Publié par : gperra | 9 juillet 2018

Songe du Drame

Parfois le drame entre dans le cours de nos vies, comme une tache d’encre noire violemment étalée, surgissant dans le flot linéaire d’une belle écriture aux fines lettres ciselées, déformant ces vaguelettes jusque-là parfaitement maîtrisées. Malgré nos efforts pour intégrer sa féroce difformité menaçant jusqu’au support où se racontent nos existences – trouant le papier qui ne peut l’absorber – nous mettons un temps infini pour imaginer à quel mot cette tache pourrait ressembler.

C’est au prix de rodéos qui nous brisent les vertèbres et nous projettent jusqu’au ciel que nous parvenons parfois à domestiquer cet animal fou couvert de sueur, longtemps après que le drame soit passé, déployant la puissance de l’écriture qui fait de nous de glorieux héros de la pensée.

Parfois l’irréparable surgit sans que nous n’ayons la moindre part dans son avènement. Alors nous ne cessons de vouloir tisser des liens entre lui et nous, cherchant à faire entrer ce barbare inconnu dans la famille en le mariant avec l’une de nos filles, à la manière des prudents rois d’autrefois.

Et parfois nous sommes celui qui a invité le drame à la fête que nous avions préparée, nous demandant ensuite jusqu’au fond de la détresse comment dénouer cette alliance que nous n’aurions jamais désiré contracter, et qui incurve notre destinée vers des routes où nous n’aurions pas voulu aller.

Mais quels que soient le poids des orages et la froideur de la pluie qu’il va déverser sur mes vêtements, au point de défaire toutes les protections qui me couvraient – tandis que je suis encore loin et que la nuit va tomber – je sais que le drame me rappelle à mon coeur. Et que ce coeur était fait pour aimer.

Ainsi, je traverserais l’obscurité qui s’est soudain abattue sur mes chemins et qui resserre contre moi l’opressante forêt. Car désormais la lumière de mon coeur éclaire avec douceur les liens dont je suis fait, me ramènant où je devais aller. Elle m’accompagne jusqu’à la porte de la ville que jamais je n’aurais pensé pouvoir retrouver.

Seuls les liens qui nous tiennent à ceux que nous aimons – ou devons aimer, comme des ammarages que nous avions oublié – sont plus fort que le drame.

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