Publié par : gperra | 30 septembre 2012

La Vénus de Willendorf

La Vénus de Willendorf est une statuette en calcaire du Paléolithique supérieur conservée au Musée d’histoire naturelle de Vienne (Autriche). A première vue, elle représente une femme obèse dénudée, dont les formes débordent d’un corps sans visage.  Cette représentation du corps féminin peut être désagréable, voire même repoussante pour notre mentalité d’aujourd’hui : valoriser ainsi l’obésité jusqu’à une impudicité qui peut paraître presque obscène a de quoi choquer. D’ailleurs, cette femme sans visage n’est-elle pas principalement une génitrice, ayant perdu toute trace d’identité personnelle au regard de cette fonction ? Le sexe, dont la fente est clairement représentée, n’est-il pas livré aux regards comme si le corps de cette femme ne lui appartenait pas, étant le vecteur d’un symbolisme universel vis-à-vis duquel la personnalité de quiconque serait sans valeur ? Le visage me fait d’ailleurs penser aux poupées de chiffon de nos enfants d’aujourd’hui, comme si l’impersonnalité de cette statuette préhistorique rejoignait la configuration psychique de l’enfant en bas âge.

Pouvons-nous dépasser ce que la Vénus de Willendorf représente pour nous aujourd’hui, afin de nous plonger dans ce qu’elle a pu signifier pour les hommes de la Préhistoire ? Lorsqu’on l’observe plus attentivement, on s’aperçoit que cette petite statuette de 11 cm a été construite sur le principe de l’enchevêtrement de sphères. En effet, les deux seins sont comme deux boules rondes. La tête est une sphère presque parfaite sur laquelle a été ajoutée des cheveux. Ces derniers sont eux-mêmes figurés par de petites billes collées les unes aux autres. Les hanches sont deux volumes sphériques qui fusionnent l’une en l’autre. Le ventre dans son ensemble est comme un gros ballon. Le trou du nombril est au centre d’une petite proéminence de graisse parfaitement sphérique, etc. Comme si la volonté du sculpteur avait consisté à inscrire coûte que coûte le corps féminin dans la logique de la sphère.

Un problème semble cependant s’être posé à lui pour représenter les membres qui, par nature, s’apparentent davantage à des segments de droite qu’à des volumes sphériques. Mais pour garder la prédominance de la logique de la sphère, cet artiste des temps anciens a été jusqu’à déformer les bras et les jambes de sa Vénus ! En effet, les premiers sont réduits à des sortes de moignons atrophiés qui entourent les seins. Les jambes, en revanche, ressemblent presque à des boules au niveau des cuisses, tandis que le reste est également comme atrophié. Les tibias et les pieds ont presque disparus ! Et ce qui fait office d’extrémités des pieds est représenté par une série de petites billes placées les unes à côté des autres, pour signifier chaque orteil.

Pourquoi cette volonté radicale d’inscrire le corps féminin dans la sphère ? On peut penser au caractère céleste de ce symbole. En effet, le ciel n’est-il pas la plus significative des sphères qui se présente à nous dans la nature ? Dès lors, il pourrait s’agir chez l’artiste préhistorique d’une volonté de signifier le caractère non-terrestre de l’être humain. Le corps humain, participant ainsi exclusivement de la sphère, serait donc représenté comme un citoyen du monde céleste. Peut-être, en effet, les hommes de ces temps-là se vivaient-ils eux-mêmes comme des étrangers à ce monde ? La forme générale de la silhouette de la Vénus de Willendorf s’apparente d’ailleurs, lorsqu’on la considère dans son ensemble, à une goutte d’eau. Comme si l’être humain se ressentait alors comme un être tombé du ciel.

Licence Creative Commons
La Vénus de Willendorf de Grégoire Perra est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 3.0 non transposé.
Fondé(e) sur une œuvre à https://gregoireperra.wordpress.com/.
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Responses

  1. Belle étude Grégoire ! La tête symboliserait la grande sphère céleste qui contient  » ses enfants » à venir, penchée sur le corps de l’être féminin qui la porte et reçoit mission de la continuation des sphères de la création … ?

  2. L’art même premier est un temps soit peu lointain pour moi. Quand j’admire cette Vénus, la première pensée qui me vient est celle de l’oeuf : ce par quoi nait la vie…quelque chose de rond, de rassurant, là où il est possible de s’y blottir comme un cocon.
    A mon niveau de néophyte, je me dit que l’artiste qui a sculpté cette statuette a voulu nous montrer ce que la Femme représentait : un corps d’où vient la vie.
    C’est très certainement trop réducteur, donc je laisse le soin à d’autre de plus qualifier que moi pour donner un sens plus adéquate à cette merveille.


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