Publié par : gperra | 13 février 2013

« J’aime mon école ! » analyse d’une affiche de la Fédération des Ecoles Steiner-Waldorf

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« J’aime mon école ! » analyse d’une affiche de la Fédération des Ecoles Steiner-Waldorf

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Une importante campagne d’affichage a commencé. Cette fois-ci, l’annonce des journées « portes-ouvertes » des écoles Steiner-Waldorf n’est plus diffusée par le biais d’affiches discrètes aux dessins d’amateurs, mais par une composition de professionnels de la communication qui connaissent leur métier. Sur un fond rouge qui tranche et attire le regard, un visage d’enfant coiffé d’une couronne déclare fièrement « J’aime mon école ! ». Le slogan est clair et percutant. Il intrigue. Il provoque même, car il va à contre-courant de ce que disent ordinairement les enfants au sujet de l’école :

« Un enfant qui prétend aimer son école ?! Qu’est-ce que cela ? Mes enfants me disent plutôt chaque jour : « J’suis malade ! J’veux pas y aller ! » Ah s’il existait une école qui me débarrasse du fardeau d’avoir à traîner ma progéniture geignarde chaque matin jusqu’à sa salle de classe, je serais ravi de l’y envoyer ! »

Tel est à peu près le discours que développera en son fort intérieur le parent interloqué. Les pédagogues anthroposophes ne s’y sont pas trompés et en on fait un instrument de promotion de leur « pédagogie ». Mais que se cache-t-il sous une telle affiche aux abords attractifs et séduisants ? Pouvons-nous, en l’observant, percer les apparences jusqu’à la réalité qui se cache derrière, et non celle qui voudrait être mise en avant ?

Remarquons tout d’abord comment l’affiche sait habilement jouer d’une réalité que l’on peut effectivement rencontrer rapidement quand on approche une école Steiner-Waldorf. Car il est exact que les enfants scolarisés dans ce genre d’institutions développent, non seulement envers leurs professeurs, mais aussi envers leur école, un sentiment qui s’apparente à de l’amour. Lorsque parfois des reportages télévisés offrent l’occasion à des enfants de s’exprimer sur leur scolarité dans une institution Steiner-Waldorf, on les voit tenir des discours aux accents très sincères, affirmant qu’ils se sentent bien dans leur école, qu’ils s’y épanouissent, qu’ils y découvrent plein de chose passionnantes, etc. Ils déclarent aussi fréquemment qu’avant d’y venir, lorsqu’ils étaient scolarisés dans le public, ils détestaient l’école, alors que maintenant ils l’aiment. « J’aime mon école ! » ou « J’aime mes professeurs ! » est donc bien le type de discours que les enfants scolarisés dans ces écoles tiennent fréquemment. Est-ce spontané ? Oui, dans une certaine mesure. Les enfants qui tiennent ce genre de propos ne récitent pas des discours qu’on leur aurait imposé de force. Ils semblent parler avec leur cœur. Lorsque j’étais moi-même élève, j’ai fait moi-aussi de telles déclarations et aurais répondu avec la même assurance si on m’avait interrogé pour la télévision. Les mots qui seraient sortis de ma bouche à cette occasion auraient été les miens, tout en étant également ceux que j’aurais entendu de mes parents, qui les auraient eux-mêmes entendus de mes professeurs lors des réunions de parents. Les pédagogues anthroposophes sont en effet habiles pour diffuser des discours convaincants qui seront repris par les personnes concernés le moment venu. Néanmoins, personne ne m’aurait obligé à les tenir et j’aurais été convaincu de leur véracité.

La question n’est cependant pas de savoir si un enfant qui dit « aimer son école » est sincère, mais pourquoi il en vient à faire une telle déclaration d’amour !? N’est-il pas en effet suspect qu’un élève en vienne si tôt dans sa vie à prendre fait et cause pour l’institution qui le scolarise ? Cela ne traduit-il pas chez l’enfant un investissement affectif disproportionné ? Cela ne trahit-il pas le fait qu’on lui a fait percevoir son école comme étant « à part », « différente », « pas comme les autres », comme les termes de cette publicité le stipulent ? A mon sens, cet attachement à une singularité revendiquée comme exceptionnelle, lorsqu’elle est exprimée par des enfants, est déjà le signe d’une dérive. Si le public regardait ce genre de campagne publicitaire avec davantage de sagacité, celle-ci ne constituerait pas une promotion efficace, mais un signal d’alerte inquiétant. Car tout en elle devrait inquiéter ! Ne devrait-on pas trouver étrange, venant de gens qui se prétendent « pédagogues »,  cette représentation d’un enfant coiffé d’une couronne et drapé d’une cape rouge, à l’image d’un enfant-roi ? Ne pourrait-on y voir aussi le symbole d’une volonté d’ancrer le psychisme de l’élève dans le Moyen-Âge, les mythes et les légendes de la Table Ronde, comme le font aussi certaines obédiences d’extrême-droite ? Ou de le faire se prendre au jeu d’être ce qu’il n’est pas, comme une sorte de super-héros, dont la cape est l’apanage ? N’est-ce pas là la représentation d’un être qui préfère jouer plutôt que de travailler, comme si l’affiche était celle d’un atelier théâtre et non d’une école ? Son regard à la fois hautain et songeur n’est-il pas la marque d’un psychisme qui se complaît dans l’imaginaire et dans la surestime de soi ? Ses yeux presque exorbités, formant un regard fixe et perdu, comme hypnotisé, ne ressemblent-ils pas à ceux d’un enfant déjà marqué d’une étrange tendance mystique ?

Pourtant, nombreux sont les parents qui se contenteront du raisonnement simpliste du genre : « Les enfants de cet établissement ont l’air contents d’aller à l’école, ils le disent, donc ça doit être une bonne école, sinon ils diraient qu’ils ne veulent pas y aller ». Ils ne réfléchiront pas au fait qu’il n’est en fait pas normal que les enfants soient si tôt impliqués dans la défense et la promotion de « leur école ». Car aucune école n’appartient aux enfants qui y sont scolarisés. L’école est l’école des adultes et de la société. Pas celle des enfants ! Elle est faite pour eux mais n’est pas à eux ! Quand un enfant en vient à dire qu’il aime « son » école, cela signifie qu’il s’est approprié affectivement quelque chose qui en réalité n’est pas de son ressort ! Il est bon que les enfants pleurent quand ils vont à l’école pour les premières fois : cela signifie que l’école marque le passage de sa famille vers la société. Mais quand l’école devient pour un enfant « son école », comme ses parents sont « sa famille », cela veut dire que quelque chose n’est plus à sa place. L’enfant qui dit « J’aime mon école ! » plutôt que « J’aime ma maman ! » témoigne de ce qu’on a substitué dans son esprit ce qui devrait normalement revenir à sa mère pour le dériver vers une institution et tout ce qui la sous-tend. En l’occurrence, l’Anthroposophie. L’Éducation Nationale a sans doute beaucoup de défauts, mais pas celui de développer chez les enfants qui sont scolarisés chez elle un sentiment d’appartenance identitaire d’ordre familial ou communautaire. Car l’école doit rester l’école, et rien de plus. Ce n’est ni un château-fort à défendre, ni une religion à répandre par une croisade, ni une grande famille dans laquelle on croit se sentir bien. C’est un lieu où l’on vient travailler et apprendre, parce qu’il le faut pour devenir des êtres humains d’aujourd’hui. Cet enfant qui dit « J’aime mon école ! » révèle simplement qu’il évolue dans une structure où le principe de plaisir est prévalent, où l’attachement affectif a débordé hors du cadre de ce qui est normal. On a fait en sorte que sa personnalité se construise sur un processus d’identification problématique à son établissement scolaire. On lui a dit qu’il était unique et différent parce qu’il était dans une école « pas comme les autres ». On a valorisé chez lui le fait d’être retranché du reste de la société. On a magnifié son individualité en le plaçant sur le piédestal de la pédagogie Steiner-Waldorf, tandis qu’on lui a soufflé que ceux qui n’ont pas cette chance seraient des moutons. On l’a gonflé d’un orgueil qui fera de lui plus tard un prosélyte. On a posé sur sa tête une couronne de pacotille qui lui procure l’impression d’être un roi, alors qu’il s’agit en réalité d’un joug par lequel les anthroposophes pourront un jour contrôler son esprit. Quand il proclame qu’il « aime son école », l’enfant révèle donc qu’il s’est fait embrigader. Aux adultes de le comprendre.

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Responses

  1. Sur ce coup là, Grégoire, t’as raison. Il faut cependant dire que cette affiche calamiteuse n’est pas issue d’une école Waldorf. Elle émane sans doute d’une brave « commission communication » qu’on avait naïvement mandatée et qui croyait bien faire mais n’avait pas bien compris de quoi il s’agit. Et les écoles waldorf qui ont validé cette « pub » ont failli au sérieux de leur tâche. Ça t’aura permis de sortir une bonne feuille sans trop te casser la tête 😉 et tu m’économises de le faire en une analyse qui aurait un peu ressemblé.

    • Attention Pierre Paccoud, c’est très dangereux de critiquer ouvertement la Fédération ! Maintenant tu risques un procès toi-aussi… 😉

  2. A reblogué ceci sur La Vérité sur les écoles Steiner-Waldorf.


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