Publié par : gperra | 22 juillet 2016

Songe de la Beauté

Il y eut la première fois que le cœur se mit à frémir devant le cours d’une rivière où la lumière blanche d’une fin d’après-midi s’éparpillait sur des milliers de vaguelettes. Il y eut les feuilles rouges d’un arbre, comme un saignement qui n’en finissait pas. Il y eut l’immense voie-lactée surplombant une montagne enneigée, arrêtant le temps au sein même de la nuit. Il y eut le pelage d’un guépard se fondant dans la savane vibrante de chaleur.

Le genre humain était alors nomade et la beauté aussi. Elle apparaissait parfois au cours d’une journée de marche, comme on croise un autre voyageur sur son itinéraire. Mais lorsqu’ils s’arrêtaient pour la saluer, les premiers hommes ne trouvaient pas de mots. Et la beauté continuait sa route, pour les retrouver en d’autres lieux, où ils ne l’attendaient pas.

Parfois, il fallait marcher des mois entiers pour la revoir. Et parfois elle revenait encore et encore jusqu’à ce que le soleil se couche, comme si elle voulait lasser de sa présence pourtant inlassable.

Qui peut expliquer ce  qui se produisit le jour où l’humanité devint l’amie de la beauté ? Quand elle paraissaît, le cœur semblait vouloir se saisir du monde et n’en rien lâcher, jusqu’au plus petit éclat de couleur, jusqu’à la moindre brindille couchée par le vent. Tout semblait entrer en lui et déborder dans son être. Soudain, l’existence contenait bien plus que ce que l’on avait jamais attendu d’elle !

Et pourtant, la beauté ne laissait rien d’elle-même après son passage, sinon cette impression d’avoir séparé des côtes qui autrefois étaient soudées les unes aux autres, comme une armure fendue de toutes parts.

Les hommes voulurent alors la retenir et la garder par des oeuvres de leurs mains. Et elle se laissa prendre, ou plutôt fit semblant. Car même dans ces apparences où elle semblait demeurer, la beauté surgissait et disparaissait, comme un éclair dans la nuit. Toujours libre, toujours évanescente.

Jamais elle ne cessera de passer en ce monde ! Et jamais nous ne cesserons de la croiser, de la suivre, de la perdre et de la retrouver, pour autant que nous soyons en chemin.

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