Publié par : gperra | 16 août 2018

Songe d’Artemis

Voici les terres où les montagnes sont couvertes de pins droits, de roches nues et de ruisseaux glacés qui disent à l’homme de regagner son monde, lorsque l’éclat de la lune leur confère la parole.

Que ferait la pensée dans ces territoires où la faim est la seule loi ? Que ferait l’habitude de l’âtre lorsque le vent – charriant de lourds nuages – met chaque créature en alerte et éveille cet obscur sentiment de pouvoir à chaque instant être arraché à sa propre existence ? Que signifierait notre désir d’amitié lorsque seuls les liens de l’allaitement et du sexe relient ici entre eux les êtres ?

Le vertige de la nuit dans ces espaces où la sensation de n’être que soi-même n’a plus aucun sens ouvrait encore autrefois les portes donnant sur les parties sauvages de nous-mêmes. Nous sentions alors galoper sous les étoiles cette force vierge qui connaissait la proximité du commencement de la vie et l’intimité de la mort imminente.

Pour croire, il suffisait en ce temps-là de sentir. La foi n’avait rien de ces décisions volontaires où le repentir ressemble à une auto-assignation à comparaître. Et la forêt n’avait presque pas besoin de temples pour indiquer les lieux où elle voulait que soient déposées ses offrandes.

Mais les routes ont peu à peu élargie la conscience du monde et la forme de toute croyance. Le dieu qui ne voulait dépendre d’aucuns paysages ni d’aucunes terres a pris lentement la place de ces anciens visages qui n’avaient d’humains que la face. Et la déesse des choses violentes s’en fût elle-aussi, déposant en nous son étrange nostalgie qui s’éveille parfois lorsque nous rêvons que nous pourrions la suivre en nous unissant au cortège des bêtes qui forme un cercle hurlant autour de son corps en fuite.

Un jour pourtant viendra peut-être où le dieu unique et tout-puissant que notre tête a savamment placé aussi haut que possible n’aura lui non plus aucune évidence sensible à nous offrir. Car lorsque les voyages s’étendront jusqu’aux planètes et à d’autres soleils, comment les cieux pourront-ils encore offrir leur asile aux concepts deïfiés que nous nichons aujourd’hui de force dans ses plus obscures anfractuosités ? Et lorsque la relativité de toute verticale aura été éprouvée par ceux qui auront goûté au cosmos, comment la vieille transcendance pourra-t-elle encore traverser nos os ?

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