Publié par : gperra | 25 mars 2017

Songe du Regard

Si j’avais pu vous regarder au fond des yeux lorsque pour la première fois je vous ai rencontré, sans doute aurais-je vu qui vous étiez. Mais il faut tant de temps pour apprendre à regarder des yeux jusqu’à leurs fonds !

Si j’avais pu poser tranquillement mon regard dans le votre avant de cheminer en votre compagnie, sans doute aurais-je perçu s’il vous était possible de vous tenir debout empli de joie dans l’attente du soleil levant, ou si l’obscurité des caves était depuis toujours votre demeure. Mais il faut tant de temps pour savoir déceler l’amour de la lumière ou repérer le goût des ténèbres !

Si j’avais appris à questionner en silence vos yeux, comme on demande aux inconnus de se présenter avant d’engager la conversation, sans doute aurais-je entendu votre vrai nom, que vous cachiez si bien derrière le paravent de votre sourire. Mais la langue des êtres véritables n’est jamais maternelle et doit s’apprendre lettre par lettre.

Toi qui me regardes à présent, en ce court instant où tes yeux sont fixes face à mon être, comme un chevreuil pris la nuit dans les phares, me donnes-tu de bon cœur ce moment où se croisent nos âmes, ou bien dois-je le capturer ? Quand bien même m’accompagnes-tu et partages-tu parfois mes bivouacs, es-tu tiède, es-tu bon ou es-tu malfaisant ? Il n’y a pas d’autres questions ! Je me moque de connaître la couleur de tes iris, dont les reflets changeants te sont venus en héritage et ne font pas partie de ce qui n’appartient qu’à toi-seul. 

J’ai appris à regarder jusqu’au fond des yeux lorsque j’ai su enfin me regarder en face. Et j’ai pu commencer à entendre les vrais noms de ceux que je rencontrais lorsque j’ai su écouter la voix de ma pensée sans lui couper la parole.

Qui que tu sois qui croiseras désormais ma route, sombre ou lumineux, sinistre ou rieur, je n’ai pas la force de me tenir face à tes yeux plus que ces quelques secondes de vérité ! Car cette immobilité me coûte mon animalité. Mais peut-être rencontrais-je un jour des yeux infiniment graves et paisibles, dont le flamboiement pourrait contenir sans peine l’intense éternité d’un regard, comme un firmament d’amitié ?

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