Publié par : gperra | 17 novembre 2013

Les vagues de Copacabana

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La célèbre plage de Copabana à Rio do Janeiro est surtout connue à travers certains clichés associés à la fête, au plaisir des sens débridés, au luxe, etc. Somme toute, on véhicule de cet endroit, partout dans le monde, une image associée à une certaine superficialité mondaine et latino-américaine.

Et pourtant, une plage peut être bien plus qu’un lieu de bronzage, de séduction et d’apparences. N’est-ce pas l’endroit où la terre, le ciel et la mer se rencontrent ? Je voudrais dans cet article tenter d’évoquer ce que fut pour moi cette plage magnifique il y a plus d’un an, lors de mon voyage au Brésil, et l’impression profonde qu’elle m’a laissé.

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A cette époque de ma vie, je me préparais à affronter le procès en diffamation que la Fédération des Écoles Steiner-Waldorf m’avait intenté. Tout mon être était tendu dans la perspective de cet événement, dont je savais à quel point il s’annonçait périlleux. Être accusé injustement et traîné dans la boue alors que j’avais accompli honnêtement mon devoir en prenant la plume était quelque chose qu’il me fallait gérer au quotidien. Chaque jour, je devais porter ce fardeau d’un combat qui m’était imposé, du défi qu’il me fallait relever, de la bassesse et de la malhonnêteté d’une procédure qui m’était infligée par des gens puissants, riches et sournois. Je n’étais pas seul face à l’épreuve. Mais je savais que je serais seul à combattre le moment venu. Et que je serais alors autant face à mes adversaires que face à moi-même. Car je connaissais les ruses et le caractère machiavélique de la stratégie de la partie adverse, qui allait tenter d’utiliser les failles de mon être et de mon passé pour me présenter comme un monstre, un fou ou un affabulateur, afin de décrédibiliser coûte-que-coûte mon témoignage paru sur le site de l’UNADFI. Je les connaissais bien, pour les avoir fréquentés durant des décennies, et je savais de quoi ils étaient capables. Je pouvais aisément deviner que ces gens étaient prêts à tout pour défendre le mensonge dont ils se nourrissent pour exister, quitte même à chercher à détruire socialement et psychologiquement un individu. C’est-à-dire de commettre ce qu’il faut bien appeler un meurtre social. « Tuer » pour survivre ne leur posait aucun problème de conscience. La suite des événements devaient confirmer mes craintes, bien qu’ils en furent finalement pour leur frais en raison du triomphe final de la justice et de la vérité.

Ainsi, ce beau jour de juillet 2012, c’est les épaules lourdes d’un combat à venir que j’entrais dans les eaux bleu-turquoise de Copacabana, en cette saison hivernale du Brésil où la plage est encore peu fréquentée. Je pouvais avoir de ce fait l’impression qu’il n’y avait que moi et l’océan, qui bientôt m’enveloppait. Des hautes vagues venaient me frapper de plein fouet tandis que je m’avançais dans les flots. Elles me rappelaient les moments heureux de mon enfance, sur une plage méditerranéenne, où je pouvais passer des journées entière à affronter la mer.

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Ce jour-là pourtant, quelque chose se passa pour moi qui était bien plus qu’un jeu ou une simple baignade. J’eus la sensation très nette que les flots dans lesquels j’étais plongé n’étaient pas que de simples remous d’une baie au bout du monde, mais les émissaires de l’immense Océan Atlantique, dont ils étaient le prolongement. Chaque vague qui frappait ma poitrine était comme une accolade de cet être vaste, puissant et infini. Ce contact m’emplissait de forces et de courage. De énergies profondes me traversaient, qui n’étaient pas seulement celles d’une étendue d’eau physique, mais qui semblaient provenir des profondeurs mouvantes et infinies de la vie elle-même. Je m’en abreuvais, je m’en gorgeais, je m’en saturais. Je me fortifiais au contact d’une immensité qui était bien plus que spatiale et aquatique, mais spirituelle, pour autant que ce mot n’oriente pas l’esprit du lecteur vers une sorte d’abstraction, tandis qu’il s’agissait bien plutôt d’une présence totalement ancrée dans la réalité de cet océan.

L’Océan ! La sonorité seule peut-être de ce mot, avec toute la poésie qui lui est naturellement associée, peut sans doute traduire ce que je cherche ici maladroitement à décrire. Ce jour-là, l’Océan était mon allié, mon ami ! Il m’offrait son accolade comme un Seigneur prend dans ses bras son chevalier le jour de la bataille, en le regardant droit dans les yeux. C’était comme s’il emplissait tout mon corps de sa confiance et de son estime pour la justesse de la cause que j’aurais à défendre. Il murmurait à mon cœur des mots d’amour et d’encouragement, que je serais bien incapable de transposer en termes du langage humain, mais qui venaient des profondeurs marines et divines avec une violence guerrière fraternelle. Et cette force, je l’emportais avec moi !

Il est possible que je ne revienne jamais au Brésil. Mais je n’oublierais pas que ce pays lui-même m’a aidé dans une lutte qui fut l’une des plus importantes de ma vie. Car je crois qu’il faut rendre hommage au lieux autant qu’aux personnes, lorsque la rencontre que nous avons avec eux ressemble à celle que nous pourrions faire avec l’un de nos semblables qui nous a épaulé dans la difficulté. Aussi, lorsque vous entendrez parler de cette plage de Copacabana comme on l’entend toujours, c’est-à-dire associée aux sempiternels clichés bien connus, il me plairait de penser que certaines personnes averties sauront que ce lieu fait partie de ces endroits du monde qui, parfois, permettent à l’espace de l’âme, à la réalité physique et à la dimension sacrée de l’univers de ne faire plus qu’une.

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