Publié par : gperra | 31 juillet 2013

Sur les traces de mes ancêtres : Fiorina Galano et Romualdo Benincasa de Cetara

Sur les traces de mes ancêtres :

Fiorina Galano et Romualdo Benincasa de Cetara, près de Salerne

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Le petit village  de pêcheurs de Cetara se situe  entre Naples et Salerne. Il est littéralement pris entre les montagnes et la mer. Les premières se dressent, verdoyantes et abruptes juste derrière les maisons. La mer donne sur une baie où les autres ports sont visibles et presque accessibles : ce n’est pas la mer immense et infinie, mais un espace social. La verticalité hostile des monts qui surplombent. L’horizontalité bleue qui ouvre. On y accède par un chemin de montagne à flac de falaise.

image-1Fiorina Galano, Anna Benincasa, Romualdo Benincasa et Daniel Benincasa

C’est de là que venaient mes deux arrière-grands parents du côté paternel : Fiorina Galano et Romualdo Benincasa. Elle est morte à Alger, dans le quartier de Bab-el-Oued, en 1926, des suites d’un empoisonnement causé par une intoxication alimentaire. Son mari, officier de la marine marchande lui avait apporté des moules prises sur la coque de son navire, ce que tout marin expérimenté sait normalement être dangereux. Avait-il déjà une maîtresse, qu’il souhaitait voir prendre la place de sa première épouse ? Son remariage assez rapide avec une deuxième femme originaire de Cetara pourrait permettre de le penser.

photo 1-2Fiorina Galano

Fiorina ne serait cependant pas seulement morte du fait d’un empoisonnement, mais aussi par orgueil, sans doute mal placé : tandis qu’une voisine était venue lui apporter un peu de lait, qui l’aurait sauvée en lui permettant de vomir le mercure des moules, Fiorina a refusé, ne voulant pas accepter le présent d’une personne avec laquelle elle s’était fâchée peu auparavant.

photo 3La famille Galano

Elle laissa donc orphelins quatre enfants. Mon grand-oncle paternel, le plus âgé, ainsi que ma grand-mère, Anna Benincasa, et deux petits frères. Ceux-ci connurent aussitôt l’enfer : la seconde épouse de Romualdo Benincasa se révéla être une marâtre qui affamait et maltraitait les enfants de la première noce. Anna raconta longtemps après comment elle fut obligée de manger ses repas assise sur le siège des toilettes, ou les privations fréquentes de nourriture. Elle ne dut sa survie qu’au fait que lorsqu’elle allait chercher le pain, le boulanger lui donnait toujours, avec sa monnaie, un quignon qui permettait de faire le poids exact en échange de sa pièce. C’est ce quignon quotidien qui lui permis de ne pas mourir de faim, comme ses deux petits frères.

photo 4Anna Benincasa, au couvent

A 13 ans, à la mort de sa marâtre (sur le siège des toilettes, là où elle l’avait fait souffrir, disait Anna), Anna Benincasa fut envoyée au couvent, dont elle ne ressortie qu’à l’âge de 18 ans. Elle était d’un tempérament joyeux et social, selon tous ceux qui l’ont connue. Elle est morte en 1968, soit deux ans avant ma naissance.

photo 4-1Anna Benincasa

Elle est venue à Cetara en 1952, accompagné de mon père, qui avait une dizaine d’années et de ma tante, un enfant en bas âge. Elle pensait recevoir une part de l’héritage, qui possédait à l’époque une villa près de la plage. Elle n’obtiendra qu’une petite somme d’argent, avant de retourner en France.

Lorsque je me rends à Cetara, je n’ai pas d’idée précise de ce que je vais y découvrir, ni même précisément de ce que je cherche. Juste un besoin de me relier à mes origines, d’une manière ou d’une autre. Lorsque je me fais servir une glace par un monsieur bedonnant et peu cordial, j’ignore qu’il s’agit probablement du descendant de mon arrière grand-père. Je ne le découvrirais qu’ensuite. Et peu importe. En revanche, je rencontre, presque par hasard, d’autres personnes des deux familles, Galano et Benincasa. L’une d’elle connaît bien l’histoire de mon arrière-grand-mère, qui s’est transmise jusqu’à elle. Quelle drôle d’impression que celle de partager, avec une parfaite inconnue, les fragments de l’histoire d’un être humain disparu en 1926. Tandis que le bruit des vagues de la plage sur laquelle nous discutons vient se mêler à nos voix, j’ai presque l’impression de ressentir le doux sourire apaisé de mon ancêtre, peut-être heureuse de cette rencontre.

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