Publié par : gperra | 15 juillet 2016

Songe de la Faiblesse 

Au commencement, rien n’indiquait sa faiblesse. Son intelligence, sa volonté, son audace l’accompagnaient comme un ouragan. Les lâches s’écartaient de son chemin. Les idiots n’osaient pas le suivre. L’injustice le craignait et reculait quand il s’avançait vers elle en la regardant ardemment droit dans les yeux.

Il découvrit la science avec passion : la décomposition de la lumière, le tableau périodique des éléments, la relativité restreinte et la relativité générale fortifiaient son esprit. La photographie ouvrit son regard à chaque histoire qui sommeille en tout visage, et au dialogue de la lumière avec les surfaces.

Quand il voulu construire une famille, ce fut pour l’idéal d’ouvrir le monde à des êtres meilleurs que lui-même, respectant leur intelligence et leur dignité par delà leurs corps d’enfants.

Mais la faiblesse peut exister et attendre son heure au sein même du feu de l’idéal. Le passionné de sciences donna son argent aux voyantes qui lui promettaient la célébrité, en lettres rouges sur fond blanc. Et celui qui croyait en ses enfants comme un germe de nouvelle civilisation les délaissa pour des filles sans cervelles qui lui ouvraient leurs cuisses, ou bien des portes scintillantes menant aux marches ébréchées de la gloire.

Apparemment proche et pourtant bien loin des grands de ce monde, le petit homme voulu croître comme une montagne en se donnant le vertige de leurs amitiés, tandis qu’il rétrécissait comme un nain solitaire crispé sous sa montagne de quartz et de manganèse.

Quand une sorcière posa ses mains sur son cerveau pour y implanter ses griffes, il ne senti même pas les ongles qui traversaient ses neurones, y injectant lentement le noir venin de l’égoïsme. C’est sans remords qu’il abandonna la meilleure partie de lui-même à son pouvoir, sans se soucier du devenir de ceux qu’il avait aimé.

Il cessa d’être le chevalier que la vie lui avait offert de devenir et ne quitta plus la sombre citadelle où il s’était enfermé, levant puis brisant le pont-levis qui conduisait vers les autres hommes.

Lui qui avait voulu faire table-rase d’une famille de maltraitance se retrouva festoyant au banquet cannibale de ses aïeux, qui autrefois abandonnèrent eux-aussi la chair de leur chair.

Et ce coeur qui avait jadis brûlé pour la justice et pour la vérité entra tiède et sans lumière dans la froide obscurité de l’après-vie, remettant une dernière fois son être entre de mauvaises mains.

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