Publié par : gperra | 14 juin 2012

Singes et Dragons de l’Été 2001 : Évolution, Jurassik Park III, La planète des Singes

Singes et Dragons de l’Été 2001

Évolution, Jurassik Park III, La planète des Singes

Grégoire PERRA

Pour ceux qui s’exercent à déceler la présence de contenus ésotériques dans les images que nous proposent l’actualité cinématographique, il existe au moins deux sortes de méthodes. La première consiste à se pencher sur un film afin de l’examiner à la lumière des connaissances apportées par la science de l’esprit, ce qui n’est d’ailleurs pas sans contenir le risque de se laisser piéger par le jeu de l’herméneutique. La seconde consiste à repérer, lorsque cela se présente, un phénomène de récurrence de certaines représentations pendant une période donnée et d’en chercher le pourquoi. En effet, certains films n’ont sans doute pas d’autres raisons d’exister que de présenter à la conscience contemporaine certaines images suggestives : la pauvreté ou la stupidité de leurs scénarii sont à ce titre révélatrices. Un spectateur assidu des salles obscures peut se rendre compte que tout se passe en effet comme si les quelque deux heures trente de l’œuvre projetée sur l’écran n’avaient eu d’autres fins que de servir de justification, parfois seulement pendant une dizaine de secondes, à l’apparition d’une image.

Au cours de l’été 2001, il s’est produit un tel phénomène qui semble pouvoir retenir notre attention. En effet, comme par une sorte de connivence probablement causée, sur le plan matériel, par les progrès de certains studios d’imagerie virtuelle d’outre-atlantique, sont apparues en même temps dans trois films à grands succès deux images particulièrement parlantes. La première est celle du dragon, ou plus exactement de dinosaures volants. Ce fut le cas dans le film Évolution1, avec Patrick Duchovny, ainsi que dans Jurassik Park III2. On se souviendra notamment, dans ce dernier film, de la séquence finale, où nous voyons des ptérodactyles, libérés de leur immense serre, s’enfuir par la voie des airs pour aller essaimer leur progéniture dans le monde des hommes. Ce dernier plan était particulièrement saisissant, car le vol de ces monstres gracieux paraissait si réel, leur chair verdâtre tellement palpable, que nous pouvions avoir alors cette impression : ces êtres sont là, ils volent dans la salle ! Or le fait que des apparences soient si parlantes qu’on puisse avoir la tentation de les confondre avec la réalité n’est pas sans conséquence du point de vue spirituel : celles-ci peuvent alors effectivement servir de sorte d’enveloppes pour des entités spirituelles. Comme une action magique rendue possible par la technologie numérique, il est probable que des entités, celles dont Rudolf Steiner nous dit dans L’anthroposophie et les forces du cœur humain qu’elles se complaisent dans la forme du dragon3, prenaient à cet instant corps au sein de notre substance sensorielle.

La seconde image était celle de singes, si proches de l’homme qu’ils en avaient tous les attributs essentiels : la parole et l’intelligence. Ceux-ci apparaissaient notamment dans le fameux film de Tim Burton, La planète des Singes4, ainsi que dans Évolution que nous avons déjà mentionnée. Évolution nous présente, après une mutation accélérée partant des premières cellules jusqu’au couronnement de la nature, une contre-image saisissante : non pas l’homme à l’image de Dieu, mais un hominidé hostile, fourbe, fort, transpirant de haine et de malignité. C’est cette même haine rusée dévorante qui imprègne la face hideuse et simiesque du général Thade dans La Planète des Singes. En quoi ces deux images, celle du dragon et celles de ces singes, sont-elles liés ? Nous savons par Rudolf Steiner que le dragon est l’image des forces ahrimaniennes. En revanche, pour comprendre celle des singes, nous devons nous référer à un passage du cycle de conférences sur l’Apocalypse où Rudolf Steiner décrit ce qu’il adviendrait de l’homme privé de toute spiritualité au point que cela affecterait chacune de ses enveloppes corporelles :

« Tout ce qui est avenir se prépare déjà dans le présent. Les temps survenus après la grande Guerre de tous contre tous (…) verront des hommes qui, parce qu’ils se seront fermés au principe du Christ, auront un degré élevé de méchanceté, et la prédisposition à glisser dans l’abîme. (…) Songez seulement à tout ce que 666 doit en réalité signifier pour exprimer ce qui vient d’être exposer. Il doit représenter le principe qui mène qui mène l’être humain à s’endurcir si totalement dans la vie physique qu’il repousse ce qui le rendrait capable d’annihiler sa nature inférieure et de s’élever vers les principes supérieurs. D’autre part, les quatre principes qu’il a reçus : le corps physique, le corps éthérique, le corps astral et le moi inférieur, avant qu’il ne soit élevé vers le Moi supérieur, trouvent aussi leur expression dans ces quatre lettres : Samech est l’expression du corps physique, Vav est celle du corps éthérique, Resh celle du corps astral, Tau celle du moi inférieur. Ces quatre lettres expriment ce qui s’est durci dans les quatre principes humains avant qu’ils aient commencé à évoluer vers le divin. (…) Puis il faut y ajouter les voyelles, et cela donne « Soradt ». Soradt est le nom du démon solaire, de l’adversaire de l’agneau. (…) Nous voyons ainsi que l’auteur de l’Apocalypse fait allusion à l’adversaire de l’Agneau. En bas, là où la terre est en voie de se spiritualiser, les formes des êtres humains ont repris leur ancienne apparence animale5. »

Comment nous représenter aujourd’hui ce retour de l’homme vers l’apparence animale sous l’influence du démon solaire, si ce n’est précisément à travers ces images de singes hominisés débordants de malice et de haine ? Et c’est ici que nous pouvons comprendre le lien qui unit cette image à celle des dinosaures volants. En effet, Steiner explique justement que c’est l’influence ahrimannienne qui prépare l’entrée de la puissance soradtienne sur la scène de l’humanité :

« La Bête veut se frayer un chemin vers la surface en tant que bête la plus intelligente, et veut transformer en forces qui modèlent l’humanité toutes les forces ahrimanniennes qui ont comme but l’exclusion de ce qui est humain, de ce qui est spécifiquement humain ; elle veut transformer tout ce qui est intelligence répandue dans l’ordre animal en forces susceptibles de modeler l’humanité6. »

C’est à travers l’emprise du Dragon sur l’homme que la Bête, la puissance du démon solaire, veut s’emparer ce qui n’est pas spiritualisé dans les enveloppes corporelles de l’homme afin de le transformer en intelligence animale démoniaque. Ces images apparues conjointement sur nos écrans au cours de l’été 2001 pourraient donc s’expliquer par le lien que la science de l’esprit permet de découvrir entre l’image du Dragon et celle de l’humanité avilie et animalisée par le Démon solaire.

On se demandera pourtant pourquoi l’industrie cinématographique américaine, de manière plus ou moins consciente, a voulu ainsi présenter de telles images au regard de nos contemporains ? On ne peut répondre à cette question que si l’on prend conscience du type de rapport particulier que le cinéma entretient avec l’être humain. En effet, malgré toute la paresse spirituelle qui caractérise nos modes de vie actuels, nous avons naturellement soif de comprendre les arrières-plans du monde dans lequel nous vivons. Si le cinéma ne nous les présentait, comme il le fait, au travers d’images dans une certaine mesure révélatrices, il est probable que les hommes se lanceraient énergiquement dans une quête en vue de les découvrir. Mais en les recevant ainsi de manière passive, une part de la conscience est en quelque sorte a-demi satisfaite et, pour un temps, diffère son entreprise. Ainsi, lorsque ces images de dragons et de singes ont été présentées à nos contemporains, il est probable que celles-ci ont contenté une part de notre être qui savait pertinemment qu’avait lieu à ce moment-là une action conjointe des puissances ahrimaniennes et du démon solaire en vue d’animaliser l’entité humaine. Mais absorbant celles-ci de manière passive, nous avons oublié cette inquiétude profonde que notre moi supérieur nous adressait depuis les sphères de l’Esprit.

1Évolution, Réalisateur : Ivan Reitman, Éditeur : G.C.T.H.V., sortie en France en Août 2001. Avec : David Duchovny, Orlando Jones, Seann William Scott, Julianne Moore.

2Jurassik Park III, sortie en France en Août 2001, Universal Pictures, Réalisateur : Joe Johnston. Avec : Sam Neill, William H. Macy, Tea Leoni, Alessandro Nivola, Trevor Morgan, Michael Jeter

3 Rudolf Steiner, L’anthroposophie et les forces du cœur humain, traduction de Monique Durr, Éditions Triades, Paris, imprimé à Paris, ISBN : 2-8548-139-1, 1989, page 38.

4 Planet of the apes (La planète des singes), USA / 2001, Sortie en France le 25 juillet 2001, Production : 20th Century Fox, Richard D. Zanuck, Réalisateur : Tim Burton, Scénario : William Broyles Jr, Lawrence Konner et Mark Rosenthal, d’après le roman de Pierre Boulle. Avec : Mark Wahlberg (Capitaine Leo Davidson) – Helena Bonham Carter (Ari) – Tim Roth (Thade) -Michael Clarke Duncan (Attar).

5 Rudolf Steiner, L’Apocalypse, traduction de Henriette Bideau, Éditions Triades, Paris, imprimé à Paris, ISBN : 2-85248-173-1, 1993, pages 212 et 216.

6 Rudolf Steiner, Cité par Serge O. Prokofieff, Les Sources spirituelles de l’Europe de l’Est et les futurs Mystères du Saint Graal, traduction de Frédéric Kozlik, , Andrée Frédéric, Ruth Hunzinger, Godefroy Kozlik et Marguerite Kubler, Éditions Société Anthroposophique Branche Paul de Tarse, Illfurth (68), imprimé à Pfastatt (Haut-Rhin), ISBN : 2-906086-04-5, 1993, page 337.

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