Publié par : gperra | 26 mai 2015

Songe de la Faute

Un jour, la coquille est brisée par l’être qui sommeillait à l’intérieur. La faute parvient alors à fissurer le visage de l’innocence, à morceler le sourire qui s’affichait en toutes circonstances et à prendre pied dans la réalité. Malgré des années d’efforts pour la contenir, la voilà qui montre fièrement sa laideur aux yeux de tous !

Qu’elle soit absence totale de pitié, désir sanglant de vengeance, pulsion primaire, soif de pouvoir, manque effroyable de respect, duplicité conduisant à la trahison, égoïsme qui ne recule devant rien, plaisir de la cruauté,  la faute n’a pas pris au dépourvu celui qui l’a accomplie. Il savait son existence dans sa nature depuis presque toujours. Il espérait seulement pouvoir la garder secrète, comme une couvée empêchant l’éclosion, comme une gestation sans terme, les cuisses démentiellement serrées. C’était sans compter sur l’infinie bienveillance de la vie qui accouche tous les êtres, même les monstres qui dorment à l’intérieur de nous !

La faute une fois née marche d’un pas maladroit devant son auteur, indépendante de sa personne et expression impitoyable de ce qu’il est ! 

Elle n’est pas venue de nulle part, poussée par une brise légère ou une faiblesse passagère. Elle était là depuis les origines, son œil de reptile bien formé tandis que celui qui devait la commettre esquissait à peine son intention de le faire en son for intérieur. Vivante, consciente, elle ne faisait qu’attendre son heure dans le cœur du coupable, les griffes repliées.

Sortie au dehors, la faute glisse parfois longtemps avec virtuosité sur les crêtes miroitantes des vagues, repoussée loin de lui par son auteur. Mais celui-ci sait que quelque chose a irrémédiablement changé. Car il a cessé de poser son regard de la même façon sur lui-même.

La victime porte sur elle la marque rouge de celui qui l’a frappée, c’est pourquoi le coupable voudrait pouvoir l’accabler de la responsabilité de son acte. Elle est le dernier lien qu’il peut encore conserver avec lui même, par delà l’insouciance qui le happe loin de toute authenticité. Dans le malheur qui l’accable, la victime ignore bien souvent quelle puissance de clarté a fusé de son être pour permettre que le scandale arrive.

Quand survient le moment de mourir pour entrer dans la nuit privée de toute lumière, la faute tenue si longtemps à distance parvient-elle à s’approcher suffisamment du coupable pour le regarder dans le blanc des yeux, lui renvoyant en dernière instance cette image de lui-même qu’il a fuit depuis si longtemps ? Ou bien laisse-t-elle le mort s’envoler délesté de ce qu’il a commis, privée d’ailes pour le suivre où il va ?

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