Publié par : gperra | 8 juillet 2013

Le lobby politique de la Fédération des écoles Steiner-Waldorf

Le lobby politique de la Fédération des écoles Steiner-Waldorf

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En mai 2007, alors que j’étais encore anthroposophe, il m’avait été donné de suivre, de l’intérieur d’une école Steiner-Waldorf où j’ai été en poste jusqu’en mars, ainsi que de l’intérieur de la Formation Pédagogique de l’Institut Rudolf Steiner, où j’ai été étudiant jusqu’en juillet 2007, la campagne présidentielle opposant Ségolène Royale à Nicolas Sarkozy. Aujourd’hui, il me semble important de rapporter ce que j’ai pu y observer. Mon regard pourrait en effet permettre d’y voir plus clair sur cette dimension peu connue des écoles Steiner-Waldorf et de leur influence sur la vie politique française.

En effet, les élections présidentielles de 2007 étaient importantes pour les écoles Steiner-Waldorf. La candidate du Parti Socialiste était connue pour avoir joué un rôle important dans les accusations de sectarisme que cette « pédagogie » avait essuyé aux alentours des années 2000. Pour la Fédération des écoles Steiner-Waldorf, l’échec de Ségolène Royale était donc considéré comme un objectif vital. Voici comment j’ai pu observer la mise en œuvre de cette stratégie de barrage :

Tout d’abord, il semble que ce soit le Bureau de la Fédération qui ait pris la décision de mobiliser les écoles Steiner-Waldorf et ses sympathisants. Ce genre de décisions se prennent toujours en haut lieu dans ce milieu. Cependant, comme toujours dans les écoles Steiner-Waldorf, on prend garde à ne pas laisser apparaître la provenance exacte d’une consigne, surtout lorsque celle-ci a des répercussions publiques. Aussi, le Bureau de la Fédération utilisa-t-il, à ma connaissance, le cercle des représentants des écoles, pour faire passer le message. Ceux-ci le répercutèrent en premier lieu au sein des « Collèges Internes » des différentes écoles Steiner-Waldorf de France (les organes de directions de ces écoles). Puis, les « Collèges Internes » transmirent la consigne aux « Grands Collèges » de chaque école, c’est-à-dire l’ensemble des professeurs rassemblés chaque semaine, les jeudis. Dans le même temps, le message passa aussi au sein des organismes de formations, comme l’Institut où je me trouvais, par l’intermédiaire des formateurs appartenant également à la Fédération des écoles Steiner-Waldorf en France. A ce stade, le propos était explicite : Ségolène Royale avait tenté de s’en prendre aux écoles Steiner-Waldorf il y a quelques années, il fallait à présent lui rendre la monnaie de sa pièce et l’empêcher coûte-que-coûte de nuire à nouveau.

En revanche, le message fut répercuté beaucoup plus subtilement auprès des parents d’élèves, dont on pouvait craindre de froisser les diverses susceptibilités politiques. Les écoles Steiner-Waldorf ne veulent pas afficher de couleur politique. Ce qui ne veut pas dire qu’elle n’en a-ont pas. On fit donc passer le message d’opposition à Ségolène Royale par le biais des réunions de parents, qui avaient lieu chaque trimestre. Les professeurs n’y disaient pas ouvertement qu’il fallait voter quoiqu’il arrive Nicolas Sarkozy au deuxième tour, mais plutôt qu’une victoire de la Gauche serait très dommageable pour les écoles Steiner-Waldorf. Ils s’arrangeaient pour glisser ce propos lors du moment des questions diverses, ou sous forme de digressions, afin que cela n’apparaisse jamais comme un mot d’ordre explicite.

Si l’on tient compte du fait que chaque école compte environ 200 familles, mais aussi qu’elles ont des liens avec un nombre considérables d’autres familles qui ont eu leurs enfants scolarisés chez elles par le passé, cela représente au final un pouvoir électoral non-négligeable. Il est fort probable que ce dernier aura pesé dans la balance à l’heure décisive.

Toutefois, le poids politique de la Fédération des écoles Steiner-Waldorf dépasse largement le cadre français. Je m’en suis rendu compte en 2005, à l’occasion du référendum sur le traité européen. Dans l’école Steiner-Waldorf où j’enseignais alors, quelques élèves avaient décidé d’ouvrir un débat sur la question, avec une parfaite connaissance du sujet. En soi, il s’agissait pour ces élèves d’un exploit car, au sein d’une école Steiner-Waldorf, on se garde généralement bien de faire entrer des échos de la vie publique. Ces élèves ayant conclu en exprimant leurs réticences à l’égard du traité, je me tournais vers un professeur qui était également membre de la Fédération afin de lui demander son avis. Elle me répondit :

« C’est sûr qu’il y a à redire à ce traité. Mais la Fédération, en s’alliant à d’autres lobbys résidant à Bruxelles, a réussi à y introduire une clause sur la liberté pédagogique qui nous serait extrêmement favorable. Si ce traité ne passe pas, ce seront des années d’efforts qui seront anéantis, sans compter l’argent dépensé. »

Quand on réalise ainsi le poids politique qu’une dérive sectaire a la possibilité d’exercer sur le destin des institutions européennes, on est en droit de se demander quelle confiance on est encore en droit de leur accorder.

Par ailleurs, une anecdote intéressante mérite ici d’être racontée. Le 2 mai 2012, j’assistais au concert d’une chorale dont mon oncle était chef d’orchestre, dans une église parisienne. Quelque rangs derrière moi, Jacques Dallé, directeur de publication des éditions de la Fédération des Écoles Steiner-Waldorf, était également présent. Je croisais son regard : étonnamment fuyant et vide de toutes émotions pour quelqu’un qui avait décidé de me faire un procès en diffamation pour mon témoignage paru sur le site de l’UNADFI ! (Avec le succès que l’on sait aujourd’hui). N’avait-il pas été mon formateur à l’Institut  ? Et n’avait-il pas pris la décision, en mars 2007, alors qu’il était encore lui-même Président de la Fédération, en accord avec Raymond Burlotte, Directeur de l’Institut, de m’autoriser à continuer ma formation pédagogique Steiner-Waldorf, ne voyant donc aucun problème à ce que je devienne, si je le souhaitais, un professeur Steiner-Waldorf ? A la fin du concert, je l’observais. Il ne quittait pas la salle et faisait le pied de grue derrière une colonne, aux aguets. En effet, un important Ministre du Gouvernement de Nicolas Sarkozy était également venu assister au concert. L’éminent représentant de la Fédération des écoles Steiner-Waldorf attendait donc patiemment le juste moment, dans l’ombre, prêt à bondir pour se présenter à ce représentant de la République, qui n’avait pourtant que quelques jours encore à exercer ses fonctions. Rien de mal à cela bien sûr ! Mais il est bon de savoir que la Fédération possède ainsi quelques spécialistes de la communication, sachant habilement frapper aux portes des différents Ministères, ou de certaines cellules de l’Éducation Nationale, pour tenter de se faire apprécier et reconnaître des instances de la République et des partis politiques susceptibles de les favoriser. Dans ce petit monde des anthroposophes, déconnecté des réalités sociales, qu’un membre important de l’École de Science de l’Esprit, que je côtoyais notamment à la Section des Belles-Lettres, soit doté de telles capacités diplomatiques et d’un incontestable charme politique est une chose suffisamment exceptionnelle pour être signifiée.

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Responses

  1. A reblogué ceci sur La Vérité sur les écoles Steiner-Waldorf.


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