Publié par : gperra | 20 août 2015

Songe de l’Ennui

Le goût de l’alcool dans la bouche,  ou le plaisir de l’acte sexuel irradiant encore le ventre, les fastes scintillants des grandes réceptions persistants dans les yeux, ou la sensation de l’or entre les doigts, l’Ennui peut s’inviter à tout moments dans les coeurs. Son effraction n’a pas la violence d’un cambriolage et nul objet n’a été par lui soustrait au quotidien. Et pourtant soudain tout semble vide !

C’est le lien à l’existence que l’Ennui parvient à distendre, sans toutefois le rompre. Ainsi pèse-t-elle et tire-t-elle désormais de tout son poids, comme une corde qui étrangle mais se refuse à donner la mort, cette existence qui auparavant supportait ma vie en silence.

Tant qu’on le confonds avec le désœuvrement, on méconnaît la puissance de l’Ennui. Lui ne disparaît pas avec l’arrivée de nouvelles découvertes. Il signifie que la découverte elle-même n’a plus d’intérêt ! C’est pourquoi, par peur de sa venue, l’on se construit une multitude de refuges : de paille, de briques ou de béton, de chairs de sa chair ou de pouvoirs qui électrisent le sang, de religions pour se maintenir dans l’éternité ou de guerres pour s’accrocher au présent. Mais tous ne peuvent pourtant que faire semblant de résister à son souffle.

Est-ce lui qui, depuis les origines, a convaincu l’humanité de partir à la conquête de la planète ? Car rien sinon le monde entier ne paraît venir à bout de l’Ennui ! Sa figure magique est la plénitude du cercle, en laquelle tout s’accomplit et tout perds sa raison d’être au terme de sa révolution. Le tour du monde arrivé à son terme est sa suprême cruauté.

Mais le vaincoeur de l’Ennui est un briseur de cercles ! Car la passion frappe les courbes et les redresse, surprenant celui-là même qu’elle anime ! Et voilà que la direction du voyage, contre toutes attentes, pointe maintenant en ligne droite vers l’infini, méprisant la sournoise et profonde tentation du retour, au-delà même de la question du sens. Car celui que la danse emporte, grisé de partager avec sa partenaire le même mouvement dans la vague d’une même musique, les yeux rivés aux siens l’instant d’un sourire et d’un pas-chassé, sait qu’il y a bien plus grand que le sens.

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