Publié par : gperra | 10 novembre 2012

L’embarassant mémoire universitaire de Juana Finkelmeyer

Le mémoire de Juana Filkenmeyer sur les écoles Steiner-Waldorf est un document très important. Il s’agit d’une étude universitaire sur le devenir des anciens élèves Waldorf. Il a été réalisé par une ancienne élève Waldorf et se veut plutôt positif. Jusqu’à peu, on pouvait le trouver sur le site de la Fédération des écoles Steiner-Waldorf. Visiblement, il n’avait pas été lu par les pédagogues anthroposophes soucieux de la promotion inconditionnelle de leurs écoles comme il aurait du l’être. En effet, ce document est extrêmement révélateur. Certes, ses conclusions, à la fin de chaque chapitre, reprennent les idées de la Fédération et tendent à masquer tout les problèmes structurels qui pourraient émerger de cette pédagogie. Comment aurait-il pu en être autrement, venant de la part d’une ancienne élève d’une école Steiner-Waldorf, supervisée semble-t-il dans la rédaction de son travail par un membre éminent de la Fédération de l’époque ? Cependant, à l’exception de ses conclusions, Juana Finkelmeyer semble avoir réalisé un travail intellectuellement assez honnête. Elle pointe certains problèmes et ses chiffres ne semblent pas truqués. Par exemple, elle montre que 60% des anciens élèves sortant de ces écoles déclarent connaître l’anthroposophie, et que beaucoup se plaignent de lacunes dans l’enseignement, ou du fait qu’ils ont vécus enfermés dans une sorte de cocon. Il montre aussi que le tableau est loin d’être idyllique, même pour les anciens élèves convaincus. On retrouvera ainsi sous sa plume de nombreuses problématiques qui sont celles que j’évoque dans mon article paru sur le site de l’UNADFI. Peu après que je me sois permis de mentionner un chiffre de ce document dans un de mes articles paru sur mon blog, celui-ci a précipitamment disparu du site de la Fédération des écoles Steiner-Waldorf, remplacé par des « études » sur le devenir des anciens élèves au caractère beaucoup plus prosélytes. C’est pourquoi il nous semble intéressant d’en citer quelques extraits, qu’il serait dommage de voir disparaître du débat public. On lira en particulier avec attention les chapitres suivants :

  • Les lacunes attribuées à la scolarité Waldorf : pages 20 à 23 ;

  • La connaissance de l’anthroposophie (par les élèves) : pages 17 à 19.

Nous en reproduisons ici quelques extraits :

« Connaissez-vous l’Anthroposophie ? Oui, Non ? Telle est la question qui fut posée aux Anciens Élèves : 60 % des A.E. estiment avoir un minimum de connaissances sur L’Anthroposophie ; 17 % des A.E estiment ne pas ou pas assez bien la connaître ; 2 % des A.E; répondent oui et non ; 26 % commentent leur réponse. »

« La grande majorité des Anciens Élèves dénonce une forme de laxisme des établissements Waldorf à propos d’apprentissages purs, de la transmission de méthodes de travail et d’exigences de rigueur. »

« (…) D’où la notion de « cocon » utilisée par certains Anciens Élèves.»

« (…) Sont également citées comme des lacunes, le manque de discipline, de rigueur et le défaut d’enseignement d’une méthode de travail. (…) Dans les sciences mes profs étaient tous sans doute plus artistes que portés sur les sciences. (…) Mauvaise méthode, sans support visuel, absence de livre d’étude, grammaire floue. (…) C’est au moment du passage à l’école publique que les Anciens Élèves relèvent ces lacunes. (…) »

« (…) À force de lutter contre l’enseignement « bourrage de crâne » on tombe dans le travers inverse. Appliquer la “ science sans conscience n’est que ruine de l’âme.” O.K. mais nous, des fois, c’était conscience sans science c.-à-d. plus de réflexion que de matière à réflexion. Jusqu’en douzième je n’ai pas appris une seule date d’histoire et mes connaissances en géographie sont d’une pauvreté effrayante. (…) »

«Un manque de connaissances précises et concrètes dans les domaines scientifiques. C’est très bien d’avoir des idées générales, une vue d’ensemble mais si ces idées ne sont pas fondées sur des connaissances solides alors à quoi bon ? (…) »

« Il est aussi question du décalage entre la culture actuelle de “ tout le monde ”, (à savoir la télévision, la publicité, la bande dessinée, le cinéma, la variété) et la culture Waldorf axée sur des orientations plus classiques. »

« (…) Il est principalement question ici du manque de compétence d’un certain nombre de professeurs enseignant dans les établissements Waldorf. En effet, 25 Anciens Élèves soulignent cet aspect mais aussi le manque d’exigence en termes de discipline, de rigueur et même d’autorité, mentionné par 6 personnes. »

« (…) Enfin sont mentionnés le fait que le goût du travail devrait être davantage cultivé notamment dans les grandes classes, le fait qu’à partir de la 8ème classe (équivalent à la 4ème) le programme devrait être plus chargé. Dans le même ordre d’idées les sollicitations intellectuelles sont jugées insuffisantes par certains à partir de 14 ans. En tout état de cause les Anciens Élèves regrettent que l’on n’ait pas été suffisamment exigeants avec eux. »

« Le « cocon » Waldorf (…).

Il est question ici de la dualité entre notre monde contemporain et l’éducation Waldorf, du repli sur elles- mêmes des Écoles Waldorf et de leur manque d’ouverture au monde et à sa modernité. Mais aussi du manque d’adéquation entre les programmes Waldorf et ceux de l’Éducation nationale, du manque d’informations relatives à l’orientation, de l’absence d’aide ou de soutien relatif à l’orientation des élèves qui s’apprêtent à quitter l’école Waldorf. Cette négligence laisse les Anciens Élèves quelque peu désabusés d’abord, puis déçus. Certains des propos émis sur ce point sont assez virulents. Ceux-ci vont jusqu’à qualifier l’attitude des professeurs de quiétude imperturbable à l’égard de l’avenir de leurs élèves ou d’utopie manquant de lucidité. Là réside sans doute le thème majeur des griefs des Anciens Élèves à l’égard de leur ancienne école. »

« Nous retiendrons le fait que les Anciens Élèves auraient souvent aimé que leur école s’ouvre davantage aux réalités du monde moderne, qu’elle accompagne ses élèves dans leurs démarches d’orientation et les prépare à quitter l’École Waldorf. Mais surtout que le corps enseignant soit plus rigoureux et exigeant avec ses élèves adolescents. »

« (…) En tout état de cause les écoles françaises fonctionnent en sous-effectif de personnel. Ceci occasionne le risque de surmenage et d’épuisement des professeurs en fonction, donnant lieu à une baisse de la qualité de l’enseignement ainsi qu’à des dysfonctionnements ou négligences. Par ailleurs, la qualité du recrutement en fait les frais. En effet, le salaire offert est si peu attrayant qu’un certain nombre de personnes formées à la pédagogie en France choisissent d’exercer à l’étranger. La conséquence en est que le marché de l’emploi des professeurs Waldorf en France fait face à une pénurie de candidature consternante. Les Écoles qui cherchent un professeur sont trop souvent face au choix soit d’accepter d’embaucher une personne présentant des insuffisances en termes de qualification ou de compétences soit de ne pas assurer les cours en question. Ceci explique pourquoi la question financière est importante dans l’ensemble des problèmes que connaissent les établissements pratiquant la pédagogie Waldorf en France. Or leurs Anciens Élèves montrent en avoir eu conscience. »

« (…) Enfin, plusieurs Anciens Élèves remettent en cause le fonctionnement 100% collégial appliqué en principe dans les écoles Waldorf. « Je ne suis pas pour le fait que toutes les décisions soient systématiquement prises collégialement. Je serais plutôt pour un partage des responsabilités par secteur, et que chacun de ces secteurs ait une personne référante, un directeur ! Ces personnes pourraient être votées. Il y aurait peut-être moins de discussions… et de temps perdu ! ». Ce témoignage souligne le caractère parfois pesant du processus collégial. Nous sommes pourtant là, face à l’une des caractéristiques fondamentale de l’école Waldorf. On reproche parfois à ce mode de fonctionnement notamment de ralentir les processus de décision et de diluer les responsabilités. »

(Juana FINKELMEYER , L’École Waldorf en France vue et vécue par ses anciens Élèves , devenir Social et Professionnel des Anciens Élèves des Écoles Waldorf . Synthèse des résultats de l’enquête menée en 1994 auprès d’Anciens Élèves d’Écoles Steiner-Waldorf en France. Synthèse de la partie III du Mémoire de Maîtrise en Sciences Social, option socio-éducatif, réalisé sous la direction de M. Gérard PIGAULT, dans le cadre d’un D.H.E.P.S. (Diplôme des Hautes Études des Pratiques Sociales), soutenu le 9/11 2001, Mention Très Bien avec Félicitations du jury, Département de la Formation Continue, UNIVERSITE MARC BLOCH, STRASBOURG. P ; 17 à 19.)

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Responses

  1. A reblogué ceci sur La Vérité sur les écoles Steiner-Waldorf.


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