Publié par : gperra | 30 juillet 2016

Songe d’un Fruit

Qu’il soit vêtu de vert, de rouge, d’orange, de jaune, de bleu ou de brun, le fruit arbore sans orgueil sa singularité princière. Fils de Nature, il n’est pas encore pourvu d’une chair où l’individu pourrait se ressentir lui-même. Mais il s’est clairement éloigné de la simple fibre végétale où l’Univers peut entrer et sortir à sa guise, sans avoir à saluer qui que ce soit.

Tout a probablement commencé par les fruits. Car le fruit est l’expérience-même. Celui qui mord dans un fruit nouveau, jusqu’alors inconnu, fait bien plus que se nourrir, pour autant qu’un petit éclat de penser s’est illuminé en lui. En le mangeant, il explore une saveur qui envahit sa conscience et donne soudain à sa propre sensation d’exister, qui n’était encore que vaporeuse, la consistance de la pierre, la dureté du granit.

Il y a bien longtemps, le goût du fruit fut si puissant qu’il fit oublier au premier mangeur jusqu’à l’existence des étoiles, des sources et des vents. Et tandis que le jus commençait à sécher sur ses lèvres et que la pulpe descendait dans son ventre, loin de toute conscience, c’est alors qu’il découvrit son insondable solitude. Jamais plus il ne pourrait oublier ce moment où ce qui est unique rencontra ce qui est également unique.

Car l’expérience du fruit ne connaît aucune satiété. C’est à l’infini que l’on goûte ses couleurs, sa chair et ses sucres ! Il est impossible d’en saisir toute l’étendue : de même que le concept se donne sans réserve à l’intelligence sans que celle-ci ne parvienne jamais à en faire le tour, le fruit se livre totalement à celui qui le croque tout en ne cessant de lui échapper.

Quelle est donc cette expérience originelle qui m’ebranle au point de me faire vaciller ? Grenade qui me ramène chez les Morts ou Pomme qui me chasse du Paradis, Orange qui fait resplendir le Soleil dans ma gorge ou Banane qui apaise les ouragans de l’âme, le fruit pénètre en moi comme un mythe grandiose. Il me raconte une histoire qui m’interroge et dont je veux la fin. Avec lui commence l’immense aventure de la curiosité humaine. Il nous a arraché à une quiétude dont nous continuons à nous lamenter, alors que nous devrions nous honorer de l’avoir abandonnée.

Nul ne m’empêchera désormais de goûter au monde et à moi-même de toutes mes dents, par amour d’un désir auquel aucun prêtre ni vicaire ne me fera jamais plus renoncer !

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