Publié par : gperra | 12 juillet 2017

Songe du Ciel

J’avais franchi le ruisseau qui me séparait de la colline surplombant le village au milieu du désert, bordés de volcans. Les pierres du gué étaient glissantes.

J’allais revoir le firmament, comme on retrouve un ami perdu de vue depuis son enfance. Un peu gêné, j’hésitais à entamer une discussion avec cette immensité silencieuse qui me laissait l’initiative du premier mot. Je me demandais comment aborder le Ciel après une si longue séparation sans être envers lui d’une maladresse insondable, lui adressant des prières sans avoir eu la politesse de faire auparavant sa connaissance, ou bien détaillant les coutures de ses vêtements sans prendre la peine de le regarder dans les yeux ?

Irrévérencieusement, mes yeux le regardaient de tous côtés. Je me disais que si le Ciel était la demeure de Dieu, celui-ci laissait sa chambre dans un fouillis surprenant que sa mère n’aurait probablement pas toléré, éparpillant ses étoiles dans un désordre qui ne pouvait rien imposer à personne. Obstinément, le Ciel refusait la pompe cerémonielle qui lui aurait assurée pour toujours cette vénération qu’on lui voue alors qu’il n’a pourtant rien demandé. Et s’il n’était rien d’autre que cette vertigineuse invitation au voyage que l’on saisit dès lors que s’évanouit l’illusion d’optique de l’équidistance des astres, je me demandais où nous mèneraient ces traversées pour lesquelles nos corps n’avaient pas été préparés ?

Pour l’heure, je me tenais sous sa voie lactée, magnifiquement dessinée d’un bord à l’autre. Devais-je lui confronter mon esprit comme le firent les premiers hommes, scrutant dans la nuit cet éparpillement incongru pour y déceler des figures et des lois cachées, refusant férocement cette anarchie provocatrice de points scintillants jetés aux quatre vents ? Ou bien devais-je ouvrir les portes de mon cœur à une volonté qui ruisellerait de ces lumières descendues de si haut pour venir se blottir dans mes yeux et guider ma vie ?

Je n’avais pas les réponses à ces énigmes. Je demeurais embarassé sous la voûte étoilée. Moi qui n’aime rien tant que les soupes bon marché des vendeurs ambulants au bord des routes andines non goudronnées, je me sentais comme l’invité par erreur d’un hôtel de luxe où les serveurs poussent avec déférence les chaises sous les fessiers des convives lorsqu’ils s’assoient. Mais je pouvais sentir la fierté de mon existence dans un monde qui depuis ses origines assume sa complexité, par respect pour nos esprits que la simplicité ne peut qu’avilir, puisque nous sommes faits pour aller de questions en questions.

Je ne connais pas le nom du Ciel. Peut-être personne ne lui en a-t-il d’ailleurs jamais donné. Ou bien ce nom ne peut-il être prononcé qu’après la mort, pour n’être entendu de personne d’autre que de soi-même et en aucun cas répété, échappant ainsi aux causeries mondaines des ambassades et des conciles. Mais je reviendrai à sa rencontre, à chaque ville en bordure du désert sur ma route de voyageur émerveillé, car j’ai plaisir à sa conversation qui n’élude pas ce qui me dépasse et pourtant me concerne.

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