Publié par : gperra | 2 août 2013

La Fédération des écoles Steiner-Waldorf et la libre expression sur internet

La Fédération des écoles Steiner-Waldorf et la libre expression sur internet

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un souvenir de la formation pédagogique à l’Institut Rudolf Steiner

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Nous étions rassemblés dans la grande salle de cours aux murs roses de l’Institut Rudolf Steiner. La soirée était avancée. Les étudiants avaient pris leur repas en commun, non sans avoir prononcé un bénédicité anthroposophique et entonné en chœur des chants religieux avant que n’arrive la pitance strictement végétarienne qui nous était proposée. Jacques Dallé, de la Fédération, avait animé durant deux jours une intervention sur le thème des cours de Français dans les écoles Steiner-Waldorf. A cette occasion , il nous avait fait part de sa passion pour les Haïkus japonais. Nous en étions à l’heure du dessert, des tisanes et des confidences. Jacques trônait au centre de la tablée, tandis que nous l’écoutions, admiratifs, pareil au Christ entouré de ses apôtres lors de la Cène.

Il se mit alors à évoquer la période troublée du début des années 2000, lorsque les écoles Steiner-Waldorf avaient été publiquement qualifiées de secte par le député Jacques Guyard et attaquées dans différents journaux. Comme l’élection présidentielle de 2007 se profilait dans quelques mois, il nous rappela utilement le rôle joué par Ségolène Royale dans ces événements et nous laissa entendre dans quel sens il fallait voter, tout en nous disant que nous étions bien sûr libres de notre choix, avec ce petit air bonhomme qui faisait tout son charme. Puis, les desserts sucrés et le climat de vénération qui régnait dans la salle aidant, il ne mis à nous raconter avec fierté comment il avait passé des journées entières sur son ordinateur, une fois cette mésaventure passée, afin que disparaissent autant que possible des moteurs de recherche les articles défavorables à la pédagogie Steiner-Waldorf.

« Maintenant, quand on tape écoles Steiner ou pédagogie Waldorf, se vantait-il, n’apparaissent sur les quatre premières pages de Google ou autre que des articles qui nous sont favorables ! Ce n’a pas été pas facile, car cela demande beaucoup de temps et de patience, poursuivait-il. »

Se pourrait-il que le bon vieux Jacques, négligeant encore une fois la rédaction de ses travaux sur la Grammaire du point de vue anthroposophique, ait repris dernièrement du service ? Il est certain que la stratégie classique de la Fédération des écoles Steiner-Waldorf, dès lors qu’elle ne peut obtenir ce qu’elle veut par des voies ordinaires, consiste toujours à organiser de véritables phénomènes de « tabous ». On ne parle plus de ce qui a eu lieu. On fait comprendre qu’il ne faut plus en parler. On fait en sorte qu’il en reste le moins de traces possibles. Et cela marche ! Ce phénomène est comparable à ce que décrivent les romans de Science-Fiction, dans ces intrigues fantastiques où une réalité aurait été comme effacée rétrospectivement en remontant le temps : elle disparaît graduellement des consciences et sombre peu à  peu dans une forme de néant. Comme si elle n’avait jamais été. C’est probablement le procédé qui aura été choisi en ce qui concerne l’échec à faire condamner mon témoignage paru sur le site de l’UNADFI, et le formidable revers juridique essuyé à cette occasion.

Ce procédé me rappelle mes travaux de recherche universitaire, réalisés à l’occasion de mon mémoire de Maîtrise de Philosophie sur le dissident tchécoslovaque Vaclav Havel. Lui aussi avait été confronté à ce phénomène d’un pouvoir censitaire totalitaire capable de faire en sorte que certains événements semblaient n’avoir jamais eu lieu. Il appelait cela : « l’Ordre de la Mort et de l’Oubli » (Lire à ce sujet mon mémoire intitulé Vaclav Havel, Culture et Dissidence, ainsi que La Mémoire de l’Être dans la Philosophie et le Théâtre de Vaclav Havel, disponibles sur mon blog). Mais Havel affirmait également qu’en face de cet « Ordre de la Mort et de l’Oubli », il existe aussi un « Ordre de l’Être », et un « Ordre de la Vie », qui conservent la mémoire de tout ce qui a eu une signification véritable. Et ces « Ordres » font en sorte que, par des voies inattendues, ce qui a existé valablement agira dans les strates profondes de la vie sociale, pour ressurgir un jour ou l’autre de manière éclatante contre toute attente. En toute modestie, j’ai le sentiment que la rédaction de mon témoignage et l’aventure qu’a été mon procès, suivis de sa victoire sans tâche devant la Justice, a constitué quelque chose de cet ordre. Certes, il y avait peu de journalistes présents dans l’assistance. Certes, aucune institution ni aucun service d’un État n’ont le pouvoir de la Fédération des écoles Steiner-Waldorf et de ses alliés, quand le processus du « tabou anthroposophique » s’est mis en place et qu’il a été décidé que quelque chose devait tomber dans l’oubli des consciences contemporaines. Car ces institutions ont un pouvoir qui dépassent les frontières et pénètrent jusque dans les inconscients des êtres humains qui subissent leur influence. Mais il est permis de croire que le pouvoir de « l’Ordre de l’Être et de la Vie », comme les appelait Havel, est plus grand encore que ces manigances. Et que ce qui doit apparaître à la lumière trouvera un jour le chemin de la surface, par des voies que ceux qui croient tout contrôler n’auraient sans doute jamais imaginé.

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Responses

  1. A reblogué ceci sur La Vérité sur les écoles Steiner-Waldorf.


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