Publié par : gperra | 7 août 2015

Songe de la Malignité

Pour débusquer sa proie, confectionner son nid, alerter ses proches, protéger ses petits, l’animal sait être malin. Pour conquérir son conjoint, gagner de l’argent, abattre ses adversaires, l’homme aussi. Portée et courbée par le désir, la Malignité épouse les formes multiples et changeantes de ceux qui courent, rampent ou glissent, jusque dans les esprits de ceux qui sont devenus peu a peu humains. Mais elle ne peut accepter le renoncement ! Car elle veut tout, sa proie étant la partie vide de son être. Sa ruse est une revanche sur le monde, qui l’a fait naître si creuse. Tuer lui permet de s’accomplir, puisque la viande que ses crocs déchirent et que ses mâchoires broient devient sa propre chair.

La Malignité construit des apparences, dresse des façades, trompe les yeux, cristallise les mirages, érige des chevaux creux qu’elle fait entrer dans les villes pour les prendre de l’intérieur. Combien d’unions tiennent sur des séductions qui ont perdurées ? Combien de carrières reposent sur des reflets brilliants ? Combien de religions se prolongent au delà de leur temps par la peinture d’or dont elles badigeonnent leurs reliques ?

On la confond avec l’Intelligence, que pourtant la Malignité n’est pas. Car l’Intelligence, au contraire, cogne contre toutes les paroies et écoute les sons qui lui en reviennent. Pour elle, tout mur de roche est une porte dont elle cherche la serrure à la lueur de la lune montante tandis que les loups s’approchent dans le lointain. Et tout visage de porcelaine devra, tôt ou tards, laisser voir les rouages qui actionnent son sourire !

Sa faim de comprendre n’est pas l’appétit d’une créature vide. Car ce que l’Intelligence fait devenir pensée en le prenant en elle-même ne perds rien de ce qu’il était, mais rayonne plus puissamment encore qu’il ne le faisait auparavant.

Quand la Malignité me perds dans sa conquête, l’Intelligence au contraire me ramène doucement à moi-même. Puisque les choses sont autrement que ce que je croyais, je dois, moi aussi, devenir autre que ce que j’étais. Car l’Intelligence redresse la pensée vers le soleil, projetant au sol l’ombre du penseur. Il la voit désormais, cette part de lui même qui n’est pourtant pas tout à fait lui, rampant sur le sol à ses côtés. Et qu’il va devoir affronter !

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