Publié par : gperra | 2 février 2014

Les eaux amères de Campiglia Marittima

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Saurais-je un jour pourquoi la magie de l’eau agit si profondément sur moi ? Mes rencontres avec une mer, une rivière, une cascade, un lac, eurent bien souvent pour moi d’importantes significations. Ces moments furent en effet des sortes de trouées de ma vie, des fenêtres ouvertes sur le temps, hors du temps, des moments de prescience, des chants d’un futur, proche ou lointain, qui s’annonçait. Ainsi qu’une voix, qui murmurait du plus profond de moi-même, à travers le bruissement des vagues, le grondement d’une chute, ou le bouillonnement d’une cascade.

En juillet 2012, au Brésil, l’océan m’avait pris dans ses bras de force et de courage, pour porter mon cœur dans la bataille d’une épreuve de justice, afin que j’en sois le vainqueur. En août 2013, la mer italienne me fit découvrir ce que signifie l’amertume.

Campiglia Marittima est un petit village, perché sur une montagne, à proximité d’anciennes carrières. De ses murailles, on voit la mer.

Elle était pourtant bleutée, calme et belle, sous un ciel étincelant. Mais son sel me brûlait, me pénétrait avec intensité, me saisissait tout entier, me faisait pleurer. Et plus encore que cela, il me plongeait au plus profond d’un sentiment d’amertume.

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Qu’est-ce que l’amertume ? On la confond facilement avec la tristesse, ou les regrets. Mais il s’agit de quelque chose de bien plus mystérieux. Elle est bien plus que le chagrin.

L’amertume fut tout d’abord pour moi la sensation du poids des souffrances prochaines. Je sentais la douleur à venir comme une promesse de brûlure de sel. Je la savais avec certitude. Et pourtant voulant tant l’éviter ! Et dans cette souffrance, je savais qu’il me faudrait être seul. Même le sentiment d’un dieu silencieux m’accompagnant dans l’épreuve devait s’estomper. Seul et empli de sel, devais-je être.

Mais cette amertume, qui attaque la gorge, était aussi salutaire. Car elle est également le sentiment qui nous dit que nous ne sommes plus tout-à-fait nous même. L’avertissement que nous nous sommes perdus en chemin. Et qu’il va falloir se mettre en route pour se retrouver ! L’amertume est un saisissement pour que nous nous ressaisissions. Il faut la boire jusqu’au bout !

J’ai plongé dans les eaux amères. J’y suis resté jusqu’à ce que mon cœur en déborde. Et leur oracle s’est accompli. Pendant des mois, j’ai senti le sel : sur ma route, dans ma bouche et dans mes yeux. Il m’a brûlé jusqu’au sang. Il m’a trempé dans les larmes. J’ai été, une nouvelle fois dans ma vie, saisit tout entier dans l’amertume, afin de m’y découvrir. Finalement, je suis sorti du sel, autre que je n’étais. Davantage moi-même, peut-être. Plus résolu, certainement, à être celui que je dois être, ou que j’ai toujours été. Et non celui que l’on voudrait que je sois. Et pour cela, marcher résolument vers mes buts.

Le 2 février 2014

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