Publié par : gperra | 23 mai 2018

Songe de l’Éveil

Le bruit qu’il fit en s’eveillant fût si grand que plusieurs siècles et de nombreuses nations suffirent à peine à en absorber l’incroyable déflagration. Lui qui cherchait simplement à être cohérent avec lui-même n’aurait pour rien au monde voulu qu’on érige de statues de son corps dépassant la cime des figuiers sous lesquels il venait parfois réfléchir en toute tranquillité, ni qu’on innonde d’encens des temples dressés à sa gloire par des inconnus avec lesquels il n’avait jamais conversé, ou que ceux pour qui la vie ne mérite pas d’être consommée crue éditent en son nom des livres de recettes sophistiquées. Mais c’est pourtant ce qui arriva.

Il avait déjoué la torpeur de la jouissance, puis celle de la vie d’ascète, avant de percer le sommeil même de l’existence. Il avait suivi sa pensée, de conséquences en conséquences, sans rejoindre les chemins le ramenant vers la grande route où tous déambulent désorientés. Il avait marché tout droit sur la voie où reculer signifie s’égarer, les yeux bien ouverts et le cœur bien centré.

Parvînt-il ensuite à cet océan paisible de conscience aux couleurs pastels que décrivîrent ceux qui ne le suivirent pas là où il s’en était allé ? Ou bien n’y eut-il pour lui aucun rivage final, aucun domicile fixe où s’établir comblé, les jambes repliées et les yeux savamment plissés, tournés vers un dedans bien rangé ?

En réalité, la vérité n’est pas une villa au sommet d’une colline surplombant la plaine, avec son dais de glycines frais et ombragé sous lequel s’asseyerait un notable satisfait d’une retraite bien gagnée ! Les éveils ne se succèdent pas de degrés en degrés jusqu’à l’éveil suprême d’un crépuscule cendré, mais chacun est l’égal de tout les autres, aussi surprenant qu’un essain  d’étoiles naissant d’un immense nuage de poussières dorées !

Car une fois son premier éveil accompli, l’eveillé ne cesse jamais de s’éveiller encore. Tout éveil en fleur dépose sa prochaine germination inattendue. Et celui qui quitte la vie en s’éveillant au ciel n’est pas plus grand que celui qui ouvre son intelligence à la terre et à la pluie.

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