Publié par : gperra | 24 juillet 2017

Songe de la Guérison

Au commencement des temps, l’Irreversibilité monta sur le trône de l’Univers, interdisant à toutes choses de redevenir ce qu’elles étaient, malgré leur profond désir de retourner se blottir dans la chaleur de l’oeuf dont elles étaient issues. Jamais la vitre brisée ne retrouvera sa transparence, ni le corps veilli son enfance, ni l’esprit usé son innocence.

Mais la Guérison aimait les enfants de la Terre et employa sa ruse pour leur venir en aide, sans pour autant briser la grande loi d’acier. Elle seule savait que ce qui nous fonde ne demeure pas tant en notre origine qu’en notre avenir, et que la pureté ne consiste pas tant à retourner à la blancheur d’antan que de nettoyer chaque jour la plaie pour permettre à la chair de surmonter la déchirure.  Car celui qui guérit fait bien plus que revenir à son point de départ : il devient davantage que ce qu’il était, meurtri mais plus grand, couvert de cicatrices mais empli de la mémoire des combats, abaissé jusqu’à la poussière de la souffrance mais élevé jusqu’à la lumière de la délivrance.

Avant la maladie, ou avant la blessure, nous flottions dans l’apesanteur des courants célestes où naviguaient insouciantes les rieuses baleines de nuages blancs. Par l’irreversibilité, un poids que nous n’aurions jamais imaginé nous a tiré jusqu’au noyeau de lave incandescent du monde, nous plaquant contre le sol jusqu’à la suffocation et l’agonie. Par la guérison, nous montons aujourd’hui sur des échasses qui rapprochent notre poitrine du Soleil pour courir plus vite que le vent.

Guérir soi-même et avoir vu guérir les autres fortifie la vraie patience, la foi sans dieu qui connait la victoire des petits actes répétés déplaçant les faiblesses que l’on croyait à jamais immobiles, coulées au fond de notre être comme des épaves de paquebots rouillés souillant les eaux de notre océan de vie. La guérison n’est pas en notre pouvoir et pourtant dépends de ce que nous faisons. Elle n’est pas entre nos mains et pourtant passe par nos gestes. Elle est avec nous sans nous appartenir.

En moi coule ce torrent d’eau claire sur lequel flamboie le soleil levant. Il est si fort qu’il déplace les roches qui parfois tombent dans son lit pour obstruer son cours, les repoussant sur les berges. J’ai guéri tant de fois que je connais la puissance de ses flots, même si parfois ses crues me surprennent encore. Je sais que je guérirais de tout, même de mon propre décès pourtant  prononcé en bonne et due forme, tant que mon cœur aura le désir de venir voir les lions de mer monter sur les berges des ports de la côte du Pacifique pour défier les chiens qui gardent les pêches de leurs maîtres endormis.

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