Publié par : gperra | 15 novembre 2013

Le chant du ruisseau d’Ilha Grande

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Ilha Grande est une île verdoyante située à proximité de Rio de Janeiro, au Brésil. Les prometteurs immobiliers ne se sont pas permis encore d’y opérer leurs constructions hôtelières, c’est pourquoi on y trouve de petites maisons servant de chambres d’hôtes pour la nuit, ainsi que des paysages intactes.

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Quand j’y ai mis les pieds pour la première fois, j’ai eu une sensation qui ne m’était arrivé que très rarement au cours de mes quelques voyages : celle de cheminer dans un rêve, dans un espace presque trop beau pour correspondre à la réalité. Cela tenait-il au sable d’un jaune intense parcouru de langues noires des pierres de la montagne qui s’émiettaient sur la plage ? Cela tenait-il à l’éclat bleuté de la mer, d’une intensité presque sauvage et douce ? Ou bien au vert de la forêt, qui entourait la baie ? Cette impression de rêve est difficile à décrire et à expliquer. Car elle ne provient pas d’une atténuation, mais d’un renforcement de la réalité ! Celle-ci se donne avec une force que l’on à peine à croire. En effet, ce que nous appelons les paysages de cartes postales possèdent une magie que la photographie ne peut capturer. Précisément parce que nous ne sommes pas dans la carte postale, alors que notre corps et notre âme sont impliqués dans ce paysage qui impose sa splendeur. Il m’a fallu rester un long moment à regarder cette plage, comme si j’avais besoin de prendre le temps de crever du regard les apparences, comme si j’avais voulu déchirer la toile trop parfaite d’un peintre. Quand les sens sont ainsi saturés de réalité, c’est soudain notre propre réalité qui semble vaciller et prendre la consistance du rêve. Il faut comme la rattraper au vol et éviter qu’elle ne nous glisse entre les doigts, le temps de s’habituer à la magie du lieu et de devenir soi-même une créature magique.

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A proximité de la plage, la chambre d’hôte que nous avions trouvé prenait la forme d’une petite maisonnette, au premier étage duquel était installée une mezzanine. Comme un nid dans les arbres. Elle surplombait un petit torrent qui dévalait les pentes de l’île dans un grondement doux et permanent. Dans la torpeur de l’après-midi, sous les arbres tropicaux, son bruit était comme un chant. Il est bien difficile de mettre des mots sur des instants d’intimité partagés sans paraître vulgaire ou impudique. Et pourtant, nous savons bien que quelque chose de nos actes d’amour restent gravés non seulement dans nos mémoires, mais aussi dans les lieux qui ont marqués l’itinéraire de deux êtres dont les chemins de vie se sont croisés et entremêlés. A cet instant, à cet endroit, dans la douceur de l’après midi, le chant du ruisseau a été plus pour moi qu’un murmure continue. Il était une voix d’amour. Il était celle que j’aimais. Il m’enveloppait de ses pouvoirs. Il ruisselait sa fougue, que rien ne pouvait arrêter, parce qu’il descendait d’une île encore vierge, sillonnant les roches d’une forêt puissante. Ceux qui ont entendu son murmure une fois, une seule fois, ne peuvent l’oublier. Car il est charnel, spirituel et musical tout à la fois. Il est le chant du ruisseau ! Et son écho dans mon cœur, aujourd’hui encore, est une source de vie.

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