Publié par : gperra | 22 août 2016

Songe du Groupe

Quelle place dans un groupe pour qui ne veut ni suivre ni être chef ?

Le groupe existe depuis que l’homme fût un animal. Il a ses meneurs, ses manipulateurs, ses faibles et ses forts, ses mâles et ses femelles, ses sentiers de transhumance, ses haltes, ses chasses, ses charges, ses fuites, ses guerres, ses perfidies, ses humiliations, ses intronisations, ses sacrifices, ses odeurs de glandes atrophiées mais encore bien actives. Il ne revient jamais sur ses pas, ni sur ses fautes.

Ils s’agit de suivre, puis suivre encore, vers les champs de pâtures comme vers les précipices !

Ceux qui mènent le groupe le dirigent en toute connaissance de cette animalité, sans pour autant être eux-mêmes des hommes, mais seulement d’autres animaux qui ont appris la domestication de leurs semblables. Ils mangeront volontiers la chair de leur troupeau quand sera tombée la nuit dissimulant l’éclat de leurs canines.

La plus grande malédiction ne fût sans doute ni la douleur de l’enfantement, ni la sueur ruisselant du front vers le soc de la charue, mais de ne pouvoir jamais complètement échapper aux groupes. Car ils sont là, à chaque tournant de l’existence, de la cour de Maternelle aux réunions de travail, imposant de verser et de mêler tous les sangs dans le même chaudron infecté.

Là où j’ai grandi, le groupe était si cruel qu’il a cisaillé à jamais les parties de mon être qui auraient pu lui appartenir. Je ne connaîtrai ni de nuits sous le grand tipi, ni de jours de gloire illuminés de feux d’artifice savamment orchestrés. C’est pourquoi il a été et sera toujours si facile pour un groupe de m’exclure.

Faut-il soi-même enfanter les groupes pour en être libéré, au risque que du pelage ne recouvre peu a peu notre torse ? Ou faut-il escalader des sommets si pentus qu’aucune prairie où d’autres viendraient paître à nos côtés n’y pourraient s’étendre ? Ou encore nourrir d’éthique et de fourrage nos propres bergeries ?

Ou bien plutôt élire l’ami, celui qui traversera à nos côtés les forêts ensorcelées  et les montagnes glacées ? Et réunir l’équipe, celle qui naviguera sur le grand fleuve et sera accueillie dans le domaine de la belle souveraine protectrice, avant d’affronter les armées vociférantes ? Puis laisser chacun aller son chemin lorsque le temps d’être ensemble ne sera plus.

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