Publié par : gperra | 10 mars 2018

Songe de la Traîtrise

Comme les édifices d’une grande cité, la traîtrise peut prendre toutes les tailles, allant de la petite bâtisse que personne ne remarque au coin d’un carrefour, à l’immeuble qui surplombe de sa noire silhouette un quartier, ou qui domine la ville entière.

Il y eût le petit traître au visage gras et au sourire bête qui remit à l’ennemi aussitôt qu’il les eut reçus les documents tombés entre ses pattes d’ours prêt à tout pour du miel.

Il y eût la femme aux yeux torves qui se vengea en laissant s’allonger encore un peu plus l’os de son menton de menteuse, prononçant ses fausses dépositions comme elle aurait laissé s’écouler un épanchement urinaire ruisselant sur le bureau du commissariat, dans une effroyable odeur d’herpès.

Il y eût l’architecte sans visage ni pensée, au cœur creux comme un tambour de cérémonie, qui crut laver son âme dans les eaux du Gange tandis qu’il salissait une fois encore son esprit en s’agenouillant servilement devant ses anciens maîtres, qui ricannaient d’une telle silhouette de bambou.

Il y eût la femme-enfant venue se parjurer pour ne pas grandir, les mains posées pour toujours sur la barre du tribunal, tandis que l’écho de sa voix crècellante résonnera entre les murs du palais de justice jusqu’à ce qu’elle l’entende et s’en effraie.

Il y eût le faux-ami à la peau de fesses de bébé recouvrant ses joues rondes. Sa bouche était un anus défèquant des selles liquides semblables à d’onctueuses purées de carottes chaudes dont se délectaient ses adeptes, qui croyaient goûter la nourriture des dieux dans la chaleur du sourire d’un gourou, tandis qu’ils  s’en allaient en de ridicules processions aux forêts des anciens druides, depuis bien longtemps partis loin de tels imbéciles.

Mais la pire des traîtrises fût peut-être celle du jeune navigateur qui cinglait autrefois sa voilure derrière le navire de son capitaine, sentant la puissance du souffle marin soulever l’écume pour l’offrir aux rayons du soleil levant lorsqu’il fendait les vagues et que son cœur bondissait du courage d’aller plus loin que l’horizon, sans craindre les monstres des bords du monde ! Il aurait alors offert son âme pour ne pas perdre de vue le sillage de ce navire aux grandes voiles blanches qui lui ouvrait la voie vers la haute mer !

Que se passa-t-il en son esprit quand il sentit que l’ancre qu’il n’avait pas remontée raclait le fond vaseux de son être, ralentissant irrémédiablement sa course, tandis que s’éloignait au loin la flotte de ceux qui ne pouvaient plus l’attendre ? À quelle moment décida-t-il de pointer ses canons vers l’arrière des nefs qui s’en allaient vers leur liberté, tandis que lui-même perdait jusqu’à l’amitié du vent et sombrait dans la captivité des créatures des abysses, qui lui ravirent son propre nom ?

Comprit-il avant son naufrage que la plus grande des traîtrises vient toujours de ceux qui n’ont pas la force d’être eux-mêmes par eux-mêmes ?

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