Publié par : gperra | 20 janvier 2015

Songe de la Bêtise

La bêtise laisse sans voix et sans mots. Elle plante profondément ses bottes dans le sol et se pose avec aplomb pour parler le regard vide. Elle est sourde au respect, cette demande que la présence de l’autre formule doucement. Parfois, elle tue, sans connaître le prix du sang qu’elle verse.

Vivre exige de rouler sur le chemin la lourde pierre de sa propre obscurité : la bêtise s’est endormie à son ombre et la prend pour son soleil immobile.

Elle désarme l’intelligence, non parce qu’elle serait la plus forte, mais parce qu’elle propose des guerres qui n’ont pas de raisons d’être. La combattre, c’est rarement accepter les défis qu’elle lance.

La bêtise répète les mêmes erreurs jusqu’à ce que, lassées, les erreurs elles-mêmes prennent des visages d’horreurs pour faire réfléchir celui qui les commet. Elle est un torticolis de la pensée.

Face à la bêtise, la colère doit faire le choix de la parole et de la dignité. Car la bêtise veut la violence, qui est son triomphe. Elle impose pour cela l’épreuve redoutable de l’impuissance à l’atteindre et à pénétrer le moindre interstice du bunker ou elle s’est emmurée. Y-a-il un être plus tendre, en souffrance derrière ces épaisseurs de béton ? Ou bien est-il mort depuis longtemps, celui que l’intelligence espère, celui à qui elle s’adresse obstinément, sans remarquer que ce sont les murs qui lui répondent, vociférant toujours plus fort : « Nous sommes la bêtise ! Il n’y a rien au-delà de ce que nous sommes ! »

Intelligence ! Apprends de la bêtise ! Son oeil de cyclope ne pourra pas te voir, même s’il te regarde bien en face. Te fréquenter ne la changera pas, ou si peu. Tu ne rempliras son front monstrueux d’aucun enseignement. Elle ne goûtera aucun de tes traits d’esprit, car sa bouche est soudée et c’est de malheurs dont la bêtise se nourrit depuis longtemps. N’attends jamais d’elle sa pitié, car ton existence est une menace à la sienne ! Échappe-toi par ruse, quitte-la sans délais, ne l’attends pas ! Pars, si le monde est assez vaste et qu’il n’y a aucun dieux pour la venger !

Mais si la bêtise est toute-puissante et ne t’épargne pas sa compagnie, reviens à toi-même et ne te laisse plus dévorer par le spectacle stupéfiant de ce qui est mais ne devrait pas être. Seuls la vie et le temps pourront quelque chose pour elle, ou contre elle. Toi, non ! Car tu n’es ni la vie ni le temps, et le pouvoir des conséquences n’est pas entre tes mains.

Intelligence, souviens-toi que tu es une étoile descendue sur un front et que le firmament n’a pas fait don aux hommes de tout ses astres ! Trouve ta constellation, dont le dessin n’est pas tracé dans les lointains sur le fond bleu azur de la nuit, mais dans ce temps de ta vie, de rencontres en rencontres, de vrais amis en vrais amis.

Quand les regards qui se croisent brillent de complicité, entends le murmure des sources jaillissantes de la pensée ! Tu es l’intelligence, mais ces sources sont plus vives encore que tu ne l’es aujourd’hui ! Elles descendent de lieux dont l’ascension t’attend, ruisselantes de sommets dont la bêtise ne connaît pas les sentiers et dont les paysages lui demeurent inconnus. Ces merveilles te grandiront, comme la souffrance, au contact de la bêtise, t’a fortifiée.

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