Publié par : gperra | 14 juin 2012

Les X-Men et la perception déformée du Christ éthérique

Les X-Men et la perception déformée du Christ éthérique

Grégoire PERRA

Si nous étions davantage attentifs à ce que nous pouvons ressentir des rythmes de l’année que nous traversons et des événements spirituels qui s’y rattachent, il est probable que nous remarquerions à quel point certaines sorties cinématographiques majeures provenant d’outre-atlantique sont chargées de signification occulte. Ainsi, c’est au cours de la période de Pâques qu’est apparu sur les écrans européens le second volet du film X-Men1. Cette œuvre, inspirée de la célèbre bande dessinée parue dans la revue Strange dans les années soixante-dix2, n’est en effet pas sans rapport avec ce que nous pouvons percevoir des forces du Ressuscité à ce moment de l’année.

Mais observons tout d’abord la trame générale du film et tentons d’en comprendre le fil directeur caché à l’aide des connaissances qu’apporte la science spirituelle. Il s’agit d’une fiction nous décrivant un monde où les « mutants » auraient fait leur apparition aux côtés des êtres humains normaux dépourvus de pouvoirs psychiques. Effectivement, nous sommes d’une certaine manière, depuis la fin du Kali Yuga en 1879, au début d’une nouvelle ère marquée par l’éveil progressif de facultés de perception et de relation au monde spirituel3. Cependant, la façon dont ce film présente cette métamorphose est problématique.

D’emblée il n’est pas question de métamorphose spirituelle de notre conscience, mais de mutation génétique de notre corps. Comme si ce qui doit se produire sur un plan supérieur était ramené dans le domaine physique où il n’est pas à sa place, à l’image d’un Nietzsche concevant son surhomme dans une dimension impropre4 ou d’un Dostoïevski qui malgré son talent ne pouvait s’empêcher de faire référence aux forces de l’hérédité pour expliquer les comportements et les caractères de ses personnages5.

En outre, la mutation provoque la naissance chez les individus qu’elle affecte de certains pouvoirs spécifiques, comme la possibilité de commander aux mouvements de l’atmosphère (Tornade), celle de manipuler le feu (Pyro), ou le froid (Iceman), de sonder les esprits (le professeur Charles Xavier), de télékinésie (Jean), etc. Comme si nous avions là des personnes qui, en cultivant leurs capacités psycho-spirituelles propres spécialisées, devaient en même temps s’éloigner de l’ « universel humain » harmonieux et équilibré. En effet, dès lors que nous nous engageons sur le chemin de la méditation, la tentation peut être grande de nous consacrer exclusivement à un type d’exercice pour lequel nous sommes particulièrement doués et avec lequel nous obtenons rapidement des résultats, au détriment d’une alternance avec d’autres qui semble parfois nous ralentir mais est pourtant indispensable au maintien d’un sain équilibre6. Or le film présente cette spécialisation comme la forme normale de l’ « évolution », terme magique martelé en préambule dès les premières images.

C’est pourquoi ces mutants sont semblables à ce que nous pourrions appeler des « animaux spirituels ». En effet, le règne qui nous est immédiatement inférieur n’est pas autre chose, comme le montre Rudolf Steiner, que l’expression protéiforme des parties physiques de l’entité corporelle humaine7. La « mutation » qu’évoque le film X-Men est une processus analogue d’ « animalisation spirituelle » provoquée par une culture ultra-spécialisée de certaines aptitudes nouvelles, transposées sur le plan de l’hérédité organique.

Le personnage de Wolwerine cristallise ce processus que nous venons de décrire : doté de griffes rétractables en « adamantium » incassable, cet homme est semblable dans son apparence comme dans son comportement à un puissant félin. C’est une « bête », ainsi que le lui assène son créateur. Mais en même temps, il possède une faculté qui manifeste la quintessence de ce que les sens supérieurs qui s’éveillent en nous sont en mesure de percevoir : blessé ou tué, son corps se régénère et se reconstitue aussitôt, comme s’il était saturé d’inépuisables forces de guérison, à l’image du « corps glorieux » qui vit dans le monde éthérique depuis le Mystère du Golgotha. On remarquera que son prénom lui-même, Logan, rappelle étrangement le terme Logos par lequel l’évangéliste Jean désigne le Verbe divin. Mais loin d’être la représentation du corps du Christ qui donne la paix, Wolwerine est travaillé par ses pulsions guerrières instinctives. Il est soumis à la puissance de la Bête qui gronde en lui. Il n’est donc pas le Ressuscité, mais l’image rendue sympathique de la « Bête qui a été guérie » qu’évoque l’Apocalypse :

« La bête que je vois est semblable à un léopard, ses pieds comme d’un ours, sa gueule comme une gueule de lion.

Le dragon lui donne son dynamisme, son trône et la grande puissance.

L’une de ses têtes est égorgée à mort, mais la plaie de sa mort se guérit.

Toute la terre est étonnée derrière la bête. (…)

Ils se prosternent devant la bête et disent :

« Qui est semblable à la bête ? Qui peut guerroyer contre elle8 ? » 

Il est étonnant de constater à quel point les attributs du fauve Wolwerine dont les plaies se referment d’elles-mêmes correspondent à cette image décrite par Jean. Au fond, ce film apparaît jusque dans ses détails comme une tentative des forces opposées au Christ pour revendiquer le pouvoir du corps de résurrection. Nous le voyons nettement lors de cette splendide et terrifiante scène où une femme, Tornade, s’abandonne dans les bras d’un personnage qui a la physionomie exacte du Diable, en lui confiant : « j’ai foi en toi ! ». Ou encore, lorsque le même personnage du mutant Diablo récite le Psaume 23 (« L’Éternel est mon berger… ») et le Notre Père sur le fond d’un ciel couvert de nuages et traversé de lumière : redoutable contrefaçon de la description du Christ venant sur les nuées9.

Le Diable psalmodiant le Notre Père dans le monde des forces de vie : comment résister à l’impact d’une telle icône, quelles conséquence ce mensonge absolu provoque-t-il lorsqu’en nous endormant nous l’apportons dans le monde spirituel et le confrontons avec la réalité qu’il défigure ? Quelque soient les subtiles justifications d’un scénario bien ficelé, on peut sentir que ce film n’avait finalement pas d’autre ambition que de présenter cette image à nos consciences. Tandis que quelque chose en nous sait intuitivement, sans même avoir besoin de rien connaître de la religion chrétienne, qu’il existe derrière le voile des apparences un être qui constamment adresse une prière au fondement de toute choses afin que soit restaurée dans sa dignité originelle l’entité humaine, le film nous dépeint celui-ci sous les traits du Diable.

C’est pourquoi il est important de rétablir en toute conscience la vérité dans ce domaine afin de corriger les effets durables qu’une œuvre comme X-Men peut provoquer. Dans ce dessein, le titre du film est un indice : le X des X-Men ne fait pas seulement référence à l’anonymat des mutants, mais surtout au X grec par lequel on désigne parfois le Christos. C’est aussi la croix de vie éthérique. Ainsi les « X-Men », ces mutants aux facultés psychiques unilatérales animalisées, sont-ils le modèle opposé aux véritables « hommes du Christ », lesquels n’ont pas pour but d’acquérir des pouvoirs spirituels, mais de consacrer leurs efforts à devenir des hommes au sens plein du terme. C’est pour cette raison que ceux-ci commencent à percevoir quelque chose, à la frontière du visible et de l’invisible, de la manifestation du corps de résurrection dans le monde des forces éthériques, qui précisément aide les hommes à acquérir leur complète humanité. C’est cette perception nouvelle qu’un tel film tente de déformer.

1X-MEN 2, Sortie en salles le 30 Avril 2003 ; Réalisation : Bryan Singer ; Scénario : David Hayter ; Zak Penn & Bryan Singer ; Production : 20th Century Fox. Distribution : UFD, France ; Avec : Patrick Stewart : Professeur Charles Francis Xavier ; Hugh Jackman : Wolverine/Logan, Ian Mckellen : Magneto/Erik Magnus Lehnsherr.

2L’intégrale X-Men, Collectif bande dessinée (broché), volume qui réunit toutes les parutions X de l’année 1979 : les épisodes 117 à 128 de Chris Claremont et John Byrne, et le troisième annual des X-men illustré par George Pérez. Éditeur Marvel Pannini, France, Collection Intégrale.

3Rudolf Steiner, Le christianisme ésotérique et la direction spirituelle de l’humanité, traduction d’Henriette Bideau, Éditions Anthroposophiques Romandes, Genève, 1989.

4Rudolf Steiner, Nietzsche, un homme en lutte contre son temps, É.A.R.

5Rudolf Steiner, La liberté de penser et les mensonges de notre époque, première conférence, Éd. Triades, Paris, 2000.

6Rudolf Steiner, Comment parvient-on à des connaissances des mondes supérieurs ?, Éditions Novalis, Montesson.

7Rudolf Steiner, L’homme dans ses rapports avec les animaux et les esprits des éléments, Éditions Triades, Paris.

8Jean, Apocalypse, 13/2-4, traduction d’André Chouraqui, Éd. Desclée de Brouwer, 1990, page 2398

9 L’Évangile selon Marc, 13/26, traduction de Pierre Liehnard, Éd Iona, Franchesse, page 132.

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Les X-Men et la perception déformée du Christ éthérique de Grégoire Perra est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 3.0 non transposé.
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