publié par : gperra | 9 juillet 2018

Songe du Drame

Parfois le drame entre dans le cours de nos vies, comme une tache d’encre noire violemment étalée, surgissant dans le flot linéaire d’une belle écriture aux fines lettres ciselées, déformant ces vaguelettes jusque-là parfaitement maîtrisées. Malgré nos efforts pour intégrer sa féroce difformité menaçant jusqu’au support où se racontent nos existences – trouant le papier qui ne peut l’absorber – nous mettons un temps infini pour imaginer à quel mot cette tache pourrait ressembler.

C’est au prix de rodéos qui nous brisent les vertèbres et nous projettent jusqu’au ciel que nous parvenons parfois à domestiquer cet animal fou couvert de sueur, longtemps après que le drame soit passé, déployant la puissance de l’écriture qui fait de nous de glorieux héros de la pensée.

Parfois l’irréparable surgit sans que nous n’ayons la moindre part dans son avènement. Alors nous ne cessons de vouloir tisser des liens entre lui et nous, cherchant à faire entrer ce barbare inconnu dans la famille en le mariant avec l’une de nos filles, à la manière des prudents rois d’autrefois.

Et parfois nous sommes celui qui a invité le drame à la fête que nous avions préparée, nous demandant ensuite jusqu’au fond de la détresse comment dénouer cette alliance que nous n’aurions jamais désiré contracter, et qui incurve notre destinée vers des routes où nous n’aurions pas voulu aller.

Mais quels que soient le poids des orages et la froideur de la pluie qu’il va déverser sur mes vêtements, au point de défaire toutes les protections qui me couvraient – tandis que je suis encore loin et que la nuit va tomber – je sais que le drame me rappelle à mon coeur. Et que ce coeur était fait pour aimer.

Ainsi, je traverserais l’obscurité qui s’est soudain abattue sur mes chemins et qui resserre contre moi l’opressante forêt. Car désormais la lumière de mon coeur éclaire avec douceur les liens dont je suis fait, me ramènant où je devais aller. Elle m’accompagne jusqu’à la porte de la ville que jamais je n’aurais pensé pouvoir retrouver.

Seuls les liens qui nous tiennent à ceux que nous aimons – ou devons aimer, comme des ammarages que nous avions oublié – sont plus fort que le drame.

Publié par : gperra | 26 mai 2018

Protégé : Photos de mon appartement en 2018

Cet article est protégé par un mot de passe. Pour le lire, veuillez saisir votre mot de passe ci-dessous :

Publié par : gperra | 23 mai 2018

Songe de l’Éveil

Le bruit qu’il fit en s’eveillant fût si grand que plusieurs siècles et de nombreuses nations suffirent à peine à en absorber l’incroyable déflagration. Lui qui cherchait simplement à être cohérent avec lui-même n’aurait pour rien au monde voulu qu’on érige de statues de son corps dépassant la cime des figuiers sous lesquels il venait parfois réfléchir en toute tranquillité, ni qu’on innonde d’encens des temples dressés à sa gloire par des inconnus avec lesquels il n’avait jamais conversé, ou que ceux pour qui la vie ne mérite pas d’être consommée crue éditent en son nom des livres de recettes sophistiquées. Mais c’est pourtant ce qui arriva.

Il avait déjoué la torpeur de la jouissance, puis celle de la vie d’ascète, avant de percer le sommeil même de l’existence. Il avait suivi sa pensée, de conséquences en conséquences, sans rejoindre les chemins le ramenant vers la grande route où tous déambulent désorientés. Il avait marché tout droit sur la voie où reculer signifie s’égarer, les yeux bien ouverts et le cœur bien centré.

Parvînt-il ensuite à cet océan paisible de conscience aux couleurs pastels que décrivîrent ceux qui ne le suivirent pas là où il s’en était allé ? Ou bien n’y eut-il pour lui aucun rivage final, aucun domicile fixe où s’établir comblé, les jambes repliées et les yeux savamment plissés, tournés vers un dedans bien rangé ?

En réalité, la vérité n’est pas une villa au sommet d’une colline surplombant la plaine, avec son dais de glycines frais et ombragé sous lequel s’asseyerait un notable satisfait d’une retraite bien gagnée ! Les éveils ne se succèdent pas de degrés en degrés jusqu’à l’éveil suprême d’un crépuscule cendré, mais chacun est l’égal de tout les autres, aussi surprenant qu’un essain  d’étoiles naissant d’un immense nuage de poussières dorées !

Car une fois son premier éveil accompli, l’eveillé ne cesse jamais de s’éveiller encore. Tout éveil en fleur dépose sa prochaine germination inattendue. Et celui qui quitte la vie en s’éveillant au ciel n’est pas plus grand que celui qui ouvre son intelligence à la terre et à la pluie.

Publié par : gperra | 17 mai 2018

Écrit à 23 ans, pour Toni Esperto

Publié par : gperra | 10 mai 2018

Songe de la Volonté

Sortiras-tu vivant de ta propre vie, ou bien seras-tu aussi mort que ton propre cadavre, en attente de sa crémation ?

Auras-tu l’énergie de courir dans la vaste plaine bleutée du ciel comme tu courrais à travers les prairies parsemées de fleurs oranges, avalant l’espace à grandes enjambées ?

Auras-tu encore le désir de te saturer les yeux de réel, comme tu buvais aux sources en plongeant ta bouche dans le flot glacé ?

Pourras-tu bâtir des voyages et dessiner des traversées, quand bien même le dongeon où tu es enfermé garde ses portes verrouillées ?

Sauras-tu inlassablement dégainer et rengainer ton sabre lorsqu’approcheront les brigands de ton âme, suivant le geste parfait de la lame naissant du fourreau, comme tu as combattu sans faiblir durant ton existence ceux qui menaçaient les étoiles ?

Il t’a fallu tant de temps pour apprendre à prendre pieds en toi-même. Qui pourrait te dérober ce sol où tu suis désormais ton chemin, quand bien même disparaîtraient la planète entière et ses continents ?

Sauras-tu encore entendre à temps le son des gongs annonçant les moments de choix auquel il ne faut pas se dérober, résonnant dans la brume des lointains de leur discret timbre cuivré que tu as mis si longtemps à reconnaître ?

Et sauras-tu retenir la force de l’ouragan de lave et de feu surgissant de ta poitrine lorsqu’il s’agira d’écouter battre le cœur tranquille d’un oiseau venu se poser sur ton épaule au petit matin ?

Publié par : gperra | 2 avril 2018

Love, love, love…

« Newer Posts - Older Posts »

Catégories