Publié par : gperra | 23 décembre 2012

La dague à tête de cheval du département des Arts de l’Islam au Louvre

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Cette dague se compose de deux parties : la poignée, représentant une tête et l’encolure d’un cheval sculptées dans de la pierre de jade, incrustée d’or et de rubis, et la lame en acier sertie d’or.

Ce qui frappe la sensibilité lorsqu’on observe la poignée, c’est le caractère vivant de la représentation de l’animal. Ses yeux grands ouverts semblent inquiets, ses oreilles baissées sont comme à l’affut des bruits qui l’entourent, sa bouche entr’ouverte paraît exhaler un souffle qui le traverse. Il est entièrement réceptif aux dangers éventuels et disponible aux ordres de son maître. Le harnais serti de rubis, qui contraste avec le vert pale de la pierre de jade, souligne cette complète soumission. La main du propriétaire de la dague pourra disposer d’une emprise parfaite sur l’objet : les légères ondulations que l’on observe au niveau du coup vont permettre aux doigts de serrer la poignée sans glisser.

Cette tête de cheval, jusque dans ces détails, témoigne de l’amour du cavalier arabe pour sa monture : la crinière bien coiffée passe au dessus de la lanière du harnais qui enserre le front de l’animal, témoignant du geste de celui qui a préparé sa bête avec soin et délicatesse.

La lame quant à elle représente également un animal, quoique celui-ci soit moins évident à percevoir. Il s’agit de la queue d’un serpent. Elle est incurvée de manière à imiter la courbure caractéristique du reptile qui glisse sur le sol avant de disparaître.

Entre la tête de cheval et la lame, des entrelacs d’or fin et une fleur à six pétales en rubis sertie d’un cœur d’émeraude semblent opérer une transition. Cette fleur rouge symbolise le pouvoir souverain de celui qui possède cet objet, la force de son individualité (le rouge) vouée à Dieu (le vert, couleur de l’Islam).

Cette lame associe donc deux puissances animales : la réceptivité et la docilité du cheval à la furtivité du serpent. Quand on la contemple longuement et que l’on laisse agir sur soi ses formes et ses couleurs, on s’aperçoit que cette arme a quelque chose de fascinant. Celui qui la possèderait ne serait pas le propriétaire d’un simple objet, mais de quelque chose qui possède une énergie vivante. Elle semble conférer un pouvoir magique. Car il émane de l’objet une sorte de puissance d’envoûtement. Son raffinement extrême exalte l’ego. La tenir en main pourrait probablement donner l’impression de manier bien plus qu’un objet de métal et de pierres, mais des forces de nature animale du monde invisible. Or il s’agit d’une arme et non d’un simple ustensile d’apparat. Une arme qui, à ce titre détient un pouvoir de mort.

Les autres objets que j’ai pu observer dans ce département des arts de l’Islam m’ont appris quelle subtile sensibilité à la force cachée du végétal est présente dans la religion musulmane. En effet, c’est la puissance du végétal qui tisse le domaine du Paradis du Dieu unique. A présent, cette dague m’enseigne que cette sensibilité islamique s’étend jusqu’au domaine de l’animalité. Mais là, elle semble stimuler l’ego de manière quasi-magique, au point de l’enivrer. En effet, l’être humain peut s’enivrer de boisson alcoolisées, mais aussi de magie, de prières et de spiritualité. Posséder une telle arme, n’était-ce pas autrefois boire des forces animales magiques pouvant exalter au point de rendre capable de donner la mort ?

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