Publié par : gperra | 17 décembre 2014

Grand recueil de citations philosophiques

Le SUJET

Le Sujet

« Que l’homme puisse posséder le Je dans sa représentation, (.. .) c’est par là qu’il est une personne, totalement différent par le rang et la dignité des choses comme les animaux dénués de raison. »

« Avant de dire Je, l’enfant avait simplement le sentiment de lui-même ; désormais, il en a la pensée. » Kant, Anthropologie du point de vue pragmatique

« Le moi, ou la personne, ce n’est pas une impression particulière, mais ce à quoi nos diverses idées et impressions sont censées se rapporter. » Hume, Traité de la nature humaine.

« La personne n’est pas un objet. Elle est même ce qui dans chaque homme ne peut être traité comme objet. » Emmanuel Mounier, Le Personnalisme, Éd. PUF, p. 5


« La personne est une chose qui peut se consulter soi-même comme le même, comme une même chose qui pense en différents temps et en différents lieux. Puisque la conscience accompagne toujours la pensée, c’est en cela seul que consiste l’identité personnelle, ou ce qui fait qu’un être raisonnable est toujours le même. » Locke, Essai philosophique concernant l’entendement humain, Éd. Vrin, p 264-265


« Penses un objet quelconque. Tu es immédiatement conscient de ta pensée dans cette pensée. On pense le concept moi quand le pensant et le pensé sont pris comme identiques. » Fichte, Le système de l’éthique selon les principes de la doctrine de la science, Éd. PUF, p 24


« Ton travail à toi, c’est de jouer le rôle qui t’es confié, mais de choisir ce rôle, c’est le travail d’un autre. » Épictète, Manuel, Éd. Hatier, p 59


« Il n’est pas difficile de comprendre pourquoi l’idéologie de la subjectivité entend se rattacher à la valeur éthique de la liberté individuelle si dans cette liberté on inclut, comme on le fait toujours, la propriété. » Kelsen, Théorie pure du droit, Éd. Dalloz, p. 227 :


« Les êtres raisonnables sont appelés des personnes, parce que leur nature les désigne déjà comme des fins en soi. La nature raisonnable existe comme une fin en soi. Agis de telle sorte que tu traites l’humanité aussi bien dans ta personne que dans la personne de tout autre toujours en même temps comme une fin, et jamais simplement comme un moyen. » Kant, Fondements de la métaphysique des moeurs, Éd. Gallimard/Pléïade, p 294

La conscience

« La conscience de soi s’acquiert théoriquement par le fait de se pencher sur soi-même. Mais en changeant les choses extérieures, l’homme les marque du sceau de son intériorité. » Hegel, Esthétique

« Posséder le je dans sa représentation, ce pouvoir élève l’homme infiniment au-dessus de tous les autres êtres vivants sur la Terre. Pour l’enfant, il semble qu’un soleil vienne de se lever. » Kant, Anthropologie du point de vue pragmatique

« Se connaître soi-même, c’est cela la sagesse. La sagesse est science d’elle-même et des autres sciences. » Platon, Charmide

« Pour la vérité, il faut chercher quelque chose d’indubitable. Je pense donc je suis est le premier principe de la Philosophie. » Descartes, Discours de la méthode, IVème partie

« La pensée est conscience. Tout ce que je fais ou sens est accompagné de conscience. » Descartes, Principes de la Philosophie, article 9

« La pensée que je ne suis pas ne peut absolument pas exister. Nier le sujet lui-même est une contradiction. » Kant, Anthropologie du point de vue pragmatique

« Dans mon corps je suis comme un pilote en son navire. Je suis tellement mêlé et confondu que je compose un seul tout avec lui. » Descartes, Méditations Métaphysiques, VIème.

« On ne peut pas déterminer les possibilités du corps sans l’esprit qui l’anime. Lorsque le corps est au repos, l’esprit semble incapable de penser. » Spinoza, Éthique, livre III

« Mon corps est à la fois voyant et visible, Il est pris dans le tissus du monde. Comme l’eau-mère dans le cristal, il y a indivision du sentant et du senti. » Merleau-Ponty, L’Œil et l’esprit

« Je ne peux jamais me saisir, moi, en aucun moment sans une perception. Quand toutes mes perceptions sont annihilées par la mort,, je suis un parfait néant. » Hume, Traité de la Nature Humaine

« Le je pense doit accompagner toutes mes perceptions. Il permet de lier une représentation à une autre et d’avoir conscience de leur synthèse. » Kant, Critique de la Raison Pure, I

« Il n’est pas une parcelle d’être qui ne soit à elle-même sans distance. La conscience ne peut se définir comme coïncidence avec soi. » Sartre, l’Être et le Néant

« Toute conscience est conscience de quelque chose. Tout cogito vise quelque chose. » Husserl, Méditations Métaphysiques

« Dans le monde en soi, toutes les directions sont relatives. Il n’y en aurait pas sans un être qui habite le monde et y trace une direction-repère. » Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception

« Les hommes se croient libres car ils sont conscients de leurs actions et ignorants des causes par lesquelles ils sont déterminées. » Spinoza, Ethique, livre III

« Ce n’est pas la conscience des hommes qui détermine leur existence, c’est leur existence sociale qui détermine leur conscience. » Marx, Critique de l’économie politique, Avant-Propos

« Il y a différentes manières d’obéir à la voix de sa conscience : comme un brave soldat qui entend la voix de son chef, comme une femme qui aime celui qui commande, comme un lâche qui a peur de son maître. » Nietzsche, Le gai savoir, paragraphe 335

« Connaître, c’est s’éclater vers, filer par-delà soi vers ce qui n’est pas soi . » Sartre, Situations

« La conscience n’a pas de dedans, elle n’est rien que le dehors d’elle-même, un mouvement pour se fuir. » Sartre, Situations

« Après la mort, délivrés des illusions que nous font le corps et les sens, (…) nous serons uniquement occupés à comparer ce que nous avons fait avec ce que nous avons du faire, c’est alors que la voix de la conscience reprendra sa force et son empire. » Rousseau, Emile

« L’homme, parce qu’il est esprit, a une double existence. Il existe d’une part au même titre que les choses de la nature, mais aussi pour soi, il se contemple, se représente à lui-même, se pense. » Hegel, Esthétique

« Cette conscience de soi, l’homme l’acquiert de deux manières : théoriquement, parce qu’il doit se pencher sur lui-même ; pratiquement, parce qu’il est poussé à se reconnaître lui-même en changeant les choses extérieures qu’il marque du sceau de son intériorité. » Hegel, Esthétique

La perception

« Il y a des ressouvenirs de jugements qui sont si prompts qu’on ne les distingue pas des perceptions de nos sens. Le bâton rompu dans l’eau. Une façon de juger à laquelle nous sommes accoutumés dès l’enfance : un sentiment. » Descartes, Sixième réponse aux objections adressées aux Méditations

« L’erreur est une privation de connaissance. Mais la connaissance de la vérité ne supprime pas l’apparence. Bien que l’on sache que le Soleil est très éloigné, on continue à le voir à moins de 200 pieds. » Spinoza, Ethique, livre III

« Il y a des illusions et non des erreurs des sens. Il n’y a véritablement erreur que dans la connaissance abstraite. Toute perception est une illusion. » Lagneau, Célèbres leçons et fragments

« Dans l’expérience d’une vérité perceptive, je présume que la concordance éprouvée jusqu’ici se maintiendrait pour une observation plus détaillée. Percevoir, c’est croire au monde. » Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception

« Les hommes agissent toujours en vue d’une fin. Ils finissent par considérer toutes les choses comme des moyens pour leur utilité propre. » Spinoza, Éthique, livre I, appendice

« Une illusion se distingue d’une erreur par la part de désir qu’elle contient. Une croyance est une illusion quand le désir est prévalent et ne cherche pas à être confirmé par le réel. » Freud, L’avenir d’une illusion

« L’illusion suppose, dans la conscience même, une coupure entre apparence et réalité. La conscience ne supporte pas cette coupure : si je pense voir, je vois. C’est la vérité qui devient sinon impossible. » Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception

« Il existe une illusion humaine selon laquelle tout acte humain se réalisant par l’intermédiaire de la pensée est fondé également dans la pensée. » Engels, Lettre à Franz Mehring du 14 juillet 1893

« Il n’y a pas d’instinct de vérité. Les hommes ne haïssent pas l’illusion, mais les conséquences fâcheuses des illusions ou des mensonges. » Nietzsche, Le livre du philosophe

« La bulle du monde a commencé par s’enfler et s’élargir avant d’éclater et de se perdre dans l’espace dans laquelle elle était plongée. » Alexandre Koyré, Du monde clos à l’univers infini

« L’espace n’est pas inhérent aux objets mêmes. Il est la création subjective de la sensibilité sous laquelle nous est possible une intuition extérieure. » Kant, Critique de la Raison Pure

« Dieu ne peut ôter ôter toute sorte de corps et nonobstant laisser l’espace. L’idée que nous avons de l’espace est comprise dans celle que nous avons du corps ou de la matière en général. » Descartes, Lettre à Mersenne du 9 janvier 1639

« La représentation spatiale est une action intériorisée tandis que la représentation ludique est un substitut de l’action. » Jean piaget et B. Inhelder, La représentation de l’espace chez l’enfant

« L’espace comme milieu homogène et vide, infini et infiniment perçu, n’est jamais perçu : il n’est que conçu. Cet espace est le schéma de notre action possible sur les choses. Comme une immense étoffe où nous pouvons tailler ce que nous voudrons, pour le recoudre comme il nous plaira. » Bergson, L’Évolution créatrice

« L’espace ne saurait être lui-même identique : tout comme le temps, il est divisé et différencié. Ces distinctions viennent de ce que des valeurs affectives différentes d’origine sociale ont été attribuées aux régions. » Durkheim, Les formes élémentaires de la vie religieuse

« Ce qui est actuellement perçu est pour une part traversé, pour une part environné par un horizon obscurément conscient de réalité indéterminée. Seule est tracée la forme du monde. » Husserl, Idées directrices pour une phénoménologie

« On connaît la cire parla seule inspection de l’esprit et non par la vision des yeux. » Descartes, Méditations Métaphysiques, II

« Tout l’univers de la science est construit sur le monde vécu. Revenir aux choses-mêmes, c’est revenir à ce monde avant la connaissance dont la connaissance parle toujours. » Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception

« Rêver, c’est percevoir mal. Bien percevoir, c’est bien penser. La perception est un savoir concret. » Alain, Vigiles de l’esprit

« Je ne vois point que le Soleil est plus gros que la Terre, ais je pense qu’il en est ainsi. Il n’y a point d’instrument qui me fera voir cette pensée comme vraie. Le microscope étourdit l’ignorant, il ne l’instruit point. » Alain, Propos, t. I

« Il faut accepter une véritable rupture entre la connaissance sensible etla connaissance scientifique. L’adhésion immédiate à un objet concret, c’est la satisfaction intime, ce n’est pas l’évidence rationnelle. » Bachelard, La formation de l’esprit scientifique

« Le pur sentir ne se présente jamais, c’est une abstraction. La sensation est comme au seuil de la connaissance, qui débute avec elle, mais elle n’est pas encore une connaissance. » Lagneau, Célèbres Leçons et Fragments

« Les faits psychiques sont des formes, c’est-à-dire des unités organiques qui s’individualisent et se limitent dans le champs spatial et temporel de perception et de représentation. » Paul Guillaume, La psychologie de la forme

« Cet objet est distinct comme phénomène de ce qu’il est comme objet en soi. Ce qui ne veut pas dire que les corps paraissent exister hors de moi, mais que l’espace et le temps ne résident que dans mon mode d’intuition et non dans les objets eux-mêmes. » Kant, Critique de la raison pure

« La conscience est un éclatement. Je suis hors de lui (l’objet perçu), hors de moi. Il n’y a plus rien en elle, sauf un mouvement pour se fuir, un glissement hors de soi. La conscience n’a pas de dedans. Elle est ce refus d’être substance. » Sartre, Situations I

L’Inconscient

« Dans le mythe d’Œdipe, le destin apparait comme une figure de l’inconscient, à la fois aveugle et clairvoyant. L’oracle et la volonté des dieux sont des travestissements idéalisés de l’inconscient. » Freud, Introduction à la Psychanalyse

« La conscience est un souverain absolu qui se contente des renseignements de ses fonctionnaires et ne descend jamais dans la rue. » Freud, L’Inquiétante Etrangeté

« L’inconscient ne désigne pas un principe d’interprétation, il se donne comme l’objet propre de notre sentiment spontané du comique ou du tragique. » Kaufmann, Philosopher

« Sur un rivage, on entend le bruit de la mer mais pas celui de chaque vague. On ne perçoit ces petites perceptions que parce qu’elles font partie d’un ensemble qui, lui, se fait sentir dans l’âme. » Leibniz, Nouveaux essais sur l’entendement humain

« Ma mémoire conserve dans ses plus obscures profondeurs des fantômes invisibles. Quand je dors, ils sortent de la nuit de l’inconscient et exécutent une immense danse macabre. » Bergson, L’Energie spirituelle

« Dans l’inconscient, il n’y a ni négation, ni doute, ni degré dans la certitude. Il n’y a que des intensités d’investissement. Les processus sont : condensation, déplacement. » Freud, Métapsychologie

« L’hypothèse de l’inconscient est nécessaire et légitime. Pour les rêves, les actes manqués, etc., mais aussi pour les idées sans origine, sans élaboration consciente. » Freud, Métapsychologie

« Le moi sert trois maîtres à la fois et concilie leurs revendications et leurs exigences contradictoires : le monde extérieur, le surmoi et le ça. » Freud, Nouvelles conférences d’introduction à la psychanalyse

« Au moins autant qu’il explique le psychologique par le corps, Freud montre la signification psychologique du corps. Avec la psychanalyse, l’esprit passe dans le corps comme inversement le corps passe dans l’esprit. » Merleau-Ponty, Signes

« L’Homme s’habitue à avoir un corps et des instincts. Le freudisme est l’art d’inventer en chaque homme un animal redoutable. L’inconscient n’est pas un autre moi. » Alain, Eléments de philosophie, livre 2

« Le corps est une grande raison. Instrument et jouet de ton corps, telle est ta petite raison que tu appelles esprit. » Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra

« Les données de la conscience sont extrêmement lacunaires. » Freud, Métapsychologie

« Notre expérience quotidienne la plus personnelle nous met en présence d’idées qui nous viennent sans que nous en connaissions l’origine , et de résultats de pensées dont l’élaboration nous est demeurée cachée. » Freud, Métapsychologie

« Le moi n’est pas maître en sa propre maison. » Freud, Introduction à la psychanalyse.

« Notre concept de l’inconscient nous vient de la théorie du refoulement. » Freud, Essai de psychanalyse

Autrui

« Regarder la Gorgone, c’est cesser d’être soi-même. Au lieu de réfracter votre regard, elle représenterait, dans sa grimace, l’horreur terrifiante d’une altérité radicale, à laquelle vous aller vous-même vous identifier, en devenant pierre. » Jean-Pierre Vernant, La mort dans les yeux

« Celui qui n’imagine rien ne sent que lui-m^me. La réflexion nait des idées comparées., et c’est la pluralité qui porte à les comparer. » Rousseau, Essais sur l’origine des langues

« Je perçois autrui comme comportement, mais je n’ai pas d’expérience interne de ce qu’il ressent car ses émotions appartiennent à son être au monde, indivise entre le corps et la conscience. » Merleau-Ponty, phénoménologie de la perception

« L’autonomie est la liberté qui sort de la présence sensible, ce n’est pas une liberté au sein de cette présence. L’esclave a préféré la vie à la liberté. » Hegel, Phénoménologie de l’Esprit, I.

« Autrui est l’être par lequel je gagne mon objectivité. Dans l’épreuve du regard, j’éprouve directement l’insaisissable subjectivité d’autrui. Car seule une autre liberté peut figer mes possibilités. » Sartre, L’Être et le Néant

« Dès qu’il y a indice de communication, autrui cesse de me transcender. Une existence ne transcende définitivement les autres que quand elle est oisive et assise sur sa différence naturelle. » Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception

« Le langage relève d’une façon fondamentale d’un univers peuplé où les autres sont comme autant de phares créant autour d’eux un îlot lumineux à l’intérieur duquel tout est connaissable. » Michel Tournier, Vendredi où les limbes du Pacifique

« Autrui n’est pas un objet dans le champ de ma perception : c’est d’abord une structure du champs perceptif. En parlant, autrui donne une certaine réalité aux possibles qu’il enveloppe. » Deleuze, la logique du sens

« Dans le dialogue, la pensée d’autrui et la mienne ne forment qu’un seul tissus. Nous coexistons à travers un même monde. » Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception

« Amour = force d’attraction. Respect = force de répulsion. Amitié = synthèse de l’amour et du respect. » Kant, Métaphysique des mœurs, Doctrine de la vertu

« La foule c’est le mensonge qui consiste à croire qu’elle ferait isolément ce que l’individu seul ferait isolément. car la foule est une abstraction et n’a pas de main. » Kierkegaard, Point de vue explicatif de mon œuvre

« La relation à autrui est asymétrique. La collectivité qui dit nous sent l’autre à côté de soi et non en face de soi. Elle a besoin d’un troisième terme qui permette la communion. L’autre, c’est le prochain, mais la proximité n’est pas une dégradation ou une étape de la fusion. » Lévinas, De l’existence à l’existant

« Le devoir d’hospitalité est une question de droit et non de philanthropie. Il faut donc que les hommes se supportent les uns à côtés des autres, personne n’ayant originairement le droit de se trouver à un endroit de la terre plutôt qu’à un autre. » Kant, projet de paix perpétuelle (II)

« Les barbares de l’Antiquité désignaient ceux qui ne participaient pas de la culture grecque. Le barbare, c’est d’abord l’homme qui croit à la barbarie. » Levi-Strauss, race et Histoire

« L’individuation est réelle. Chaque individu est un être radicalement des autres. Dans moi seul réside tout ce que j’ai d’être véritable : tout le reste est non-moi et me reste étranger. Voilà un jugement en faveur duquel protestent mes os et ma chair, qui sert de principe à tout égoïsme, et qui s’exprime et fait par tout acte dépourvu de charité, injuste ou malicieux. L’homme bon vit dans un monde qui est homogène avec sa propre essence : les autres ne sont pas pour lui un non-moi, mais il dit d’eux : c’est encore moi. » Schopenhauer, Le fondement de la morale, chap 4, D’une explication métaphysique du fait primordial en morale.

« Il est tout à fait exact que l’homme est naturellement libre, mais il l’est suivant le concept et non dans son existence naturelle immédiate. » Hegel, Leçons sur la philosophie de l’histoire.

« Le comportement d’autrui et même les paroles d’autrui ne sont pas autrui. » Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception.

« On n’aime jamais personne, mais seulement des qualités. » Pascal, Pensées.

« L’homme sauvage vit en lui-même ; l’homme socialisé toujours hors de lui ne sait vivre que dans l’opinion des autres. » Rousseau, Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes.

« Autrui est le médiateur indispensable entre moi et moi-même : j’ai honte de moi tel que j’apparais à autrui. » Sartre, L’Être et le Néant.

« La notion d’humanité, englobant sans distinction de race ou de civilisation, est d’apparition fort tardive et d’expansion limitée. » Levi-Strauss, Race et Histoire

« Quelles seraient l’ampleur et la justesse de notre pensée si nous ne pensions pas en communauté avec d’autres à qui nous communiquons nos pensées et qui nous communiquent les leurs ? » Kant, Qu’est-ce que s’orienter dans la pensée ?

« L’accès au visage est d’emblée éthique. Autrui, dans la rectitude de son visage, n’est pas un personnage dans un contexte, mais un sens à lui seul. » Levinas, Ethique et Infini.

Le Désir

« On jouit moins de ce qu’on obtient que de ce qu’on espère. Il n’y a rien de beau que ce qui n’est pas. Le pays des chimères est en ce monde le seul digne d’être habité. » Rousseau, La Nouvelle Héloïse

« Tout vouloir procède d’une souffrance. Le désir satisfait fait place aussitôt à un nouveau désir. C’est Tantale éternellement altéré. » Schopenhauer, Le monde comme volonté et comme représentation

« Plutôt changer mes désirs que l’ordre du monde. Rien n’est entièrement en notre pouvoir que nos pensées. » Descartes, Discours de la méthode, IIIème partie

« Le bonheur est le commencement et la fin de la vie heureuse et il est le premier des biens naturels. Il est au principe de nos choix et refus. Tout plaisir est un bien mais il ne faut pas rechercher tout plaisir. » Epicure, Lettre à Ménecée

« Pour l’opinion populaire, la libido est absente dans l’enfance, apparaît à la puberté, se manifeste dans l’attirance des sexes et son but est l’union sexuelle. Mais la science montre qu’il existe de nombreuses déviations dans la relation à la norme. » Freud, Trois essais sur la sexualité

« La consommation n’est pas relative à l’ordre des besoins et n’aboutit donc pas à une satisfaction. Le projet même de vivre, morcelé, déçu, signifié, se reprend et s’abolit dans les objets successifs. » Jean Baudrillard, Le système des objets

« Par la faute du corps, nous mettons de la paresse à philosopher. Si nous voulons savoir purement quelque chose, il nous faudra nous séparer de lui et regarder avec l’âme en elle-même les choses en elles-mêmes. » Platon, Phédon, 66 b-e

« Le non-sens de la douleur et non la douleur elle-même était une malédiction qui pesait sur l’humanité. L’idéal ascétique lui donnait un sens. La haine de ce qui est humain, animal, matière. » Nietzsche, Généalogie de la morale, Troisième dissertation

« Effort pour persévérer dans son être : volonté. Âme et corps : appétit. Nous ne voulons pas une chose, nous jugeons qu’une chose est bonne parce que nous en avons le désir. » Spinoza, Ethique, livre III

« Le désir est ce qui produit le fantasme et ce qui se produit lui-même en se détachant de l’objet. Mais aussi en redoublant le manque, en le portant à l’absolu, en en faisant une incurable insuffisance d’être. Le désir n’est pas manque mais production. » Deleuze et Guattari, L’Anti-Œdipe

« La conscience de soi est désir. Elle se donne la certitude d’elle-même par suppression de l’Autre. Mais il doit accomplir en soi cette négation de soi-même. La conscience de soi atteint sa satisfaction seulement dans une autre conscience de soi. » Hegel, phénoménologie de l’Esprit, I.

« On ne désir pas une femme en se tenant tout entier hors du désir. Tel est l’idéal impossible du désir : posséder la transcendance de l’autre comme pure transcendance et pourtant comme corps. » Sartre, L’Être et le Néant

« L’objet du besoin est à l’avance dévalorisé. » D’où l’illusion fondamentale inscrite en elle. Le désir est ce manque qui explique qu’on demande, et que la demande comme telle ne peut que dissimuler. Juranville, Lacan et la Philosophie

« Je n’aimais pas encore, mais j’aimais l’amour. Et mon âme était malade :  rongée d’ulcères, elle se jetait hors d’elle-même. » Saint Augustin, Confessions, livre III

« Les passions ne sont toujours que des désirs d’homme à homme et non d’homme à choses. Pour être sujet à une passion, il faut posséder la raison qui contient le concept de liberté qui s’oppose à ma passion. » Kant, Anthropologie du point de vue pragmatique

« Lorsque nous sommes portés à aimer quelqu’un, nous pouvons croire que cela vient de ce qu’il y a quelque chose en lui de semblable à ce qui a été dans un autre objet que nous avons aimé. Un homme sage ne doit pas se laisser entièrement aller à cette passion. » Lettre à Chanut du 6 juin 1647

« L’âme pâtit en tant qu’elle a des idées inadéquates. Celles dont on ne peut connaître l’effet par elles-seules. Quand nous pouvons être cause adéquate : une action. Sinon : une passion. » Spinoza, Ethique, livre III

« L’amour irraisonné d’un homme pour une femme est semblable à l’instinct des insectes. La vérité prend ici la forme de l’illusion afin d’agir sur la volonté. » Schopenhauer, Métaphysique de l’amour

« Les vertus sont des habitudes de l’âme qui la dispose à certaines pensées. La générosité est la clef de toutes les autres vertus et un remède général contre tous les dérèglements des passions. » Descartes, Traité des passions, article 161

« Il n’y a que les âmes de feu qui sachent combattre et vaincre. La froide raison n’a jamais rien fait d’illustre, et l’on ne triomphe des passions qu’en les opposant l’une à l’autre. » Rousseau, La Nouvelle Héloïse

« Tous les monstres moraux anciens sont là-dessus d’accord : il faut tuer les passions. Anéantir les passions à seule fin de prévenir leur bêtise, c’est une forme aiguë de bêtise. Attaquer les passions à la racine, c’est attaquer la vie à la racine. » Nietzsche, Le Crépuscule des Idoles

« Guerre intestine de l’homme entre raison et passions. Ne pouvant avoir paix avec l’une qu’en ayant guerre avec l’autre. » Pascal, Pensées, fragments 412-413

« Il n’est pas contraire à la raison de préférer la destruction du monde entier à une égratignure de mon doigt. Une passion doit s’accompagner de quelque faux jugement pour être déraisonnable ; même alors ce n’est pas la passion qui est déraisonnable, mais le jugement. » Hume, Traité de la nature humaine

« La trame est le fil de l’histoire universelle. Les passions sont le bras avec lequel l’idée gouverne. Rien de grand ne s’est accompli dans le monde sans passion. » Hegel, La raison dans l’histoire

« C’est par une sage considération de l’avantage et du désagrément qu’il procure que chaque plaisir doit être apprécié. » Epicure, Lettres à Ménecée

« Il est difficile de savoir si c’est un besoin physique qui veut être satisfait , ou la sensualité qui nous dupe et veut être servie. » Saint Augustin, Confessions.

« Le refus fut l’habile artifice qui conduisit l’homme des excitations purement sensuelles vers les excitations idéales, et peu à peu du désir purement animal à l’amour. » Kant, Anthropologie du point de vue pragmatique

« Le désir satisfait fait place aussitôt à un nouveau désir. Comme une aumône qu’on jette à un mendiant, elle lui sauve la vie aujourd’hui pour prolonger sa misère jusqu’à demain. » Schopenhauer, Le monde comme volonté et comme représentation.

« L’inquiétude, ce qu’on nomme désir, est le principal aiguillon qui excite l’industrie et l’activité des hommes. » Leibniz, Nouveaux Essais sur l’entendement humain.

« Les hommes qui sont fécond selon le corps cherchent un partenaire sexuel pour procréer. Les hommes qui sont féconds selon l’âme cherchent des âmes belles et nobles avec lesquelles ils pourront enfanter des pensées et accoucher des vertus qu’ils portent en eux. » Platon, Le Banquet

« Le Désir est l’essence même de l’homme en tant qu’effort pour persévérer dans son être. » Spinoza, Ethique.

« Le désir humain diffère du désir animal par le fait qu’il porte non pas sur un objet réel, mais sur un autre désir. Il est humain de désirer ce que désirent les autres, parce qu’ils le désir. » Kojève, Introduction à la lecture de Hegel.

« Désirer le désir d’un autre, c’est désirer que la valeur que je suis ou que je représente soit la valeur désirée par cet autre. Tout désir humain est fonction du désir de la reconnaissance. » Kojève, Introduction à la lecture de Hegel.

« Cette fureur de se distinguer qui nous tient presque toujours hors-de-nous mêmes provoque une multitude de mauvaises choses et un petit nombre de bonnes. Une poignée de puissants et de riche au faît des grandeurs et de la puissance, tandis que la foule rampe dans l’obscurité et dans la misère. » Rousseau, Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes

L’existence

« Le bonheur que procure le simple sentiment d’exister est une assiette assez solide où l’âme rassemble tout son être. Le sentiment de l’existence, dépouillé de tout autre affection, suffirait seul pour rendre cette existence chère et douce. » Rousseau, Rêveries d’un promeneur solitaire

« A l’ordinaire, l’existence se cache. On ne peut pas dire deux mot sans parler d’elle et, finalement, on ne la touche pas. La contingence n’est pas un faux semblant, c’est l’absolu. » Sartre, La Nausée

« Rien ne se fait sans raison suffisante. La cause est une substance, un Être nécessaire portant la raison de son existence avec soi : Dieu. » Leibniz, Principe de la Nature et de la Grâce

« Essentia est devenue : ce que sont les choses, par opposition au fait qu’elles sont. D’où la nécessité du terme existence pour dire ce que le mot essence dit de moins en moins. » Jean Beaufret, Introduction aux philosophies de l’existence

« On ne peut pas séparer l’existence de l’essence de Dieu. Ma pensée n’impose aucune nécessité aux choses : c’est la nécessité de la chose m^me, l’existence de Dieu. » Descartes, Méditations métaphysiques

« Être n’est pas un prédicat réel, une détermination du sujet. Le réel ne contient rien de plus que le simple possible; » Kant, Critique de la raison pure

« De quelle sorte de connaissance de la mort s’agit-il chez les animaux ? Ce n’est pas une intelligence individuelle mais une intelligence spécifique, un instinct. » Edgar Morin, L’homme et la mort

« Excepté l’homme, aucun être ne s’étonne de sa propre existence. Avec la raison, l’essence intime de la nature s’étonne de ses propres oeuvres et se demande à elle-même ce qu’elle est. » Schopenhauer, Le monde comme volonté et comme représentation

« La mort n’est rien pour nous, car la mort est absence de sensation. Lorsque nous existons la mort n’est pas là et lorsque la mort est là nous n’existons pas. » Epicure, Lettre à Ménecée

« La nature humaine a été modifiée par l’incessant retour de ces professeurs du but de l’existence : il faut qu’il se figure savoir de temps en temps pourquoi il existe. » Nietzsche, Le Gai Savoir

« La mort représente une sorte d’objectivité subjective. Je suis toujours et par définition même avant ma propre mort. Ainsi la mort joue à cache cache avec la conscience. » Jankélévitch, La Mort

« L’insuffisance de l’abstraction éclate dans toutes les questions qui concernent l’existence. Tout exercice logique de la pensée est du point de vue de l’éternel. » Kierkegaard, miettes philosophiques

« Si Dieu n’existe pas, l’existence de l’homme précède son essence. Il surgit dans le monde et se définit après. Il n’y a pas de nature humaine, puisqu’il n’y a pas de Dieu pour la concevoir. » Sartre, L’Existentialisme est un humanisme

« La notion d’existence permet de penser le mouvement par lequel l’homme est au monde, s’engage dans une situation physique et sociale qui devient à son tour point de vue sur le monde. » Merleau-Ponty, Sens et non-sens

Le temps

« La mémoire s’accompagne de réflexion, de ces « pensées qui n’ont pas toujours été en nous ». Les pensées des enfants ne laissent aucune trace dans leurs cerveaux, car ils ont des pensées directes, non réfléchies. » Descartes, Lettre à Arnauld du 26/07/1648

« L’habitude est une mémoire qui joue sur nos expériences passées mais n’en évoque pas l’image. Un présent qui recommence sans cesse. La mémoire vraie est coexistence à la conscience datant les événements et se ouvant dans le passé définitif. » Bergson, matière et mémoire

« Trois plans de la mémoire : la mémoire sociale, autistique et sensori-motrice. La pathologie clive ces plans normallement superposés; » J. Delay, Les dissolutions de la mémoire

« On peut avec un peu d’industrie regarder ses passions et changer les mouvement du cerveau et ainsi acquérir un empire très absolu sur toutes ses passions. » Descartes, Les passions de l’âme, art. 50

« Avec le temps, le rapport entre mes souvenirs et moi devient de plus en plus douteux. La mémoire n’est rien d’autre que la protestation morale de l’homme contre cette ambiguité. » Jankélévitch, Quelque part dans l’inachevé

« L’homme qui vit dans le présent est un impulsif. L’homme qui vit dans le passé un rêveur. Entre les deux, il y a l’homme d’action. » Bergson, Matière et mémoire

« La possibilité du bonheur dépends de celle d’oublier. S’asseoir au seuil de l’instant. Tout acte exige l’oubli. » Nietzsche, Considérations inactuelles

« Tout mon passé est là, pressant, urgent, impérieux, mais je choisis son sens et les ordres qu’il me donne par le projet même de ma fin. La seule force du passé lui vient du futur. » Sartre, L’Être et le Néant

« L’irréversibilité est ce qui donne à notre vie tant de gravité, un fond tragique. C’est elle qui provoque la plainte de tous les poètes. L’absolu de l’être et l’absolu du néant semblent se rapprocher jusqu’à se confondre. » Louis lavelle, Du temps et de l’éternité

« Chaque être, à chaque instant, devient par altération un autre que lui-même, et un autre que cet autre. Infinie est l’altérité de tout être, universel le flux insaisissable de la temporalité. » Jankélévitch, L’irréversible et la nostalgie

« L’avenir et le passé ne sont pas en tant que choses futures ou passées, mais sont choses présentes. Dans l’âme : passé = mémoire, présent = perception, avenir = attente. » Saint Augustin, Confessions Livre XI

« La durée réelle n’est pas un je ne sais quoi d’ineffable et de mystérieux mais la chose la plus claire au monde, ce que l’on a toujours appelé le temps. La durée réelle est dans le bourdonnement ininterrompu de la vie profonde. Non dans le temps spatialisé. » Bergson, La pensée et le mouvant

« Le temps doit coexister avec les créatures et ne se conçoit que par l’ordre et la quantité de leurs changements. Le temps particulier pris sans les choses est une fiction impossible. » Leibniz, Correspondance Leibniz-Clarkes

« Le temps n’est pas quelque chose qui existe en soi, ou qui soit inhérent aux choses comme une détermination objective. Le temps n’est autre chose que la forme du sens interne, l’intuition de nous-mêmes et de notre état intérieur. » Kant, Critique de la raison pure

« L’éternel sablier de la vie sera retourné sans répit. Comme il faudrait que tu t’aimes toi-même et que tu aimes la vie pour ne plus désirer autre chose que cette suprême et éternelle confirmation. » Nietzsche, Le gai savoir, paragraphe 341

« C’est du moment seul qu’on peut être privé, puisque c’est le seul qu’on possède. » Marc-Aurèle, Pensées, livre II

LA CULTURE

La Culture

« Il n’y a pas de naturel féminin. Dans la femme parée, la Nature est présente, mais captive, modelée par une volonté humaine selon le désir de l’homme. » Simone de Beauvoir, Le deuxième sexe

« L’homme n’est pas coupé de la nature. Cette frontière constamment reculée servait à écarter les hommes d’autres hommes, au profit de minorités toujours plus restreintes. Levi-Srauss, Anthropologie structurale, II

« L’âme humaine, altérée au sein de la société par mille cause sans cesse renaissantes, a changé d’apparence au point d’être méconnaissable. » Rousseau, Discours sur l’origine et les fondements de ‘inégalité parmi les hommes

« « La Morale n’appartient pas à la Culture, elle permet de la juger, elle découvre la dimension de la hauteur. La hauteur ordonne l’Être à partir de la révélation de l’Autre. » Lévinas, Humanisme de l’autre homme

« La cité est au nombre des réalités qui existent naturellement. L’homme est par natureun animal politique. Celui qui est sans cité naturellement est ou un être dégradé ou au-dessus de l’humanité. » Aristote, La Politique

« L’homme se distingue de l’animal par sa faculté de se perfectionner. » Rousseau, Discours sur l’origine et les fondements de ‘inégalité parmi les hommes « La prohibition de l’inceste est une règle sociale mais qui a un caractère d’universalité. » Levi-Strauss, Structures élémentaires de la parenté

« Les hommes se distinguèrent des animaux par le travail et par le fait qu’ils s’imposèrent des interdits. » Il glissa de la sexualité sans honte à la sexualité honteuse, dont l’érotisme découla. » Bataille, l’Erotisme

« Tant qu’il y a homme, il y a d’une part le travail (négation du monde) et de l’autre négation par interdits de l’animalité de l’homme (éducation). » Bataille, L’Erotisme

« Il semble que toute civilisation doive s’édifier sur la contrainte et le renoncement aux instincts. Il faut compter avec le fait que chez tous les hommes existent des tendances destructives, donc anti-sociales et anti-culturelles. » Freud, l’Avenir d’une illusion

« La discipline nous fait passer de l’état d’animal à celui d’homme. La discipline est purement négative, car elle se borne à dépouiller l’homme de sa sauvagerie. L’instruction au contraire est la partie positive de l’éducation. » Kant, Traité de pédagogie

« Si le perfectionnement indéfini de notre espèce est une loi générale de la nature, l’homme ne doit point se regarder comme un être borné d’une existence passagère. » Condorcet, Premier Mémoire sur l’Instruction Publique

« Chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage. » Montaigne, Essai, livre I

« Penser au problème des races est injurieux. Non que je me refuse à voir des différences. Mais il faut toujours surmonter les différences, et premièrement de soi aux autres. » Alain, Propos, tome 1.

« L’âme humaine, altérée au sein de la société par mille causes sans cesse renaissantes (…) a changé d’apparence au point d’être presque méconnaissable. » Rousseau, Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes.

« Une norme, dans l’expérience anthropologique, ne peut être originelle. » Canguilhem, Le Normal et le pathologique.

« Vouloir vivre conformément à la nature, c’est en fait vouloir prescrire et incorporer à la nature sa morale et son idéal. » Nietzsche, Par-delà le bien et le mal., I, par. 9.

« En amalgamant de façon abusive caractères innés et caractères acquis, les racistes laissent croire que culture et technologie sont le produit direct du génome et que les traits morphologiques sont de véritables marqueurs des qualités morales et intellectuelles. » Jacques Ruffié, De la biologie à la culture.

« Ce n’est pas tant l’entendement, qui fait parmi les animaux la distinction spécifique de l’homme, que sa qualité d’agent libre et sa perfectibilité. » Rousseau, Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes.

« L’homme n’est rien d’autre que ce qu’il se fait. » Jean-Paul Sartre, L’Existentialisme est un humanisme.

« Le caractère dominant de l’homme, son trait distinctif, n’est pas son essence métaphysique mais son œuvre. » Ernst Cassirer, Essai sur l’homme.

Cassirer défend un peu la même idée que Sartre, à la différence près qu’il ne nie pas forcément l’existence d’une nature humaine préexistante, mais montre qu’on ne peut pas l’observer empiriquement. Tout ce qu’on peut observer concrètement, c’est ce que l’être humain a réalisé, ce qu’il a fait. Donc il n’est pas possible de définir l’homme autrement que par ses œuvres, puisque son essence métaphysique (sa nature humaine), même si elle existe, reste inconnaissable.

« La nature est un principe de mouvement inné. » Aristote, Physique, livre II, chap. 1.

« La nature, c’est tout ce qui est en nous par hérédité biologique ; la culture, c’est au contraire tout ce que nous tenons de la tradition externe. L’anthropologie essaie de faire, dans l’ordre de la culture, la même œuvre de description que le zoologiste le fait dans l’ordre de la nature. » Lévi-Strauss, Entretiens avec Lévi-Strauss.

« L’homme ne vit plus dans un univers purement matériel, mais dans un univers symbolique. Le langage, le mythe, l’art, la religion sont des éléments de cet univers. L’homme ne peut plus se trouver en présence immédiate de la réalité mais s’entretient constamment avec lui-même à travers cet élément médiateur artificiel. » Ernst Cassirer, Essai sur l’homme.

« Tout ce qui est universel, chez l’homme, relève de la nature et se caractérise par la spontanéité, tout ce qui est astreint à une norme appartient à la culture et présente les attributs du relatif et du particulier. » Claude Lévi-Strauss, Les structures élémentaires de la parenté.

« La prohibition de l’inceste est le processus par lequel la nature se dépasse elle-même. » Claude Lévi-Strauss, Les structures élémentaires de la parenté.

« La civilisation est avant tout édifiée sur le renoncement pulsionnel et chaque individu isolé doit, sur le chemin qui le mène de l’enfance à la maturité, répéter sur sa personne cette évolution qui mène l’humanité à la résignation raisonnable. » Freud, Petit Abrégé de psychanalyse.

« Une limitation de son agressivité : tel est le premier et peut-être le plus dur sacrifice que la société doit exiger de l’individu. » Freud, Nouvelles conférences d’introduction à la psychanalyse.

« La nature a voulu que l’homme tire entièrement de lui-même tout ce qui dépasse son existence animale et qu’il ne participe a aucune autre perfection que celle qu’il s’est créé lui-même, indépendamment de l’instinct, par sa propre raison. » Kant, Idée d’une histoire universelle du point de vue cosmopolitique.

Le langage

« Les hommes n’ont pas inventé la parole pour exprimer leurs besoins, car ceux-ci écartent et non rapprochent les hommes. Le langage est venu des besoins moreaux, des passions. » Rousseau, Essai sur l’origine des langues

« Outil pour la main et langage pour la face sont les deux faces d’un même dispositif. La station verticale a pour l’humanité des facteurs de développement psychologique et cervical corrélatives. » André Leroi-Gourhan, Le Geste et la Parole

« Entre l’évolution privilégiée du système nerveux central de l’homme et celle de la performance unique qui le caractérise, il y a probablement un couplage très étroit, qui aurait fait du langage non seulement un produit, mais l’une des conditions initiales de cette évolution. » Monod, Le Hasard et la Nécessité

« Arbitraire du lien entre la suite de sons d’un mot qui lui sert de signifiant et le signifié. Il est immotivé, n’a aucune attache naturelle avec le signifié dans la réalité. » Saussure, Cours de linguistique générale

« Pour le sujet parlant, il y a entre la langue et la réalité adéquation complète : le signe recouvre et commande la réalité. Mieux, il est cette réalité. Transposé en termes linguistiques, c’est le problème métaphysique de l’accord entre l’esprit et le monde. » Benvéniste, Problèmes de linguistique générale

« Le signe linguistique unit non une chose et un nom, mais un concept et une image accoustique. C’est-à-dire un signifié et un signifiant. » Saussure, Cours de linguistique générale

« Seule la parole peut rendre présent le fait que notre corps contient une âme. Les signes de l’Homme sont à-propos, ce qui montre qu’ils suivent la raison. » Descartes, Lettre du 23 novembre 1646 au Marquis de Newcastle

« Toute idée générale est purement intellectuelle ; pour peu que l’imagination s’en mêle, l’idée devient aussitôt particulière. » Le êtres purement abstraits ne se conçoivent que par le discours. » Rousseau, Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes

« On ne peut penser sans les mots. L’ineffable, c’est la pensée obscure, à l’état de fermentation. Le mot donne à la pensée son existence la plus haute et la plus vraie. » Hegel, Philosophie de l’Esprit, par. 463

« La culture est un univers de symboles intégrés par une structure spécifique et que le langage manifeste et transmet. C’est en définitive le symbole qui noue ce lien vivant entre l’homme, la langue et la culture. » Benvénsiste, Problèmes de linguistique générale

« Un individu né dans un milieu d’une culture spécifique pensera dans des termes en usage dans sa société et par conséquent la nature de sa pensée en sera affectée. » Otto Klineberg, Langage, pensée, culture

« Les nouveaux dispositifs formels qui proposent le texte à son lecteur en modifient les conditions de réception et de compréhension. Le livre a été l’une des plus puissantes métaphores utilisées pour penser le cosmos, la nature ou le corps humain. » Roger Chartier, L’Ordre des livres.

« L’un de mes buts essentiels a toujours été de placer la ligne de démarcation entre culture et nature, non dans l’outillage, mais dans le langage articulé. » Levi-Strauss, Entretiens avec Claude Levi-Strauss (Georges Charbonnier)

« La langue de convention n’appartient qu’à l’homme. » Rousseau, Essai sur l’origine des langues.

« Dans le langage humain, la référence à l’expérience objective et la réaction à la manifestation linguistique s’entremêlent librement et à l’infini. L’abeille ne construit pas de message à partir d’un autre message. » Emile Benveniste, Problèmes de linguistique générale

« Le nom sera semblable à la chose. » Platon, Cratyle, 433d-434b

« Les mots ne sont que des symboles des relations que les choses entretiennent les unes avec les autres et avec nous ; nulle part ils n’atteignent la vérité absolue. » Nietzsche, La philosophie à l’époque tragique des Grecs.

« Pour le sujet parlant, il y a entre la langue et la réalité adéquation complète : le signe recouvre et commande la réalité, mieux, il est cette réalité. » Emile Benveniste, Problèmes de linguistique générale

« Les mots sont des sons distincts et articulés dont les hommes ont fait des signes pour signifier leurs pensées. » Antoine Arnaud et Claude Lancelot, Grammaire générale et raisonnée (1660)

« Le premier usage des dénominations est de servir de marques ou de notes en vue de la réminiscence. » Tomas Hobbes, Léviathan

« Il ne faut pas confondre les paroles (des hommes ; signes qui servent à communiquer les pensées) avec les mouvements naturels (les sons où les gestes des animaux), qui témoignent les passions. » Descartes, Discours sur la méthode

« Nous ne saisissons la pensée que déjà appropriée aux cadres de la langue. Hors de cela, il n’y a que volition obscure, « ce que nous voulons dire » ou « ce que nous avons dans l’esprit ». » Emile Benveniste, Problèmes de linguistique générale.

« Voici ce que me semble faire l’âme quand elle pense : rien d’autre que dialoguer, s’interrogeant elle-même et répondant, affirmant et niant. » Platon, Théétète, 189 e-190a

« Les êtres purement abstraient ne se conçoivent que par le discours. » Rousseau, Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes.

« Il y a une opacité du langage : nulle part il ne cesse pour laisser place a du sens pur, il n’est jamais limité que par du langage encore et le sens ne paraît en lui que serti dans les mots. » Merleau-Ponty, Signes.

« La philosophie est la lutte de notre entendement par les moyens de notre langage. » Ludwig Wittgenstein, Tractatus logico-philosophicus

« Il n’est pas de sujet sur lequel l’orateur ne parlerait de façon plus persuasive que n’importe quel homme de métier devant une foule. » Platon, Gorgias

Platon dénonce ici le fait que la rhétorique est une manière d’utiliser le discours pour obten,ir le pouvoir sur autrui et non pour rechercher la vérité. Cf. repère conceptuel : persuader/convaincre.

« Le shaman fournit à sa malade un langage dans lequel peuvent s’exprimer immédiatement des états informulés, ce qui provoque le déblocage du processus physiologique. » Claude Levi-Strauss, Anthropologie structurale

« La parole était à l’origine un charme, un acte magique, et elle a conservé encore beaucoup de son ancienne force. » Freud, La question de l’analyse profane

« Il faut admettre que la fonction primaire de la communication écrite est de faciliter l’asservissement. » Claude Levi-Strauss, Tristes Tropiques

« Le discours, loin d’être cet élément transparent ou neutre dans lequel la sexualité se désarme et la politique se pacifie, est un des lieux où elles exercent quelques unes de leurs plus redoutables puissances. » Michel Foucault, l’ordre du discours

« Les hommes acceptent le dialogue, parce qu’ils ont déjà exclue la violence. » Eric Weil, Logique de la philosophie

L’Art

« Une œuvre d’art a du, dans sa cause, précéder sa réalité et penser l’effet. Quand on ne possède pas l’habileté de faire, on ne possède pas un art. » Kant, Critique de la faculté de juger, par. 43

« La désublimation des œuvres est le processus selon lequel tous les sujets sont unis sur le même plan, tous les éléments peuvent entrer dans les créations plastiques ou littéraires. Tout est art. » Gilles Lipovetsky, l’Ère du Vide

« A l’espace où l’homme agit avec conscience, le cinéma substitue un espace où son action est inconsciente : la marche, le geste, etc. Il ouvre l’expérience de l’inconscient instinctif. » Walter Benjamin, Essai II

« Si une jeune fille est belle, c’est qu’il existe quelque chose qui donne sa beauté au belles choses. » Platon, Hippias majeur, 287 d – 288b

« Agréable : satisfaction pathologiquement conditionnée. Inclination. Bon : ce qui a un intérêt pratique. Beau : jugement contemplatif. Faveur. Bien : jugement raisonnable. Respect. » Kant, Critique de la faculté de juger, par 5.

« Il existe deux espèces de beauté : la beauté libre et la beauté adhérente. Les fleurs sont des beautés qui plaisent librement pour elles-mêmes. Mais la beauté d’un homme, d’un cheval, d’un édifice suppose un concept d’une fin qui détermine ce que la chose doit être. La liaison du bon avec la beauté porte préjudice à la pureté de celle-ci. » Kant, Critique de la faculté de juger, par. 16

« Il faut distinguer science, ignorance et imitation. Les poètes sont éloignés de la vérité de trois degrés. » Platon, La République, 598a-599b

« La conception selon laquelle l’art est une imitation de la nature n’est qu’un moment de l’idée. L’art est alors un ver faisant des efforts pour égaler un éléphant. L’art ce n’est pas l’homme qui imite la nature, c’est le sentiment que la nature imite l’homme. » Hegel, Esthétique, I

« On a vu les brouillards de Londres grâce à la poésie. Aujourd’hui la peinture impressionniste nous révèle la lumière de la France. La Nature, c’est quand il n’y a plus regard mais imitation. » Wilde, Intensions

« L’apparence n’est pas inessentielle, c’est un moment essentiel de l’essence. Le monde extérieur, composé d’apparences, est en fait plus illusoire que l’apparence propre à l’art, puisque nous y croyons davantage. » Hegel, Esthétique, I

« Comme le névropathe, l’artiste fuit la réalité dans l’imaginaire mais lui cherche le chemin du retour. L’analyse ne peut rien nous dire du don ni de la technique de l’artiste. » Freud, ma vie et la psychanalyse

« Le poète est chose légère, ailée, sacrée, e il ne peut créer avant de sentir l’inspiration, d’êtr hors de lui et de perdre l’usage de la raison. » Platon, Ion, 533c-534e

« Le génie est le talent de donner des règles à l’art. C’est un don naturel. La règle est donc donnée par la nature dans le sujet. » Kant, Critique de la faculté de juger, par. 46

« Le génie c’est l’intelligence active. On préfère l’art achevé à l’art en train de se faire. On écarte toute idée de devenir, c’est une tyrannie de la perfection provenant d’un enfantillage de la raison. » Nietzsche, Humain trop humain

« L’art ironique se trouve réduit à la représentation de la subjectivité absolue, puisque tout ce qui a pour l’homme valeur et dignité se révèlent inexistant par suite de son auto-destruction. » Hegel, Esthétique, I

« A la question du pourquoi de son existence, il n’y aurait d’autre réponse que ce que Goethe appelait le résidu de l’absurde que contiendrait tout art. » Adorno, Autour de la théorie esthétique

« Originairement, la prépondérance absolue de la valeur culturelle faisait de l’œuvre d’art un instrument magique. Aujourd’hui, la prépondérance de sa valeur d’exposition lui assigne des fonctions neuves, parmi lesquelles la fonction artistique apparaît comme dérisoire. » Walter Benjamin, Essais

« Ceci distingue le cinéma qu’à travers le corps il enregistre les pensées. L’oeil machinique est l’oeil véridique. C’est un mode qui abolit l’opposition entre un monde intérieur et un monde extérieur. C’est de l’esthétique. » Jacques Rancière, De l’Histoire du cinéma

« Au Moyen-Âge, l’œuvre d’art était sacrifice, offrande, consécration d’une partie des richesses que la peine des hommes avait créées. » Georges Duby, Saint Bernard, l’art cistercien.

« L’art se distingue de la science et de l’artisanat. » Kant, Critique de la faculté de juger

« Il est possible de percevoir tout objet, naturel ou créé par l’homme, sur le mode esthétique. » Erwin Panofsky, L’œuvre d’art et ses significations.

« Sans une règle qui le précède, un produit ne peut jamais être désigné comme un produit de l’art. Le génie est le talent (don naturel) qui donne à l’art ses règles. » Kant, Critique de la faculté de juger, par. 46.

« La peinture la plus digne d’éloges est celle qui a le plus de ressemblance avec ce qu’elle imite. » Léonard de Vinci, Traité de la peinture

« Les peintres qui obéissent à l’imagination cherchent dans le dictionnaire de la nature les éléments qui s’accommodent à leur conception. Ceux qui n’ont pas d’imagination copie le dictionnaire. » Beaudelaire, Curiosités esthétiques.

« Le symbole est de sa nature essentiellement équivoque. » Hegel, Esthétique, 2ème partie

« Autre est le sens fourni par la lettre, autre est le sens qu’on tire des choses signifiées par la lettre. Le premier sens est littéral, le second allégorique. » Dante, Lettre à Cangrande Della Scala

« Ce qui importe pour dire que l’objet est beau, c’est ce que je fais de cette représentation en moi-même, et non ce par quoi je dépends de l’existence de cet objet. » Kant, Critique de la faculté de juger, par. 2

« La vue de la beauté terrestre réveille le souvenir de la beauté véritable. » Platon, Phèdre

« La nuit est sublime, le jour est beau. » Kant, Observations sur le sentiment du beau et du sublime.

« C’est la poésie en son vouloir propre qui est élan dans les mots vers plus que les mots, appel lancé au lecteur pour qu’il aille plus loin que le poète. » Yves Bonnefoy, Entretiens sur la poésie, ch. 4.

« Nous trouvons la liberté dans une étroite soumission à l’objet. L’insoumission ne trouve que l’arbitraire des caprices et les désordres de la fantaisie. » Igor Stravinsky, Poétique musicale

« L’art est un mode de connaissance sui generis, différente de toute connaissance scientifique et conceptuelle, mais pourtant médiation de vérité. » Hans-Georg Gadamer, Vérité et Méthode

« La vision du peintre n’est plus un regard sur un dehors : c’est plutôt le peintre qui naît dans les choses comme par concentration et venue à soi du visible. » Maurice Merleau-Ponty, L’œil et l’Esprit

« Comment imiter ce qui n’a ni proportion ni couleur, qui n’est même pas visible du tout ? Le bonheur de nos amis fait briller de joie nos visages et leur malheur les assombrit. On peut donc peindre l’âme. » Xenophon, Mémorables, livre III

« A l’origine, l’image est médiatrice entre une communauté et une cosmologie. Outil des hommes sans outils, la chose imagée fut longtemps un bien de première nécessité. » Régis Debray, Vie et mort de l’image

« La fête révolutionnaire est la reconnaissance exaltée d’une part divine présente en chaque homme. Parce que la vie humaine participe à la divinité, les hommes vivants veulent représenter la divinité sous l’aspect de la vie. La foi révolutionnaire choisit pour emblèmes substitutifs des êtres de chair ou des objets vivants. » Jean Starobinski, 1789, Les emblèmes de la raison

« L’ornement n’est là que pour être vu et afin de soutenir l’imagination dans son libre jeu avec les idées et d’occuper sans une fin déterminée la faculté esthétique de juger. Le jugement de goût ne juge que les formes (sans tenir compte d’une fin) telles qu’elles s présentent aux yeux. » Kant, Critique de la faculté de juger

« L’artiste ne se soumet jamais au monde et soumet toujours le monde à ce qu’il lui substitue. Un artiste de génie devient un transformateur de la signification du monde. » Malraux, Les voix du silence

« Abreuvons-nous des images multiples, informantes et heuristiques. Elles découvrent ce qui nous échappait, extériorisent le caché et chassent les arrières-mondes puisque, grâce à elles, il n’y en a plus. » F. Dagonet, Image et science

« Deux visages, fussent-ils jumeaux, ne seront jamais exactement semblables, c’est pourquoi la face humaine est sacrée. Non comme image de Dieu, mais comme image de rien d’autre, d’aucune autre image possible. » Régis Debray, Vie et Mort de l’Image

Le Travail

« En même temps qu’il agit sur la nature extérieure et la modifie, l’homme modifie sa propre nature et développe les facultés qui y sommeillent. Ce qui distingue le plus mauvais architecte de l’abeille la plus experte, c’est qu’il a construit la cellule dans sa tête avant de la construire dans la ruche. » Marx, Le Capital

« L’institution de l’esclavage n’était pas un moyen de se procurer de la main d’oeuvre à bon marché, mais une tentative pour éliminer des conditions de vie le travail. » Hannah Arendt, Condition de l’homme moderne

« Le travail constitue le but même de la vie telle que Dieu l’a fixé. La répugnance au travail est le symptôme de l’absence de grâce. L’évaluation religieuse du travail a constitué le plus puissant levier à l’esprit du capitalisme. »

Max Weber, L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme

« L’homme ne doit pas être dirigé par l’instinct, il doit bien plutôt tirer tout de lui-même. C’est comme si la nature tenait plus pour l’homme à l’estime raisonnable de soi qu’au bien-être. » Kant, Idée d’une histoire universelle du point de vue cosmopolitique

« Le travail du domestique ne se fixe ou ne se réalise sur aucun objet, sur aucune chose qu’on puisse vendre ensuite ; Ses services périssent à l’instant même où il les rend. » Adam Smith, Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations

« Le Maître force l’esclave à travailler. Et en travaillant, l’esclave devient maître de la Nature. L’avenir et l’Histoire appartiennent donc non pas au Maître guerrier mais à l’esclave travailleur. » Alexandre Kojève, Introduction à la lecture de Hegel

« Les natures individuelles, en se spécialisant, deviennent plus complexes et par là-même sont soustraites en partie à l’action collective et aux influences héréditaires. » Durkheim, De la division du travail social

« Dans la glorification du travail, je vois l’arrière-pensée de la peur de tout ce qui est individuel. Le travail constitue la meilleure des polices. » Nietzsche, Aurore, livre III

« Est-il juste que le talent donne droit à une rémunération plus élevée ? Le pour et le contre sont deux faces de la justice entre lesquelles il est impossible d’établir l’harmonie. C’est l’utilité sociale seule qui permet de décider entre l’une et l’autre. » John Stuart Mill, L’Utilitarisme

« L’aliénation du loisir ne tient pas à sa subordination directe au temps du travail, elle est liée à l’impossibilité même de perdre son temps. Le temps de la consommation est celui de la production. » Jean Baudrillard, La société de consommation

« Il est inconcevable à quel point l’homme est naturellement paresseux. Les passions qui rendent l’homme inquiet, prévoyant, actif, ne naissent que dans la société. » Rousseau, Essai sur l’origine des langues

« A la sueur de ton visage tu mangeras du pain jusqu’à ce que tu retournes au sol. » La Bible de Jérusalem, Genèse, 2, 25-3

« Lors de la transgression d’Adam, Dieu, comme le rapporte l’écriture, ne maudit pas Adam lui-même mais la terre qu’il travaillait. » Irénée de Lyon, Contre les hérésie, II, 23, 3.

« Le travail est désir refréné, disparition retardée : le travail forme. La conscience travaillante en vient à l’intuition de l’être indépendant, comme intuition de soi-même. » Hegel, Phénoménologie de l’Esprit

« Si l’on retire un individu de son milieu social, on lui coupe presque tous ses ressorts moraux, ses motifs de travailler et même sa raison d’être. » Bronislaw Malinowski, Les Argonautes du pacifique occidental.

« Le travail distingue et sépare les biens qui sont communs, y ajoute quelque chose de plus que la nature et par ce moyen en fait des biens particuliers. John Locke, Traité du gouvernement civil, chap. 5.

« En lui expliquant ce terme d’appartenir, je lui fais sentir qu’il a mis là son temps, son travail, sa peine, sa personne enfin ; qu’il y a dans cette terre quelque chose de lui-même qu’il peut réclamer contre qui que ce soit. » Rousseau, Emile ou De l’éducation, livre II.

« Le partage des terres a produit une nouvelle sorte de droit, le droit de propriété différent de celui qui résulte de la loi naturelle. » Discours sur les origines et les fondements de l’inégalité parmi les hommes, 2ème partie.

« On produit toutes choses en plus grand nombre, mieux et plus facilement, lorsque chacun, selon ses aptitudes et dans le temps convenable, se livre à un seul travail, étant dispensé de tous les autres. » Platon, La République, livre II.

« De produit individuel d’un ouvrier indépendant faisant une foule de choses, la marchandise devient le produit social d’une réunion d’ouvriers dont chacun n’exécute constamment que la même opération de détail. » Marx, le Capital, livre I, 4ème section, chap. 14

« L’ouvrier, qui travaille pour vivre, ne compte pour le travail comme faisant partie de sa vie ; c’est bien plutôt le sacrifice de cette vie. » Marx, Le Capital, livre I, 3ème section, chap. 7.

« L’homme est le seul animal qui doit travailler. » Kant, Réflexions sur l’Education, III.

« La plus grande jouissance des sens, c’est le repos après le travail. Le penchant à se reposer sans avoir préalablement travailler correspond à de la paresse. » Kant, Anthropologie du point de vue pragmatique, II, par. 87

La Technique

« Création et action sont distinctes. L’art se rapporte à la création, non à l’action proprement dite. L’art aime le hasard comme le hasard aime l’art. » Aristote, Ethique à Nicomaque, livre VI

« La caractéristique constante de l’homme et de l’intelligence n’est pas homo sapiens mais homo faber. L’intelligence est la faculté de fabriquer des objets artificiels, en particulier des outils à faire des outils. » Bergson, L’Évolution créatrice

« Ce n’est pas parce qu’il a des mains que l’homme est le plus intelligent des êtres, mais c’est parce qu’il est le plus intelligent des êtres qu’il a des mains. La main semble bien être non pas un outil,mais plusieurs. » Aristote, Les parties des animaux

« Il n’y a probablement pas de raison pour séparer le niveau du langage decelui de l’outil puisque le progrès technique est lié au progrès des symboles techniques du langage. » André Leroi-Gourhan, Le Geste et la Parole

« Au lieu de cette philosophie qu’on enseigne dans les écoles, on peut en trouver une pratique par laquelle nous pourrions nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature. » Descartes, Discours de la Méthode, VI

« La distribution des arts en libéraux et mécaniques est un préjugé qui tendait à remplir les villes d’orgueilleux raisonneurs et de contemplateurs inutiles, et les campagnes de peits tyrans ignorants, oisifs et dédaigneux. » Diderot, article Art de l’Encyclopédie

« Le premier regard qu’il porta sur lui-même y poduisit le premier mouvement d’orgueil. Les hommes jouissant d’un fort grand loisir l’employèrent à se procurer plusieurs sortes de commodités inconnues à leurs pères : ce fut là le premier joug qu’il s’imposèrent sans y songer. » Rousseau, Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes

« Tandis que les outils d’artisanat à toutes les phases du processus de l’œuvre restent les serviteurs de la main, les machines exigent que le travailleur les servent. » Hannah Arendt, Condition de l’homme moderne

« La science moderne et l’État totalitaire ne sont que les conséquences nécessaires de la technique, du fait que l’étant est passé dans le mode de l’errance. » Michel Haar, Le chant de la Terre

« Avec les bagnes industriels que constituent les grandes usines, on ne peut fabriquer que des esclaves. » Simone Weil, Réflexions sur les causes de la liberté et de l’oppression sociale

« Dans es sociétés modernes, la démocratie et la volonté politique doivent céder la place aux décisions de nature plébiscitaire pour mettre tel ou tel personnel administratif à la tête de l’Etat. C’est la thèse de la technocratie. » Habermas, L a technique et la science comme idéologie

« La techné s’est transformée en poussée en avant infinie de l’espèce et en son entreprise la plus importante. La technologie reçoit une signification éthique par la place centrale qu’elle occupe désormais dans la vie subjective des fins humaines. » Hans Jonas, Le principe de responsabilité

« Les biotechnologies ne semblent pas avoir pour premier effet d’occulter les problèmes d’éthique. Elles les suscitent et amènent à un débat public. » Jean-Pierre Serris, La Techniques

« Epiméthée avait dépensé pour les animaux toutes les facultés dont il disposait. Alors Prométhée vole à Hephaïstos et à Athéna la connaissance des arts avec le feu. Mais l’homme n’avait pas la science politique, restée chez Zeus. » Platon, Protagoras, 320d-322b

« Toutes les pièces mécaniques sont des produits immédiats ou dérivés d’une activité technique organique. » Georges Canguilhem, La Connaissance de la vie

« Il y aurait donc à considérer le corps social comme un être indépendant du corps zoologique. » André Leroi-Gourhan, Le geste et la Parole

« L’instinct est la faculté d’utiliser et même de construire des instruments organisés ; l’intelligence est la faculté de fabriquer et d’employer des instruments inorganisés. » Henri Bergson, l ‘Evolution Créatrice

« Un objet technique est constitué de telle façon qu’une représentation de ce qu’elle est a du nécessairement précéder son effectivité. » Kant, Critique de la faculté de juger.

« La constitution de réserves alimentaires est à l’origine de la transformation complète que subissent les sociétés humaines. » André Leroi-Gourhan, Le Geste et la Parole

« On appelle technique un groupe de mouvements, en majorité manuels, organisés et traditionnels, concourant à produire un but connu comme physique, chimique ou organique. » Marcel Mauss, Journal de psychologie

« Entre les savants proprement dits et les directeurs effectifs de travaux productifs, il commence à se former de nos jours une classe intermédiaire, celle des ingénieurs. » Auguste Comte, Cours de philosophie positive

« À la science, il appartient de connaître, et par suite de prévoir ; à la technique, il appartient de pouvoir, et par suite d’agir. » Auguste Comte, Cours de philosophie positive

« Pour envisager dans toute sa généralité le principe de la production du mouvement par la chaleur, il faut le concevoir indépendamment d’aucun mécanisme. » Sadi Carnot, Réflexion sur la puissance motrice du feu

« En suivant la physique contemporaine, nous avons quitté la nature, pour entrer dans une fabrique de phénomènes. » Gaston Bachelard, L’activité rationaliste de la physique contemporaine

« La chimie crée son objet, ce qui la distingue des sciences naturelles et historiques. » Marcellin Berthelot, Chimie organique fondée sur la synthèse.

« L’être le plus intelligent est celui qui est capable de bien utiliser le plus grand nombre d’outils : or la main semble bien être non pas un outil mais plusieurs. » Aristote, Les parties des animaux (687a7-687b9), livre IV.

« Dès que l’instrument, sorti de la main de l’homme, est manié par un mécanisme, la machine-outil a pris la place du simple outil. » Marx, Le Capital, livre premier, 4ème section, chap 15.

« C’est le support même de l’individualisation technique qui a changé : ce support était un individu humain, il est maintenant une machine. » Gilbert Simondon, De l’existence des objets techniques, 1ère partie, chap. 5.

« Il est possible de parvenir à des connaissances qui soient fort utiles à la vie, par laquelle connaissant la force et les actions du feu, de l’eau, de l’air, des astres, nous pourrions nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature. » René Descartes, Discours de la méthode, VIème partie

« La science a donné ce qu’on lui demandait et n’a pas pris d’initiative. » Bergson, Les deux sources de la morale et de la religion

« Il n’est plus possible de parler de neutralité de la technologie. La société technologique est un système de domination. » Herbert Marcuse, L’homme unidimensionnel

« Nous avons besoin de la menace contre l’image de l’homme pour nous assurer d’une image vraie de l’homme grâce à la frayeur émanant de cette menace. » Hans Jonas, Le principe de responsabilité

L’Histoire

« Le terme Histoire signifie les actes du passé et notre connaissance de ces événements. Comme si un scientifique confondait Physique et Nature. Nous ne pouvons saisir notre vie passé, la vie de l’humanité, de la même façon que celle des objets qui nous entourent. » E. Cassirer, L’Idée de l’Histoire

« Nous attendons de l’Histoire une certaine objectivité. Nous attendons de l’historien une certaine qualité de subjectivité. Une subjectivité de haut rang, non seulement de moi-même mais de l’Homme. » Ricoeur, Histoire et Vérité

« Aucune conscience, en tant qu’humaine, n’est close sur elle-même. Les conduites des individus ne sont pas intelligibles isolément. » Raymond Aron, Dimensions de la conscience historique

« Tout semble voué à la disparition, rien ne demeure. La fin des réalités individuelles ne s’épuise cependant pas dans leurs buts particuliers. L’Histoire n’est que l’image et l’acte de la Raison. » Hegel, La Raison dans l’Histoire

« L’Esprit en marche vers une nouvelle forme est l’âme interne de tous les individus. C’est leur intériorité inconsciente que les grands hommes porteront à la conscience. » Hegel, La Raison dans l’Histoire

« L’Histoire de toute société est histoire de lutte des classes. Deux vastes camps ennemis : la bourgeoisie et le prolétariat. » Marx et Engels, Manifeste du Parti Communiste

« La situation économique est la base, mais la politique, le droit, les philosophies peuvent jouer un rôle déterminant quant à la forme de la lutte. » Engels, Lettre à Joseph Bloch du 21/10/1890

« Un dessein d’ordre moral devient un devoir dès lors que l’impossibilité de sa réalisation n’est pas démonstrativement établie. L’espérance en des temps meilleurs a eu de tout temps une influence sur l’activité des esprits droits. » Kant, Sur l’expression courante : il se peut que ce soit juste en théorie, mais en pratique cela ne vaut rien

« Vouloir que l’Histoire est un sens, c’est inviter l’Homme à maîtriser sa nature et à rendre conforme à la raison l’ordre de la vie en commun. Prétendre connaître à l’avance le sens ultime et les voies du Salut, c’est substituer des mythologies historiques au progrès ingrat du savoir et de l’action. » Raymond Aron, Dimensions de la conscience historique

« Théologique ou rationnel, l’ordre des valeurs doit toujours être tenu distinct de l’ordre des faits. Sinon nous assistons à une déification du cours des choses. On ne juge plus l’Histoire ou le Pouvoir, on les justifie. » Alquié, Solitude de la raison

« Il existe un temps géographique, un temps social et un temps individuel. » Braudel, La Méditerranée et le monde méditerranéen à l’époque de Philippe II

« Le propre de l’événement moderne est de se dérouler sur une scène immédiatement publique. C’est une fête que la société se donne à elle-même. On ne peut plus faire la part de l’événement exhibé et de l’exhibitionnisme événementiel. » Pierre Nora, Faire de l’Histoire

« Un excès d’Histoire nuit au vivant. Il attaque la faculté plastique de la vie, un paradis de santé a été perdu. Les contrepoisons de l’historisme sont le non-historisme (l’art et le pouvoir d’oublier) et le super-historisme (caractère d’éternité, art et religion). » Nietzsche, Considérations inactuelles II

« L’Histoire est pour l’espèce humaine ce que la raison est pour l’individu. Elle est une affaire personnelle du genre humain » Schopenhauer, Le Monde comme volonté et comme représentation

« Les révisionnistes ne cherchent pas à connaître le déroulement exact des événements mais s’intitulent juges des pièces à conviction. Ils s’occupent de sauver des non-phénomènes. » Pierre Vidal-Naquet, Les assassins de la mémoire

« Alors que la vitesse de l’évolution biologique est à peu près constante, l’évolution culturelle est en accélération permanente. » Jacques Ruffié, De la biologie à la culture

« Unes des phases les plus créatrices de l’histoire de l’humanité se place pendant l’avènement du néolithique, c’est-à-dire avant l’apparition de l’écriture. » Claude Lévi-Strauss, Tristes Tropiques

« Un animal est, au bout de quelques mois, ce qu’il sera toute sa vie. Il y a une qualité très spécifique qui distingue l’homme de l’animal, c’est sa faculté de se perfectionner. » Rousseau, Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes

« L’esprit qui va plus avant, c’est l’âme intérieure de tous les individus, mais l’intériorité inconsciente que les grands hommes leur rendent consciente. » Hegel, Leçons sur la philosophie de l’histoire

« Tant que les hommes ne s’appliquèrent qu’à des ouvrages qu’un seul pouvait faire, ils vécurent libres. Dès l’instant qu’un homme eut besoin du secours d’un autre, l’égalité disparut, la propriété s’introduisit. Ce sont le fer et le blé qui ont civilisé les hommes et perdu le genre humain. » Rousseau, Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes

« L’événement, c’est comme un pavé jeté dans la mare, et qui fait remonter des profondeurs une sorte de fond un peu vaseux, qui fait apparaître ce qui grouille dans les soubassements de la vie. » Georges Duby, Dialogues

« Sur tout événement, l’imaginaire de masse veut pouvoir greffer quelque chose du fait divers, son drame, sa magie, son mystère. L’événement, c’est le merveilleux des sociétés démocratiques. » Pierre Nora, Faire de l’histoire

« Qu’est alors cette vérité historique ? une fable convenue… » Napoléon, Mémorial de Saint-Hélène

« Il est presque impossible de penser l’homme préhistorique sans apporter de jugement de valeur, sans en faire l’héritier posthume de notre pensée du XXème siècle. » André Leroi-Gourhan, Les religions de la préhistoire.

« Tout travail historique décompose le temps révolu, choisit entre ses réalités chronologiques : temps individuel, temps social, temps géographique. » Fernand Braudel, Écrits sur l’histoire

« Un des grands vices de l’histoire est qu’elle peint beaucoup plus les hommes par leurs mauvais côtés que par leurs bons. » Rousseau, Émile, IV

« Ce qu’enseignent l’expérience et l’histoire, c’est que les peuples et gouvernements n’ont jamais rien appris de l’histoire. Chaque époque constitue une situation si individuelle que dans cette situation on doit et on ne peut décider que par elle. » Hegel, Leçons sur la philosophie de l’histoire

« L’excès des études historiques implante la croyance nuisible à la caducité de l’espèce humaine, achemine vers une pratique sage et égoïste qui finit par paralyser la force vitale. » Nietzsche, Considérations intempestives.

« La nature, dans le jeu de la liberté humaine, n’agit pas sans plan ni dessein final. Cette idée pourrait nous servir de fil conducteur a priori pour l’étude de l’histoire. » Kant, Idée d’une histoire universelle du point de vue cosmopolitisme

« La raison gouverne le monde et par conséquent l’histoire universelle. Cette raison est immanente dans l’existence historique. » Hegel, Leçons sur la philosophie de l’histoire

« Le mode de production de la vie matérielle domine en général le développement de la vie sociale, politique et intellectuelle. Ce n’est pas la conscience des hommes qui détermine leur existence, c’est au contraire leur existence sociale qui détermine leur conscience. » Marx, Critique de l’économie politique, avant-propos.

« L’Homme est au fond une bête sauvage, une bête féroce. Nous ne le connaissons que dompté, apprivoisé, en cet état qui s’appelle civilisation. Que les verrous et les chaînes de l’ordre légal tombent, que l’anarchie éclate, c’est alors qu’on voit ce qu’est l’Homme. » Schopenhaeur, Point de vue explicatif de mon oeuvre

« Ce que raconte l’Histoire n’est au fond qu’un long rêve, le songe lourd et confus de l’humanité. » Schopenhauer, Le Monde comme volonté et comme représentation

La Religion

« Une croyance fait l’unité d’une collectivité. Une religion est un système solidaire de croyances et de pratiques relatives à des choses sacrées qui unissent en une même communauté morale tous cux qui y adhèrent. » Emile Durkheim, Formes élémentaires de la vie religieuse

« Dieu est le dimanche de la vie loin des buts déterminés et des objectifs éphémères. La foi reconnaît l’essence divine comme la vérité de ce qui existe, comme la substance de existences présentes par accident. » Hegel, Leçons sur la philosophie de la religion

« Zeus dirige une raison commune qui court à travers toutes choses. Les hommes méchants abandonnent la raison une qui naît de toutes choses. » Cléanthe, in Les Stoïciens

« Le Judaïsme se distingue des autres religions pour qui la sainteté était une possession de l’homme par Dieu. Pour lui, la sainteté est d’instituer un certain rapport de l’homme à la divinité et de l’y maintenir. » Lévinas, Difficile liberté

« Il y a deux idées psychologiquement enracinnées dans l’individu : protection de soi et conservation de soi. Selon le Bouddhisme, les idées de Dieu et de l’Âme sont fausses et vides. » Walpola Rahula, L’enseignement du Bouddha

« Il ne faut pas que les interprétations de la philosophie soient communiquées à la masse, car cela la conduirait à l’infidélité. » Averroes, Discours décisif

« On ne peut pas croire à quelque chose si la Raison oppose des objections. La Raison et la Religion ne doivent pas avoir des liens de vassalité mais vivre dans la paix et la concorde, occupant leurs royaumes propres. » Spinoza, Traité théologico-politique

Une religion est vrai comme est vraie comme est vraie ce que dit un conte. Ce qui est à déterminer ce n’est point si Jésus l’a dit un jour, mais s’il a dit vrai. » Alain, Les Dieux

« Abolir la religion en tant que bonheur illusoire du peuple, c’est exiger son bonheur réel. La religion est le soleil illusoire qui gravite autour de l’homme tant que l’homme ne gravite pas autur de lui-même. » Marx, Contribution à la critique de la philosophie du droit de Hegel

« L’angoisse humaine en face des dangers de la vie s’apaise à la pensée du règne bienveillant de la Providence divine. De la valeur de la plupart des religions il est impossible de juger.  » Freud, L’avenir d’une illusion

« Le sacrifice de Dieu au néant, ultime et dernier sacrifice religieux. Ne fallait-il pas immoler tout ce qui est consolateur, saint, toute espérance ? » Nietzsche, Par delà e bien et le mal, par 55

« Pour l’homme moderne, il ne sera vraiment libre qu’au moment où il aura tué le dernier dieu. Mais la majorité ds gens sans religion se comportent encore religieusement à leur insu, dans la mythologie camouflée et les ritualismes dégradés. » Mircéa Eliade, Le Sacré et le Profane

« L’homo religiosus croit toujours qu’il existe une réalité absolue, le sacré, qui transcende ce monde-ci, mais qui s’y manifeste, le sanctifie et le rend réel. » Mircéa Éliade, Le Sacré et le Profane

« L’inspiration religieuse constitue un permanent rappel de la relativité d’un être particulier par rapport à une totalité inconditionnelle. » Gilbert Simondon, Du mode d’existence des objets techniques

« Nous ne rencontrons pas, dans l’histoire, de religion sans Église. Une religion est un système solidaire de croyances et de pratiques relatives à des choses sacrées qui unissent en une même communauté morale tous ceux qui y adhèrent. » Émile Durkheim, Les Formes élémentaires de la vie religieuse.

« La politique et le religieux sont posés comme deux ordres de pratique et de relations séparées : le problème est de comprendre comment ils s’articulent ou se désarticulent. » Claude Lefort, Essais sur le politique

« L’acte de l’intelligence est vie, et Dieu est cet acte même. Aussi appelons nous Dieu un vivant éternel parfait. » Aristote, La Métaphysique, t. II, livre L., chap. 7

« La théologie peut recevoir quelque chose des disciplines philosophiques afin de rendre plus clair ce qu’elle exprime. » Saint Thomas d’Aquin, Somme Théologique

« Je ne trouve pas moins en moi l’idée d’un être souverainement parfait que celle de quelque figure ou quelque nombre que ce soit. » Descartes, Méditations Métaphysiques, V.

« Les postulats de la raison pratique sont ceux de l’immortalité, de la liberté et de l’existence de Dieu. » Kant, Critique de la raison pratique.

« La foi et la religion sont deux choses fondamentalement différentes qui pour leur bien respectif doivent rester rigoureusement séparées, de telle sorte que l’une suive son chemin sans même faire attention à l’autre. » Arthur Schopenhauer, Sur la religion, par. 175.

« Le but de la Philosophie est uniquement la vérité ; celui de la Foi uniquement l’obéissance et la piété. » Spinoza, Traité théologico-politique

« La Religion naturelle : servir Dieu selon les lumières qu’il donne à mon esprit et selon les sentiments qu’il inspire à mon cœur. Les plus grandes idées de la divinité nous viennent par la raison seule. Voyez le spectacle de la nature, écoutez la voix intérieure. » Rousseau, Émile

« Nous connaissons la vérité non seulement par la raison mais encore par le cœur. C’est de cette dernière sorte que nous connaissons les premiers principes : espace, temps, mouvement, nombres. Les principes se sentent. » Blaise Pascal, Pensées.

«  C’est justement le rapport avec l’incompréhensible, l’absurde, qui est l’expression de la passion de la foi. » Kierkegaard, Post-Scriptum aux Miettes philosophiques

« La religion est le soupir de la créature tourmentée, l’âme d’un monde sans cœur. Elle est l’opium du peuple. » Karl Marx, Critique de la philosophie du droit de Hegel

« Le monde de fiction constitué par la religion se distingue du monde du rêve par le fait que ce dernier reflète la réalité, tandis que le premier falsifie, dévalorise et nie la réalité. » Nietzsche, L’Antéchrist

« Les idées de la religion sont la réalisation des désirs les plus anciens et les plus forts de l’humanité. L’angoisse humaine en face des dangers de la vie s’apaise à la pensée du règne bienveillant de la Providence divine. » Freud, L’avenir d’une illusion

« Cessons de croire que la religion puisse être utile à l’homme. Ayons de bonnes lois, et nous saurons nous passer de religion. » Sade, La philosophie dans le boudoir

« Celui qui peint l’image d’une vision ou d’un fantasme ne fait pas une image de Dieu, mais l’image de son propre fantasme, ce qui revient à faire une idole. » Hobbes, Leviathan

                            Islam et Philosophie

« Ainsi a-t-on l’occasion d’attirer l’attention sur une voie qui conduit à mettre en lumière l’existence de l’âme comme quelque chose qui est autre que le corps, mieux qui est autre que tout corps » Avicenna’s De Anima, being the psychological part of Kitâb al-Shifâ’, arabic text, Londres, Oxford university Press, 1959, Livre I, chapitre 1, p. 16, trad. Souâd Ayada.

« Chez le sage, la dévotion est un certain exercice spirituel qui écarte ses résolutions et ses facultés estimative et imaginative, par l’accoutumance, du voisinage de l’illusion, pour les diriger dans le voisinage du Réel. Alors l’intime parvient à l’illumination éclatante. Il se réjouit, par sa propre âme, de ce qui est ainsi une trace du Réel. Ainsi a-t-il un regard vers le Réel et un regard vers son âme, allant de manière répétée de l’un à l’autre […]. » Avicenne – La vraie sagesse, Al Ishârât Wa-t-Tanbîhât, IVe partie, trad. Souâd Ayada.

« Si quelqu’un obtient la sagesse en un temps infime, sans apprentissage humain, mandaté par le Ciel suprême pour réformer l’espèce humaine, elle s’appelle prophétie (nubuwwa). Si elle s’obtient par l’apprentissage et l’instruction, elle s’appelle philosophie (falsafa). La sagesse inspire le désir du voyage de ce monde périssant vers le monde subsistant. » Qutb al-Dîn Ashkevarî (m. vers 1680) – Les noms de la sagesse. Qutb al-Dîn Askevarî, Mahbûb al-qulûb [L’aimé des cœurs], éd. I. Al-Dîbâjî et A. Sidqî, Téhéran, 1420/1999, p. 99-100, trad. Mathieu Terrier.

« Ce qui mérite le nom de vérité nul n’a jamais été atteint par un homme seul du fait de sa recherche personnelle, ni embrassé par l’ensemble des hommes, mais que chaque homme, ou bien n’atteint rien, ou bien n’atteint qu’une infime partie de ce qui mérite le nom de vérité. Il faut donc que grande soit notre gratitude à l’égard de ceux qui nous ont apporté une infime part de vérité. Nous ne devons pas rougir de trouver la vérité belle et bonne et de l’approuver d’où qu’elle vienne, même de peuples lointains et de nations étrangères, car pour celui qui est en quête de vérité, rien ne passe avant la vérité, et la vérité n’est jamais amoindrie ou diminuée par la personne de qui la dit. »

Al-Kindî (m. 866) – La recherche de la vérité, tache universelle. Al-Kindî, Kitâb al-Kindî ilâ al-Mu‘tasam bi-Allâh fî al-falsafa al-ulâ [Livre de la philosophie première], éd. M. F. Al-Jabr, Damas, 1997, p. 19-22, trad. Mathieu Terrier

« La vue, grâce à la lumière elle-même, voit la lumière qui est la cause de la vision qu’elle a d’elle, voit le soleil qui est la cause de la lumière en elle-même, voit les choses qui étaient visibles en puissance et deviennent visibles en acte. Il en va de même pour l’intelligence matérielle avec cette chose qui occupe vis-à-vis d’elle le rang du soleil vis-à-vis de la vue. L’action de cette intelligence séparée sur l’intelligence matérielle est semblable à l’action du soleil sur la vue, c’est pourquoi elle a été nommée intelligence active. »  Al-Fârâbî (m. 950) – Intelligence matérielle et intelligence agente. Al-Fârâbî, Arâ’ ahl al-madîna al-fâdila [Traité des vues des habitants de la cité parfaite], éd. A. Nâdir, Beyrouth, 1996, p. 101-103, trad. Mathieu Terrier

« Sache qu’il y a dans le cœur de l’homme un œil ayant cette qualité pour perfection. On le nomme tantôt intelligence, tantôt esprit, tantôt encore âme humaine. [L’intelligence] est un exemplaire de la Lumière de Dieu. De toutes les réalités, aucune n’est voilée à l’intelligence. L’intelligence pénètre le fond de l’intérieur des choses, de leur secret, percevant leur réalité véritable, leur esprit. Le champ de l’intelligence, lui, s’étend à tous les existants. » Al-Ghazâlî (m. 1111) – Que l’intelligence mérite mieux le nom de lumière que la vision (Commentaire du verset coranique XXIV, 35). Al-Ghazâlî, Mishkât al-nubuwwa [La niche aux lumières de la prophétie], éd. S. N. Tabâtabâ’î, Qumm, 1431/2010, p. 63-65, trad. Mathieu Terrier. Voir aussi Ghazâlî, Le Tabernacle des Lumières, trad. Roger Deladrière, Paris, 1981, p. 39-42).

« Il lui faut que la sympathie de l’intelligence soit excitée, que son briquet soit battu à quelque pierre, que son attention soit éveillée comme pour les vérités spéculatives. Or, ne l’éveille que la parole de la sagesse. Avec l’illumination par la lumière de la sagesse, l’intelligence devient voyante en acte après l’avoir été en puissance. Or, la sagesse la plus éminente est dans la parole de Dieu. » Al-Ghazâlî – La révélation, source de l’intellection. Al-Ghazâlî, Mishkât al-nubuwwa, p. 66-67, trad. Mathieu Terrier ; Ghazâlî, Le Tabernacle des Lumières, trad. Roger Deladrière, Paris, 1981, p. 45-46.

« En vérité, l’intelligence est une Loi révélée de l’intérieur, comme la Loi révélée est une intelligence venue de l’extérieur. Toutes deux s’épaulent donc et s’entraident. » Ibn Abî Jumhûr (m. avant 1501) – L’harmonie de l’intelligence et de la Loi révélée. Ibn Abî Jumhûr al-Ahsâ’î, Kitâb al-Mujlî mir’ât al-munjî fî l-kalâm wa l-hikmatayn wa l-tasawwuf, éd. R. Y. Pûrfârmad, Beyrouth, 2013, p. 935-936, trad. Mathieu Terrier.

« Le but de tous les prophètes et fondateurs de canons philosophiques, sages et philosophes, qui sont les médecins des âmes, c’est de sauver les âmes englouties dans l’océan de la matière, de les extraire du gouffre du monde de la génération et de la corruption, de les faire accéder au paradis, en leur rappelant ce qu’elles ont oublié de leur origine et de leur destination finale. » Rasâ’il Ikhwân al-safâ’, Beyrouth, 2006, II, p. 141, trad. Mathieu Terrier. Les Frères de la pureté (Ikhwân al-safâ’) – Philosophie, prophétie et médecine

« L’âme rationnelle est la régente ou la reine du corps. Tout ce que contient le corps est pour elle un instrument par lequel elle manifeste ses actions, ses productions et ses merveilles, en vertu des influx qui passent en elle de la puissance à l’acte, conjoints à elle depuis l’âme universelle. Mais l’âme rationnelle a avec elle, accouplé à elle, un être qui la mystifie, qui la trompe, qui l’attire vers les passions et les plaisirs de la nature. L’âme rationnelle se laisse tromper par l’âme irascible, consent à ce qui vient d’elle, court à ses passions et s’adonne à ses plaisirs, elle tombe dans la faute. » Ikhwân al-ṣafâ’ (« Les frères de la pureté »), Lettre qui rassemble les enseignements, p. 119-128. Les Frères de la pureté (Ikhwân al-safâ’) – Le combat d’Adam

« Tout être organisé s’empresse naturellement vers sa perfection qui est le bien de son essence provenant de l’essence du Bien pur, tout comme il fuit l’imperfection qui lui est propre, qui est le mal de la matière et du non-être.

« Il est donc nécessaire qu’il y ait en tout existant un amour inné universel, pour qu’il conserve ce qu’il a obtenu de l’effusion des perfections universelles et s’empresse de les obtenir quand il en est privé. Ainsi, l’existence de tout être organisé est due à un amour inné. » Ibn Sînâ, Risâla fî al-‘ishq [Épître sur l’amour], dans Traités mystiques d’Avicenne, éd. M. A. F. Mehren, III, Leyden, 1894, rééd. Frankfurt am Main, 1999; p. 1-2, trad. Mathieu Terrier. Avicenne – L’amour comme principe universel

« Connaître par le jugement de la démonstration certaine qu’il est impossible et inconcevable qu’aucune intelligence n’attrape jamais dans le filet de sa perception la connaissance de cette réalité absolument transcendante. Ceci est le rang de l’intelligence acquise du savoir véritable. » Mîr Dâmâd (m. 1631) – Interprétation du verset XXXIII, 72 : « Oui, nous avions proposé le dépôt de la foi aux cieux, à la terre et aux montagnes. Ceux-ci ont refusé de s’en charger, ils en ont été effrayés. Seul, l’homme s’en est chargé, mais il est injuste et ignorant. ». Mîr Dâmâd, Tafsîr-e âyeh-iye âmânat-e elâhî [Commentaire du verset du Dépôt divin], Muṣannafât Mîr Dâmâd, I, éd. ‘A. Nûrânî, Téhéran, 1381 h. sol/2003, p. 543-544, trad. Mathieu Terrier

 » Le savoir certain est celui dans lequel le connu se découvre absolument sans laisser avec lui aucun doute, sans que la possibilité d’une erreur ou d’une illusion l’accompagne, sans même que le cœur puisse rien supposer de tel […] Je sus alors que tout ce que je ne savais pas ainsi, selon cette sorte de certitude, était un savoir indigne de confiance, qui n’apportait pas la sûreté [à l’égard de l’erreur], et que tout savoir qui n’est pas à l’abri de l’erreur n’est pas un savoir certain […]. Ne crois-tu pas alors que tout ce dont tu es convaincu à l’état de veille, que ce soit par les sens ou par l’intelligence, est vrai relativement à l’état dans lequel tu te trouves, mais qu’il se pourrait que t’advienne un nouvel état qui serait à ton état de veille ce que ton état de veille est à ton rêve, et que ton état de veille soit pour lui un rêve ? » Peut-être est-ce l’état que les mystiques soufis déclarent avoir atteint. » Al-Ghazâlî – La recherche de la certitude. Al-Ghazâlî, Al-Munqidh min al-dalâl [Le livre qui préserve de l’égarement], éd. F. Jabre, Beyrouth, 1969, p. 12-14, trad. Mathieu Terrier

« Le musulman ignorant s’imagine que la religion doit être défendue en refusant tout savoir attribué aux philosophes. Aussi, il commet une grave faute contre la religion, celui qui s’imagine que l’islam triomphe par le refus de ces savoirs. » Al-Ghazâlî – Absurdité de la condamnation des sciences philosophiques. Al-Ghazâlî, Al-Munqidh min al-dalâl, p. 21-22, trad. Mathieu Terrier

« S’il se rencontre à une époque donnée [un Sage] qui ait à la fois profondément pénétré en l’expérience mystique et en l’expérience philosophique, c’est à lui que revient l’autorité terrestre (ri’âsa), et c’est lui le khalife de Dieu. S’il peut arriver que l’Imâm investi de l’expérience mystique voie son autorité publiquement reconnue, il arrive aussi qu’il reste caché (khafî) ; c’est lui, en tous cas, que l’on appelle le Pôle (qotb) ; c’est à lui qu’appartient l’autorité, même s’il est complètement inconnu des hommes. Lorsque le pouvoir est dans ses mains, l’époque est une époque de Lumière. Mais lorsque l’époque est privée de toute régence divine (tadbîr ilâhî), les Ténèbres sont alors triomphantes. » Sohravardî – Les degrés de la sagesse. Shihâboddîn Yahya Sohravardî, Le livre de la sagesse orientale, trad. Henry Corbin, éd. C. Jambet, Paris, 1986, § 5, p. 90-91.

LA RAISON ET LE REEL

 La Raison

« On veut toujours que l’imagination soit la faculté de former des images. Elle est surtout la faculté de nous libérer des images premières, de changer les images. » Bachelard, L’air et les songes

« Que je perçoive ou que j’imagine cette chaise, l’objet de ma perception et celui de mon image sont identiques. Dans un cas la chaise est « rencontrée » par la conscience, dans l’autre elle ne l’est pas. » Sartre, L’Imaginaire

« L’enfant avait accompli un renoncement pulsionnel en acceptant de voir partir sa mère sans manifester d’opposition. Mais voici qu’en le répétant, aussi déplaisant qu’il soit, comme jeu, il assume un rôle actif. » Freud, Au-delà du principe de plaisir

« Toute création d’imaginaire serait totalement impossible à une conscience dont la nature serait d’être au milieu du monde. Elle serai enlisée dans le réel. Il faut qu’elle soit libre. » Sartre, L’Imaginaire

« Le plus grand philosophe du monde sur une planche plus large qu’il ne faut, s’il y a en dessous un précipice, quoique sa raison le convainque de sa sûreté, son imagination prévaudra. » Pascal, Pensées, fragment 82

La Raison

« Considérées seulement en elles-mêmes, les idées ne peuvent être fausses. De même dans les affections ou volontés, puisqu’il est toujours vrai, même si elles sont fausses, que je les désire. Dans les seuls jugements je dois prendre garde de ne pas me tromper. » Descartes, Méditations métaphysiques, III

« L’objet immédiat de notre esprit quand il voit le soleil n’est pas le soleil mais quelque chose qui est intimement uni à notre âme, l’idée. » Malebranche, De la recherche de la vérité

« La philosophie avait de plus en plus renoncé à sa vocation de créer des concepts au profit des Universaux. Me le marketing s’est intitulé concepteur. » Deleuze et Guattari, Qu’est-ce que la Philosophie ?

« Certaines idées semblent être nés avec moi, les autres êtres étrangères et me venir du dehors, les autres êtres fausses et inventées par moi-mêmes. Mais comment se fait-il que je pense que les idées qui semblent venir des objets qui sont en dehors de moi, quelque chose m’oblige à les croire semblables à ces objets ? Il paraît très raisonnable de penser que cette chose étrangère envoie et imprime en moi sa ressemblance. » Descartes, Méditations Métaphysiques, III

« Tous les matériaux de la pensée sont tirés de nos sens, externes ou internes. Toutes nos idées ou perceptions plus faibles sont des copies de nos impressions, ou perceptions plus vives. » Hume, Enquête sur l’entendement humain

« L’entendement en général peut être représenté comme un pouvoir de juger. Penser, c’est connaître par concepts. Le concepts est prédicat d’un jugement possible. » Kant, Critique de la Raison Pure

« Connaître, ce n’est pas se représenter, c’est affirmer ou nier. Le jugement, acte de l’entendement, est donc l’acte par lequel nous affirmons quelque chose comme vrai. » Lagneau, Célèbres leçons et Fragments

« Avoir une opinion, c’est affirmer, même de façon sommaire, la validité d’une conscience subjective limitée dans son contenu de vérité. » Adorno, Modèles critiques

« Tout concept naît de l’identification du non-identique. Le concept de feuille a été formé grâce à l’abandon délibéré des différences individuelles entre les feuilles. La découverte de la vérité dans l’enceinte de la raison consiste à cacher quelque chose derrière un buisson et de l’y retrouver. » Nietzsche, Le livre du philosophe

Théorie et expérience

« Tous les éléments, à l’exception du feu, ont poids, et tous, à l’exception de la terre, ont légèreté. » Aristote, Du Ciel, IV

« Les variations de vitesse qu’on observe entre mobiles de poids spécifiques différents n’ont pas pour cause ces poids spécifiques, mais dépendent des facteurs extérieurs et notamment de la résistance du milieu. En raison du principe d’accélération, la résistance du milieu est donc sans cesse croissante, d’où une diminution dans l’acquisition de nouveaux degrés de vitesse. » Galilée, Discours concernant deux sciences nouvelles

« Galilée ne distingue pas entre la gravité et la masse. Un corps pèse ce qu’il pèse partout et toujours. » Koyré, Etudes galiléennes

« Toutes les parties de tous les corps sont étendues, dures, impénétrables, mobiles et douées de la force d’inertie. Et c’est là le fondement de toute Physique. » Newton, Principes mathématiques de la philosophie naturelle

« La Mécanique a l’air simple, mais elle a longtemps négligé un de ses concepts fondamentaux qui est la masse. » Einstein et Infeld, L’Évolution des idées en Physique

« L’énoncé d’observation le plus banal présuppose de multiples théories physiques implicitement admises. Une théorie scientifique n’est donc pas la simple résultante d’observations non théoriques préalables. » Chalmers, Qu’est-ce que la science ?

« L’action par laquelle on aperçoit (la même cire) n’est ni une vision, ni un attouchement, ni une imagination, mais seulement une inspection de l’esprit. » Descartes, Méditations Métaphysiques, II

« La connaissance de la relation de cause à effet ne s’obtient en aucun cas par des raisonnements a priori, mais naît entièrement de l’expérience quand nous trouvons que des objets particuliers sont en conjonction constante l’un avec l’autre. » Hume, Enquête sur l’entendement humain

« Chronologiquement, aucune connaissance ne précède en nous l’expérience. Mais cela ne prouve pas qu’elle dérive de l’expérience. Le concept même d’une cause renferme manifestement le concept d’une liaison nécessaire avec un effet et celui de la stricte universalité de la règle, si bien que ce concept de cause serait entièrement perdu, si on devait le dériver, comme Hume, d’une association fréquente provoquant une habitude. » Kant, Critique de la Raison Pure

« La raison ne voit que ce qu’elle produit elle-même selon ses propres plans. La raison se présente à la nature avec dans une main ses principes et de l’autre l’expérimentation qu’elle a imaginé d’après ces principes, comme un juge qui force les témoins à répondre aux questions qu’il leur pose. » Kant, Critique de la Raison pure, Préface

« La connaissance du réel est une lumière qui projette toujours quelque part des ombres. On connaît contre une connaissance antérieure. Face au réel, ce qu’on croit savoir clairement offusque ce qu’on devrait savoir. » Bachelard, La formation de l’esprit scientifique

« L’expérimentation est à elle-seule incapable de découvrir les causes d’un phénomène. Il faut prolonger le réel par l’imaginaire et éprouver ensuite ce halo d’imaginaire qui complète le réel. » Thom, La philosophie des sciences aujourd’hui

« Dans l’effort que nous faisons pour comprendre le monde, nous ressemblons à l’homme qui essaie de comprendre le mécanisme d’une montre fermée. » Einstein, L’évolution des idées en Physique

« Dans nos explications positives mêmes les plus parfaites nous n’avons nullement la prétention d’exposer les causes génératrices des phénomènes. Mais nous analysons les circonstances de leur production et les rattachons les unes aux autres par des relations de succession ou de similitudes. Comte, Cours de philosophie positive, Ière leçon

« Une théorie physique n’est pas une explication. C’est un système de propositions mathématiques . C’est une théorie qui représente de manière satisfaisante un ensemble de lois expérimentales. Pierre Duhem, La théorie physique, son objet et sa structures

« Tant qu’une théorie résiste à des tests systématiques et rigoureux et qu’une autre ne la remplace pas avantageusement, cette théorie a fait ses preuves. » Popper, La logique de la découverte scientifiques

Chaque société engendre un type de savoir où s’expérimentent les structures, les valeurs et les projets de cette même société. Contre le dogme de l’Immaculée Conception de la Science qui dissimule les contributions externes qui ont été nécessaires à sa maturation. » P. Thuillier, D’Archimède à Einstein

« Tous les hommes, par nature, désirent savoir. La prédilections qu’ils ont pour les sensations en est un signe. » Aristote, La Métaphysique, A1, 980a27 -980b32

« Ceux qui ont de l’expérience ne savent que le fait, mais ne savent pas pourquoi il s’est produit, tandis que ceux qui ont du savoir-faire connaissent le pourquoi, c’est-à-dire la cause. » Aristote, La Métaphysique, A1, 980a27 -980b32

« Supposons qu’au commencement l’âme est ce qu’on appelle une table rase, vide de tous caractères, sans aucune idée, quelle qu’elle soit. (…) Les observations que nous faisons sur les objets extérieurs et sensibles (Sensation), ou sur les opérations intérieures de notre âme (Réflexion), fournissent à notre esprit les matériaux de toutes ses pensées. » John Locke, Essai philosophique concernant l’entendement humain, II, 1.

« L’âme renferme l’être, la substance, l’un, le même, la cause, la perception, le raisonnement et quantités d’autres notions, que les sens ne sauraient nous donner. » Leibniz, Essai sur l’entendement humain, II, 1.

« Ne faut-il pas que nous ayons déjà connu l’Egal en soi avant ce temps où, voyant pour la première fois des objet égaux, nous avons eu l’idée que tous les objets égaux tendent à être comme l’Egal en soi, tout en lui étant inférieurs ? » Platon, Phédon, 740A-70A

« L’éclatant exemple des mathématiques nous montre jusqu’où nous pouvons aller dans la connaissance a priori sans le secours de l’expérience. » Kant, Critique de la raison pure, Introduction, paragraphe 3.

« Tous les exemples qui confirment une vérité générale ne suffisent pas pour établir la nécessité universelle de cette même vérité. » Leibniz, Nouveaux essais sur l’entendement humain. II, 1

« Tous les objets de la raison humaine peuvent naturellement se diviser en deux genres : les relations d’idées et les faits. » Hume, Enquête sur l’entendement humain, section IV.

La Démonstration

« La vérité et la fausseté ne peuvent convenir qu’aux propositions elles-mêmes, non à la manière de les organiser. La validité d’une inférence est indépendante de son contenu. » Robert Blanché, L’Axiomatique

« On ne peut désirer aucun critère universel de la vérité de la connaissance quant à sa matière, parce que c’est contradictoire en soi. La logique en tant que telle traite des règles générale et nécessaires de l ‘entendement et doit exposer les critères de la vérité. Mais une connaissance peut fort bien être complètement conforme à la forme logique et cependant être en contradiction avec l’objet. » Kant, Critique de la Raison Pure

L’invention de la forme des syllogismes est une des plus belle de l’esprit humain. Un art d’infaillibilité y est contenu, pourvu qu’on sache et qu’on puisse s’en servir. » Leibniz, Nouveaux essais sur l’entendement humain

« Toutes ces figures que les géomètres modèlent ou dessinent, ils les emploient comme si c’étaient aussi des images, pour arriver à voir ces objets supérieurs qu’on aperçoit que par la pensée. » Platon, La République, livre VI

« Les Mathématiques ne sont pas au Ciel. Il n’existe nul part un univers d’êtres mathématiques. Les Mathématiques ne sont pas non plus de la Terre. Il importe d’apprendre à penser comme réels ces sortes d’objets qui n’ont de statut que relationnels. » Jean-Toussaint Desanti, La Philosophie silencieuse

« Ces longues chaînes de raisons, toutes simples et faciles, dont les géomètres ont coutumes de se servir pour parvenir à leurs plus difficiles démonstrations, m’avaient donné occasion de m’imaginer que toutes les autres choses qui peuvent tomber sous la connaissance des hommes s’ensuivent de la même façon. » Descartes, Discours de la Méthode, II

« Il n’y a plus, pour les théorèmes, de vérité séparée et pour ainsi dire atomique : leur vérité, c’est seulement leur intégration au système. Les principes sont posés et non affirmés, situés par delà le vrai et le faux, comme une décision ou une convention. » Robert Blanché, L’axiomatique

« La vie des Mathématiques est comme celle d’une grande cité, dont les faubourgs ne cessent de progresser de façon quelque peu chaotique sur le terrain environnant, tandis que le centre se reconstruit périodiquement. Il se trouve – sans qu’on sache bien pourquoi – que certains aspects de la réalité viennent se mouler en certaines de ses formes, comme par une sorte de préadaptation. » Nicolas Bourbaki, Les grands courants de la pensée mathématique

« L’originalité essentielle des Grecs consiste en un effort conscient pour ranger les démonstrations mathématiques en une succession telle que le passage d’un chaînon au suivant ne laisse aucune place au doute et contraigne l’assentiment universel. «  Nicolas Bourbaki, Eléments d’histoire des mathématiques, p. 10

« Nous estimons posséder la science d’une chose quand nous croyons que nous connaissons la cause par laquelle la chose est. Savoir, c’est connaître par le biais de la démonstration. » Aristote, Seconds Analytiques, I, 2, 71b9-72a8

« Puisque les démonstrations sont universelles, et que les notions universelles ne peuvent être perçues, il est clair qu’il n’y a pas de science par la sensation. Car la sensation porte nécessairement suer l’individuel, tandis que la science consiste dans la connaissance universelle. » Aristote, Seconds Analytiques, livre I, 31

« Au point départ d’une théorie déductive devront figurer des propositions non démontrées, qu’on appellera axiomes ou postulats. » Robert Blanché, L’axiomatique, Ed PUF, p. 15

« On a constaté que les démonstrations supposaient plus que ce qui est explicitement énoncé dans l’inventaire des principes, ce surplus intervenant sous forme d’appels à l’intuition. » Roger Martin, Logique contemporaine et formalisation, Ed. PUF, p 89-10

« Les mathématitiens ne voient pas adéquatement la proportionnalités des nombres donnés et, s’ils la voient, ce n’est point par verrtu de la proposition d’Euclide, mais intuitivement, sans faire aucune opération. » Spinoza, Traité de la Réforme de l’entendement, par 16, Ed Flammarion

« Avec la géométrie et les techniques qui s’y rattachent, nous voyons que leur connaissance de l’être ressemble à un rêve et qu’elles sont incapables de le faire voir avec clarté à l’état de veille, tant qu’elles laissent intact les hypothèsent dont elles se servent faute d’en donner raison. » Platon, La République, livre VII, 533 b-c, Ed Nathan, p. 68

« Le mouvement de la démonstration mathématique n’appartient pas au contenu de l’objet, mais est une opération extérieur à la chose. » Hegel, Phénoménologie de l’Esprit, Préface, III, 2, Ed Aubier Montaigne, p. 36

« Les démonstrations reposent sur des données préalables, mais elles n’ont jamais auparavant examiné, dans un esprit critique cette connaissance d’où procèdent ces données préalables. » Husserl, Philosophie première, t II, Ed PUF, p. 14-15

L’Interprétation

« Le langage n’a pu naître que tout d’un coup. Les choses n’ont pas pu se mettre à signifier progressivement. Tout s’est donc passé comme si l’humanité avait acquis d’un seul coup un immense domaine avec son plan détaillé. » Claude Levi-Strauss, Sociologie et Anthropologie

« Pour Wittgenstein, les mots ne signifient ni par eux-mêmes ni par une sorte de décret individuel ou collectif : ils signifient par ce qu’ils font partie d’un langage, et celui-ci d’une forme de vie. » Jacques Bouveresse, La Parole malheureuse

« Avec le discours écrit, l’intention de l’auteur et l’intention du texte cessent de coïncider. Le lien est distendu et compliqué. Ce que dit le texte importe davantage que ce que l’auteur a voulu dire. » Paul Ricoeur, Du texte à l’action

« L’écrit s’arrache aux limites du dialogue face à face et devient la condition du devenir-texte du discours. L’intention de l’auteur, absent de son texte, est elle-même devenue une question d’herméneutique. » Paul Ricoeur, Du texte à l’action

« Tout nos mots pris séparément sont polysémiques. Le pouvoir du mot d’acquérir un sens nouveau ans perdre son sens ancien est à la base de la métaphore, c’est-à-dire du transfert de sens. » Paul Ricoeur, Exégèse et Herméneutique

« Le contenu du rêve est donné sous forme d’hiéroglyphes dont les signes doivent être successivement traduits dans la langue des pensées du rêve. Le rêve est un rébus, non un dessin. » Freud, L’interprétation des rêves

« Dans l’adversité, les hommes forgent d’innombrables fictions et, quand ils interprètent la Nature, y découvrent partout le miracle, comme si elle délirait avec eux. » Spinoza, Traité théologico-politique

« Le superstitieux projette à l’extérieur une motivation que je cherche à l’intérieur. Il interprète par un événement le hasard que je ramène à une idée. » Freud, Psychopathologie de la vie quotidienne

« Les modes de vie apparaissent à qui les vit comme absolus. Or ils sont justifiés dans la mesure où existent telles conditions. Une fois changées ces conditions, ils ne sont plus justifiés mais irrationnels. » Antonio Gramsci, Passé et présent

« L’irrationnel se présente sous deux espèces : parmi nous, le fou (qui excède la raison) et hors de chez nous le sauvage (qui la précède). » Vincent Descombes, Le Même et l’Autre

« Une fois qu’on a mis en lumière les différents sens d’un terme et qu’on sait sur lequel d’entre eux l’interlocuteur dirige son esprit, on peut appliquer son raisonnement sur ce sens-là. » Aristote, Topiques, I, 18, Ed Vrin, p. 46-47

« Le destinataire d’un énoncé tretient celle des interprétations de la phrase émise qui lui paraît laé plus plausible dans le contexte de l’entretien en cours. » Jean-Claude Pariente, Le Langage, in Notions de Philosophie, Ed Gallimard, Folio Essai, 410-411

« Les mots ne donnent pas seulement l’idée de l’objet signifié mais d’autres images accessoires. Les mots scientifiques présentent l’idée nue et circonscrite de tel ou tel objet, c’est pourquoi on les appellle des termes. » Giacomo Léopardi, Zibaldone, fragment 110, Ed Vrin, p. 46-47

« Le mouvement de la compréhension procède toujours du tout vers la partie pour retourner au tout. L’accord de toutes les particularités avec le tout est à chaque fois le critère de la justesse de la compréhension. » Gadamer, Du cercle de la compréhension, Ed PUF, p. 73.

« Etant donné que le sens littéral est toujours sujet et matière des autres, surtout de l’allégorique, il est impossible de parvenir à la connaissance des autres avant qu’à la sienne. » Date, Le Banquet, livre II, chap 1, Ed Le livre de poche, 214-215

« La formation des concepts reste constamment conditionné =e par la langue déjà parlé. Le seul chemin philosophique honnête est alors de prendre conscience de la relation entre le mot et le con,cept comme d’une relation essentielle qui détermine notre pensée. » Gadamer, L’histoire des concepts comme philosophie, Ed. PUF, p. 122-123

«  L’énigme ne bloque pas l’intelligence, mais la provoque ; il y a quelque chose à désenvelopper, à désimpliquer dans le symbole. C’est le surccroît même de sens, par rapport à l’expression littérale qui met en mouvement l’interprétation. Tout mythos comporte un logos latent qui demande à être exhibé. » Paul Ricoeur, De l’interprétation, Ed du Seuil, p. 27

Le vivant

« Jusqu’à la fin du XVIIIè siècle, la vie n’existe pas mais seulement des êtres vivants. On répartit les choses de la nature en trois classes : minéraux, végétaux et animaux. La vie ne constitue pas un seuil manifeste mais une catégorie de classement. Michel Foucault, Les mots et les choses

« Le grand problème permanent de la biologie positive consiste à lier constament la double idée d’organe et de milieu avec l’idée de fonction. Le système ambiant ne saurait modifier l’organisme sans que celui-ci n’exerce à son tour sur lui une influence correspondante. » A. Comte, Cours de philosophie positive

« Le hérissons, en tant que tels, ne traversent pas les routes ; Ils explorent à leur façon de hérissons leur milieu de hérissons. La méthode expérimentale, c’est aussi une sorte de route que le biologiste trace dans le monde du hérisson. » Georges Canguilhem, La Connaissance de la Vie

« Ce n’est pas le hasard mais la finalité qui règnent dans les œuvres de la nature. Quand on traite un organe, on doit s’attacher à la forme totale. Dans l’étude de la nature, c’est la synthèse, la substance intégrale, qui importe. » Aristote, Traité sur les parties des animaux

« Nous pouvons reconnaître dans l’ensemble des phénomènes naturels et leurs rapports déterminés une grande intelligence intentionnelle. » Claude Bernard, Cahiers de notes

« On a cru sans raison que notre chaleur naturelle et tous les mouvements de nos corps dépendent de l’âme, bien qu’on devrait penser au contraire que l’âme s’absente, lorsqu’on meut, qu’à cause que cette chaleur cesse, et que les organes qui servent à mouvoir le corps se corrompent. » Descartes, Les Passions de l’âme, art. 4 à 6

« Ces êtres organisés sont les seuls dans la nature qui procurent une réalité objective au concept d’une fin, qui n’est pas une fin pratique, mais une fin de la nature. Ce qui donne à la science de la nature le fondement d’une téléologie. » Kant, Critique de la faculté de juger

« C’est grâce à la lutte pour l’existence que les variations qui tendent à assurer la conservation des individus se transmettent. » Charles Darwin, L’Origine des espèces

« Il ne saurait y avoir une trace d’anarchie dans les phénomènes vitaux puisque lorsqu’un déséquilibre, même de faible amplitude, se produit, la mort survient. » Pierre-Paul Grassé, Le Darwinisme aujourd’hui

« L’évolution résulte d’une interaction entre une série de conjonctures physiques, écologiques, climatiques, avec l’autre série qui forme les conjonctures génétiques des organismes. Mais nous pourrions parfaitement ressembler à quelque chose d’autre qui défie totalement notre imagination. » François Jacob, Le Darwinisme aujourd’hui

« Notre esprit est mal entraîné à penser en termes d’interactions et s’efforce de remplacer la réalité par des modèles où les diverses causes agissent indépendamment. » A. Jacquard, Interrogation d’un généticien

« Recouverte par un discours fonctionnel et utilitariste, la fécondation in-vitro exprime le fantasme de donner vie sans rapport sexuel. » Monette Vacquin Frankenstein ou les délires de la raison

La Matière et l’esprit

« Par nature, la matière se présente comme le porte-empreinte de toutes choses. » Platon, Timée, 50 b-c

« Depuis les atomes, le mouvement s’élève. Peu à peu il parvient à nos sens, mais les chocs originels demeurent invisibles. » Lucrèce, De la nature, II, 114-141, Ed Flammarion, p 121-123

« La nature de la matière ne consiste point en ce qu’elle st une chose dure, ou pesante, ou colorée, mais seulement en ce qu’elle est une substance étendue en longueur, largeur et profondeur; » Descartes, Les principes de la philosophie, deuxième partie, par 4, Ed Garnier, p 149-150

« La théorie de la relativité nous a appris que la matière représente d’immenses réservoirs d’énergie et que l’énergie représente de la matière. » Einstein et Infeld, l’Evolution des idées en Physique, Ed Flammarion, p. 228-229

« Souvent, m’éveillant de mon corps à moi-même, devenu alors extérieur à tout le reste et intérieur à moi-même, contemplant alors une beauté merveilleuse, sûr alors d’appartenir au plus haut point au monde supérieur, ayant vécu la vie la plus noble, étant devenu identique au divin, m’étant fixé en lui, étant parvenu à cette activité suprême et m’étant établi au-dessus de toute autre réalité spirituelle, quand, après ce repos dans le divin, je retombe de l’Intellect au raisonnement, je me demande comment j’ai pu jamais, et cette fois encore, descendre ainsi, comment mon âme a pu jamais venir à l’intérieur d’un corps, si déjà, lorsqu’elle est dans un corps, elle telle qu’elle m’est apparue. » Plotin, Ennéades, IV, 8, 1, 1, trad. Pierre Hadot dans Plotin ou la simplicité du regard, Paris, 1997, p. 28-29

« Souvent, je me retire dans mon âme et me dévêts de mon corps, le laissant là de côté. C’est alors comme si j’étais devenu un être séparé, sans corps : intérieur à moi-même, revenu à mon essence, extérieur à tout le reste des choses, devenu à la fois le savoir, le savant et le su. Je demeure stupéfait, me demandant comment j’ai pu déchoir de ce lieu sublime et divin pour revenir à la réflexion, alors que mon âme a été capable de laisser son corps derrière elle, de retourner à son essence, de s’élever jusqu’au monde intelligible, puis jusqu’au monde divin, puis au lieu même de l’éclat et de la lumière qui est la cause de toute lumière et de tout éclat ; comment j’ai pu voir mon âme remplie de lumière alors même qu’elle se trouve dans le corps comme dans sa forme, et sans qu’elle soit sortie de lui ! » Uthûlûjiyâ Aristâtâlis [Théologie d’Aristote], dans Aflûtîn ‘inda al-‘Arab Plotinus apud Arabes, éd. A. Badawî, Kuwayt, 1977, p. 22, trad. Mathieu Terrier

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La vérité

« Le Vrai n’est pas un terme transcendantal, une affection de l’Être. Demander ce qu’est la vérité en dehors de l’idée vraie, c’est comme demander ce qu’est la blancheur en dehors du corps blanc. » Spinoza, Pensées métaphysiques

« Au dernières limites du monde intelligible est l’idée du Bien. C’est elle qui dispense la vérité et l’intelligence. » Platon, La République, livre VII

« L’opinion traduit des besoins en connaissances. On ne peut rien fonder sur l’opinion, il faut d’abord le détruire. Toute connaissance est une réponse à une question. » Bachelard, La formation de l’esprit scientifique

« Les hommes sont naturellement portés à être affirmatifs et dogmatiques dans leurs opinions. C’est être inconscient des étranges infirmités de l’esprit humain. Il y a un degré de doute, de prudence et de modestie qui doit toujours accompagner l’homme qui raisonne correctement. » Hume, Enquête sur l’entendement humain

« Les quatre règles de la Méthode :

  1. Ne recevoir jamais aucune chose pour vraie que je la connusse évidemment être telle ;
  2. diviser chaque difficulté ;
  3. conduire par ordre mes pensées ;
  4. Faire des revues et dénombrements. » Descartes, Discours de la Méthode, II

« L’idée vraie enveloppe la plus haute certitude. Comme la lumière se fait connaître elle-même et fait connaître les ténèbres, la vérité est norme d’elle-même et du faux. » Spinoza, Éthique, livre II

« La proposition est la description d’un état de chose. Elle construit un monde à l’aide d’un échafaudage logique. » Wittgenstein, Tractatus logico-philosophicus

« Ce qu’ils nomment subjectif, c’est ce qui déjoue les apparences, qui s’engage dans une expérience spécifique de la chose, se débarrasse des idées reçues la concernant et préfère la relation à l’objet lui-même au lieu de s’en tenir à l’avis de la majorité. » Adorno, Minima Moralia

« L’intellect développe ses forces principales dans la dissimulation. Les vérités sont des illusions dont on a oublié qu’elles le sont, des métaphores qui ont été usées et qui ont perdu leur force sensible. » Nietzsche, Le livre du philosophe

« Le mensonge qui suppose la vérité connue a pour contraire la véracité, tandis que la vérité a pour contraire l’erreur. Ces deux coules paraissent sans rapports. Mais le mensonge vraiment dissimulé est celui qui pervertit la recherche de la vérité. Il est le faux pas du total au totalitaire. » Paul Ricoeur, Histoire et Vérité

« Les opinions vraies sont de belles choses et produisent toutes sortes de bien. Mais elles ne consentent pas à rester longtemps. Elles s’enfuient de nôtre âme, tant qu’on ne les a pas enchaîné par la connaissance raisonnée de leur cause. » Platon, Ménon, 96d-98c.

« L’évidence première n’est pas une vérité fondamentale. L’objectivité scientifique n’est possible que si l’on a déjà rompu avec l’objet immédiat. » Gaston Bachelard, La Psychanalyse du feu.

« Les choses belles et les choses justes qui sont l’objet de la Politique donnent lieu à des divergences et des incertitudes. On doit donc se contenter de montrer la vérité de manière grossière et approchée. » Aristote, Ethique à Nicomaque, 1092b11 -1095a11

« Si l’homme était forcé de se prouver à lui-même toutes les vérités dont il se sert chaque jour, il n’en finirait point. Il n’y a pas de si grand philosophe dans le monde qui ne croie un million de choses sur la foi d’autrui. » Charles Alexis Clérel de Tocqueville, De la démocratie en amérique, t. II, 1ère partie, chap 2.

« C’est en effet l’étonnement qui poussa les premiers penseurs aux spéculations philosophiques. » Aristote, La Métaphysique, A, 2, 982b8 – 982b33, t. 1.

« La raison me persuade que je dois soigneusement m’empêcher de donner créance aux choses qui ne sont pas entièrement certaines et indubitables. » René Descartes, Méditations métaphysiques, I,

« Il y a trois espèces d’assentiment : l’opinion, la croyance et le savoir. L’opinion est un jugement problématique, la croyance un jugement assertorique et le savoir un jugement apodictique. » Emmanuel Kant, Logique, Introduction, IX.

« Nous ne deviendrons jamais philosophes, si nous avons lu tous les raisonnements de Platon et d’Aristote, et que nous sommes incapables de porter un jugement assuré sur les sujets qu’on nous propose. » René Descartes, Règles pour la direction de l’esprit

« De nos jours domine le préjugé selon lequel chacun sait immédiatement philosopher ; On fait consister la philosophie dans le manque de connaissances et d’études. On ne se rend pas assez compte que ce qui est vérité selon le contenu dans quelque science que ce soit peut seulement mériter le nom de vérité si l’a philosophie l’a engendré. »

 Il est pénible de voir que l’absence de science et la grossièreté sans forme ni goût, incapable de fixer la pensée sur une seule proposition abstraite et encore moins sur le lien de plusieurs propositions, assurent être l’expression de la liberté et de la génialité. » Hegel, Phénoménologie de l’Esprit. Hegel, Phénoménologie de l’Esprit, t. 1, Préface, p. 57-58

« La science ne doit pas seulement présenter une somme de vérités, elle doit aussi détailler les idées absurdes qui ont précédé la vérité et mêlé quelquefois leur ombre à sa lumière. Le héros est l’esprit humain, nous devons dire ses méprises et même ses erreurs, en même temps que nous montrons sa gloire. » Jean-Sylvain Bailly, Histoire de l’astronomie moderne, discours préliminaire, p. 5-6

« Le véritable commencement de toute activité scientifique consiste dans la description des phénomènes, qui sont ensuite rassemblés, ordonnés et insérés dans des relations. Les concepts fondamentaux qui ont été fixés dans des définitions voient leur contenu constamment modifié. » Freud, Métapsychologie. p. 11-12

« Une théorie est un système hypothético-déductif, constitué par un ensemble de propositions dont les termes sont rigoureusement définis et dont les relations entre les termes (ou variables) revêtent le plus souvent une forme mathématique. » Raymond Aron, A propos de la théorie des relations internationales, p. 185

« Nous ne connaissons que des phénomènes idéaux, qui se rapprochent plus ou moins des phénomènes concrets. (…) Les théories ne sont que des moyens de connaître et d’étudier les phénomènes. Une théorie ne doit être accepté que temporairement. » Vilfredo Pareto, Manuel d’économie politique, p. 9-10

« Les expériences que nous avons des choses sont souvent trompeuses, mais la déduction ne peut jamais être mal faite par un entendement doué de raison, Ceux qui cherchent le droit chemin de la vérité ne doivent s’occuper d’aucun objet à propos duquel ils ne puissent obtenir une certitude égale aux démonstrations de l’arithmétique et de la géométrie. L’arithmétique et la géométrie traitent d’un objet si pur et si simple qu’elles n’admettent absolument rien que l’expérience ait rendu incertain. Elles consistent tout entières à tirer des conséquences par voie de déduction rationnelle » Descartes, Règles pour une direction de l’esprit, règle 2, p. 82-84

« Le premier qui démontra le triangle isocèle trouva qu’il ne devait pas s’attarder à ce qu’il voyait dans la figure, mais qu’il avait à engendrer cette figure au moyen de ce qu’il se représentait a priori par concepts.» Kant, Critique de la Raison pure, seconde préface, p. 39

« Avec la lunette astronomique, c’est la possibilité de trancher par l’expérience les problèmes les plus décisifs de la philosophie naturelle qui prenait corps. » Maurice Clavelin, La philosophie naturelle de Galilée.

« On ne peut perfectionner la science sans perfectionner le langage. » Antoine-Laurent Lavoisier, Traité élémentaire de chimie, discours préliminaire.

« Toutes les sciences ne sont rien d’autre que l’humaine sagesse, qui demeure toujours une et identique à elle-même, quelque différents que soient les objets auxquels elle s’applique. » Descartes, Règles pour la direction de l’esprit, règle 1.

LA POLITIQUE

Les échanges

« Cette mesure, la monnaie, c’est exactement le besoin que nous avons les uns des autres, lequel sauvegarde la vie sociale. C’est pourquoi on a donné à la monnaie le nom de nomisma, parce qu’il est d’institution non pas naturelle, mais légale. » Aristote, Ethique à Nicomaque, livre V

« Dans la bouche d’un aristocrate de la cour, le mot économie garde un relent de mépris. Il symbolise la vertu des petites gens. » Norbert Elias, La société de cour

« L’action la meilleure est celle qui procure le plus grand bonheur au plus grand nombre. » Francis Hutchuson, Recherche sur l’origine de nos idées de la Beauté et de la Vertu

« Les plus grandes canailles de toute la multitude ont contribué au bien commun. S’il n’y avait pas de voleurs et de cambrioleurs, la moitié des serruriers du pays serraient au chômage . » Bernard Madeville, La Fable des abeilles

« Ce n’est pas de la bienveillance du boucher, du marchand de bière ou du boulanger que nous attendons notre dîner, mais du soin qu’ils apportent à leurs intérêts. Nous ne nous adressons pas à leur humanité, mais à leur égoïsme. » Adam Smith

« Sans la circulation, la propriété n’est qu’un usufruit. Le commerce met un obstacle invisible et invincible au pouvoir social qui voudrait en enlever la jouissance. » Benjamin Constant, De l’esprit de conquête et de l’usurpation

« Ce sont deux choses différentes que la récompense du mérite acquis et l’indication de ce qu’une personne devrait faire pour son propre bien. Parmi ceux qui tentent d’escalader le Mont Everest ou d’atteindre la Lune, nous honorons non pas ceux qui ont fournis le plus d’efforts, mais ceux qui y arrivent les premiers. » Friedrich von Hayek, Droit, législation, liberté, le mirage de la justice sociale

« Si aucune action sociale ne venait régler les échanges dans les sociétés supérieures, on pourrait avec raison douter de leur stabilité. Car si l’intérêt rapproche les hommes, ce n’est jamais que pour quelques instants. Il ne peut créer entre eux qu’un lien extérieur. » E. Durkheim, De la division du travail social

La société

« La cité est la fin des communautés. Elle est au nombre des réalisation qui existent naturellement et l’homme est par nature un animal politique. » Aristote, La Politique, livre I

« La cité est par nature antérieure à la famille et à chacun de nous pris individuellement. Car le tout est nécessairement antérieur à la partie. » Aristote, La Politique, livre I

« La décomposition de l’humanité en individus ne constitue qu’une analyse anarchique, autant irrationnelle qu’immorale. Car elle se compose de familles et non d’individus. » Auguste Comte, Système de politique positive

« Nous naissons chargés d’obligations de toutes espèces, envers nos prédécesseurs, nos successeurs et nos contemporains. L’état final n’admet que des devoirs, d’après les fonctions, et non des droits. » Auguste Comte, Catéchisme positiviste, X.

« L’homme a une inclinaison à s’associer, mais aussi un grand penchant à se séparer. L’homme veut la concorde, mais la nature sait mieux ce qui est bon pour son espèce : elle veut la discorde. » Kant, Idée pour une histoire universelle du point de vue cosmopolitique

« Il faut une élimination de notre existence, par tout les moyens et partout, de ce qu’on appel propriété privée. Que devienne commun même ce qui est personnel à chacun de nous. » Platon, Les Lois, V, 739 b-c

« La cité est par nature une pluralité. Il y a dans la marche vers l’unité un point passé lequel il n’y aura plus de cité. Comme si d’une symphonie on voulait faire un unisson. » Aristote, Le Politique, livre II

« Tout ce qui est confiant, intime, vivant exclusivement ensemble est compris comme la vie en communauté. La société est ce qui est public, elle est le monde. » Ferdinand Tönnies, Communauté et Société

« De même qu’elle dénaturise, la sociologie défatalise. » Marie Dau-Bellat, Sociologie de l’école

« Il nous faut considérer les phénomènes sociaux en eux-mêmes, détachés des sujets conscients qui les représentent. » Durkheim, Les règles de la méthode sociologique

« La vie modèle nos visages et nous modelons nous aussi notre visage en réponse aux contraintes de notre travail telles que nous les concevons. Côté factice de beaucoup d’identités qui nous sont offertes ou que nous nous offrons nous-mêmes. » Richard Hoggart, Autobiographie d’un intellectuelle

« En même temps que l’ascétisme chrétien entreprenait de transformer le monde et d’y déployer toute son influence, les biens de ce monde acquéraient sur les hommes une puissance croissante inéluctable. Le capitalisme vainqueur n’a plus besoin de ce soutien depuis qu’il repose sur une base mécanique. L’idée d’accomplir son devoir à travers une besogne hante désormais notre vie. » Max Weber, L’Ethique protestante et l’esprit du capitalisme

« L’atome logique de l’analyse sociologique est l’acteur individuel. Les comportements sont conçus comme des actions dotés de finalité. » Raymond Boudon, La logique du social

« On ne peut donner à la physique sociale le même degré de pefection qu’aux branches antérieures de la philosophie naturelle. Mais on peut lui imprimer ce caractère positif déjà pris par tous les autres. » Auguste Comte, Cours de philosophie positive

« Probablement y-a-t-il des lois sociales, mais ne cherchons pas à les formuler trop rapidement, contentons-nous de découvrir des régularités. Elles permettent de faire des prévisions, mais pas des prophéties. » Henri Mendras, Éléments de sociologie

« Le sociologue ne doit pas donner valeur d’ontologie à l’objectivation scientifique du social. L’inhérence de ma pensée à une certaine situation historique fait de la connaissance du social une connaissance de moi-même. » Merleau-Ponty, Signes

« Le sociologue découvre la nécessité jusqu’au cœur du sujet sous la forme de l’habitus. Paradoxalement, la sociologie libère en libérant de l’illusion de la liberté. » Pierre Bourdieu, Choses dites

« La sociologie s’est constituée avec l’ambition de voler à la philosophie certains de ses problèmes, mais en abandonnant le projet prophétique qui était bien souvent le sien. » Pierre Bourdieu, Questions de sociologie

L’Etat

« Le Chef de la tribu n’est pas un chef d’État. Elle interdit l’autonomie des sous-ensembles qui la constitue, l’émergence d’un pouvoir politique individuel, central et séparé. » Pierre Clastres, La Société contre l’Etat

« La violence est le moyen spécifique de l’État. Il revendique le monopole de la violence physique légitime. » Max Weber, Le Savant et le Politique

« Le Prince doit ne pas s’écarter du Bien s’il le peut , mais entrer dans le mal s’il y est contraint. La plus nécessaire des qualités est de paraître avoir des qualités. Il faut considérer la fin : vaincre et préserver ses possessions. » Machiavel, Le Prince, chap. 18.

« Toutes les nations sont nées de cette violence qui a réussi et même leur légitimité en garde quelque chose de contingent, d’historique. » Paul Ricoeur, Histoire et Vérité

« Les tyrans ne cessent de grandir comme un feu, si on les alimente. En refusant de servir, le peuple briserait ses liens. » La Boétie, Discours de la servitude volontaire

« Le temps donne au pouvoir sa légitimité. Se soumettre paisiblement au gouvernement que nous trouvons établi dans le pays où il nous est donné de vivre, sans enquêter trop curieusement sur son origine. » Hume, Traité sur la nature humaine, III

« Les choses du monde les plus déraisonnables deviennent les plus raisonnables à cause du dérèglement des hommes. Comme de choisir le fils aîné du roi à défaut du plus adroit pour éviter une guerre civile. » Pascal, Pensées, fragments 319-320

« Pour s’arracher à l’état de guerre, les hommes ont fait un pacte d’association. Chacun abandonne son droit à condition que l’autre fasse de même. » Hobbes, Léviathan, 17

« Ceux qui entrent dans une société remettent l’égalité, la liberté et le pouvoir qu’ils avaient dans l’état de nature à l’autorité législative. La tranquillité, la sûreté et le bien du peuple est la fin de l’État. » Locke, Traité du gouvernement civil.

« En entrant dans l’État, l’individu a renoncé à sa liberté d’agir en fonction de sa pensée propre. Mais il conserve son droit de raisonner et de juger. » Spinoza, Traité théologico-politique

« L’objet des lois est toujours général. La loi ne peut nommer des individus particuliers, même si elle peut diviser la société en plusieurs classes. » Rousseau, Du Contrat social, livre II

« L’État est le rationnel en soi et pour soi. La liberté obtient sa valeur suprême au sein de l’unité substantielle de l’État. » Hegel, Principes de la philosophie du droit

« Le premier acte par lequel l’État devient vraiment le représentant de toute la société est aussi son dernier : l’appropriation des moyens de production. Puis il devient superflu dans un domaine après l’autre. Il n’est pas aboli, il s’éteint. » Engels, Anti-Dühring

« On rêve d’un Etat qui pourrait résoudre la contradiction entre l’universalité du droit et la particularité de la réalité. Mais c’est hors d’atteinte, constitutif de la vie humaine et politique. C’est pourquoi il faut contrôler l’État de manière institutionnelle, car celui-ci ne peut pas s’éteindre. » Paul Ricoeur, Histoire et Vérité

« Une puissance tutélaire paternelle douce qui maintient les hommes dans l’enfance, leur ôte le trouble de penser et la peine de vivre. » Tocqueville, De la démocratie en Amérique

« On peut considérer la société comme un gros animal qui se réveille en certaines circonstances. L’Esprit (Démocratie) se libère de l’Instinct (Patrie). » Alain, Propos, tome II

« Le totalitarisme survient quand la ligne de clivage entre la société et l’Etat devient invisible. Finalement, c’est la notion même d’une hétérogénéité  sociale qui est refusée. » Claude Lefort, L’invention démocratique

Le Droit

« Toute violence, par delà le meurtre du prochain, poursuit son propre suicide. Le monde de la terreur est celui de la contradiction. » Georges Gusdorf, La vertu de force

« Le but de l’Eros est d’établir de toujours plus grandes unités : c’est la liaison. Le but de la pulsion de Thanatos est de ramener ce qui vit à l’état inorganique, c’est pourquoi nous l’appelons pulsion de mort. » Freud, Abrégé de psychanalyse

« Aussi longtemps que les hommes vivent sans un pouvoir commun qui les tienne tous en respect, ils sont dans la condition de la guerre de chacun contre chacun. » Hobbes, Leviathan

« L’homme n’est pas un être doux, en besoin d’amour, mais au contraire il compte parmi ses aptitudes pulsionnelles une très forte part de penchant à l’agression. » Freud, Malaise dans la culture

« En face de la mort violente, la communauté a le sentiment de l’interdit. Mais l’action prohibée prend un sens qu’elle n’avait pas avant qu’une terreur nous en éloignant l’entourât d’un halo de gloire. » Bataille, L’Érotisme

« Le triomphe de la spiritualisation de l’agressivité consiste à comprendre le prix des ennemis. Nous ne nous comportons pas autrement face à l’ennemi intérieur. On renonce à la grandeur de la vie si on renonce à la guerre. » Nietzsche, Le Crépuscule des Idoles

« La lutte pour la reconnaissance est à la vie, à la mort. La violence qui est le fond de ce phénomène n’est point pour cela fondement du droit, mais le commencement extérieur ou phénoménale des États. » Hegel, Précis de l’Encyclopédie des sciences philosophiques, paragraphes 432-433

« L’ancienne société bourgeoise avec ses conflits de classe, fera place à une association où le libre épanouissement de chacun sera la condition du libre épanouissement de tous. » Marx, Le Manifeste du parti Communiste

« Vous êtes perdus, si vous oubliez que les fruits sont à tous et que la Terre n’est à personne. » Rousseau, Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes

« Renoncer à la liberté, c’est renoncer à sa qualité d’homme. C’est ôter toute moralité à ses actions que d’ôter toute liberté à sa volonté. » Rousseau, Contrat social, livre I

« Toute rébellion est, dans une République, le crime le plus grave et le plus condamnable, car il en ruine le fondement même. Le droit prétendu de faire infraction au droit dans l’extrême détresse est un non-sens. » Kant, Sur l’expression courante : il se peut que ce soit valable en théorie, mais en pratique cela ne vaut rien

« L’État offre cet aspect d’être la réalité immédiate d’un peuple particulier. Cette indépendance des Etats fait de leurs conflits un rapport de force. » Hegel, Précis de l’Encyclopédie des sciences philosophiques

« Les sauvages qui aiment mieux se battre continuellement que de se soumettre à une contrainte légale sont comme une dégradation brutale de l’humanité. A plus forte raison des peuples civilisés dont chacun forme un État constitué. » Kant, Projet de paix perpétuel

« Lorsqu’un acte nie l’essence de l’homme en tant qu’homme, la prescription qui tendrait à l’absoudre au nom de la morale contredit elle-même la morale. » Jankélévitch, L’Imprescriptible, Pardonner ?

« La violence est le point de départ comme le but final de la Philosophie, laquelle est le refus de la violence. » Eric Weil, Logique de la Philosophie

LA MORALE

La Morale
« Nous avons en nous-même la puissance de commencer ou de ne pas commencer. Toute action qui est faite sans une telle direction de l’âme se nomme involontaire. » Locke, Essai philosophique concernant l’entendement humain, Éd. Vrin, p. 182


« Tout acte de notre volonté est en même temps un mouvement de notre corps. Le corps entier n’est que la volonté objectivée. La volonté est la connaissance a priori du corps ; le corps est la connaissance a posteriori de la volonté. » Schopenhauer, Le monde comme volonté et comme représentation, Éd. PUF, p.141


« La volonté est une chose complexe qui n’a d’unicité que son nom. Toute volonté comporte d’abord une pluralité de sentiments, une sensation musculaire accessoire, une pensée qui commande, un état affectif, l’émotion de commander, le sentiment de supériorité à l’égard du subalterne, etc. »Nietzsche, Par delà le Bien et la Mal, Ière partie, par 19, Éd. Aubier-Montaigne


« J’expérimente ma volonté comme une chose infinie. Donc je porte l’image et la ressemblance de Dieu. » Descartes, Méditations Métaphysiques, IV, Éd. Gallimard/Pléïade, p. 304-305

« L’acte volontaire réside dans l’agent lui-même et en connaissance de cause. Les passions irrationnelles relèvent aussi de l’humaine nature. Elles ne sont donc pas par nature involontaires. » Aristote, Éthique à Nicomaque, livre III, chap. 3, 1111 a 22-1111 b, Éd. Vrin


« Il n’y a que notre propre jugement qui nous contraint. On ne peut nous contraindre à ne pas acquiescer à la vérité ou à accepter l’erreur. Car nous sommes une parcelle de Dieu qui, en tant que telle, ne peut être soumise à la contrainte ou à la nécessité. » Épictète, Entretiens, I, 17, 20, Éd. Les Belles Lettres, p. 66


« Sans autonomie de la volonté il n’y a pas de moralité. » Kant, Critique de la raison pratique, Éd. PUF, p. 33


« La générosité est la libre disposition de ses volontés. La bonne volonté est la plus estimable de nos qualité et elle est en chaque homme. » Descartes, Les passions de l’âme, Éd. Gallimard/Pléïade, p. 768-769

La Liberté
« La liberté est un mot qui chante plus qu’il ne parle. » Paul Valéry, Fluctuations sur la liberté


« La Liberté est la sœur de la Raison. Comme elle, elle ne reste pas sur ses acquis mais s’en procure de nouveaux. Elle dédaigne ses propres œuvres. Elle périt dès qu’elle s’adore. » Proudhon, Les confessions d’un révolutionnaire


« L’esclave est une sorte de propriété animée. C’est le premier des instruments qui est capable de faire ce pourquoi il est fait sur simple injonction. » Aristote, Politique


« C’est toujours quatre ou cinq qui maintiennent un pays en servage au service d’un tyran. Ces six ont ensuite six cents personnes à leur service. Ces six cent ont six mille. Ceux -ci gouvernent, ou lève l’impôt, et font tant de mal qu’ils ne peuvent durer que sous l’ombre du tyran. » La Boétie, Discours de la servitude volontaire.


« Le despote se caractérise par l’étendue et non l’usage de son autorité. Pendant un règne juste mais arbitraire, on tombe dans un sommeil fort doux, un sommeil de mort pendant lequel on devient étranger au gouvernement de l’État. » Diderot, Réfutation d’Helvétius
« Absurdité de l’expression : ils ne sont pas mûrs pour la liberté. Mais on ne peut mûrir pour la liberté que si on a été mis au préalable en liberté.

Liberté légale. =/ L’État
Liberté physique. =/ La famille
Liberté de conscience. =/ L’Église

Jamais on ne mûrit pour la raison autrement que grâce à des tentatives personnelles. La divinité a créé l’homme pour la liberté. » Kant, La Religion dans les limites de la simple raison.


« Je ne puis être troublé que par moi-même. Tu es maître de ma carcasse, tu n’as aucun pouvoir sur moi. » Épictète, Entretiens


« On distingue la liberté de penser de la liberté d’expression en considérant la première comme inaliénable. Mais pour penser bien, il faut penser en commun avec d’autres. Donc quand la puissance extérieure enlève la seconde, elle enlève aussi la première. » Kant, Qu’est-ce que s’orienter dans la pensée ?


« L’homme ne saurait rien de la liberté intérieure s’il n’avait d’abord expérimenté une liberté qui soit une réalité tangible dans le monde. Sans une vie publique politiquement garantie, il manque à la liberté l’espace mondain où faire son apparition. » Arendt, La crise de la culture


« La liberté est de ne pas être soumis à celle d’autrui et ne pas soumettre la volonté d’autrui à la notre. Le maître n’est pas libre. Régner, c’est obéir. La liberté sans la justice est une véritable contradiction. Il n’y a point de Liberté sans Lois. » Rousseau, Lettres écrites de la Montagne


« Le passage de l’état de nature à l’état civil substitue la justice à l’instinct, la voix du devoir au droit à l’appétit, sa raison à ses penchants. D’un animal stupide et borné il devient un être intelligent et un homme. L’appétit est esclavage, l’obéissance à la loi qu’on s’est prescrite est liberté. » Rousseau, Du contrat social


« La liberté se fonde sur le déterminisme. La liberté n’est pas une indépendance rêvée à l’égard des lois de la nature, mais par la connaissance de ces lois la possibilité de les mettre en œuvre pour des fins déterminées. » Engels, Anti-Dühring


« Les hommes peu instruit accepte donc volontiers le déterminisme qui répond à la superstition du fatalisme. Ce sont pourtant deux doctrines opposées. Fatalisme : ce qui est écrit se réalisera. Déterminisme : le plus petit changement écarte de grands malheurs. » Alain, Éléments de philosophie


« Notre liberté, et surtout notre liberté de créer, est soumise aux restrictions des trois Mondes (nature, sentiment, esprit). La liberté de créer n’est pas soumise au déterminisme du Monde naturel mais aux restrictions structurales du monde spirituel. » Popper, L’Univers irrésolu


« La liberté n’est pas dans le choix mais dans le projet d’existence. Toute délibération ou choix sont déterminés par avance car je leur ai préalablement conféré une valeur. Quand je délibère, les jeux sont faits. La délibération est un procédé qui m’annoncera ce que je projette. » Sartre, l’Être et le Néant


« Le point de départ de l’existentialisme est : Dieu n’existe pas, tout est permis. L’homme est condamné à être libre. Condamné parce qu’il ne s’est pas créé lui-même, mais libre car, jeté dans le monde, il est responsable de tout ce qu’il fait. » Sartre, L’existentialisme est un humanisme


« Sous le signe de la technologie, les actes ont une portée qui concerne l’avenir de la Terre tandis qu’avant l’éthique était le respect du prochain. » Hans Jonas, Le principe de responsabilité

Le Devoir

« Conscience ! conscience ! instinct divin, immortelle et céleste voix ». Rousseau


Kant : « chaque homme trouve dans la raison l’idée du devoir et tremble lorsqu’il entend sa voix » D’un ton grand seigneur adopté naguère en philosophie, Éd Vrin, p. 105.


« Agis uniquement d’après la maxime qui fait que tu peux vouloir en même temps qu’elle devienne loi universelle. » Kant, Fondements de la Métaphysique des mœurs, Éd. Delagrave, p. 125 et 136

– Agis de telle sorte que tu traites l’humanité aussi bien dans ta personne que dans la personne de tout autre toujours en même temps comme une fin, et jamais simplement comme un moyen. » Kant, Fondements de la métaphysique des moeurs, Éd. Gallimard/Pléïade, p 294


 » Je ne dis jamais d’un homme : il fait le devoir. Mais je dis que je fais mon devoir. Le devoir me concerne seul et en même temps est le général. Ici apparaît la personnalité dans sa validité suprême. » Kierkegaard, Ou bien… Ou bien…, Éd. Gallimard, p. 542 :


« Il n’y a point d’exemples certains que l’on peut rapporter à l’intention d’agir par devoir. Maintes actions peuvent être réalisée conformément à ce que le devoir ordonne sans qu’il soit vraiment réalisé par devoir. » Kant, Fondements de la Métaphysique des mœurs, Éd. Delagrave, p. 11-112


« La raison pure pratique nous fait sentir notre propre existence supra-sensible. Grâce à elle nous sentons que nous sommes une nature pathologiquement affectée par le sensible. » Kant, Critique de la raison pratique, Éd. PUF, p. 93-94


« La bonne volonté se juge à la nature de l’intention. L’utilité ou l’inutilité ne peut en rien accroître ou diminuer cette valeur. » Kant, Fondements de la Métaphysique des mœurs, Éd. Delagrave, p. 11-112


« Je me sens responsable non seulement de mes maximes mais des résultats de mes actions. Celui qui se contente de vouloir le bien sans faire le nécessaire pour le réaliser est peut-être le pire ennemi de la morale. La bonne intention doit être intentions de bon résultats. » Éric Weil, Philosophie morale, Éd. Vrin, p. 183

« La sagesse pratique consiste ici à inventer les comportements justes adaptés à la singularité des cas. Mais jamais la sagesse pratique ne transformera en règle l’exception à la règle. » Paul Ricoeur, Soi-même comme un autre, Éd. du Seuil, p. 312-313


Il faut passer du point de vue purement moral (que fonde l’autonomie pure et inconditionné de la volonté avec Kant) à l’effectivité éthique, sans quoi ce gain serait réduit à un pure formalisme. Le devoir n’est plus alors que l’accord formel avec lui-même. » Hegel, Principes de la philosophie du droit, Remarque du par. 135, Éd. Vrin, p. 172-173


« Au fond ce monde ne s’est jamais entièrement défait d’un certain relent de sang et de torture (pas même chez le vieux Kant : l’impératif catégorique sent sa cruauté). C’est ici que cette intrication des idées de faute et de peine devenue peut être inextricable a été produite. Faire souffrir, véritable fête, chose qui avait d’autant plus de prix qu’elle était contraire au rang social du créancier. » Nietzsche, Généalogie de la morale, deuxième traité, par. 6, Éd. Flammarion, p. 76


« La société est qualifiée pour jouer ce rôle de législatrice morale parce qu’elle est investie, à nos yeux, d’une autorité morale bien fondée. C’est de la société que nous vient tout l’essentiel de notre vie mentale. Quand la société réclame de nous ces sacrifices petits ou grands qui forment la vie morale, nous nous inclinons devant elle avec déférence. » Émile Durkheim, Sociologie et philosophie, Éd. PUF, p. 107

« La mauvaise conscience fait ce miracle, étant à la fois juge et partie, de se condamner elle-même. Cela ne nous paraît héroïque que parce que nous l’avons d’abord dédoublé. » Vladimir Jankélévitch, La Mauvaise Conscience, Éd. Aubier-Montaigne, p. 62-63 :


« La morale n’est pas la doctrine qui nous enseigne comment nous devons nous rendre heureux mais comment nous devons nous rendre digne du bonheur. » Kant, Critique de la raison pratique, Éd. PUF, p. 139

Le Bonheur

Kant : le bonheur est un idéal de l’imagination.


« Nous n’apprécions-nous pas les trois plus grands biens de la vie tant que nous les possédons : la santé, la jeunesse et la liberté. La partie la plus heureuse de notre existence est celle où nous la sentons le moins. » Schopenhauer, Le monde comme volonté et comme représentation, Éd. PUF, p. 137
« Le plaisir aboutit à un point où il cesse et dès son début il regarde vers sa fin. Ainsi les Anciens ont prescrit de rechercher la vie la plus vertueuse et non la plus agréable, de façon que le plaisir soit non pas le guide mais le compagnon d’une volonté droite et bonne. » Sénèque, De la vie heureuse, dans L. Bourgey, Les Stoïciens, Éd. Gallimard/Pléïade, p 729-730


« Que chacun examine ses pensées, il les trouvera toutes occupées au passé et à l’avenir. Ainsi nous ne vivons jamais mais espérons de vivre. Nous disposant toujours à être heureux, il est inévitable que nous ne le soyons jamais. » Pascal, Pensées, fragment 172, Éd. Gallimard/Pléïade, p 1131-1132


« Quand nous disons que le plaisir est le but de la vie, il ne s’agit pas des plaisirs déréglés ni des jouissances luxurieuses. Par plaisir, c’est l’absence de douleur dans le corps et de trouble dans l’âme qu’il faut entendre. » Épicure, Lettre à Ménécée, Éd. Hatier, p 12-13
Si tu penses que seul dépend de toi ce qui dépend de toi, que dépend d’autrui ce qui réellement dépend d’autrui, tu ne te sentiras jamais contraint à agir, jamais entravé dans ton action, tu ne t’en prendras à personne. Nul ne sera ton ennemi, car aucun malheur ne pourra t’atteindre. » Épictète, Manuel, Éd. Hatier, p 52


« Tout le monde estime que la vie heureuse est agréable, attendu qu’on unit la notion de plaisir à celle de bonheur. Le bonheur présente le caractère d’être complet. Prétendre que l’homme soumis au supplice de la roue, ou accablé de grandes infortunes, est heureux à condition d’être vertueux, c’est parler en l’air. » Aristote, Éthique à Nicomaque, livre VII, chap XIII, 2, 3, Éd. Garnier-Flammarion, p. 199-200


« On peut dire d’une action qu’elle est conforme au principe d’utilité lorsque sa tendance à accroître le bonheur de la société est supérieure à ce qui le diminue. » Jeremy Bentham, Principes de morale et de législation, chap I, 1, 8


« L’âge du bonheur de masse célèbre l’individualité libre, il privilégie la communication et démultiplie les choix et options. Après l’impératif catégorique, l’impératif narcissique glorifié sans relâche. » Gilles Lipovetsky, Le crépuscule du devoir, Éd. Gallimard, p 57-58


« Le problème qui consiste à déterminer d’une façon sûre et générale quelle action peut favoriser le bonheur d’un être raisonnable est tout à fait insoluble. Il n’y a donc pas à cet égard un impératif qui puisse commander mais des conseils. Le bonheur est un idéal, non de la raison, mais de l’imagination, fondé uniquement sur des principes empiriques. » Kant, Fondements de la métaphysique des mœurs, IIème section, Éd. Delagrave, p 131-132

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