Publié par : gperra | 14 août 2015

Songe de la Moralité

Tant que la Moralité n’est que l’observance des règles, elle n’est pas. Tant qu’elle reste la singerie de ceux qui veulent leur portrait sur le mur de la maison familiale ou dans le hall d’entrée de la Mairie de leur village, jamais les couleurs ne parviendront à se fixer sur la toile. Il faut que tout commence par ce retour à soi qui se fait sans bruit, pour écouter ce qui vient de l’intérieur. Mais qu’entend-t-on alors ?

Pas autre chose qu’un souffle d’air frais qui saisit la peau. Et qui me fait aussitôt penser autrement, réfléchir en fléchissant le genoux au sol.

Ce n’est pas le bruit de barres de métal qui s’entrechoquent en tombant par terre, dans le fracas de lois descendues du Ciel par une grue de chantier ! Et ce n’est pas non plus le brouhaha d’une foule vociférante obtenant pour un instant la semblance d’un unique cri ! C’est le souffle d’air frais qui traverse une grotte et ride un lac translucide enfoui loin de toutes surfaces. Et voilà que l’Autre se met à exister devant moi et dans mon coeur. Il a soudain la consistance d’un fait, visible et pourtant détaché du désir qui animait mon regard.

J’ai beau chercher la pierre pour y trouver des marques de mots, il n’y a pas de rochers en ce lieu, ni d’écritures, gravées ou dactylographiées par quelque prophète calligraphe. Car la Moralité ne peut sortir du flux sanguin de l’intelligence sans devenir ce caillau qui finit par boucher les artères.

Tout ce qu’elle demande est ma cohérence. Aussi bien coordonnée que les embranchements qui actionnaient les roues de ces trains à vapeur d’autrefois ! Aussi rigoureuse que la résolution d’une équation à plusieurs degrés ! Aussi esthétique que le corps d’un guépard, d’où tout ce qui n’a rien à faire avec la course a été retiré !

Les vies sans cohérence n’ont pas ce sol où l’on s’appuie sur soi-même pour avancer. Et la parole donnée ne peut y être gardée par personne, si bien qu’elle n’est pas reconnue lorsqu’un jour elle revient à celui qui l’avait prononcée. Mais quand viendra le jour de rassembler toutes ces phrases sans suites laissées derrière soi pour tenter d’en faire un récit, qui aura la patience d’écouter par delà la lourde confusion ?

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