Publié par : gperra | 20 juin 2017

Songe d’une Mère

L’accouchement est peut-être ce moment où l’amour d’une mère pour son enfant comprends​ qu’il devra s’élever au dessus du temps, comme les yeux de la grenouille émergent au-dessus de la surface verdâtre du marais, tandis que son corps plonge tout entier dans son épaisseur trouble. Ou peut-être ce sentiment se dessine-t-il plus tard, comme l’évidence d’une équation résolue qu’il suffisait d’entourer ?

Quelle est la cause de cette élection, qui fera de cet être de porcelaine un zénith orientant dans une seule direction une vie de jeune femme qui avait pourtant commencée ouverte à tous les vents du large ? Pourquoi cet indéfectible serment se prononce-t-il en son âme en cet instant où la mère doit soutenir la nuque de son enfant pour l’approcher de son propre visage, et lui dire son prénom dans le souffle d’un murmure chantant ? Pourquoi est-ce lui plutôt qu’un autre qui, parmi les milliards d’astres errants que contient l’Univers, deviendra ce centre de gravité d’où jaillit la douce lumière d’une étoile immobile ?

Car la fidélité à son enfant est bien plus que la pulsion de la femelle qui tourne son flanc vers ses petits pour leur tendre ses mamelles. Elle n’aura pour limites ni le sevrage ni la maturité ! La mère offrira cette part d’elle-même qui dispense le soin et la protection, même lorsque depuis bien longtemps ses seins ne contiendront plus de lait et que les dangers qui le menaceront seront devenus si différents de ce qu’ils étaient lorsque ce corps à peine séparé du sien pouvait encore être contenu dans le creux d’un bras replié.

Que signifie la trahison de cette fidélité, lorsqu’elle advient chez celles ou ceux qui renient cette part d’eux-mêmes qui a choisi d’être humble devant l’existence et sans fractures face à soi-même ? Que dit la voix de la conscience quand elle crie la culpabilité de l’abandon jusque dans les rêves d’un bagage oublié sur le quai d’une gare, cognant soudain violement contre la poitrine du voyageur assoupi dans son wagon aux rideaux tirés ?

La mère sait bien que cet attachement qui n’aura pas de fin ne peut être brisé sans fracasser les piliers du cosmos, puisque cette affectation pour son enfant relie la Terre et les Cieux bien plus efficacement que ne le ferait un Dieu en s’incarnant dans la chair à grand renfort de roulements de tambours et de coups de trompettes d’argent.

Toujours à côté de toi, dit le coeur d’une mère, j’assisterai à tes combats de titan et à tes travaux de mortel, pour me les raconter en secret avant même qu’ils ne soient un jour publiés à la face du monde entier. Car j’ai été avertie de ton renom à venir bien avant qu’un ange essoufflé n’atterrisse lourdement dans la cour de mon jardin pour m’ennuyer de ses déclarations fracassantes. Et personne ne pourra m’empêcher d’être au pied de ta croix lorsque tu saigneras, ou quand tu auras soif de ces pluies d’orages qui nettoient jusqu’au ciel lui-même, même si je suis depuis longtemps passée sur l’autre rive, puisqu’il n’existe aucune eau que je ne saurais traverser pour te rejoindre lorsque j’entends ta voix me réclamer.

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