Publié par : gperra | 30 décembre 2015

Regards vers l’arrière : 2015

Il y a des années qu’il faut juste traverser pour passer à autre chose, pour aller en d’autres lieux, comme on traverse une lande désolée avant d’arriver dans un vrai pays. Et pourtant, tout en la laissant derrière soi, ne pas en laisser tomber dans l’oubli les paysages, mais recueillir ce qui peut et doit être recueilli :

Un retour émouvant dans une grotte aux géodes marines scintillantes, pour remonter au commencement de la fin.

Le souvenir de Charb me racontant comment, pour rentrer chez lui, il montait en courant la grande rue en pente de Pontoise, parce qu’il refusait de s’ennuyer à la gravir en marchant. Celui de Tignous, mettant mon vélo dans le coffre de sa voiture après une manifestation de 1995, pour m’éloigner des gaz lacrymogènes qui saturaient les rues. Les dessins de la chronique « Vu à la télé » d’Honoré qui, chaque semaine, me libéraient de la télévision. Wolinski faisant son appararition au journal avec une jeune et plantureuse italienne.

Le jour de l’éclipse, au moment de la disparition de l’unique lumière, quand disparurent aussi, simultanément, l’honneur de ceux qui auraient du s’y tenir.

La dernière image du visage de mon père de son vivant, tentant de se donner bonne figure, pourtant de biais, après nous avoir proposé de nous déshériter, avec pour argument : « Je vous ais payé l’école Steiner ! », tandis qu’à ces mots je partais d’un formidable éclat de rire.

Une sorcière diplômée de Sciences Politiques se demandant où et quand ses sortilèges avaient perdu tous leurs pouvoirs.

Une conversation téléphonique où, à l’autre bout, dans sa cabine, un lâche doit faire face aux conséquences de ses actes et de ses silences.

Une absente dont la présence s’estompe et dont la vraie nature se révèle.

Les nuées de couleurs des tableaux de Vélasquez, au Musée du Prado.

L’étonnement philosophique de l’hymne à la Vie des grottes de Lascaux et de Rouffignac.

La cavalcade du troupeau de bisons des grottes d’Altamira.

Danser le Swing à Vigo et converser en espagnol jusqu’au petit matin, dans un epais nuage de fumée de cigarettes.

Des voleurs recommandés par des fuyards, s’imaginant encore être de nobles fugitifs, quittant les lieux en emportant ce qui m’appartenait, mais laissant derrière eux leur dignité et leur perceuse.

Retrouvez un chez-soi, point de départ pour être avec d’autres.

Faire face, sur Terre, à chaque problème qui se pose, les uns apres les autres, comme Matt Damon sur Mars.

Les liens maintenus et les nouveaux qui s’amorcent.

Se réconcilier avec la puissance du coeur qui désire la vie et qui peut éprouver l’amour, pour devenir sujet.

Apprendre le Lindy Hop, qu’il m’avait fallu accepter de perdre pour le rencontrer vraiment.

Les reflets du soleil, étincelant dans les glaçons flottant dans le café crème d’un troquet de Madrid, tandis qu’une danseuse-juriste rayonne d’élégance ibérique.

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