Publié par : gperra | 1 octobre 2016

Songe du Néant

Quand l’Univers cessa à mes yeux d’être un oeuf surgi du désir d’un Dieu ovipare dans le but de faire éclore l’Humanité, et que les étoiles ne furent plus pour moi ces yeux flamboyants de bonté tournés vers nos existences errantes dans les vallées enténèbrées, le Néant vint se placer face à moi, dressé comme un colosse d’acier. De sa bouche sortait un puissant mugissement, assourdissant jusqu’aux derniers psaumes encore blottis dans ma mémoire.

Je compris alors pourquoi ils étaient si nombreux à le fuir, lui et ses questions qui gèlent le sang jusqu’à la volonté ! J’aurais pu moi-aussi me décider à courir, pour aller m’abriter dans les églises, les familles, les armées ou encore dans les plaisirs où sa puissante voix ne me serait plus parvenue qu’atténuée. Et cela m’aurait semblé raisonnable, puisque je savais que rien ne saurait en triompher, et que seuls les refuges de pailles, de briques ou de béton armé pouvaient encore différer quelques temps son avancée.

Pourtant, je décidais de rester. Et je ne maudissais pas la science, qui l’avait fait paraître, comme le font ces faux-prophètes des âges nouveaux dans leurs citadelles aux vitraux colorés. Car jamais je ne mordrai comme eux à pleines dents dans la faiblesse de la chair humaine, pour m’enivrer de répugnante satiété, quand bien même l’insoutenable pénurie de sens me jetterait à terre comme une bête affamée !

Bien au contraire, je le laissais venir à moi, ses pas ébranlant le sol et lézardant un à un les temples de mes pensées. Mais tandis que le Néant s’approchait et que son ombre me couvrait bientôt tout entier, je me disais que si tout devait s’écrouler, je me tiendrais toutefois debout devant lui sans trembler, sans la moindre haine à son égard, sachant reconnaître son visage familier, déjà présent autrefois, lorsque nous apprenions à tailler des pierres et à racler la graisse des peaux des animaux que nous avions tués. Non, je n’ajouterais pas mes propres années à tout ces millénaires passés à le toiser de biais pour ne pas rencontrer son regard !

Je me tenais donc face au Néant. Moi, je n’avais rien à lui répondre, si ce n’est quelques paroles à peine murmurées. Mais je savais que le voir est notre vaillance, notre magnifique et grandiose chevauchée, sans promesse de places attitrées au banquet des dieux guerriers, sans corps momifiés sensés renaître dans l’éternité, sans nirvana où nous pourrions nous prélasser, sans jardin des martyres aux dattes un peu trop sucrées, sans non plus de vierge germanique pour intercéder, mais juste le trésor de notre précieuse intégrité !

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