Publié par : gperra | 6 mars 2013

Conscience de soi et schizophrénie

Conscience de soi et schizophrénie

La force « cicatrisante » de la pensée

par Grégoire Perra

Conférence du Mercredi 6 Mars 2013 au Moulin à Café

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Pourquoi la schizophrénie ?

J’ai été amené à m’interroger sur la question de la schizophrénie, non pas en tant que spécialiste en Psychiatrie, mais dans le cadre d’une réflexion philosophique entamée depuis quelques années au sujet du lien entre la raison et l’individu. Ou, pour le dire autrement, d’une tentative pour mieux cerner ce qu’on appelle « penser par soi-même ». En effet, il m’a semblé que certaines caractéristiques de cette pathologie pouvait nous permettre de mieux comprendre la nature de la pensée humaine.

Qu’appelle-t-on une pensée personnelle ? A quelle condition puis-je dire d’une pensée qu’elle est mienne ? Y-a-t-il des pensées qui viennent vraiment de soi ? Je vais essayer tout d’abord de poser sous forme lapidaire une synthèse de ce phénomène particulier que cherche à décrire, mais aussi à produire la Philosophie. Nous en trouvons la trace avec le personnage de Socrate, lorsqu’il est question de « maïeutique », ou du « dialogue de l’âme avec elle-même ». Socrate aidait en effet à l’accouchement d’une identité fondée sur la raison. En répondant aux questions de Socrate, ses interlocuteurs « ont trouvé eux-mêmes, à partir d’eux-mêmes » des réponses1. Ce qui signifie que lorsque Socrate fait accoucher les esprits, la naissance dont il est ici question consiste à penser à partir de soi. Les interlocuteurs de Socrate découvraient une forme nouvelle de pensée, qui s’origine dans le « moi ». Ils sentaient qu’auparavant, lorsqu’ils pensaient, ils ne le faisaient pas à partir d’eux-mêmes. Socrate permet ainsi également l’émergence d’une certitude intérieure qui se donne comme un sentiment de contact avec la réalité : « la lumière du Vrai », dont parle la République de Platon. Cette certitude se produit lors de ce qu’on pourrait appeler une sorte de « face-à-face avec nos pensées » (le « deux-en-un », selon l’expression d’Hannah Arendt). Ce « deux-en-un » est une manière de se placer bien en face de ses propres pensées, afin que puisse apparaître un sentiment d’accord ou de désaccord entre elles et nous. En face d’une pensée particulière, je ressens si mon être profond est en accord avec elle, s’il y adhère, entièrement ou partiellement. Quand ce sentiment se produit, il peut parfois donner une force morale qui saisit l’être tout entier. Nous avions aussi vu que la cohérence avec soi-même qui surgit ainsi n’est pas seulement une cohérence logique, une cohérence de la pensée. Il s’agit aussi d’une cohérence vis-à-vis de notre propre existence. Être cohérent avec soi-même ne concerne pas seulement les raisonnements que nous produisons, mais la cohérence que nous avons vis-à-vis de nous mêmes dans notre vie. Nous avions pu ainsi remarquer comment cette cohérence, qui va au-delà de la pensée, se manifeste de façon exemplaire dans certaines biographies, par exemple celle du Bouddha.

Penser par soi-même présente donc trois caractéristiques essentielles : l’accord avec soi-même, le contact avec le réel et la cohérence de la personne. La schizophrénie est intéressante, parce qu’elle comporte des caractéristiques qui sont précisément à l’opposé de ce que peux produire ce que nous venons de décrire. Tandis que le fait de penser par soi-même fait surgir le sentiment que la pensée que je produis est mienne, la personne atteinte de schizophrénie éprouve, au contraire, que ses pensées ne lui appartiennent pas. Tandis que le fait de penser par soi-même donne l’impression d’être accouché, de renaître en tant que personnalité pleine et entière, la personne atteinte de schizophrénie voit sa personnalité morcelée. Tandis que le fait de penser par soi-même permet de se sentir intimement uni à sa propre existence par le lien d’une cohérence profonde et inattaquable, la personne atteinte de schizophrénie est envahie d’une sensation de détachement vis-à-vis de sa propre existence. Tandis que le fait de penser par soi-même crée un contact avec le réel, la personne atteinte de schizophrénie s’enferme dans le délire. C’est pourquoi, il nous a semblé pertinent de nous interroger sur cette pathologie. N’étends pas spécialiste de la pathologie mentale, mon travail ne saurait bien évidement prétendre à éclairer d’aucune manière ce phénomène psychiatrique. Il ne fait que témoigner de la compréhension que peut en avoir un professeur de Philosophie, confronté à certaines manifestations de cette maladie dans sa pratique quotidienne et cherchant à les comprendre avec les concepts qui sont les siens.

La conscience de soi

Afin de cerner la racine de l’activité pensante chez l’être humain, nous devons revenir à un concept essentiel de la Philosophie contemporaine : la conscience de soi. En effet, cette dernière est la condition préalable de l’activité pensante. Seul un être conscient de lui-même peut penser. Et peut-être, un jour, tenter de penser par lui-même. Quelle est donc cette caractéristique qui définit le sujet ? La « conscience de soi », ou « recul de soi à soi », introduit une sorte de coupure radicale avec le monde des objets, qui ne possèdent qu’une existence « en-soi ». En revanche, l’homme est un « être pour-soi », doté d’une « double existence ». Le propos de la présente étude vise à explorer, dans un premier temps, la troublante proximité qui peut apparaître dès lors que l’on place côte à côte ce que nous savons de la conscience de soi et la caractérisation de la schizophrénie.

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Qu’est-ce que réfléchir ?

Commençons par examiner la principale caractéristique de la conscience de soi, à savoir la distance de soi à soi, constituant une forme d’existence redoublée de l’être humain. Dans une sentence remarquable, l’anthropologue Jean Piveteau formule ce phénomène en évoquant « la capacité de la pensée de se prendre elle-même comme objet2». De manière plus abstraite, le philosophe Hegel développe cette idée en allant jusqu’à affirmer que le sujet serait un être qui mène une double existence :

« L’homme est un être doué de conscience et qui pense, c’est-à-dire que, de ce qu’il est, quelle que soit sa façon d’être, il fait un être pour soi. Les choses naturelles ne sont qu’immédiatement et pour ainsi dire en un seul exemplaire, mais l’homme, en tant qu’esprit, se redouble3. »

Le redoublement est le processus par lequel la pensée se réfléchit elle-même. Elle accède à une seconde forme d’existence dans la conscience. Mais la pensée première n’est pas quelque chose de fondamentalement différent de la pensée réfléchie. C’est la même pensée qui existe, sous une forme et sous une autre. L’unité est donc maintenue, voire renforcée par la conscience de soi. Dans la Critique de la raison pure, Emmanuel Kant souligne que le propre de la pensée humaine est son caractère originellement synthétique :

« Le Je pense doit pouvoir accompagner toutes mes représentations ; car autrement il y aurai en moi quelque chose de représenté, qui ne pourrait pas être pensé, ce qui revient à dire que la représentation serait impossible, ou du moins qu’elle ne serait rien pour moi. (…) Cette conscience de soi-même qui, en produisant la représentation Je pense, doit pouvoir accompagner toutes les autres et qui est une et identique en toute conscience, ne peut plus être accompagnée d’aucune autre4. »

En affirmant le caractère synthétique de la pensée, permise par la représentation « je pense », Kant insiste sur le fait que la pensée humaine est par essence une unité. Elle est une instance de liaison entre les différentes représentations. Ce qui relie un contenu de pensée à un autre est toujours identique à lui-même. Et c’est ce qui permet la constitution d’un être doué d’une unité qui est celle du « moi » :

« Posséder le Je dans sa représentation : ce pouvoir élève l’homme infiniment au-dessus de tous les autres êtres vivants sur la terre. Par là, il est une personne ; et grâce à l’unité de la conscience dans tous les changements qui peuvent lui survenir, il est une seule et même personne (…)5. »

Résumons ce qui se produit dans la conscience lorsque l’homme pense. Dès lors qu’il produit une pensée, n’importe laquelle, l’homme pose en même temps un concept particulier qui accompagne la pensée en question : « moi ». Cela provoque quelque chose d’étonnant : sitôt que je pense, je me perçois en tant que sujet. La présence de ce concept, « moi », peut être plus ou moins forte au sein d’une pensée. Parfois, je pense sans même me rendre compte que c’est moi qui pense. Parfois, au contraire, je suis très présent à moi-même au moment où je pense. Le petit enfant pense sans presque savoir que c’est lui qui pense. L’adulte confronté à un grave dilemme peut se dire à lui-même : « Réfléchis ! ».

Le fait que je sache, grâce à la présence du concept « moi », que c’est moi qui pense, a deux effets très importants. D’une part, cela relie mes pensées les unes aux autres par un dénominateur commun : « moi ». Ce dernier permet l’unité du sujet. Que je pense que le ciel est bleu ou que les élections législatives sont dans un mois, c’est toujours moi qui pense. Et d’autre part, lorsque je pense, le concept « moi », ou « je pense », qui accompagne ma pensée, me distancie de cette dernière. Soudain, il y a moi, et il y a ma pensée. Je ne coïncide plus avec elle. Je m’en décolle. Ainsi, lorsque je réfléchis intensément, lorsque je suis confronté à un problème épineux, je me distancie de ma propre pensée. Un phénomène comparable à celui qui se réalise lorsque je répète une centaine de fois le même mot a lieu : ma pensée devient pour moi un objet qui sonne bizarrement, qui a perdu son sens, avec lequel je ne m’identifie plus. Elle devient quelque chose dont je suis distant. Si je persiste un peu trop longtemps dans cette distance, ma pensée peut se trouver comme paralysée. Car elle m’apparaît comme étrangère. Elle peut même en cela m’effrayer. Mais je n’en reste pas là. Lorsque je poursuis ma réflexion, je m’empare de nouveau de ma pensée. J’interviens sur elle. Je considère la pertinence de ma pensée et je l’a remanie. Réfléchir n’est en effet possible que si peut apparaître, par moments, une mise à distance de mes propres pensées, qui est ensuite résorbée par le fait qu’elles deviennent un objet que je reconstruis. C’est ce que l’animal est incapable de faire, car il est sans distance vis-à-vis de ses propres représentations. L’homme s’en distancie. Mais il ne demeure pas dans cette distance. Ce regard éloigné suscite une activité en retour sur la pensée. Il reviens sur son contenu et transforme ce dernier. Ainsi, réfléchir est une activité par laquelle, tour à tour, l’homme se distancie de sa pensée, puis se la réapproprie.

Morcellement de la personnalité et redoublement de la pensée

Le schizophrène, quant à lui, semble prisonnier du premier acte de l’esprit par lequel la pensée se distancie d’elle-même. Il ne parvient plus à s’en ressaisir. Le concept « moi » crée bien la distance, mais semble s’imposer de manière si forte et si statique qu’il ne permet pas le processus de réappropriation de la pensée par elle-même. Pour le schizophrène, il y a « moi », et il y a « la pensée ». C’est là que se joue la différence entre la conscience de soi, qui redouble la pensée, mais n’en brise pas l’unité, et la schizophrénie, qui est l’incapacité de la pensée à renouer avec elle-même. Cette maladie brise ainsi la capacité du sujet à former un tout cohérent, pour lequel chaque pensée est connectée aux autres dans l’unité d’un « moi ». En reliant mes pensées, le concept « moi », ou le « je pense » donne à ma personnalité son unité. Mais si je deviens incapable de rassembler mes pensées dans l’unité du « moi », c’est ma personnalité qui devient morcelée. Une caractéristique essentiel de cette maladie est en effet le morcellement du sujet, conformément à l’étymologie inauguré par le psychiatre suisse Eugen Bleuler : schizo signifiant « scinder », « diviser », et phrénie voulant dire « esprit ». Comme l’écrivent Bernard Granger et Jean Naudin dans leur remarquable ouvrage :

« Le sujet ne parvient pas à s’organiser et à s’affirmer comme un tout cohérent. (…) L’esprit a du mal à rassembler l’ensemble des vécus, des sentiments, des comportements et des pensées en un sujet autonome et sûr de ses acquis. Dans la schizophrénie, l’expérience devient chaotique et effrayante, même notre corps peut paraître changé : ce n’est pas qu’on soit plusieurs, c’est qu’on est en morceaux, la personnalité ne se dédouble pas, elle a une grande difficulté à s’affirmer6. »

Il semble exister un rapprochement entre le redoublement de l’existence du sujet, et le morcellement de la personnalité du schizophrène. Cependant, le morcellement schizophrénique concerne la personnalité, le vécu, la mémoire, tandis que la double existence du sujet se situe au niveau de la structure de la pensée. Que la pensée soit redoublée ne veut pas dire qu’elle soit divisée. La personnalité du schizophrène se morcelle sans doute précisément parce que sa pensée, une fois redoublée, ne parvient pas à reconstituer sa propre unité. L’acte réflexif est comme paralysé à mi-chemin. Désolidarisée d’elle-même, la pensée se contemple sans parvenir à se rejoindre.

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Détachement et distance

Examinons ensuite une autre caractéristique essentielle de la pensée humaine, à savoir la distance que la conscience de soi introduit entre moi et le monde. Pascal exprime cette distance par la capacité de s’extraire de l’ensemble de l’univers pour se poser en face de ce dernier :

« Car enfin qu’est-ce que l’homme dans la nature ? Un néant à l’égard de l’infini, un tout à l’égard du néant7. »

Nous voyons ici comment le sujet humain se constitue dans un rapport au monde qui est distance radicale et différence essentielle. Il y a, selon Pascal, asymétrie et incommunicabilité entre le moi et le monde. Le moi est étranger au monde et le monde est étranger au moi. Là encore, on peut opérer un rapprochement entre cette caractéristique philosophique et la schizophrénie. En effet, il existe bien une similitude entre la distance au monde, que présente la définition de la conscience de soi, et le détachement, qui s’exprime sous forme pathologique dans la schizophrénie. Chez les personnes atteintes de schizophrénie, cette distance au monde peut prendre la forme psychologique d’une difficulté à entretenir des liens avec le réel et à percevoir ce dernier en tant que tel. Bernard Granger et Jean Naudin définissent ainsi cet aspect de la pathologie :

« Elle suscite chez ceux qui la vivent une sorte de regard particulier, un regard étonné, une forme de détachement, qui conduisent tantôt à l’isolement, tantôt au délire, mais qui imposent toujours à la personne un effort considérable pour reprendre à son propre compte ce qu’elle rencontre dans le monde8. »

Le détachement caractéristique de la schizophrénie semble donc proche de cette distance vis-à-vis du monde qui caractérise la conscience de soi. D’autant que la coupure entre le sujet et l’univers, envisagée par Pascal, n’est pas purement abstraite. Elle ne concerne pas seulement la structure de la pensée, mais comporte des implications affectives. Ainsi Schopenhauer, dans Le monde comme volonté et comme représentation, dépeint-il en termes de renoncement et de mortification l’attitude de celui qui tire les conséquences de la coupure entre le sujet pensant et l’essence du réel :

« Tant que notre conscience est remplie par notre volonté, tant que nous sommes asservis à l’impulsion du désir, aux espérances et aux craintes continuelles qu’il fait naître, tant que nous sommes sujets du vouloir, il n’y a pour nous ni bonheur durable, ni repos9. »

Pour Schopenhauer, la seule délivrance est la négation du vouloir-vivre. Non pas par le suicide, mais simplement l’acte de la non-volonté : « ce qui jusqu’ici a voulu ne veut plus ». Il se fait le chantre du renoncement du désir. Pour lui, le vrai remède au vouloir-vivre, le remède radical, est l’ascétisme, qui est une non-volonté. Seul l’ascète accède à la liberté, car il a vaincu l’égoïsme. Il choisit la mortification pour vaincre le vouloir-vivre. Cette caractéristique de la conscience de soi se posant elle-même face au monde comme une étrangère, dont l’essence véritable n’est pas mondaine, qui renonce à la vie, ne fait-elle pas directement écho à la difficulté du schizophrène pour maintenir le contact vital avec la réalité ?

« Eugène Minkowski (…) affirme qu’il n’y a qu’une seule détermination : la perte du contact vital avec la réalité. C’est la réalité de la vie quotidienne qui nous donne un fil conducteur pour organiser notre vie mentale et notre rapport au monde. Lorsque ce contact est perdu, l’expérience perd de sa cohérence et de son unité, ce qui fait probablement de la schizophrénie certes une maladie, mais avant tout alors : une maladie de l’existence10. »

La schizophrénie est une « maladie de l’existence » qui fait perdre le contact vital à la réalité. Le renoncement au vouloir-vivre, au désir, constitutive de la conscience de soi,  place le sujet humain, séparé par essence de la réalité du monde, dans une posture de contemplation esthétique de la vie. Autrement dit : n’est-il pas dans la nature humaine d’être étrangère au monde ? Le sujet est-il schizophrène ?

La force de l’étonnement

Cependant, le détachement s’impose au malade comme un affect dont il ne peut pas s’extraire, tandis que la distance s’accompagne toujours d‘étonnement. En effet, la distance au monde, définie par la conscience de soi, est traversée d’étonnement. Comme le dit Schopenhauer :

« Excepté l’homme, aucun être ne s’étonne de sa propre existence ; c’est pour tous une chose si naturelle, qu’ils ne l’a remarque même pas. (…) Chez l’homme, [l’existence naturelle] s’éveille pour la première fois à la réflexion ; elle s’étonne de ses propres œuvres et se demande à elle-même ce qu’elle est. (…) De cette réflexion et de cet étonnement naît le besoin métaphysique qui est propre à l’homme seul11. »

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L’étonnement n’est pas simplement la surprise. Son mouvement interne ne s’épuise pas dans le choc de la confrontation avec une altérité éprouvée comme radicale. Le monde est certes mis à distance dans l’étonnement, mais cette distance n’est pas définitive ni absolument insurmontable. Car celui qui s’étonne met en branles sa pensée en même temps qu’il ressent la déchirure qui le sépare du monde. Il réfléchit. Il tisse le réseau de concepts qui lui permettra de résoudre cette altérité du réel à laquelle il est confronté. Certes, la conscience de soi consomme la coupure entre moi et le monde. Mais l’étonnement est aussi le mouvement même de la pensée qui s’élance pour tenter de franchir le gouffre ainsi ouvert. La conscience de soi amorce la réflexion qui veut panser la plaie béante incisée dans l’étoffe du réel. La distance du sujet par rapport au monde est en même temps un mouvement de la pensée pour aller à la rencontre de ce dernier. La puissance de l’étonnement est celle d’un désir de rencontre avec la réalité. A ce titre, il est l’Éros philosophique de la pensée platonicienne12. La force d’un dieu réside dans la volonté de qui s’étonne !

En revanche, le détachement qui caractérise la schizophrénie plonge le malade dans une pathologie qui atteint sa volonté de résoudre la distance qui le sépare du monde. Il ne peut plus réfléchir. La puissance interne qui le relie au monde est entamée. Le monde s’éloigne inexorablement de lui ou, plus exactement, c’est lui qui s’éloigne du monde, comme emporté par un mouvement de recul vertigineux, un glissement qui ne lui permet plus de s’agripper au réel, pour l’entraîner dans des formes de délire :

« Tout se passe en bref comme si le moi n’avait plus la force de jouer son rôle naturel de chef, de rassembleur, d’organisateur spontané de l’expérience13. »

Là encore, la schizophrénie peut nous faire penser à une forme de conscience de soi qui ne serait pas parvenu à dépasser un moment précis de son processus. En effet, la conscience de soi contient bien la mise à distance du monde, sous la forme d’une représentation dont je me sens éloigné. Mais cette mise à distance suscite en retour l’élan de l’activité pensante, qui cherche à résoudre à l’altérité du réel. La pathologie de la schizophrénie semble au contraire avoir éteint ce désir de réalité.

L’écharde

On pourrait résumer la ressemblance entre la conscience de soi et la schizophrénie par une image : celle de l’écharde, ou de l’entaille. La conscience de soi est en effet comparable à une entaille dans la chair. Une entaille provoquée par une écharde. Il y a coupure, blessure de la relation de l’individu à ses propres pensées et au monde. Mais cette coupure permet un recul. Le recul de soi à soi, la distance vis-à-vis de l’existence. Grâce à ce recul peut s’opérer un processus de réappropriation, qui est le mouvement même de la réflexion. Je me réapproprie mes propres pensées dès que je commence à réfléchir : je les façonne, je les construis, je les élabore. Je me réapproprie le monde dès que ma pensée me permets de tisser des liens entre les concepts appropriés et ce que je perçois de l’existence.

La conscience de soi est donc comme une entaille profondément incisée dans la nature humaine. Mais l’être humain a également en lui une force qui surmonte cette distance vis-à-vis de ses propres pensées et vis-à-vis de l’existence. On pourrait comparer cela à un processus de cicatrisation. Plus exactement, pour nous référer à un phénomène médical précis, à une cicatrisation de seconde intention. Il s’agit de la cicatrisation des plaies dont les bords sont éloignés l’un de l’autre, et qui nécessite l’intervention de soins réguliers, d’antiseptiques et autres techniques pour éviter la septicémie. Tous ceux qui ont du vivre une cicatrisation longue et difficile de ce genre après une opération chirurgicale savent qu’il se produit là un processus qui met en jeu des forces très profondes de notre organisme. Parfois, la cicatrisation ne parvient pas à s’amorcer. Pendant des semaines, la plaie reste béante et profonde. Puis, un jour, le processus commence. Jour après jour la plaie se réduit, les chairs se reforment. Psychiquement aussi, nous connaissons de semblables processus de cicatrisation. La blessure de la vie, que nous croyions si profonde et inguérissable, finit par s’estomper et disparaître lorsque les forces de guérison de l’âme se mettent à l’ouvrage.

La pensée comme force de cicatrisation de l’être

Il semble même qu’il existe une autre forme de cicatrisation, qui n’est plus seulement physiologique, ou psychologique, mais qui se situe au sein même de la pensée. Ou plus exactement : qui est la pensée ! En effet, quand la pensée devient un « dialogue de l’âme avec elle-même », celle-ci permet à l’individu de renouer avec lui-même et avec l’existence. Penser au sens de Platon est bien plus qu’un échafaudage de représentations : c’est une guérison de l’être ! Ce processus est sous-tendu par un processus volontaire, « organique ». Celui-ci reforme, à l’aide des concepts, le lien de la pensée à elle-même et à l’existence.

On pourrait sans doute vouloir faire l’économie de cette longue convalescence de notre essence humaine. On pourrait se dire qu’il suffirait de retirer l’écharde pour être guéri de cette coupure du sujet avec le monde et avec lui-même. C’est-à-dire de supprimer la conscience de soi. Cette option se réalise notamment dans la transe, l’ivresse, la drogue, les différentes formes de médiumnisme, ou les courants spiritualistes proposant des doctrines totalisantes. Mais ce n’est pas ce qu’il faut faire. Nous nous ferons peut-être mieux comprendre sur ce point par une métaphore,  emprunté à un film de Steven Spielberg intitulé La Guerre des Mondes14. Au début du film, une petite fille remarque qu’une écharde s’est immiscée dans la paume de sa main. Son père veut la lui retirer, mais celle-ci refuse. Elle lui explique que son organisme l’expulsera de lui-même le moment venu, en fabriquant les défenses nécessaires. Cette séquence apparemment anodine est une métaphore qui permet de comprendre le sens du film : la Terre étant un organisme vivant, elle secrétera d’elle-même les forces qui anéantiront les extraterrestres et refermeront la blessure qu’ils ont provoqué en pénétrant dans notre monde. Nous pouvons reprendre à notre compte cette métaphore en disant qu’il ne faut pas chercher à supprimer la conscience de soi, mais plutôt à en guérir. Car les forces de cicatrisation permettront la formation d’une « chair renouvelée », c’est-à-dire d’une conscience de soi où la pensée dialogue avec elle-même et entre en contact avec le réel.

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Il existe au Louvre, au département des Arts d’Afrique et d’Océanie, une magnifique sculpture qui peut nous aider à comprendre cela. Elle est très connue, mais très peu comprise. Il s’agit d’une des statues de l’Île de Pâques. Quand on observe attentivement ce visage de pierre, on s’aperçoit qu’il est constitué comme une fêlure. Sa face est presque plate, comme si elle avait été formée par une unique fracture transversale dans la roche. Ses lèvres, à peine formées, sont comme une entaille. Ce n’est pas une bouche, c’est une plaie ! Toute l’expression de ce visage signifie un immense étonnement mêlé de souffrance. Une béance incommensurable de l’âme. C’est l’état primordial de l’être humain qui se ressent coupé de l’univers. Mais le génie des sculpteurs ne s’arrête pas là. Quand nous observons l’emplacement des orbites, il est tout d’abord presque impossible d’y distinguer des yeux. Si nous observons mieux – c’est-à-dire en faisant intervenir notre discernement – nous pouvons remarquer des lignes, qui esquissent la forme de deux yeux. Un regard apparaît ! Et cette apparition se fait en même temps que notre pensée s’est mise en mouvement pour percevoir le dessin de ces lignes. Ce regard est donc la force même de la pensée qui s’éveille ! Nous ne le voyons que si nous pensons. Née de la blessure qui constitue notre manière proprement humaine d’exister, la force qui anime la pensée viendra compenser cette séparation et réunir ce qui a été désuni. Elle agit comme une force de cicatrisation.

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Un force qui donne du sens, qui produit du sens

De quelle nature est cette force ? Dans cette deuxième partie de notre travail, nous allons tenter de mieux la cerner. Cette force de la pensée, permet donc un double lien : de la pensée avec elle-même, qui s’opère dans la réflexion, et de la pensée avec l’existence. Le lien de la pensée avec elle-même signifie que la pensée doit pouvoir devenir ma pensée. Pour opérer ce lien, il faut qu’elle puisse produire du sens. De quoi s’agit-il ? Tandis qu’on ne saurait reprocher à l’animal d’avoir certaines représentations qui lui sont dictées par son instinct, l’être humain doit pouvoir répondre des pensées qui traversent ou occupent son esprit. Car elles sont les siennes ! Cet impératif se fait jour lorsqu’il doit parfois rendre compte des mobiles de ses actes. Ou dans l’exigence morale de ne pas nous cacher à nous-mêmes certaines de nos pensées. La notion sartrienne de « mauvaise foi15» affirme en effet que le sujet doit répondre vis-à-vis de lui-même des pensées qu’il se dissimule, quelles que soient les ruses de l’inconscient. En effet, comme le dit Freud, il existe des « idées qui nous viennent sans que nous en connaissions l’origine » et des « résultats de pensée dont l’élaboration nous demeure cachée16 ». Mais nous pouvons et devons quand même en répondre. Je peux répondre de mes pensées, même celles qui sont issues de mon inconscient, parce qu’il est de mon ressort, en dernière instance, de leur donner un sens. Le sujet est une instance de sens. Nous trouvons une définition de ce pouvoir de la pensée humaine dans la philosophie d’Épictète, lorsque celui-ci affirme :

« Quelqu’un peut-il t’empêcher d’acquiescer à la vérité ? Personne. Quelqu’un peut-il te contraindre à accepter l’erreur ? Personne. Vois-tu que dans ce domaine ta personne morale est libre, affranchie, exempte d’entraves ? (…) Encore une fois, c’est ton jugement qui t’a contraint, c’est-à-dire que ta personne morale s’est contrainte elle-même17. »

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Epictète ne veut pas dire que nous pourrions changer nos représentations de manière arbitraire, mais que nous devons travailler à établir le sens qu’elles ont pour nous. La vérité que nos représentations ont pour nous-mêmes. En effet, une représentation devient mienne dès lors que je me sens en accord avec elle, que je lui reconnais une signification que j’estime adéquate. Il s’agit donc pour nous de coïncider avec nos représentations en déterminant de quel sens elles sont pour nous porteuses. Épictète savait pertinemment qu’il est impossible à l’être humain de ne pas être soumis à certaines représentations, en fonction des diverses circonstances de la vie. Par exemple, je ne pourrais jamais m’empêcher d’avoir une représentation de la perte en cas de deuil, ou de l’échec en cas de défaite. En revanche, il m’appartient de déterminer quels sens auront pour moi la perte ou l’échec. Je peux considérer la perte comme relevant de l’inacceptable. Ou bien estimer qu’elle est la condition de toute évolution intérieure. Je peux considérer l’échec comme un affront. Ou comme une leçon. A moi d’établir le sens de ces représentations, qui surviennent inévitablement dès lors que l’événement qui leur correspond advient dans mon existence. Je décide du sens qu’elle auront pour moi en fonction de la vérité interne que je leur reconnais. Seul le sujet peut déterminer le contenu de vérité de ses propres représentations. Il en résulte pour lui une possibilité d’affirmation au cœur du psychisme. C’est là la véritable maîtrise de la pensée. Être maître de ses pensées désigne l’accord avec lui-même que le sujet ressent, dès lors qu’il donne à ses propres pensées une signification qu’il estime conforme à la réalité.

Le film Un homme d’exception18, évoquant la biographie du prix Nobel John Nash, atteint de schizophrénie, est un exemple parlant de ce que nous cherchons à exprimer ici. En effet, il est certes impossible à Nash de cesser d’entendre des voix ou de ne plus avoir d’hallucinations. Ces représentations illusoires accaparent son esprit. Mais il demeure en son pouvoir de conserver intacte son exigence de distinction entre ce qui est réel et ce qui est illusoire, pour décider de n’accorder aucune importance à l’illusion. Cette attitude est signifiée dans l’une des dernières scènes du film, où nous voyons que l’éminent scientifique décide de plus plonger à corps perdu dans la direction où ses hallucinations veulent le conduire, car il a su en reconnaître le caractère malsain. Ainsi, la production de sens, qui est au cœur de la pensée, permet à l’homme de coïncider avec ses propres représentations. Par ce biais, la pensée renoue avec elle-même. Il n’y a plus d’un côté le moi et de l’autre la pensée : le sens est ce qui réuni intimement le moi à la pensée. Car une représentation qui a pour moi du sens ne m’est plus étrangère. Elle me pénètre et je fais corps avec elle.

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Une force qui permet d’avoir d’intimes convictions

Nous pouvons encore approfondir la nature de cette force « cicatrisante » de la pensée. Nous venons de voir qu’elle est une instance de sens. Je donne à mes représentations leur sens et ainsi celles-ci deviennent miennes. Mais elle est aussi une force qui, dans les profondeurs intimes de l’être humain, permet de ressentir que quelque chose est juste, est vrai. Et de s’engager pour cette vérité. De quoi s’agit-il ?

Penser par soi-même est un exercice de la pensée auquel invite la Philosophie depuis sa fondation. Socrate l’inaugure au cours de ses dialogues lorsqu’il incite ses interlocuteurs à se libérer de l’opinion commune pour élaborer par eux-mêmes des réponses à certains problèmes. Celui qui pense par lui-même cherche des solutions dont la pertinence n’est plus validée à ses yeux par des instances extérieures, comme une autorité ecclésiastique, royale ou populaire, mais par sa propre intériorité. Il passe ainsi de la croyance au savoir véritable. Un tel processus suppose qu’il existe, au fond de chaque être humain, une instance apte à valider les pensées, qu’on l’appelle conscience, âme ou raison. Celui qui apprend à réfléchir par lui-même doit donc rencontrer en lui-même quelque chose qui lui permettra d’avoir d’intimes convictions. Il ne pourra cependant le faire que s’il a su, lorsqu’il réfléchit a un problème donné, rentrer en lui-même. Il doit se produire une sorte de face à face intime du penseur avec sa propre pensée, sans quoi aucune instance intérieure ne saurait se prononcer sans être aussitôt assourdie par les avis des instances externes. Hannah Arendt parle du « deux-en-un19 »pour caractériser cette capacité de la pensée à faire retour sur elle-même dans l’intimité de la conscience. Le concept forgé par Arendt désigne une manière de se placer bien en face de ses propres pensées, afin que puisse apparaître un sentiment d’accord ou de désaccord entre elles et nous :

« La pensée, existentiellement parlant, est une entreprise solitaire, mais pas esseulée ; la solitude est la situation de l’homme qui se tient compagnie à lui-même. (…) Le seul critère de la pensée socratique est d’être en conformité avec soi-même, de se tenir : son contraire, être en contradiction avec soi-même, signifie en fait devenir son propre adversaire. (…) Sans conscience, au sens de conscience de soi-même, la pensée ne serait pas possible. Quand Socrate est rendu, il n’est pas seul, il est avec lui-même. (…) Ce qu’a découvert Socrate, c’est qu’on peut avoir des rapports avec soi-même, aussi bien qu’avec les autres, et que les deux types de rapports présentent des points communs20. »

En face d’une pensée particulière, quand je suis dans cette attitude intérieure, je ressens si mon être profond est en accord avec elle, s’il y adhère, entièrement ou partiellement. Un article du Code de Procédure Pénale, dans une visée très pratique consistant à décrire quelle doit être l’attitude des jurés de Cours d’Assises lorsqu’ils délibèrent, évoque admirablement ce type de réflexion que nous cherchons à décrire :

« La loi ne demande pas compte aux juges des moyens par lesquels ils se sont convaincus, elle ne leur prescrit pas de règles desquelles ils doivent faire particulièrement dépendre la plénitude et la suffisance d’une preuve ; elle leur prescrit de s’interroger eux-mêmes dans le silence et le recueillement et de chercher, dans la sincérité de leur conscience, quelle impression ont faite, sur leur raison, les preuves rapportées contre l’accusé, et les moyens de sa défense. La loi ne leur fait que cette seule question, qui renferme toute la mesure de leurs devoirs : « Avez-vous une intime conviction ?21 »

Dans ce texte, nous voyons comment le silence et le recueillement sont les conditions indispensables pour que la voix de la raison puisse émettre d’intimes convictions. Il ne s’agit cependant pas d’un silence extérieur. Le jurés ne seront pas enfermés dans des pièces insonorisées lorsqu’ils délibèrent.  Il s’agit de la capacité du sujet à faire taire en lui, ne serait-ce que brièvement, toutes les instances externes. En effet, lorsque je cherche a me faire une intime conviction à propos d’un thème quelconque, je dois pouvoir imposer le silence à toutes les opinions extérieurs. Car il faut que ce soit ma propre raison qui se prononce. Lorsque je délibère, qu’importe l’impression rhétorique qu’ont pu produire sur moi les avocats des différents partis, l’estime que j’ai pour les avis de telle ou telle personne, la force avec laquelle s’impose à moi l’opinion commune, etc. Car c’est à moi de décider en mon âme et conscience de ce qui est vrai, de ce qui est juste. Ainsi, le fait de penser par soi-même est défini par Platon comme un « dialogue de l’âme avec elle-même22 ».

Qu’est ce qui est en jeu dans ce processus intime où la conscience parvient à se forger d’intimes convictions ? Là encore, l’examen de la schizophrénie peut nous permettre d’y voir plus clair. En effet, nous venons de décrire une activité mentale qui, pour une personne schizophrène, peut s’avérer particulièrement difficile. Car l’intimité de la pensée avec elle-même est précisément ce qui est atteint par cette pathologie. Le schizophrène ne peut rester seul avec lui-même, ni soutenir le face à face avec sa propre pensée, car celle-ci est parasitée. Rentrer en lui-même est une souffrance. Car lorsque le schizophrène pense, l’intimité de sa pensée est envahie. Le sentiment de propriété, de possession et de production de l’activité pensante a disparu, au profit d’un flux de pensées, ou de voix, qui ne parviennent pas à s’originer dans un sujet. Le moi ne peut pas se ressentir comme fondement de toutes les pensées qui se déploient dans l’espace de l’intériorité. Il n’a plus la capacité de faire silence en lui-même.

Mais la schizophrénie n’est-elle pas une pathologie qui ne fait qu’appuyer sur une difficulté qui est déjà naturellement présente en l’être humain ? En effet, il est de toutes façons difficile pour n’importe quel  être humain d’instaurer un dialogue de la pensée avec elle-même. Même sans pathologie, cet exercice comporte une dimension vertigineuse. Il pose le défi de surmonter une forme de solitude extrême ! Car il s’agit de trouver en soi une source des pensées que la vie quotidienne tend à escamoter. Qui pense véritablement par lui-même ? Et combien de temps en est-il capable ? Qui ne préfère pas se fondre dans les représentations commune du groupe auquel il appartient dès lors qu’il s’agit de prendre position en son âme et conscience ? Quand nous pensons, n’est-ce pas l’exception lorsque le moi peut revendiquer la propriété des pensées ? La schizophrénie ne fait-elle pas que présenter de manière particulièrement saillante une difficulté naturelle à notre condition humaine ?

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Les voix intérieures et la voix de la conscience

A travers la difficulté d’affronter la solitude intérieure qui est la condition par laquelle on pense par soi-même, nous touchons du doigt le point le plus épineux du problème. Car nous abordons la question de la voix de la conscience. En effet, une fois que je suis parvenu à faire taire en moi toutes les voix qui ne sont pas les miennes, une autre voix peut se faire entendre, qui est celle de ma conscience. L’exercice consistant à penser par soi-même conduit à l’avènement d’une voix intérieure survenant dans l’intimité, pour se poser en instance de validation ce qui qui est vrai ou juste.  Dans l’histoire de la Philosophie, la figure du « Daïmon » de Socrate en est l’expression. En effet, il est connu que ce philosophe avait un « Daïmon », c’est à dire une sorte d’être intermédiaire entre les dieux et les hommes, qui lui intimait parfois de ne pas accomplir telle ou telle action, ou de ne pas prononcer telle ou telle parole :

« Apprenez, juges, une chose merveilleuse qui m’est advenue. Mon avertissement coutumier, celui de l’esprit divin, se faisait entendre à moi très fréquemment jusqu’à ce jour et me retenait, même à propos d’actions de peu d’importance, au moment où j’allais faire ce qui n’était pas bon. Or […] ni ce matin, quand je sortais de chez moi, la voix divine ne m’a retenu, ni à l’instant où je montais au tribunal, ni pendant que je parlais, en prévenant ce que j’allais dire. Bien souvent pourtant elle m’a fait taire, au beau milieu de mon propos. Mais aujourd’hui, au cours de l’affaire, pas un instant elle ne m’a empêché de faire ou de dire quoi que ce soit. A quoi dois-je l’attribuer ? Je vais vous le dire. C’est que, sans doute, ce qui m’arrive est bon pour moi et bien certainement c’est nous qui nous trompons lorsque nous nous figurons que la mort est un mal. Oui, ceci en est pour moi une preuve décisive. Il n’est pas admissible que mon signe ordinaire ne m’eût pas arrêté si ce que j’allais faire n’eût pas été bon23. »

Ce que Socrate dit de son « Daïmon » correspond aux caractéristiques que nous avons attribuées à la conscience, ou à la raison, lorsque s’instaure un dialogue de l’âme avec elle-même. Socrate explique dans l’Apologie :

« C’est quelque chose qui a commencé dès mon enfance, une certaine voix qui, lorsqu’elle se fait entendre, me détourne de ce que j’allais faire, sans jamais me pousser à agir. Voilà ce qui s’oppose à ce que je me mêle de politique. »

L’examen d’une pathologie comme la schizophrénie nous permet encore une fois d’envisager de manière plus approfondie cette figure métaphorique de la voix de la conscience. En effet, comme nous l’avons dit, les schizophrènes entendent des voix. Mais nous pourrions aussi nous demander si Socrate n’entendait pas, lui-aussi, des voix lorsqu’il parlait de son Daïmon lui disant de ne pas faire ceci ou cela !? Qu’est-ce qui distingue fondamentalement cette voix du « Daïmon », qui est celle de la conscience, appelée par le fait de penser par soi-même, de l’une ou l’autre des voix qui encombrent les esprits des schizophrènes ? Ou des pensées qui ne sont pas vraiment les nôtres et qui encombrent notre esprit, bien que nous ne soyons pas atteints par cette pathologie ? Chez les schizophrènes, ces voix intérieures peuvent elles-aussi leur intimer parfois des ordres, ou des injonctions ! Pour le dire sans ambages, pouvons-nous être certain que Socrate n’était pas schizophrène ?

Un critère de distinction probant nous est proposé avec le concept de « troubles de la mienneté » élaboré par le psychiatre allemand Kurt Schneider :

« Le sujet ne peut plus reconnaître comme siennes ses propres pensées et actions. En s’introduisant dans la pensée, qui est ce que nous avons de plus propre, les voix mettent particulièrement en danger l’identité de la personne. (…) La voix intérieure est dissociée de sa propre source et le sujet ne la reconnaît pas, il l’attribue à un autre car il ne peut pas repérer comme sienne l’intentionnalité qui l’anime24. »

N’est-ce pas précisément ce qui se passe avec le « Daïmon » ? Socrate n’attribue-t-il pas sa propre voix intérieure à une entité divine, faute de pouvoir la reconnaître comme sienne ? Non, car dans le cas précis de Socrate, quand on replace les choses dans leur contexte et dans la trame des écrits de Platon, on s’aperçoit que le « Daïmon » est conçu comme l’instance qui parle « du plus profond de soi », et non comme une voix étrangère. Tandis que Schneider évoque un déficit de « mienneté » pour caractériser la schizophrénie, il faudrait forger le concept de « sur-mienneté » pour comprendre ce qui se déploie dans la figure du « Daïmon » de Socrate. La voix de notre conscience est plus nous-mêmes que nous-mêmes ! En effet, cette dernière a ceci de particulier qu’elle parle du fond de notre intériorité. Certes, cette voix parle avec des accents que nous pouvons avoir du mal à reconnaître. Mais c’est tout simplement parce que nous ne sommes pas habitués à les entendre ! L’exercice consistant à penser par soi-même étant si rare, nous ne nous sommes en réalité pas accoutumés à ce que notre conscience nous parle. C’est la raison pour laquelle sa langue peut nous sembler étrangère, au début. Pourtant, lorsqu’on prête l’oreille à ses intonations, on s’aperçoit immanquablement que cette voix de la conscience est bel est bien la notre. Elle l’est même, d’une certaine façon, davantage que la voix de notre pensée ordinaire, qui parle quotidiennement dans notre tête. Nous pouvons nous en convaincre si nous faisons, par exemple, l’expérience de relire un texte que nous avions écrit il y a quelques années, et dont l’élaboration avait exigé de nous l’effort de penser par nous-mêmes. Tout ne sera pas nécessairement juste dans ce que nous avions écrit. Il se peut même que nous ne soyons plus en accord avec certaines des affirmations que nous avancions. Mais nous ne pourrons nous défaire du sentiment troublant que quelque chose qui venait du plus profond de nous-mêmes s’y est exprimé. Ce sentiment est effectivement comparable à l’audition d’une voix, d’un murmure qui se tient comme en-deçà du propos exprimé. Nous pouvons aussi avoir ressenti cette impression de « sur-mienneté » lorsque nous avons eu des délibérations intérieures au sujet de choix cruciaux de notre vie, comme ceux qui concernent la vocation, les changements de situation ou des « cas de conscience », et que quelque chose en nous s’est prononcé sur ce qu’il était judicieux de faire.

Ainsi, il existe une différence essentielle entre les voix intérieures qui accaparent le schizophrène et qui proviennent d’un déficit de la « mienneté », et la voix de la conscience relevant d’une « sur-mienneté ». Mais pouvoir faire la différence entre ces deux réalités nécessite de s’appuyer sur des expériences subtiles, dont certaines ne peuvent survenir qu’avec la maturité. Les années, l’expérience et les épreuves de la vie peuvent en effet nous apprendre ce que signifie être soi-même. Aucune définition conceptuelle ne saurait s’y substituer ! Seule la maturité, c’est-à-dire la transformation de la pensée au contact de l’expérience, permet de faire clairement la distinction entre des voix parasites, propre à la schizophrénie, ou qui nous viennent du dehors, lesquelles relèvent d’un défaut de « mienneté », et la voix de la conscience, qui procède d’une « sur-mienneté ».

Dans l’un de ses ouvrages, Le Gai Savoir, le philosophe Nietzsche alerte le lecteur sur cette question en demandant de quelle manière nous nous situons vis-à-vis de la voix de la conscience :

« Mais pourquoi écoutez-vous la voix de votre conscience ? Qu’est-ce qui vous donne le droit de croire que son jugement est infaillible ? Car vous pouvez suivre son ordre comme un brave soldat qui entend la voix de son chef. Ou comme une femme qui aime celui qui commande. Ou encore comme un flatteur, un lâche qui a peur de son maître. Ou comme un imbécile qui écoute parce qu’il n’a rien à objecter25. »

S’agit-il de la voix d’un chef, à laquelle le bon soldat qui est en nous veut obéir aveuglément ? S’agit-il de la voix d’un maître ? Sommes-nous deux quand retentit en nous la voix de la conscience ? Si tel est le cas, cette voix-là n’est pas la mienne ! Et je ne suis pas entier. Mais l’expérience du Daïmon me met en présence d’une voix qui n’est pas extérieure à moi-même. Elle est moi-même, tout en étant davantage. En effet, quand la conscience se fait entendre au plus profond de notre être, nous savons que la voix qui nous parle provient de notre être profond. Nous ne nous sentons pas contraint par elle, car ce n’est pas la voix d’un étranger. Elle ne nous donne aucun ordre, car elle n’est pas un chef militaire, ni un supérieur hiérarchique. Au contraire, cette voix semble nous appeler comme si elle nous connaissait depuis toujours. Elle sonne avec des accents familiers. Ainsi, lorsqu’elle se fait entendre, nous nous sentons comme reconnu, ou « reconstitué ». Nous sommes entiers. La force qui nous saisit alors est celle d’une cohérence joyeuse avec nous-mêmes. Lorsque je porte en moi les « paroles » de la voix de ma conscience, ou du Daïmon, et que ma volonté se mobilise pour les réaliser, je suis un être plein et entier.

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La noce de l’évidence

Nous voudrions terminer cette étude par une relecture de Descartes. En effet, nous pensons que derrière la fameuse expérience du « cogito ergo sum26 » se dessine la « force cicatrisante de la pensée » que nous cherchons à caractériser. Il est certes permis de n’y voir qu’une démonstration visant à établir que la première des certitudes est celle de l’existence du sujet. Cependant, cet extrait du Discours de la Méthode (ou des Méditations Métaphysiques) nous semble contenir beaucoup plus que cette seule affirmation. Nous pensons qu’il est possible d’y déceler le mouvement même du retournement de la pensée, l’acte de rentrer en soi inaugurant le fait de penser par soi-même. Et le pas suivant, qui est l’acte par lequel la pensée surmonte la coupure opérée par la conscience de soi.

Examinons la manière dont le fait de penser par soi-même serait présent dans l’expérience du « cogito ». A première vue, le « cogito » est la démonstration d’un lien de causalité : « Je connus de là que j’étais une substance dont toute l’essence ou la nature n’est que de penser27. » Descartesidentifie le moi à la pensée. Mais, à mon sens, le « cogito » dépasse de loin cette seule démonstration formelle. Car elle n’est pas seulement logique, mais ontologique. On le voit déjà par le fait que Descartes présente cette dernière comme un moment crucial et bouleversant de sa propre évolution intérieure, de son chemin de pensée vers la vérité. Et surtout, on peut observer comment la découverte « qu’il existe, puisqu’il doute » se situe juste après ce que l’on a coutume d’appeler « l’hypothèse hyperbolique du Malin Génie » Il s’agit de ce moment où Descartes envisage la possibilité que tout ce qu’il perçoit et conçoit serait une illusion produite par un dieu trompeur. Notons que ce passage du Malin génie ressemble étrangement à certaines formes de délire que peuvent produire les schizophrènes. Le Malin Génie serait simplement remplacé par des extraterrestres, ou un complot gouvernemental.

Mais Descartes n’en reste pas à cette hypothèse qu’un Malin Génie le plonge dans l’illusion totale. Il fait un pas de plus. Il produit une nouvelle pensée, issue de ce doute radicale et permettant d’en sortir. Il dit que s’il est trompé, c’est qu’on le trompe. Et que s’il doute de tout, c’est qu’il doute. Ce raisonnement peut paraître absolument insignifiant, presque tautologique. Mais il s’appuie sur quelque chose de gigantesque ! Que ce passe-t-il alors, dont le seul déroulement des concepts ne rends qu’un écho affaibli ? Pour oser concevoir une telle hypothèse, il faut avoir su renforcer la présence de la pensée à elle-même par un acte de courage presque héroïque. Il faut avoir tout risqué, tout secoué à l’intérieur de soi-même pour penser avec une entière sincérité, ne serait-ce que quelques secondes, que sa propre pensée et ses propre perceptions seraient de pures illusions produites par un tiers. Pouvons-nous véritablement prendre au sérieux ne serait-ce que quelques secondes cette idée que le monde et nous-mêmes ne serions que les inventions illusoires d’un Génie malfaisant ? Que n’y l’un ni l’autre n’auraient de réalité propre ? Soutenir sérieusement cette pensée ne risque-t-il pas de nous faire basculer dans la folie ? Ou la schizophrénie ? Pouvons-nous croire une telle hypothèse sans faiblir ?

Le faire nécessite un immense courage de la pensée ! Ce faisant, il se produit pour celui qui accomplit un tel acte quelque chose d’une portée incommensurable : le moi se pose lui-même dans l’acte de produire la pensée ! Il ébranle le lien de passivité ordinaire qui le lie au flux des pensées. Il se dissocie de sa propre pensée et se situe, un bref instant, à l’extérieur de son flux. Il éprouve ainsi la force qui se situe en amont de la pensée. Par l’expérience du doute radical, le moi s’éprouve et se contemple lui-même dans son essence active. Dans le Discours, Descartes formule d’une manière saisissante cette particularité de la pensée issue du moi :

« Il n’y a rien qui soit entièrement en notre pouvoir, que nos pensées28. »

Pour Descartes, le moi qui est l’origine, la source, la force souterraine et souveraine de la pensée était de l’ordre de l’évidence. C’est la déflagration inouïe de cet acte de la pensée sans précédent que ses contemporains ont ressenti, et qui a été perçu comme un formidable éveil à la liberté29. Notre hypothèse est que cette expérience singulière du doute hyperbolique lui a permis de ressentir sa pensée comme étant absolument et irrévocablement sienne. Il a su surmonter la distance qui sépare la pensée du moi. Le sentiment de l’évidence que je suis un être qui pense n’est au fond pas autre chose que la réunion accomplie du moi et de la pensée. L’évidence est la lumière qui rayonne de cette symbiose. Ainsi,Descartes décrit à travers l’expérience du cogito comment la pensée peut approcher sa propre essence. Il montre comment la pensée peut se découvrir elle-même comme une propriété et une émanation volontaire du moi. C’est une expérience similaire que le philosophe Fichte faisait faire à ses étudiants en leur demandant de « penser le mur », puis de « penser celui qui pense le mur », concluant que :

« Le moi est ce qui se pose lui-même30. »

Ainsi, tandis que la conscience de soi introduit un fracture dans l’intimité de l’être humain, séparant sa pensée de lui-même, et lui-même du monde, l’évidence issue de l’expérience du « cogito » est le rayonnement de la réunion du moi, de la pensée et de la réalité. Ce sentiment d’évidence est comparable à l’ambiance d’une fête de mariage : elle est joyeuse, puissante et profonde. La force cicatrisante qui vit en amont de la pensée se manifeste à l’intérieur de l’homme comme une noce de l’esprit.

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En conclusion

Notre étude nous a donc, dans un premier temps, conduit à nous interroger sur les rapports possibles entre la définition philosophique de la conscience de soi et certains symptômes de la schizophrénie. Nous avons vu que cette condition première de notre humanité, la conscience de soi, est dans notre nature comme une coupure produite par une écharde. Elle nous entame. Elle nous sépare de nous-même et du monde. Elle possède sous forme latente certains des traits caractéristique de la « maladie de l’existence » qu’est la schizophrénie. Cependant, la conscience de soi n’est pas schizophrène. La schizophrénie serait bien plutôt – pour reprendre notre métaphore – une forme d’infection de la conscience de soi. Elle survient lorsque la puissance qui produit l’éveil de la pensée ne parvient pas à émerger de la blessure première et prend des formes extrêmes. C’est comme si la cicatrisation ne se faisait pas. La pensée ne ressoude pas le lien de notre être à lui-même et au monde. Mais quand la vraie pensée, issue d’un dialogue de l’âme avec elle-même, s’éveille néanmoins, par delà la déchirure de notre nature, nous éprouvons au contraire l’avènement d’un moi qui se pose lui-même. Et une « mienneté » de mes pensées si puissante et si profonde qu’elle apparaît comme une « sur-mienneté ». C’est le sentiment de l’évidence d’être un être qui pense. Cette force de la pensée, qui surgit du plus profond de moi, semble en même temps provenir d’au-delà de moi-même. Il ne s’agit pas de la pensée au sens où on l’entend d’ordinaire, à savoir les pensées, les idées, les opinions. Tout ceci ne désigne que la production aboutie de la pensée. Mais ce qui est ici désigné comme pensée se réfère bien plutôt à la force qui se situe en deçà des pensées et permet leur naissance. C’est elle qui agit comme la force qui permet de renouer le contact avec soi-même et avec le monde, parlant à partir de nos plus intimes profondeurs. Cette force pensante n’a pas un caractère intellectuel, mais plutôt « organique ». Elle agit comme une puissance de cicatrisation de l’être. Les forces organiques  qui vivent en amont de ce qu’on appelle la « pensée » permettent de ne pas rester enfermé dans la coupure que la conscience de soi a introduite en moi-même, et entre moi et le monde. Mes pensées, si elles sont vraiment miennes, ne le sont plus seulement.

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Conscience de soi et schizophrénie de
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1 Platon, Théétète, 150 a-c, Ed. GF Flammarion, page 150.

2 Jean Piveteau, La main et l’hominisation, Éd. Masson, coll. Préhistoire, 1991, p. 30.

3 Hegel, Cours d’esthétique, tome I., Introduction, Ed. Aubier, p.45-46.

4 Emmanuel Kant, Critique de la raison pure, traduction de Jules Barni, Ed Garnier-Flammarion, p. 154 à 158.

5 Emmanuel Kant, Anthropologie du point de vue pragmatique, Ed Vrin, p. 17.

6 Bernard Granger et Jean Naudin, La Schizophrénie, Ed. Le Cavalier bleu, p. 15.

7 Pascal, Pensées, pensée 199, Ed. du Seuil, p. 115 à 122.

8 Bernard Granger et Jean Naudin, La Schizophrénie, Ed. Le Cavalier bleu, p. 11.

9 Arthur Schopenhauer, Le monde comme volonté et comme représentation, Ed. PUF, p. 101.

10 Bernard Granger et Jean Naudin, La Schizophrénie, Ed. Le Cavalier bleu, p. 18.

11 Arthur Schopenhauer, Le monde comme volonté et comme représentation, Ed. PUF, p. 851-852.

12 Platon, Le Banquet.

13 Bernard Granger et Jean Naudin, La Schizophrénie, Ed. Le Cavalier bleu, p. 16.

14 Titre original : War of the Worlds. Titre français : La Guerre des mondes. Réalisation : Steven Spielberg. Scénario : Josh Friedman et David Koepp, d’après l’œuvre de H. G. Wells. Sociétés de production : Cruise/Wagner Productions, DreamWorks SKG, Paramount Pictures, Amblin Entertainment . Sociétés de distribution : Paramount Pictures. Genre : Science-fiction. Durée : 118 minutes. Dates de sortie : États-Unis : 29 juin 2005. France : 6 juillet 2005. Avec : Tom Cruise : Ray Ferrier ; Dakota Fanning : Rachel Ferrier ; Justin Chatwin : Robbie Ferrier.

15 Jean-Paul Sartre, L’Être et le Néant, Ed. Gallimard, p. 85 à 88.

16 Freud, Métapsychologie, Ed. Gallimard, p. 96-98.

17 Épictète, Entretiens, I, 17, 20, Ed. Les Belles Lettres, coll G. Budé, p. 6.

18 Un homme d’exception, sortie le 13 février 2002(2h 14min), réalisé par Ron Howard, avec Russell Crowe, Ed Harris, Jennifer Connelly, Drame américain.

19 Hannah Arendt, La vie de l’esprit, Ed. P.U.F.

20 Hannah Arendt, La vie de l’esprit, Ed. P.U.F, pages 234 à 246.

21 Article 353 du Code de procédure pénale.

22 Platon, Théétète, 189 a – 190 a, Ed. GF Flammarion, page 245.

23 Platon, Apologie de Socrate 40 a-c.

24 Bernard Granger et Jean Naudin, La Schizophrénie, Ed. Le Cavalier bleu, p. 22.

25Friedrich Nietzsche, Le Gai Savoir, paragraphe 335, Ed Gallimard, collection Idées, p. 270-271.

26 Descartes, Discours de la Méthode, quatrième partie, Ed. GF Flammarion, p. 60.

27 Descartes, Méditations Métaphysiques, II, Ed. P.U.F., p. 42.

28 Descartes, Discours de la méthode, troisième partie, Ed. Hatier, p. 30.

29 Gilbert Mury, Descartes, Ed. A l’enfant poète, p. 23.

30 Fichte, La doctrine de la Science, paragraphe 5. Ainsi que le passage de Le système de l’éthique selon les principes de la doctrine de la Science, Ed. PUF, p. 24.


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