Publié par : gperra | 12 juin 2012

L’aventure du fanzine Gatô

De 1993 à 1995, avec quelques amis, je me lançais dans l’aventure de la réalisation d’un petit fanzine nommé Gatô. Le rédacteur en chef était Frédéric Brument, un camarade de classe du lycée Lakanal où je venais de passer trois années de classes préparatoires en option Philosophie. Frédéric était un passionné des anciens Charlies-Mensuels, de bande-dessinnées underground, de littérature dont je n’avais alors jamais entendu parlé. Il avait depuis la sortie de la Khâgne le projet de réaliser un tel journal sachant mêler de courtes nouvelles littéraires et humoristiques avec des dessins. C’est à l’occasion de son anniversaire que l’aventure pris corps, lorsque je demandais à tous ses amis de rédiger pour lui, en guise de cadeau, un petit article. Chacun proposa ainsi sa production et ces multiples témoignages le décidèrent. Le fanzine ne comportait que 24 pages et n’était édité qu’à 200 exemplaires pour commencer. Cela peut paraître dérisoire aujourd’hui, mais collecter de quoi remplir un numéro, le mettre en page avec les tout premiers ordinateurs Macintosch sous Word 1, sans imprimante à notre disposition, sans compétences de maquetiste, cela releva pour nous non seulement du défi, mais nous demanda un temps considérable. Parfois, dans mon appartement parisien, nous consacrions plusieurs jours et plusieurs nuits de travail continues, sans dormir, nous nourrissant de raviolis et de pizzas de basse qualité, pour réaliser la maquette qui allait être photocopiée au magasin de photocopies situé en bas de chez moi, moyennant un difficile accord financier obtenu avec un commerçant compréhensif, qui nous permettait juste de ne pas trop perdre d’argent en revendant laborieusement notre fanzine 5 Francs aux amis et connaissances qui avaient la gentillesse de nous l’acheter. Que de temps et d’énergie dépensées pour un journal de qualité somme toute médiocre dira-t-on ? Pourquoi avoir consacré autant de force pour un fanzine à l’humour tellement décalé qu’il était incompréhensible et hermétique à la plupart de ceux qui le feuilletaient ? Et pourtant, je reste fier de ces quelques numéros, du parrainage de Charlie-Hebdo que nous avions obtenu, des contributions de ceux qui allaient demeurer de parfaits inconnus, ou de ceux qui allaient au contraire devenir plus tard célèbres, comme le dessinateur de presse Babouse. Et puis surtout, à titre personnel, je crois que ce projet a largement contribué a forgé chez moi le goût pour l’écriture qui m’accompagne encore aujourd’hui. Oui, les aventures de jeunesse peuvent parfois paraître déraisonnables et on peut juger facilement de la démesure de l’investissement par rapport au résultat. Mais qu’importe, c’est en donnant de son temps et de son énergie pour de telles causes et de tels projet que se déploie finalement ce que nous sommes vraiment !

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