Publié par : gperra | 24 avril 2016

Songe de la Parenté

Nos frères et nos sœurs sont ceux auprès desquels nous nous construisons. Nos proches, parfois si différents ! Ils sont le grand cadeau que nous mettons parfois si longtemps à accepter. À leur contact se révèle peu à peu notre singularité, s’affirme notre vrai tempérament, s’esquisse furtivement notre propre destinée, se découvrent nos limites, dans le jeu, dans le conflit, dans l’éloignement ou dans l’entraide.

Les animaux sont comme les frères et les soeurs de toute l’humanité. Nous nous construisons depuis toujours au contact de ces compagnons si proches et pourtant si différents. Nous avons grandis ensembles, même si nous nous mangeons. Nous ne savons peut-être pas encore nous aimer comme nous le devrions, mais nous savons depuis longtemps déjà nous adopter les uns les autres. Enfants sauvages ou chats d’appartements, nous tétons goulument aux mamelles de la même grande louve nocturne. Nous partageons la même maladresse et commettons les mêmes balourdises. Nous rivalisons de la même intelligence, de la même cruauté et de la même noblesse. Et si l’animal se blottit à nos côtés les yeux dormants, tandis que les nôtres s’éveillent à la comparaison, cela ne signifie nullement qu’il ne sente pas, comme nous, cette étrange différence et cette profonde parenté, comme parfois, au sein du rêve, affleure le pressentiment d’importantes réalités. Eux et nous sommes de la même portée !

Nos grands-parents, les végétaux, vivent parmi nous, mais dans un autre temps que nous. Leurs corps lents et ridés nous étonnent, mais ils ne sont pas des étrangers ! Ils nous rendent visite, s’installent en bordure de nos demeures ou à la périphérie de nos villes, calmes et bienveillants, regardant notre croissance fougueuse à l’aune d’une époque qui fut la leur et dont ils ne veulent pas encombrer nos consciences trop jeunes. Aux repas de famille, ils nous apportent les présents sucrés dont nous nous régalons, sans rien attendre en retour, sans se joindre à des chamailleries qui ne regardent que nous et qui les épuiseraient. Ce monde est désormais le nôtre. Si nous le leur demandons, ils sont pourtant prêts à nous raconter leurs souvenirs et leurs périples, de continents en continents, tant qu’il en est encore temps, afin de nous édifier.

Nos aïeux sont les roches, les eaux, les nuées et les étoiles. Bien qu’ils constituent chaque particule de ce qui nous entoure, nous venons à eux si rarement, comme nous venons parfois sur les tombes, les jours de recueillement. De cette parenté éloignée n’est restée pour nous que des noms. De beaux noms gravés dans les veines de la terre, des inscriptions laissées dans un immense et radieux cimetière, des photos de mariages sédimentées, des médailles de guerre scintillantes retrouvées dans le grenier galactique… Ces noms de nos ancêtres venus des extrémités du cosmos et des lointains des temps, que nous déchiffrons peu à peu lorsque nous apprenons à lire le grand livre du monde, armés de notre intrépide curiosité.

Mais qui sont nos parents ? Qui sont ceux qui, chaque jour, nous élèvent, nous torchent, et s’efforcent de nous conduire au meilleur de nous-mêmes, sans trop s’exaspérer ? Sans doute ceux qui vivent dans l’attention aux valeurs et dans l’amour, puisque c’est dans les valeurs que nous nous grandissons.

L’amour, qui est précisément la mesure sans jugement de l’écart entre les valeurs et nous, la vision claire mais non désespérée du long chemin encore à parcourir, le roseau d’or avec lequel l’architecte conçoit les plans de la future ville en arpentant le sol rocailleux de l’existence présente.

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