Publié par : gperra | 26 octobre 2013

Analyse cinéphilosophique de Mortal Instruments

Photo : The Mortal Instruments : La Cité des ténèbres

Ce film agité à l’histoire confuse jouant sur un décorum et des costumes gothiques sur fond de magie et de sorcellerie s’est avéré plus profond qu’il ne le paraissait, suite à un travail d’analyse qui a permis de relier les différents plans de cette œuvre de seconde zone. Il est issue d’une trilogie romanesque de Cassandra Clare intitulée La Cité des Ténèbres.

Le premier plan est une histoire ésotérico-historique complexe, dans la lignée du Da Vinci Code de Dan Brown. Au Moyen-Âge, les Croisés auraient fait alliance avec un ange (Hazriel), lequel versa son propre sang dans une coupe. Tout les êtres humains (appelés dans ce film « les terrestres ») qui boiront dans cette coupe deviendront des « chasseurs d’ombres », c’est-à-dire des êtres possédant certains pouvoirs surnaturels leur permettant de combattre et de vaincre les démons. Cependant, les démons ne sont pas les seules créatures surnaturelles qui peuplent le monde : il existe aussi les vampires, les loups-garous, les « frères-silencieux » ou les sorcières, avec lesquels sont établis cependant des protocoles de non-agression réciproques. Les « chasseurs d’ombres » doivent leurs pouvoirs de la maîtrise des runes, avec lesquelles ils se tatouent le corps. Toutes ces créatures surnaturelles ont en commun de s’habiller de manière gothique, comme pour signifier que cette mode ne signifie pas nécessairement une croyance ou une pratique satanique, mais juste une façon pour ceux qui s’adonnent à des systèmes de croyances magico-religieux de tout ordre de montrer qu’ils appartiennent à un genre marginal, une caste à part. Les « chasseurs d’ombres » ne sont cependant pas des croyants : l’histoire du sang de l’ange versé dans la coupe est transmise comme un mythe auquel aucun d’eux ne croient plus vraiment. « Depuis des années que je chasse les démons, je n’ai jamais vu un seul ange », dit Jace  Weyland, un des protagoniste faisant partie de ce clan. Cependant, toutes les religions semblent avoir des liens avec les « chasseurs d’ombres », puisque les différents sanctuaires des multiples confessions religieuses leur servent de « caches d’armes ». Ainsi, sous l’autel de chaque église se trouverait un arsenal conséquent, de même que dans les temples shintoïstes, ou autres. Les « chasseurs d’ombres » symboliserait donc une sorte d’ordre secret qui subsume les différentes religions, un eu comme les Théosophes ou les Anthroposophes pensaient pouvoir se placer au-dessus des différentes confessions religieuses grâce à leur ésotérisme (alors qu’ils sont eux-mêmes une simple religion intellectualisée). Le pouvoir des « chasseurs d’ombres » se transmet héréditairement, ou bien par conversion, en buvant à la coupe de l’ange.

Cependant, la lignée des « chasseurs d’ombres » menace de s’éteindre. Retrouver la coupe où l’ange a versé son propre sang est donc nécessaire pour grossir les rang d’un clan sur le déclin. Un « chasseur d’ombre » particulièrement idéaliste nommé Valentin Morgenstern se procure cette coupe que l’on croyait perdue. Mais au lieu de l’utiliser comme il le devrait, ce dernier tente de s’en servir pour créer une nouvelle race de « chasseurs d’ombres », plus performante et douée de pouvoirs plus puissants. Il se livre à des actes de profanation, avec sa compagne enceinte, Jocelyne Fray. Il boit son propre sang à la coupe sacrée et le fait boire également à sa femme, tandis qu’elle attend un enfant. La fille qui naîtra de cette union sacrilège, Clary Fray, est effectivement douée de pouvoirs hors du commun. Mais sa mère, qui réalise l’abomination de son acte, s’enfuit loin de son mari avec son enfant et la coupe, qu’elle veut dissimuler à Valentin. Elle refait sa vie avec un homme, Luke Garroway… qui se trouve être un bon compagnon, mais aussi un loup-garou. Pour protéger sa fille de ses propres pouvoirs latents, elle lui impose un sortilège d’amnésie, qu’elle doit renouveler chaque année.

Voilà pour la trame ésotérique du film. Celle-ci s’inscrit dans une histoire psychologique plus classique. Une adolescente (la fille de Valentin qui a grandit) vit en compagnie de sa mère et de son beau-père, qu’elle apprécie (sans savoir encore qu’il est un loup-garou). Elle a un bon ami d’enfance, Simon Lewis, qui est amoureux d’elle sans oser lui avouer, mais ce n’est pas réciproque. Elle rencontre un jeune homme blond habillé en gothique (qui est en fait Jace, un « chasseur d’ombre »), avec lequel le courant passe très bien. Le jour de son anniversaire, elle désobéit à sa mère et sort en boite (gothique). (Là, elle assiste au meurtre d’un démon par des « chasseurs d’ombres »). Pendant ce temps, sa mère se suicide. (En réalité, elle avale une fiole pour ne pas révéler aux démons qui l’ont retrouvé où se trouve la coupe de l’ange, qu’elle a cachée). C’est à ce moment que resurgit dans la vie de la jeune fille son véritable père biologique (Valentin). Mais elle se rends compte qu’il n’est pas vraiment son père, seulement son géniteur, puisqu’il n’a pas accès à ses pensées les plus profondes. Bref, une sorte de drame ordinaire de famille recomposée, sur fond de crise d’adolescence et de reconnaissance de paternité.

La thématique psychologique qui traverse tout le film – et qui semble en être le message – est plus subtile. Une fois décryptée, on pourrait la résumer de la manière suivante : les personnages doivent apprendre à faire preuve de courage. Plus précisément, le courage de reconnaître les sentiments profonds qui existent au fond de leurs cœurs. Ainsi, Clary doit admettre qu’elle fait vraiment confiance à son beau-père (bien qu’elle ait eu des doutes en découvrant sa nature de loup-garou). Jace doit accepter d’avoir des sentiments et des émotions, qu’il a bien du mal à s’avouer à lui-même. Il doit  aussi retrouver la foi, puisqu’il ne croit pas aux anges. Un autre « chasseur d’ombre », Alec, refuse de percevoir les sentiments amoureux qu’il éprouve à l’égard d’une membre de son équipe. Le vieux gardien de la citadelle des « chasseurs d’ombres » (Hodge) doit reconnaître que ce qu’il croit être un sortilège qui l’empêche de sortir du bâtiment n’est rien d’autre qu’une phobie qui le hante. La mère de la jeune fille, Jocelyne, doit avoir le courage de comprendre que c’est elle-même qui n’est pas prête à avouer à sa fille que celle-ci possède certains pouvoirs, et non l’inverse. Le meilleur ami, Simon, devra avouer à la jeune fille qu’il a des sentiments pour elle et reconnaître qu’il sait que ce n’est pas réciproque. En résumé, tout le monde dans ce film a quelque chose à s’avouer à lui-même, mais n’en a pas le courage. D’ailleurs, la jeune fille est remarquée par le « chasseur d’ombre » parce qu’elle possède « un courage hors du commun », comme cela est dit à trois reprises au cours du film.

Cette thématique du courage est reprise au niveau symbolique, lorsque nous observons avec attention la statue de l’ange Hazriel qui trône dans la salle de la citadelle des « chasseurs d’ombres » : dans une main il porte une coupe, tandis qu’il tient de l’autre une large épée. Il ne s’agit donc pas d’Hazriel, mais bien plutôt de Saint-Michel, qui est précisément  l’Archange du courage. A ceci près que Saint-Michel devient ici le porteur d’une sorte de Graal, dans lequel il aurait versé son propre sang pour le donner aux Croisés. Ainsi, cet ange serait une sorte de Christ michaëlique.

Le film et ses multiples péripéties, accompagnées de rebondissements permanents (et bien souvent inutiles), montrera donc comment chaque personnage parvient finalement à trouver la vérité de ses propres sentiments au fond de lui-même, ce qui lui permet de retrouver la confiance en soi et en l’autre, qui étaient perdues. C’est peut-être cela que le film désigne comme étant « la foi ». Une belle image de ce processus nous est donné à travers un portail magique qui téléporte les « chasseurs d’ombres » dans le lieux de leurs pensées les plus intimes, là où ils désirent vraiment aller. Ce portail est en réalité un accès à la vérité des profondeurs de sa propre intériorité.

Il est étonnant de voir un tel film sortir pendant cette période de l’année qui succède précisément à la Saint-Michel (29 septembre). Car derrière une symbolique confuse et un jeu somme toute assez malsain avec des symboles magiques et ésotériques, ce film évoque bel et bien une caractéristique profonde de ce temps de l’année : l’accès aux profondeurs de l’intériorité, par la force du courage, afin d’y puiser, par la reconnaissance de la vérité de nos sentiments profonds, la force de confiance qui nous permet d’affronter nos « démons » intérieurs.

Toutefois, ce propos demeurerait parfaitement dissimulé au spectateur qui regarderait ce film sans effectuer le travail d’analyse conscient auquel nous venons de nous livrer. Ce qui ne veut pas dire que le dit propos, qui est présent derrière les symboles mis en place, ne marquerait pas inconsciemment ceux qui regardent ces images sans réfléchir à leurs contenus. Cependant, le fait même qu’ils demeurent inconscients en ferait une force de suggestion, une puissance d’envoûtement, et non un message. D’ailleurs, le fait que ce film joue sciemment sur la mode des tatouages pour l’associer à des pratiques magico-ésotériques, dans le cadre d’une recherche identitaire adolescente, est peut-être ce qui me dérange le plus.

The Mortal Instruments : La Cité des ténèbres1 ou La Cité des ténèbres : La Coupe mortelle au Québec (The Mortal Instruments: City of Bones) est un film fantastique germanoaméricain réalisé par Harald Zwart sorti en 2013 et adapté de la série de romans La Cité des ténèbres de Cassandra Clare.

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