Publié par : gperra | 6 juin 2012

Mes rapports sur la formation anthroposophique et sur les Ecoles Steiner-Waldorf en 2008

Mes rapports sur la formation anthroposophique et sur les Écoles Steiner-Waldorf en 2008

Petite contextualisation :

Vers la fin de l’année 2007, je fus reçu par le Comité Directeur de la Société Anthroposophique en France. Celui-ci constatait avec une certaine lucidité l’état de dépérissement de leur institution, et le peu d’intérêt qu’elle suscitait auprès des catégories jeunes. On me demanda quelle serait selon moi la solution susceptible de remédier à une telle situation.

A peu près au même moment, Danièla Hucher, alors membre de la Fédération des écoles Steiner-Waldorf, jardinière et directrice d’une école Steiner-Waldorf à Pau, également membre du Comité Directeur de la Société Anhroposophique en France depuis peu, me commanda quant-à elle un rapport sur les écoles Steiner-Waldorf, en me demandant de porter une attention toute particulière à la question de la formation des enseignants. Elle souhaitait présenter les conclusions de ce rapport à Christophe Wichert, le directeur de la Section Pédagogique de l’École de Science de l’Esprit.  Nous eûmes ensemble un long entretien au sujet de mon rapport, qui lui fut remis le 28 janvier 2008 : elle adhérait en très grande partie à mes conclusions. Conformément à mon exigence de transparence et à ma conviction qu’il fallait lutter avant tout contre l’hypocrisie, je préconisais que les conclusions des enquêtes réalisées sur les écoles Steiner-Waldorf soient publiques. Ce rapport fut remis à la Fédération et, depuis 2008, certaines des préconisations que j’y formulais ont été mises en application.

En ce qui concerne la demande du Comité Directeur de la Société Anthroposophique en France et de la question de la formation des jeunes à l’anthroposophie, je préconisais alors la mise en place d’une « formation à l’anthroposophie », différente de ce qui se pratiquait jusque là. Le Comité me donna carte blanche pour construire un projet allant dans ce sens. J’eus à ce sujet plusieurs entretiens, avec Antoine Dodrimont bien sûr, mais aussi avec Bodo von Plato, Pierre Caumette, Pierre Della Negra, etc. Bodo von Plato envisageait que cette formation s’adresse en priorité aux anciens élèves des écoles Steiner-Waldorf, qui selon lui portaient dans leur karma de rencontrer l’anthroposophie, et me donna des instructions dans ce sens. Prenant au sérieux le travail qu’on m’avait confié, je considérais qu’aucune rénovation efficace ne pourrait intervenir sans que n’ait été préalablement réalisé un constat sans concession de la réalité de la situation et des causes qui avaient mené au désastre. Tout en imaginant des solutions, je dressais donc le constat accablant de ce que je percevais comme sectarisme et dogmatisme au sein du milieu anthroposophique, que je connaissais bien pour l’avoir fréquenté pendant près de trente ans. J’envoyais ensuite ce rapport à Antoine Dodrimont et à Bodo von Plato. Les réactions des deux personnes furent profondément divergentes. Antoine Dodrimont se montra absolument furieux de ce que j’avais pu rédiger comme constat des travers du milieu anthroposophique, me disant vertement qu’il adhérait à mes observations, mais que celles-ci n’auraient jamais dues être rédigées ni encore moins être envoyées au Goetheanum. Il semblait très inquiet à l’idée que ce rapport puisse être lu par d’autres anthroposophes. Il allait continuer à me tancer sur le ton désagréable qu’il avait adopté, lorsque Bodo von Plato fit irruption dans la pièce et me félicita joyeusement pour la qualité de mon rapport, que lui et son collaborateur avaient trouvé d’une remarquable qualité et d’une magnifique objectivité. L’expression de colère du visage d’Antoine Dodrimont se mua aussitôt en sourire crispé et il se mit à son tour à me féliciter.

Si je décris cet épisode, ce n’est pas tant pour montrer quelle hypocrisie peut régner au sein du milieu anthroposophique, que pour évoquer une étape cruciale de mon parcours chez les anthroposophes. En effet, en me commandant un tel rapport, le Comité Directeur avait sans le savoir aidé à ma prise de conscience naissante des travers du milieu anthroposophique. Ils en ont ainsi accéléré le processus. Mais quand ils me lire, ils se rendirent compte que j’avais compris et qu’il fallait désormais se méfier de moi. Je pense que la décision, quelques mois après cette rencontre avec Bodo von Plato, d’imposer un moratoire à mes publications, à quoi s’ajouta la dénonciation de Philippe Aubertin suite à la parution de mon article intitulé « De l’Idéalisme à l’Anthroposophie », n’est pas sans rapport avec la divulgation de ce rapport en fin d’année 2008. Je démissionnais donc en juin 2009, conscient que plus rien n’était possible pour la Société Anthroposophique, et qu’il fallait que j’échappe à un tel milieu. Un an plus tard, en avril 2010, je donnais une conférence au Siège de la Société Anthroposophique, dans laquelle je dénonçais clairement et publiquement le sectarisme du milieu. Cette conférence fut mise à disposition de ses membres par la Société Anthroposophique en France sous la forme d’un article intitulé : « Le milieu anthroposophique, une animalisation de la vie de la pensée ». Dans cet article et au cours de la conférence, je commençais à faire le lien entre ce qui régnait dans la Société Anthroposophique et les dysfonctionnements que j’avais observés dans les écoles Steiner-Waldorf. J’écrivais notamment :

« Pour ma part, j’ai aussi ressenti cette atteinte à ma liberté, à mon être intime quand, dans l’école Steiner où j’ai fait ma scolarité, on nous distillait des éléments doctrinaux, notamment dans les périodes d’étude du Perceval ou du Faust de Goethe, qui ne sont bien souvent pas du tout de vraies études d’œuvres, mais l’occasion d’inculquer certains concepts anthroposophiques de base. C’est-à-dire d’endoctriner. Il aura fallu vingt ans pour comprendre qu’on m’avait fait ainsi prendre le pli de certaines représentations contre ma liberté, en profitant de ma malléabilité psychique d’adolescent. Ce milieu peut également être qualifié de vampirique en ce sens que les institutions qui en font partie exigent bien souvent de leurs employés, même bénévoles, qu’ils se dévouent et se tuent à la tâche. Elles ne demandent pas d’argent, mais c’est presque pire ! » page 8

« Le « milieu anthroposophique » tout entier est à mon sens dirigé par des êtres que l’on peut appeler des geôliers. Ce sont eux qui tiennent aujourd’hui ce groupe humain. Dans la pédagogie Waldorf, les pédagogues utilisent des mots courants dans une autre acception pour en dissimuler le cœur ésotérique aux parents. Ainsi la prière devient des « paroles ». Bien sûr, il y avait sans doute dans le projet initial de Steiner la volonté de ne pas fonder une nouvelle religion, mais de proposer une « religiosité non confessionnelle », délicate à définir et difficile à mettre en place. Il n’est cependant possible d’accéder à un tel idéal que si l’on fait constamment l’effort de sortir des représentations pour accéder aux concepts. Au contraire, la pédagogie Waldorf a complètement plongé dans les formes représentatives religieuses chrétiennes : on célèbre avec les élèves presque toutes les fêtes chrétiennes, on prie en début de chaque cours et de chaque repas, le professeur joue bien souvent un rôle de pasteur, voire de gourou, bien davantage que celui d’enseignant à l’égard de ses élèves. Mais on ne dit jamais aux parents ni aux élèves qu’ils vivent une éducation chrétienne, on leur parle juste de principes d’éducation différents. Comme ces choses ne sont pas nommées, qu’on dévie donc les concepts vers des représentations inappropriées, on égare les gens, on les empêche de prendre conscience de la réalité de ce qu’ils vivent et de se situer en leur âme et conscience par rapport à celle-ci. Bref, on porte atteinte à leur liberté ! » p. 9

« Il est ainsi à craindre que la faiblesse à aller vers l’autre, vers ceux qui n’appartiennent pas au « milieu anthroposophique », que l’on observe déjà dans la difficulté des anthroposophes à côtoyer les gens dits « normaux », ou des anciens élèves Waldorf pour se lier avec des personnes n’ayant pas partagé leur type de scolarité, produira si elle se prolonge dans le temps une forme de « communauté consanguine. » p. 9-10

L’article a été publié sur mon site depuis le 28 décembre 2010. La conférence a eu lieu au Siège de la Société Anthroposophique en avril 2010. L’article a été mis à disposition par la Société Anthroposophique pour ses propres membres dans les Nouvelles de la SAF, n°de juillet-août 2010.

On voit donc que ma prise de conscience des dysfonctionnements des écoles Steiner-Waldorf a succédé à ceux de la Société Anthroposophique et du milieu anthroposophique, dont elle n’était que la conséquence logique. Ma prise de conscience et ma réflexion étaient allées tout simplement à leur terme naturel. Il était donc parfaitement logique et conforme à ma prise de conscience intellectuelle, que je contacte ensuite une association de vigilance contre les risque de dérives sectaires et que je rédige ensuite mon article intitulé « L’Endoctrinement à l’anthroposophie dans les écoles Steiner-Waldorf », publié sur le site de l’UNADFI (site).

Voici donc les trois rapports, qui ont joué un rôle si décisif dans l’évolution de ma pensée et ma libération intérieure :

Document 1 :

Lettre sur la formation anthroposophique en France

à Antoine Dodrimont et Bodo von Plato

Version du 15/12/2008

Chers Antoine et Bodo,

Suite au mail d’Antoine, je vous livre mon travail de réflexion sur la question de la formation à l’anthroposophie. Je le fais sans prendre de gants, parce que nous sommes entre nous et que je sais que vous ferez l’effort de compréhension de mes propos, ce qui me délivre du soin de justifier ou d’adoucir préalablement chacun d’eux. Je suis ainsi plus libre d’aller directement à ce que je crois être l’essentiel. On gommera par la suite ce qu’il y aura lieu de corriger par souci diplomatique, c’est promis.

Comme vous le verrez, je ne renie pas le précédent « rapport » que j’avais rédigé sur la question. Mais je pense qu’il faut opter pour une forme beaucoup plus radicale et innovante que ce que j’avais alors imaginé. Sinon, nous risquons de rater notre but qui est :

éveiller des facultés et des qualités, et non transmettre un « savoir anthroposophique » !

  1. Exposés des motifs :

  1. Le besoin d’une formation anthroposophique générale.Pour approcher l’anthroposophie et l’enseignement de Rudolf Steiner, il existe en France trois voies : les cours donnés par des personnalités plus ou moins proches de la Société Anthroposophique ; les formations professionnelles spécialisées (pédagogues, artistes, agriculteurs, thérapeutes, etc.) ; enfin les Branches et des Groupes de travail.

    Dans les cours donnés par l’une ou l’autre personnalité, les enseignements sont parcellaires et parfois très teintés. Ceci encourage la formation des groupes ou de cliques, et de visions très spécifiques de l’anthroposophie.

    Il existe donc également des formations professionnelles spécialisées où l’approche générale de l’anthroposophie est parfois de qualité. Mais cela induit que le seul destin possible de qui s’intéresse à l’anthroposophie serait d’exercer une profession dans une institution anthroposophique. Cela crée ensuite un enfermement et un épuisement de l’anthroposophie, car ces professionnels ont de fait rarement la possibilité de donner leurs forces et leurs compétences en dehors de leur institution qu’ils peinent souvent à maintenir. Un tel état de fait ne contribue pas à ce que l’anthroposophie ensemence et entre en dialogue fécond avec le monde culturel actuel — ce qui est sa mission première. En revanche, ce système entretient le petit cercle des institutions et des professions liées à l’anthroposophie. On alimente un milieu. Par ailleurs, cela pose parfois problème à ces centres de formations eux-mêmes, car leur mission n’est pas d’enseigner et de faire vivre toute l’anthroposophie, mais de former dans un domaine professionnel précis. Aussi, elle ne peut y être abordée que de manière prudente et réduite, en fonction de sa future utilité professionnelle, ce qui ne permet pas l’approfondissement nécessaire.

Proposer une formation anthroposophique générale remédierait à cet état de fait.

  1. Le besoin d’une nouvelle interface. La troisième possibilité d’accès aux contenus de l’anthroposophie est donc la vie des Branches et des Groupes de travail. Mais cela peut poser des difficultés à des personnes non formés qui entrent dans des groupes constitués dont les membres sont parfois tres avancés dans la connaissance de la matière. Ou « formatés » dans leur langage d’une manière qui peut apparaître hermétique à des novices. Un membre qui a récemment démissionné après être resté deux ans dans une branche me disait que malgré ses efforts pour suivre de manière ouverte les réunions de la branche, le langage des anthroposophes lui était demeuré incompréhensible. Il s’était aussi heurté à leur vision rigide des choses, leur méfiance et leur hostilité pour toute idée qui ne cadre pas avec l’image de la vie qu’ils se sont forgée. Nous voyons donc qu’il est nécessaire qu’existe un travail d’introduction aux notions et au vocabulaire de base, faute de quoi l’on décourage et même parfois dégoûte ceux qui veulent faire le pas de s’y intéresser.

Il y a donc besoin d’une nouvelle interface entre la Société Anthroposophique et les nouvelles personnes susceptibles de s’intéresser à l’anthroposophie !

  1. Le besoin d’un premier contact vivant. La mission de la Société anthroposophique est de cultiver et enseigner les données de la Science de l’Esprit de manière vivante. Pour cela, il me semble important qu’il existe un lieu initiateur qui sache insuffler de l’enthousiasme et de la vie par la manière même dont il fera découvrir l’anthroposophie. C’est-à-dire non pas en tant que doctrine constituée et achevée (ce qu’elle n’est pas mais ce dont elle donne trop souvent l’image) mais en tant que science des réalités spirituelles.

    L’Anthroposophie : une Science de l’Esprit.

    Science, ce qui veut dire recherches, risques, découvertes, expériences !

    Or le monde anthroposophique présente à ce jour trop la face d’un milieu enfermé dans des certitudes établies, alors qu’il faudrait sans doute :

    Présenter l’anthroposophie comme un laboratoire, un atelier, un lieu d’éveil et d’effort, de la pensée comme de l’âme !

  2. Il faut créer un lieu vivant de découverte de l’anthroposophie pour que cette dernière ait des chances de se développer de manière vivante. Il faut que des âmes dynamiques et entreprenantes puissent être touchées… et celles-ci ne le seront que par une structure d’accueil vivante.

La Société Anthroposophique doit pouvoir porter l’existence d’une formation à l’anthroposophie, il y va de sa mission même !

  1. Le constat des défauts et des travers du milieu anthroposophique dont nous devons être conscients pour avancer :

Le jugement systématique d’autrui ;

Le désintérêt pour le monde actuel (la tendance à se réfugier dans le passé) ;

L’auto-référentiation en circuit ferméde l’anthroposophie ;

La surrinctellectualisation et l’insensibilité ;

La négligence à l’égard de sa propre vie (négligence de sa propre destinée au profit de celle d’une institution) ;

L’hypocrisie, la malhonnêteté, l’inhumanité et l’immoralité(quand les idées anthroposophiques ont mal vieillies, ne s’accordent plus au réel mais que l’on est prêt à tout pour les préférer à ce réel ; bref ce qui se glisse d’humainement et socialement problématique dans le décalage entre ce qui est devenu une idéologie et la réalité)

La maladresse relationnelle et sociale ;

L’incapacité d’assumer réellement l’anthroposophie et de la mettre en relation avec le monde actuel ;

La passivité corporelle (comment peut-on accepter de faire de si interminables réunions sans songer à ce que cette attitude corporelle prolongée provoque de néfaste sur le psychisme?) ;

La difficulté à penser par concepts et la tendance à penser par images de manière mystique (les anges, Michaël, etc.) ;

La faiblesse de caractère, lorsqu’il s’agit de dire non à des personnes (parasites sociaux) ou à des forces (passions, pulsions antisociales) qui veulent entrer dans les âmes ou dans les organismes sociaux liés à l’anthroposophie ;

Le conformisme de l’opinion commune, qui consiste à admettre et à répéter sans réflexion des « idées anthroposophiques reçues » ou des « opinions anthroposophiques ».

  1. Les qualités que nous voudrions qu’une formation renouvelée à l’anthroposophie permette de développer :

La curiosité et l’amour pour la vie culturelle !

Le tact social !

La moralité !

L’attention et la vigilance par rapport à soi-même et à sa vie !

L’intérêt pour le monde actuel !

Le développement de la sensibilité !

L’esprit de recherche !

  1. Les dispositifs que nous pourrions envisager pour susciter ces qualités dans le cadre d’une formation renouvelée à l’anthroposophie :

Il y a un an, lorsque je réfléchissais à l’idée d’une formation anthroposophique, j’avais opté sur une formation thématique qui permettait d’embrasser tous les champs de l’anthroposophie : les douze sens, le karma, la christologie, Lucifer et Ahriman, le Goethéanisme, la pédagogie Waldorf, la nature humaine, etc. Je suis complètement revenu sur cette idée ! En effet, elle me semble présenter le grave danger de perpétuer la tendance à l’autoréférentiation de l’anthroposophie sur elle-même d’une part, d’autre part à devoir envisager une formation au long cours qui ferait de nouvelles « bibliothèques sur pattes » à la sortie. Et enfin à devoir solliciter les apports de spécialistes indisponibles ne pouvant de fait s’impliquer dans le travail d’une équipe pédagogique solidaire.

Assez de « bibliothèques sur pattes » !

Osons pour cette formation

une formule pédagogique radicale

où l’on s’interdirait la transmission de « savoirs anthroposophiques » mais où l’on ferait seulement naître des connaissancesdans les âmes des étudiants !

C’est pourquoi j’opte aujourd’hui pour une démarche plus créative et plus ciblée. Mon idée serait de créer des modules disciplinaires innovants tant sur la forme que sur le fond, n’ayant pas pour objectif d’embrasser un vaste « savoir anthroposophique », mais plutôt d’éveiller des qualités et des facultés, notamment celles mentionnée plus haut. C’est pourquoi je propose sept cours dont voici, après y avoir bien réfléchi, les caractéristiques :

La création d’une école de méditation de niveau intermédiaire entre le travail personnel et les Leçons de l’Ecole de Science de l’Esprit :

Le niveau de concentration et de méditation des Leçons de Classe est élevé. Beaucoup trop même pour nombre de ceux qui sont membres de l’École ! Soyons honnêtes et reconnaissons qu’il nécessite d’avoir réalisé soi-même une préparation et un apprentissage. Que l’on est mal ou trop peu guidé quand on veut entreprendre ce travail ! « Médite la Pierre de Fondation tous les jours ! » m’a t’on seulement indiqué quand j’ai fais ma première demande pour entrer à l’Ecole de Science de l’Esprit. Oui mais concrètement, je ne savais pas le moins du monde ce que c’était que de méditer ! On fait comment avec ce texte de la Pierre de Fondation ? On le lit à haute voix ? On réfléchit sur chacun des mots ? Pas de réponses !

Les jeunes sont complètement laissés à eux-mêmes face aux questions très concrètes qu’ils peuvent se poser quand ils débutent dans l’art de la méditation !

Il y a pourtant des choses qui dans ce domaine passeraient avec simplicité par l’exemple. Mais l’on a tellement peur de créer une relation de gourou à disciple que l’on laisse chacun se débrouiller tout seul et qu’on en parle même pas. On trouve bien sûr des indications dans les écrits de Steiner à droite et à gauche. Mais il n’existe pas de référant vivant ni d’espace où l’on puisse approcher des méditations préparatoires avec des conseils et un contact humain qui faciliteraient grandement les choses. Cela a pour conséquence que la plupart des méditations anthroposophiques tournent quasiment toujours autour des mêmes « refrains », comme les Six exercices et la Pierre de Fondation, puisque ce sont eux que l’on recommande à tout bout de champs. Pourtant, il en existe de nombreuses autres, peut-être plus adaptées suivant les individus et plus abordables pour une première approche. Seul Gérard Klockenbring, à ma connaissance, avait le courage d’évoquer publiquement dans ses conférences publiques le travail méditatif simple consistant à penser un mot chaque jour pendant dix minutes. Non seulement il l’évoquait, mais il le « pratiquait » devant ses auditeurs, si bien que chacun pouvait ainsi avoir une idée claire de ce dont il parlait. Il a mis ainsi en chemin de manière saine bien des gens. À côté de cela, j’oserai dire que l’on trouvait de véritables gourous anthroposophes cachés, comme ce personnage bien connu qui invitait ses élu(e)s dans sa « chambre de méditation » pour les initier de manière individuelle.

Il faudrait avoir le courage de se dire que :

L’approche de la méditation devrait être porté ouvertement par un collège pédagogique de la Société Anthroposophique, et non tantôt laissée à l’abandon, tantôt livrée aux mains des gourous de l’anthroposophie !

Je propose la création d’un atelier de méditation où l’on pourrait faire découvrir librement et publiquement divers types de méditations :

  • La méditation de figures géométriques (triangle, spirale, pentagrame, étoile de David, cercle, etc.), excellente pour le renforcement de la capacité de représentation ;

  • La méditation sur la spatialité, qui permettraient de développer ne sensibilité spirituelle à l’égard des réalités comme l’avant, l’arrière, la droite, la gauche, le haut, le bas, etc. ;

  • La méditation sur la perception du corps, en lien avec le sens de la vie, de l’équilibre, du mouvement, etc. ;

  • La méditation sur des sonorités (nombreuses indications dans les Leçons Esotériques) ;

  • La méditation de perceptions sensibles, à l’image de ce qu’a pu développer Georg Kühlewind dans L’Education des sens, Ed. Triades ;

  • La méditation sur la respiration ;

  • La méditation sur des représentations, en suivant le conseil de Rudolf Steiner dans les Leçons ésotériques invitant à renforcer la capacité du corps astral à construire des représentations de phénomènes naturels, comme a lumière de la lune, le vent, les paysages de la nature, etc. je pense que l’on pourrait pour cela s’appuyer sur les descriptions de paysages des textes de Goethe, notamment dans le Faust ;

  • La méditation sur des symboles, comme le caducée, la rose-croix, le veau d’or, qui ont été donnés par Steiner à divers endroits ;

  • La méditation sur le Moi ou le Je suis ;

  • La méditation sur les couleurs, notamment en s’appuyant sur la dernière partie de Théosophie sur les auras et la notion de couleurs psychiques au milieu de l’ouvrage ;

  • La méditation sur des concepts, par exemple ce que propose G. Kühlewind dans La Volonté douce, Ed. Triades ;

  • La méditation sur les mantrams.

Je pense que l’on pourrait imaginer des séances (hebdomadaires ?) de 2h, ou chaque méditation serait suivie d’un temps de mouvements corporels, comme ceux de l’eurythmie, la gymnastique Bothmer ou certains mouvements simples du yoga, afin de ne pas placer les participants en situation de fuir leurs corps par des exercices de concentration prolongée, comme c’est trop souvent le cas. Enfin je veux dire qu’il y a là une pédagogie à inventer : les ateliers de méditation de Ron Dunselman ne vont pas assez loin je pense dans cette voie.

Les futurs ateliers de méditation pour les jeunes devraient être construit selon une progression pédagogique et non être de simples « stands d’essayage » !

Personnellement, c’est ce type d’atelier que j’aimerais développer et je voudrais acquérir la maturité et la connaissance nécessaire pour le mettre sur pied. Je suis sûr que ce type de proposition renouvellerait profondément la vie anthroposophique et correspondrait aux attentes des jeunes.

La création d’un cours sur l’histoire des civilisations à partir de l’Histoire de l’art

Quand nous sommes allés avec Antoine au Foyer Michaël en février 2008, Pierre Della-Negra a fait remarquer que, selon lui, l’un des grands problèmes de la transmission de l’anthroposophie aujourd’hui est que celle-ci repose sur une solide connaissance de l’histoire des civilisations. Cependant, un tel socle de connaissance devient de plus en plus lacunaire chez les jeunes d’aujourd’hui. Nous nous rattachons de moins en moins organiquement aux civilisations du passé. C’est de l’histoire ancienne ! Qu’on le veuille ou non, nous entrons dans une nouvelle ère qui se suffit à elle-même et fait table rase du passé. Aussi, pour lutter contre cette tendance actuelle, nous pourrions envisager des cours sur les anciennes civilisations.

Cependant cela devrait se faire de la manière la moins théorique et la plus sensible possible. Pour cela, je propose de passer par le support de l’Histoire de l’Art et d’avoir le plus possible recours à des diapositives d’œuvres d’art, ou de monuments architecturaux. Car balancer des « vérités » sur la civilisation égyptienne et son lien à l’âme de sensibilité n’a aucun intérêt ! Mais voir à travers la manière dont les égyptiens sculptaient des chats ou des brochets à quel point ils étaient capables d’une observation fine et pleine de sensibilité quand ils regardaient les animaux, voilà qui est bien plus fructueux pour éveiller une compréhension personnelle intelligente de la civilisation égyptienne !

Pour constituer le socle de connaissances historiques nécessaire à la compréhension de l’anthroposophie, sollicitons l’expérience esthétique !

Un cours sur les anciennes civilisations qui consisterait à voyager d’œuvres en œuvres afin de les comprendre par la sensibilité reconstruirait le socle de compréhension historique nécessaire pour recevoir l’anthroposophie. Ce socle ne serait pas un savoir théorique sur les civilisations post-atlantéennes, mais un trésor d’expériences individualisées en chacun par une multitude de vécus esthétiques.

La création d’un cours sur la compréhension de la civilisation moderne

Si les concepts anthroposophiques ont le moindre sens, ne devraient-ils pas être capable d’éclairer la vie contemporaine ? Et pourtant, que nous sommes faibles en ce domaine ! Notre intérêt pour l’histoire à la lumière de l’anthroposophie ne dépasse guère ce que Steiner avait dit de la Première Guerre Mondiale. Quid de la Seconde, de Martin Luther King, de la décolonisation et du reste ? Quid des phénomènes de la vie contemporaine qui nous entourent et sur lesquels l’anthroposophie ne dit rien, ou pire, qu’elle juge ! Quid du cinéma ? de la publicité ? (pour prendre des thèmes que j’ai essayé d’approcher), ou bien d’autres sur lesquels nous devrions être à la pointe et non à la traîne. Quid des jeux vidéos, du football, des relations sociales par internet, de l’agroalimentaire, de la vie associative, de la vie politique ? Ce n’est pas qu’il n’existe aucune étude sur ces sujets, mais elles surviennent dans notre milieu comme des miracles : un anthroposophe s’est intéressé à la modernité, c’est incroyable ! Et l’on retient de ce qu’il a à dire sur ces sujets de simples jugements qui servent surtout à se conforter dans l’idée qu’on a bien raison de fuir cette horrible vie moderne si ahrimanisée.

Si nous voulons changer ce positionnement intérieur face au présent, nous devons former des jeunes à exercer leur compréhension aimante de la vie actuelle avec les concepts de l’anthroposophie !

Cela aurait aussi le grand mérite de nous obliger à repenser ces concepts, à « retremper leur pertinence ».

N’utilisons plus jamais aucune connaissance anthroposophique comme un bagage mais toujours comme un outil !

Nous pourrions par exemple faire tout un travail de lecture du monde moderne en apprenant à déceler la présence des anciens symboles (en travaillant Signes et Symboles occultes, Ed. E.A.R.). Tout le champs de la vie politique du XXème siècle est à mon sens à ré-investiguer de cette manière. Par exemple, le fait qu’en Chine le Président Mao utilisait délibérément des anciens symboles du culte solaire pour son culte de la personnalité est un phénomène historique sur lequel l’anthroposophie pourrait faire preuve de toute sa pertinence.

On pourrait aussi, dans le cadre de ce cours, utiliser le conseil que Steiner donnait pour la lecture de la presse lorsqu’il recommandait de reconstituer les liens logiques d’un article. Ou encore, dans le Cours d’économie sociale, E.A.R., son conseil de rédiger des dissertations sur des sujets de société divers.

Les anthroposophes devraient se former à penser le monde contemporain plutôt que de le juger comme il le font !

La création d’un cours la perception de soi et des autres, l’art social, la moralité et le karma

On pourrait imaginer un cours qui développerait la connaissance et la joie de la découverte d’autrui. Mes discussions avec Antoine m’ont par exemple fait découvrir que l’on pourrait travailler, à la lumière de l’anthroposophie, à se rendre attentif à la manière dont on fait les rencontres, à la façon dont les liens humains se construisent dans le temps. On pourrait aussi imaginer des exercices sur la perception des qualités et des défauts, des talents et des inaptitudes d’autrui. Il existe aussi je crois des exercices de méditation en rapport avec le karma : ils auraient leur place dans un tel cours. Et pourquoi ne pas développer des concepts propres à la compréhension des liens familiaux : par exemple la nature d’un aîné, d’un second, d’un troisième dans une fratrie ? Steiner a dit des choses très éclairantes sur la question. On pourrait aussi imaginer des exercices sur la maîtrise de sa propre parole dans les discussions de groupe, à l’image de cet exercice que nous pratiquons depuis plusieurs années à chacune de nos rencontres entre les Jeunes et le Comité.

Ce cours aurait ainsi pour effet bénéfique de faire que les participants apprendraient à bien se connaître, à s’apprécier, à développer un vrai sens du tact social. Cela pourrait ainsi un groupe solidaire, chaleureux, fraternel…

Par ailleurs, ce cours pourrait être le lieu où l’on se confronte directement à la question de la moralité. Cela n’a aucun sens de répéter à tout bout de champs : « Steiner disait : un pas dans le monde spirituel, trois pas dans la morale ! » Oui mais concrètement c’est quoi la morale ? Ou l’immoralité ? Combien d’anthroposophes ais-je vu devenir des êtres menteurs, profondément insincères avec eux-mêmes, manipulateurs, mégalomanes, etc. ! Leur soi-disant morale était en fait devenu un moralisme catholique bien-pensant et petit-bourgeois dissimulé derrière une façade d’ouverture. Une amie qui vit avec un jeune anthroposophe, fils d’anthroposophes éminents, me disait récemment : « quand on voit ses parents, ils se présentent de telle façon qu’on pourrait croire qu’ils sont tout amour et compréhension d’autrui ; mais quand on creuse un peu, quelle rigidité et quel manque d’humanité ! ». Dans le milieu anthroposophique, nous en sommes bel et bien arrivé à la tendance au développement d’une moralité de façade, dégoulinante de chaleur en apparence mais complètement hypocrite. Cela est advenu parce que la question de la moralité a été laissée en friche, ou vécue de manière très abstraite pendant de trop nombreuses années. On n’a pas travaillé à se positionner intérieurement face aux exigences morales qui traversent presque tous les écrits de Steiner, si bien que tout cela est devenu du discours extérieur. Et l’on est d’autant plus frénétique dans le mal que l’on sait théoriquement ce qu’est le Bien.

Abordons frontalement et concrètement la question de la morale anthroposophique en la dégageant de l’hypocrisie et du moralisme !

Un cours comme celui que je préconise viserait à travailler véritablement la question de la moralité avec les jeunes. On pourrait ainsi approfondir ce qu’est le mensonge, le dérèglement des sens, le sens de la vérité, le danger des pulsions, la criminalité, etc., à la lumière de leurs implications spirituelles. On pourrait aussi travailler avec les concepts des Sadducéen, Pharisien et Essenien intérieurs, ou avec les notions d’êtres lucifériens qui aident l’ésotériste à la lucidité par rapport à lui-même (Azaël, Méhazahël, etc.) que l’on trouve dans les Leçons Esotériques, ou d’autres textes de Morale et Liberté, Ed. Triades Poche. En tout cas, ne plus laisser la morale aux mains des moralistes hypocrites de l’anthroposophie !

La création d’un cours sur les concepts anthroposophiques

On pourrait demander à quelqu’un qui sait penser de proposer un cours sous la forme d’un abécédaire, à la manière de celui de Gilles Deleuze. Il s’agirait de faire un véritable travail pour penser des concepts comme ceux du Moi, du Soi-esprit, de l’Etherique, etc. Mais il faudrait aussi mettre en relation ces concepts avec l’histoire philosophique de ces mots, tels qu’ils sont définis et compris ailleurs, sinon on s’enferme dans des significations hermétiques et l’on crée un jargon. Le but de ce cours serait de lutter ouvertement contre le nominalisme, c’est-à-dire l’invocation de noms et de mots derrière lesquels il n’y a en fait plus de pensées réelles. Lire les deux revues anthroposophiques françaises qui existent aujourd’hui révèle presque à chaque article – et en particulier dans les éditoriaux – à quel point nous nous sommes enfoncé profondément dans le nominalisme.

Luttons contre le nominalisme anthroposophique en apprenant à penser par concepts !

Apprendre à penser des concepts ! Et pour cela acquérir la formation philosophique nécessaire pour entrer dans la pensée de Steiner : en France, trop peu de jeunes gens sortent de leurs études en sachant penser des concepts, tant leurs cours de Philosophie de Terminale leur sont passés au dessus de la tête. Il faut proposer un cours qui comble ce manque culturel, car sans la pensée conceptuelle aucune compréhension de la véritable anthroposophie n’est possible. Leur donner le goût et le plaisir de la pensée conceptuelle !

La création d’un cours sur l’autoformation

Il est important de poser d’emblée qu’un anthroposophe est appelé à devenir un être d’initiative, c’est-à-dire quelqu’un qui doit devenir productif dans le domaine de l’anthroposophie. À l’heure actuelle, on donne beaucoup trop l’exemple du suivisme et de la passivité intérieure. Il est au contraire important de former à l’anthroposophie dans un esprit de recherches, d’explorations, d’énoncés d’idées nouvelles, de confrontation avec des domaines inexplorés de la réalité, etc. Il faut former à la prise de risque dans la pensée pouvant déboucher sur de nouvelles perspectives et au courage de la prise de parole qui va avec. En effet, les véritables « créateurs conceptuels » et chercheurs sont beaucoup trop rares dans le milieu anthroposophique actuel. Et les espaces où ceux-ci pourraient se lancer quasiment inexistants. Cela favorise le ronronnement et la stagnation des idées en cercle clos, la méfiance et l’intolérance vis-à-vis de la nouveauté. Il semble urgent de lutter contre cet état de fait en créant un lieu de recherche anthroposophique au sens universitaire noble du terme : la formation anthroposophique générale peut être cet espace-là.

Créons un espace de recherches où l’esprit d’initiative soit le maître-mot !

Mais c’est la grande idée d’Antoine, je lui laisse le soin de la développer.

Un cours de Minéralogie, Botanique et Zoologie gothéennes

Le lien à la Nature ! C’est une des grandes aspirations de la jeunesse aujourd’hui. Il y a là quelque chose qui la traverse comme un idéal, qui la mobilise. En même temps, la civilisation moderne exerce de puissantes forces visant à couper l’homme de ce que peut lui apporter le spectacle de la nature. La mission même de l’anthroposophie n’est-elle pas de recréer ce lien menacé ? Pour cela, on pourrait imaginer que la formation proposée contienne un atelier d’exercices d’éveil à la sensorialité et d’observation des réalités naturelles. L’on pourrait ainsi envisager un apprentissage de l’observation de la Nature et de ses différents règnes qui permettrait l’émerveillement.

Émerveillement face aux minéraux, aux métaux, aux végétaux, aux animaux !

À chaque fois, il faudrait développer un regard phénoménologique permettant de comprendre ces réalités du monde naturel. Je crois qu’il faudrait que le cours s’appuie au maximum sur des exemples concrets — et si possible visibles immédiatement par les étudiants : minéraux, métaux, plantes, mousses, champignons, animaux, etc. Il ne faut pas négliger le succès colossal que le courant philosophique universitaire du Réenchantement du monde obtient dans la jeunesse actuelle, mais se rendre compte que l’anthroposophie peut proposer, avec le Goethéanisme, le concept bien plus juste de l’émerveillement :

Opposons au Réenchantement du Monde l’Émerveillement face à la Nature !

Il faudrait se donner comme objectif que les étudiants sortant de cette formation soient en mesure de pénétrer de manière sensible, avec leurs âmes, les différents règnes de la nature. Supports théoriques : Les animaux dans leurs rapports…, Ed. Triades, les travaux de Kranich, sur les animaux et les plantes, la 12ème conférence de Nature Humaine. Aux ateliers de l’Eau vive, j’ai l’impression qu’ils ont su développer cette compréhension vivante et artistique de la Nature. Il faudrait arriver à susciter des expériences intenses de vécus des êtres naturels.

  1. Les principes de travail :

Ce que je veux surtout dire dans cette lettre, c’est que

Si nous voulons éveiller des facultés et des qualités plutôt que de constituer un savoir, nous devons être pédagogiquement créatifs, tant sur la forme que sur le fond !

Et pour cela, je crois dur comme fer à ce que pourrait faire une petite équipe travaillant sur la même longueur d’onde.

En outre, nous devons tout faire pour que l’enseignement apporté passe par l’appel à l’expérience des participants. Car seul le fait de vivre une expérience personnelle permets que s’élabore une connaissance et non un savoir. Et seul le fait de partager une expérience personnelle quand elle devient connaissance parvient à créer des liens d’estime réciproque… et non ces liens de soumission et d’autorité hiérarchique tissés de méfiance qui se construisent quand le « savoir » intervient.

Une formation qui passe par l’expérience !

Si l’on veut que l’anthroposophie soit vivante dans les âmes de ceux qui la découvrent, il faut qu’elle passe par l’expérience. Il faut créer un contexte pédagogique où les notions qu’il s’agira d’aborder soient toujours en même temps des vécus de l’âme et des ressentis du corps. En plus des formules de cours présentées plus haut, plusieurs solutions peuvent être envisagées pour incarner un tel principe pédagogique. L’un d’eux pourrait être la mise en place d’un travail en binôme enseignant/artiste-pédagogue. En effet, il faut absolument éviter des cours magistraux universitaire ennuyeux et sans vie. Il faudrait que ce qui est abordé conceptuellement puisse aussi s’incarner de manière vivante à travers une activité artistique permettant une ouverture de la sensibilité. Par exemple, ce qui est approché dans un cours sur les règnes de la nature pourra être prolongé à travers un cours de dessin/peinture qui permettra au étudiants de reprendre et d’intérioriser les motifs qu’ils ont vus. Ou encore, coupler un cours sur les anciennes civilisations avec de la musique et du chant, afin de faire vivre intérieurement par le son les ambiances et les tonalités des anciennes civilisations. Il semble en effet primordial :

Que cette formation d’anthroposophie générale puisse s’adresser à des êtres qui ne soient pas nécessairement des intellectuels, mais également à des jeunes au cœur ouvert et à l’esprit vivant !

Bien à vous deux, dans l’attente de vos remarques et de la suite,

Amicalement,

Grégoire Perra

Document 2 :

Réflexions sur le projet de Formation Anthroposophique Générale

(Premier rapport sur la formation anthroposophique, remis à Antoine Dodrimont et Bodo von Plato, remis le 29 janvier 2008)

  1. Exposés des motifs :

  1. Le besoin d’une formation anthroposophique générale. Au jour d’aujourd’hui, il n’existe pas au sein de la Société anthroposophique française de moyen de rencontrer l’anthroposophie et de s’y former autrement que par des cours individuels portés par quelques personnalités. On se forme donc comme on peut, sur le tas, les enseignements étant parcellaires et parfois très teintés de l’une ou l’autre personnalité, ce qui encourage la formation des groupes et des cliques et des visions très spécifiques de l’anthroposophie. En dehors de la Société anthroposophique, il n’existe que des Instituts de Formations Pédagogiques et Artistiques pour recevoir de manière sérieuse et approfondir un enseignement anthroposophique. Mais cela pose un problème, car cela induit que le seul destin possible de celui qui s’intéresse à l’anthroposophie était de devenir soit pédagogue Waldorf, soit artiste. Cela crée en outre un enfermement et un épuisement de l’anthroposophie, car les pédagogues Waldorf ont rarement la possibilité de donner leurs forces et leurs compétences en dehors du cadre pédagogique. Cela ne contribue pas à ce que l’anthroposophie ensemence et entre en dialogue fécond avec le monde culturel actuel — ce qui est sa mission première. Au lieu de cela, ce système et entretient tant bien que mal le petit milieu des écoles et des artistes. Par ailleurs, cela pose parfois un problème à ces centres de formations eux-mêmes, car leur mission n’est pas d’enseigner et de faire vivre toute l’anthroposophie, mais de former dans un domaine professionnel précis. Aussi, l’anthroposophie en tant que telle ne peut être abordée que de manière prudente et réduite, par exemple en fonction de sa future utilité pédagogique ou artistique, ce qui ne permet pas l’approfondissement nécessaire. Proposer une formation anthroposophique générale remédierait à cet état de fait.

  2. Le besoin d’une nouvelle interface. Un autre moyen existant d’accès aux contenus de l’anthroposophie est la vie des branches et des groupes de travail. Mais il faut reconnaître que cela peut poser des difficultés à des personnes non formés qui entrent dans des groupes constitués dont les membres sont parfois tres avancés dans la connaissance de la matière ou « formatés » dans leur langage d’une manière qui peut apparaître hermétique à des novices. Un membre qui a récemment démissionné après être resté deux ans dans une branche me disait qu’il avait eu beau s’efforcer tout ce temps de suivre et de comprendre, de manière ouverte les réunions de la branche, le langage des anthroposophes lui était demeuré incompréhensible. Nous voyons donc qu’il est nécessaire qu’existe un travail d’introduction aux notions et au vocabulaire de base, faute de quoi l’on décourage et même parfois dégoûte ceux qui veulent faire le pas de s’y intéresser. Il y a donc besoin d’une nouvelle interface entre la Société Anthroposophique et les nouvelles personnes susceptibles de s’intéresser à l’anthroposophie.

  3. Le besoin d’un premier contact vivant. La mission de la Société anthroposophique est de cultiver et enseigner les données de la Science de l’Esprit de manière vivante. Pour cela, il me semble important qu’il existe un lieu initiateur qui sache insuffler de l’enthousiasme et de la vie par la manière même dont il fera découvrir l’anthroposophie. C’est-à-dire non pas en tant que doctrine constituée et achevée (ce qu’elle n’est pas mais ce dont elle donne trop souvent l’image) mais en tant que science des réalités spirituelles. Science, ce qui veut dire recherches, risques, découvertes, expériences ! Or le monde anthroposophique présente à ce jour trop les faces d’un milieu enfermé dans des certitudes établies, alors qu’il faudrait sans doute présenter l’anthroposophie comme un laboratoire, un atelier, un lieu d’éveil et d’effort de la pensée comme de l’âme. Il faut créer un lieu vivant de découverte de l’anthroposophie pour que cette dernière ait des chances de se développer de manière vivante. Il faut que des âmes dynamiques et entreprenantes puissent être touchées… et celles-ci ne le seront que par une structure d’accueil vivante.

La Société Anthroposophique doit pouvoir porter l’existence d’une formation à l’anthroposophie, il y va de sa mission même !

  1. Les contenus d’une formation anthroposophique générale :

  1. Approfondir l’ésotérisme anthroposophique. Il faudrait que cette formation comprenne un enseignement ésotérique approfondi, puisque c’est cette dimension qui est souvent éludé dans les formations à caractère professionnel. Dans cette optique, il semble important que cette formation ait un lien fort avec l’Ecole de Sciences de l’Esprit.

  2. Une formation à l’observation de la nature et à l’émerveillement sensible. À de nombreuses reprises, Rudolf Steiner insiste pour que jamais l’anthroposophie ne nous coupe de nos sens et ne nous fasse perdre l’émerveillement face aux beautés et aux splendeurs de la nature. Mais aujourd’hui, c’est la civilisation moderne qui contient de puissantes forces voulant couper l’homme de ce que lui apporter le spectacle de la nature. C’est pourquoi il est permis de penser que la mission même de l’anthroposophie est de recréer ce lien menacé. Pour cela, on pourrait imaginer que la formation proposée contienne un atelier d’exercices d’éveil à la sensorialité et d’observation des réalités naturelles. À ce sujet, il est à mon sens très important de se rendre compte que le lieu exerce une forte influence sur tout contenu de formation ésotérique et sur les personnes qui le reçoivent. Dans un milieu urbain, on favorise l’intellectualisme et l’individualisme. Tandis qu’une formation anthroposophique générale, dont le site d’enseignement permettrait un lien avec les êtres et les forces de la nature, favoriserait à mon sens la sociabilité, l’humilité, la vénération, les forces du cœur. Rudolf Steiner parle avec clarté de cette influence du lieu au début de l’Initiation. C’est pourquoi je préconise de trouver un site de formation qui soit le plus possible proche de la nature. Le milieu anthroposophique n’a en effet que trop souffert de l’individualisme et de l’intellectualisme. De plus, dans un tel lieu, il serait possible d’aller observer les pierres, les végétaux, les animaux (s’il y a une ferme à proximité), les étoiles, ce qui serait très appréciable pour certains cours. Enfin, un tel contexte favoriserait un esprit de détente et de convivialité auquel les jeunes sont très sensibles aujourd’hui, par exemple avec des veillées ou des ballades.

  3. Une école des disciplines de la pensée. Parallèlement à l’éveil de la sensibilité, il semble important que ceux qui peuvent devenir des anthroposophes cultive l’art de la pensée claire, droite, juste et vraie. En effet, les écrits de Rudolf Steiner n’ont de sens que s’ils sont abordés par des esprits sachant suivre des raisonnements logiques avec minutie, penser avec précision des concepts, peser avec honnêteté et bon sens des notions nouvelles, etc. Il est donc besoin qu’une formation anthroposophique générale contienne un atelier où l’on s’exerce à bien conduire sa pensée, par exemple à travers des exercices de saisie du concept universel d’un objet, ou d’une Idée, etc. Plus tard, lorsque certaines connaissances auront été assimilées, on pourrait imaginer des ateliers de méditations, à l’image de ce qui se passe aux Pays-Bas. En effet, il est rare de trouver dans le milieu anthroposophique des espaces où des personnes pratiquant la méditation puisse parler ouvertement et éclairer ceux qui font leurs premiers pas dans ce domaine. De fait, cela favorise le phénomène des gourous, les jeunes étant fascinés par les quelques personnes qui les prennent à part pour leur parler de leurs expériences méditatives. Il faut désormais que cette dimension soit portée ouvertement et dans la clarté par la Société Anthroposophique, dans un esprit de formation respectant la liberté des esprits !

  4. Une formation qui passe par l’expérience. Si l’on veut que l’anthroposophie soit vivante dans les âmes de ceux qui la découvre et puisse le rester, il faut qu’elle passe par l’expérience. Il faut créer un contexte pédagogique où les notions qu’il s’agira d’aborder soient toujours en même temps des vécus de l’âme et des ressentis du corps. Plusieurs solutions peuvent être envisager pour incarner un tel principe pédeagogique. L’un d’eux pourrait être la mise en place d’un travail en binôme enseignant/artiste-pédagogue. En effet, il faut absolument éviter des cours magistraux universitaire ennuyeux et sans vie. Pour cela, on pourrait imagine que chacun des modules soit systématiquement couplés avec un enseignement théorique, afin que ce qui est abordé conceptuellement puisse aussi s’incarner de manière vivante à travers une activité artistique permettant une ouverture de la sensibilité. Par exemple, ce qui est approché dans un cours sur les règnes de la nature pourra être prolongé à travers un cours de dessin/peinture qui permettra au étudiants de reprendre et d’intérioriser les motifs qu’ils ont vus. Ou encore, coupler un cours sur les anciennes civilisations avec de la musique et du chant, afin de faire vivre intérieurement par le son les ambiances et les tonalités des anciennes civilisations. Il semble en effet primordial que cette formation d’anthroposophie générale puisse s’adresser à des êtres qui ne soient pas spécialement et nécessairement des intellectuels, mais également à des jeunes au cœur ouvert et à l’esprit vivant. Par ailleurs, la constitution de ces binômes enseignants/artistes-pédagogues permettra un travail créatif de concert et une stimulation mutuelle. En travaillant à deux, les enseignants-formateurs pourront avoir l’opportunité d’être inventifs, de créer des exercices artistiques vivants permettant de bien faire percevoir les idées abordées dans la partie conceptuelle.

  5. Une formation à l’auto-formation : cette formation doit permettre aux jeunes qui veulent s’intéresser à l’anthroposophie de se familiarisés très tôt avec l’auto-formation. En effet, il est important de poser d’emblée qu’un anthroposophe est appelé à devenir un être d’initiative, c’est-à-dire quelqu’un qui doit devenir productif dans le domaine de l’anthroposophie. À l’heure actuelle, on donne beaucoup trop l’exemple du suivisme et de la passivité intérieure. Il est au contraire important de former à l’anthroposophie dans un esprit de recherches, d’explorations, d’énoncés d’idées nouvelles, de confrontation avec des domaines inexplorés de la réalité, etc. Il faut former à la prise de risque dans la pensée pouvant déboucher sur de nouvelles perspectives et au courage de la prise de parole qui va avec. En effet, les véritables créateurs conceptuels et chercheurs sont beaucoup trop peu dans le milieu anthroposophique actuel et les espaces où ceux-ci pourraient se lancer quasiment inexistants. Cela favorise le ronronnement et la stagnation des idées en cercle clos, la méfiance et l’intolérance vis-à-vis de la nouveauté. Il semble urgent de lutter contre cet état de fait en créant un lieu de recherche anthroposophique au sens universitaire noble du terme : la formation anthroposophique générale peut être cet espace-là.

  1. Quelques principes de travail :

  1. Des formateurs qui préparent leurs cours : Peut-être faudrait faire quelque chose de semblable à ce qui est fait dans le milieu universitaire lorsqu’on définit le contenu d’un cours pour ensuite chercher un « chargé de cours » à qui l’on s’adressa en fonction de l’adéquation entre ses compétences et le contenu qu’on aura définit. Il ne s’agira pas non plus d’apporter toutes les connaissances traitées par l’anthroposophie, mais de former de jeunes esprits à penser justes et de manière anthroposophique dans certains domaines précis. Pour cela il faut que les enseignants préparent leurs cours, qu’ils soient dans une dynamique de recherche. Par contre, si les formateurs sont des gens qui radotent, ils formeront des radoteurs. Il est souhaitable d’avoir des formateurs qui soient spécialistes de leurs sujets avec une certaine expérience de vie, mais il faut aussi qu’ils ne vivent pas sur leurs acquis.

  2. Une formation par week-ends  sur une année : afin de créer un contexte d’immersion et de transformation intérieure, je pense que la solution de l’immersion serait judicieuse, à raison d’un week-end intensif par mois. Cela résoudrait aussi la question de la disponibilité des enseignants de cette formation.

  1. Les cours fondamentaux permanents sur l’année :

  1. Un atelier d’exercices de la pensée et de méditations.

  2. Un atelier d’observation de la nature et d’émerveillement sensible.

  3. Un espace d’auto-formation

  4. Un temps d’échanges

  5. Une étude de la Science de l’occulte.

  6. Une étude de la Philosophie de la Liberté.

  1. Les modules ponctuels (peut-être pour une deuxième année) :

Module 1) Un cours sur les Règnes de la Nature associé à un Atelier de Peinture/Modelage.

Il faudrait à travers ce cours aborder plusieurs réalités naturelles de manière ordonnée : les minéraux, les métaux, les végétaux, les animaux. À chaque fois, il faudrait développer un regard phénoménologique permettant de comprendre ces réalités du monde naturel. Je crois qu’il faudrait que le cours s’appuie au maximum sur des exemples concrets — et si possible visibles immédiatement par les étudiants : substances du tableau de MendeleIeïv, métaux, plantes, mousses, champignons, photos d’animaux et de leurs squelettes, etc.

L’apport intellectuel du cours devrait à mon avis toujours être suivi par une partie artistique sous forme de peinture (végétaux) ou modelage (minéraux et animaux) qui permettrait d’intégrer de manière sensible ce qui est enseigné. Il faudrait se donner comme objectif que les étudiants sortant de cette formation soient en mesure de pénétrer de manière sensible, avec leurs âmes, les différents règnes de la nature. Support théorique : Les animaux dans leurs rapports…, les travaux de Kranich, sur les animaux et les plantes, la 12ème conférence de Nature Humaine.

Module 2) Un cours sur les Mystères du Karma et de la Destinée associé à un Atelier Biographique.

Il faudrait trouver une personne susceptible d’aborder de manière vivante toutes les données anthroposophiques concernant la vie humaine, la destinée et la réincarnation. Le support théorique serait la deuxième partie de Théosophie, le cycle sur le Karma et Réincarnation et Karma de Wachsmuth, etc. Mais il faudrait que le cours soit assuré par quelqu’un qui aient réfléchit profondément à ce que sont les phénomènes karstiques majeurs, comme un nœud lunaire, l’incarnation d’un moi dans un corps humain, le retour des fautes passées et leur rédemption, le pardon, etc.

Il me semble que le cours devrait être appuyé par un Atelier biographique, c’est-à-dire d’une recherche d’exemples concrets sur des biographies humaines. Il serait très judicieux de s’appuyer sur les biographies des personnes présentes (faire raconter des nœuds lunaires, des premiers souvenirs, des liens karmiques comme des amitiés d’enfance, etc) ou de personnes proches (personnes décédées de l’entourage), ou encore celle de grands hommes (Il existe en effet toute une littérature passionnante de biographies qu’il s’agirait d’exploiter).

Module 3) Un cours sur les Concepts Philosophiques Fondamentaux de l’Anthroposophie associé à un Atelier de Dessins de Formes.

Il s’agirait d’aborder les concepts de l’anthroposophie que nous jugeons essentiels. Je pense à ceux de corps physique, éthérique, astral, Moi, Soi-Esprit, Esprit de Vie Homme-Esprit, Concepts, Vérité, Réalité, Imagination, Inspiration, Intuition, etc. Mais à l’apport de ces concepts, il faudrait que les étudiants soient invités à chaque cours à exercer leur pensée conceptuelle, par exemple sous forme de petits exercices ou travaux écrits. Il ne faut pas seulement avoir pour objectif d’enseigner un contenu mais de former des esprits à la saisie spirituelle des concepts.

À ce cours théorique, on pourrait associer un atelier de dessin de formes. En effet, le dessin géométrique a un rapport étroit avec la formation de la pensée et l’acquisition de nouveaux concepts, qu’il peut même faciliter.

Module 4) Un cours sur l’Histoire des Civilisations à la lumière de l’anthroposophie associé à un Atelier de Dessin/Chant.

Il s’agirait d’aborder les périodes historiques et proto-historiques (on ne remonte pas jusqu’à l’ancien Saturne !) en montrant quel éclairage l’anthroposophie leur apporte et comment elle permet de les comprendre. Il faudrait opérer une sélection d’événements précis importants et les mettre en lumière, plutôt que de faire des discours trop généraux sur les différentes civilisations. Par exemple, ce que révèle la taille des outils préhistoriques, la chute d’Aknenaton, les physionomies comparées de Danton et Robespierre, etc. Apprendre à rentrer dans des faits historiques de manière concrète et non les survoler et produire à leur sujet des discours généraux et des jugements. Je crois qu’il faudrait veiller à ne pas se limiter, dans ce cours, aux seules civilisations proto-occidentales (Inde, Perse, Egypte, Grèce, Rome, etc.) mais chercher aussi à apporter des éclairages conséquents sur des civilisations comme les civilisations amérindiennes, africaines, japonaise, maya, esquimaux, chinoise, mongoles, russes, etc.

Le cours pourrait s’appuyer à travers un atelier de Dessin sur des œuvres précises de l’Histoire de l’art qu’il s’agirait de reproduire, comme des tableaux, des mythes, etc. On pourrait aussi l’associer à un Atelier de Chant afin de rendre sensible aux différentes ambiances et tonalités des civilisations.

Module 5) Un cours sur les Hiérarchies Supérieures associé à un Atelier d’Eurythmie.

Il s’agirait d’aborder ce que l’anthroposophie nous apprend au sujet des Hiérarchies supérieures. Je pense qu’il faudrait aborder la question de manière à aborder systématiquement le lien entre ces entités et les réalités intérieure et extérieure. Par exemple, le lien entre l’ange et les idéaux humains mais aussi les souffles de vent. Il faudrait arriver à faire sentir aux étudiants que les entités spirituelles ne sont pas une construction intellectuelle théologique mais des réalités du monde et de la vie intérieure que l’on peut aborder simplement. Il faudrait arriver dans ce cours à penser des entités comme celle du Verbe ou du Père.

Ce cours s’associerait de manière merveilleuse à mon sens avec un Atelier d’Eurythmie, art capable de faire ressentir et d’incarner ce qui relève des hiérarchies supérieures.

Module 6) Un cours sur la Tripartition et l’Économie Sociale associé à un Atelier de Dissertations et d’Essais sociaux.

Pour ce cours, il s’agirait d’aborder les concepts sociologiques et économiques majeurs de l’anthroposophie. Mais il faudra faire bien attention que ceux-ci ne soient pas enseignés comme une nouvelle idéologie (il y a là un grave danger), mais plutôt comme des outils de travail et de compréhension des phénomènes sociaux. Pour cela, il serait bien que le cours cherche systématiquement à aborder des problèmes sociaux précis, comme l’économie et la gestion du blé en ancienne Egypte, la naissance du droit régalien à battre monnaie, etc.

Dans l’idéal, il faudrait que rapidement les étudiants parviennent à exercer leur réflexion à partir de ces concepts sur des problèmes d’économie ou sociaux contemporains tels qu’on peut en trouver dans les journaux. On devrait les y inciter à travers des exercices d’écriture et de dissertation à partir de problèmes économiques et sociaux précis, tels que Steiner les recommande au début du séminaire sur l’Économie sociale.

Module 7) Un cours sur les Notions de Bien et de Mal associé à un Atelier d’Interprétations d’Images.

Dans ce cours, il s’agirait d’essayer d’approfondir avec les étudiants les concepts de Lucifer, Ahriman, le Christ, à travers leurs manifestations dans l’univers et dans la vie humaine

Le cours pourrait être associé à un travail d’atelier sur les grandes images des mythes, des contes, des légendes, des films, aux cours duquel on pourrait retrouver les figures du Bien et du mal et s’efforcer de les comprendre (Mythes, Faust, figures du mal dans certaines œuvres cinématographiques, etc).

Module 8) Cours sur l’Anthropologie associé à un Atelier de Dessin

Module 9) Cours sur l’Imagination, Inspiration, Intuition, associé à un Atelier sur les Contes de Grimm

Module 10) Cours sur Les douze sens associé à un Atelier de Découverte sensorielle

Module 11) Christologie

Exemple de week-end :

Arrivée le vendredi soir

20h – 22h : Veillée et rencontre

 

– Samedi :

8h30 – 10h : Atelier

pause 

10h30 – 12h : Cours

repas 

13h30 – 15h : Atelier

pause 

15h30 – 17h : Cours

pause 

17h30 – 19h : Atelier

repas 

20h30 – 22h : Cours

– Dimanche :

8h30 – 10h : Observation de la Nature

pause 

10h15 – 12h : Cours interactif

repas 

13h30 – 15h : Cours

Atelier : 3 x 1h30

Cours : 4 x 1h30

Proposition de Planning annuel :

octobre

Module 1 : Les Règnes de la Nature / Atelier de Peinture

novembre

Module 2 : Les Mystères du Karma et de la Destinée / Atelier Biographique

décembre

Module 3 : Les Concepts Philosophiques Fondamentaux de l’Anthroposophie / Atelier de Dessins de Formes.

janvier

Module 4 : L’Histoire des Civilisations à la lumière de l’anthroposophie / Atelier de Dessin et Chant.

février

Module 5 : Les Hiérarchies Supérieures / Atelier d’Eurythmie.

mars

Module 6 : la Tripartition et l’Économie Sociale / Atelier de Dissertations et d’Essais sociaux.

avril

Module 7 : Les Notions de Bien et de Mal / Atelier d’Interprétations d’Images.

mai

Module 8 : Anthropologie / Atelier de Dessin

juin

Module 9 : Imagination, Inspiration, Intuition / Atelier sur les Contes de Grimm

juillet

Module 10 : Les douze sens / Atelier de Découverte sensorielle

Exemples de cours annuel :

– Cours sur les Concepts Philosophiques Fondamentaux de l’Anthroposophie :

1h30 : Le corps physique

1h30 : Le corps éthérique

1h30 : Le corps astral

1h30 : Le Moi

– Cours sur les Règnes de la Nature :

1h30 : Les Métaux et la volonté

1h30 : Les Fleurs et les sentiments

1h30 : Les Animaux et les pensées

1h30 : Les Êtres des 4 éléments

– Cours sur les Notions de Bien et de Mal :

1h30 : Les rapports du Bien et du Mal

1h30 : Lucifer dans l’âme et la nature

1h30 : Ahriman dans l’âme et la nature

1h30 : Le Christ dans l’âme et dans la nature

– Cours sur les Mystères du Karma et de la Destinée:

1h30 : Les Nœuds Lunaires

1h30 : Les Rencontres

1h30 : La Mort

1h30 : La Réincarnation

– Cours sur les Hiérarchies Supérieures:

1h30 : Les anges

1h30 : Les 7 archanges

1h30 : La deuxième Hiérarchie

1h30 : La première Hiérarchie

– Cours sur l’Imagination, Inspiration, Intuition :

1h30 : Imagination

1h30 : Inspiration

1h30 : Intuition

1h30 : Création et Initiatives

– Cours sur les douze sens:

1h30 : Polarité de deux sens

1h30 : Polarité de deux sens

1h30 : Polarité de deux sens

1h30 : Polarité de deux sens

– Cours sur l’Histoire des Civilisations :

1h30 : L’Inde ancienne

1h30 : Egypte ancienne

1h30 : Grèce antique

1h30 : Civilisation amérindienne

– Cours sur l’Anthropologie:

1h30

1h30

1h30

1h30

– Cours sur la Tripartition et l’Économie Sociale :

1h30

1h30

1h30

1h30

Document 3 :

Petit rapport sur la question de la formation des professeurs dans les écoles Waldorf en France

Remis à Danièla Hucher le 28 janvier 2008

Grégoire Perra

En tant qu’ancien élève Waldorf, puis ancien professeur deux écoles Steiner (Verrières et Chatou), puis élèves de l’Institut de Formation Pédagogique, j’ai pu me faire une idée assez claire de la situation de la formation des enseignants Waldorf et de l’importance du problème qu’elle pose. En effet, celle-ci est à bien des égards catastrophique.

Quels sont les problèmes ?

Voici quelques-uns des problèmes auxquels j’ai été confronté :

• En particulier dans les Grandes Classes, peu nombreux sont les professeurs ayant reçu la formation pédagogique Waldoprf. Depuis que l’Institut de Formation pédagogique de Chatou a mis une place une formation en cours d’emploi, certains professeurs ont pu entreprendre de combler cette lacune. Mais on se heurte ici tantôt au manque de motivation pour la pédagogie Waldorf de bons nombre de ces professeurs, tantôt au manque de volontarisme financier des écoles qui ne subventionne qu’une (petite) partie de cette lourde formation qui reste ainsi à la charge d’enseignants déjà sous-payés ;

• Ensuite, on constate que rares sont les professeurs formés qui cultivent et renouvellent leur formation Waldorf. Si au départ leur formation a été vivante, elle se transforme ainsi peu à peu en des formes et des dogmes immuables, un ensemble de bonnes recettes qu’on applique toujours de la même manière.

• Sur le plan de la formation disciplinaire proprement dite, on s’aperçoit aussi que les enseignants n’ont souvent pas eu une formation suffisante qui leur permettrait de devenir de bon spécialistes qui aiment et travaillent leur matière. Et s’ils l’ont eu, travailler dans une école Waldorf ne leur donne pas la possibilité de bénéficier par exemple des trois sessions ou stages disciplinaires par an que l’Education Nationale met à la disposition de chacun de ses enseignants. Si bien que l’on a trop souvent des enseignants qui ne travaillent plus leur spécialité, et ne suivent plus les évolutions et les progrès de leurs matières respectives, ce qui est grave.

Quels sont les causes de ces problèmes ?

Cet état de fait repose sur un ensemble de causes dont certaines sont particulières à l’organisation de la pédagogie Waldorf aujourd’hui en France :

• Au sein des écoles Waldorf, la gestion dite collégiale absorbe toutes les forces du corps enseignants (pour un résultat d’une efficacité souvent douteuse). Il n’est pas rare qu’en plus de leurs cours, chaque enseignant consacre un mi-temps voire un plein temps supplémentaire pour la gestion collective de son école. Il ne lui reste ainsi plus de temps pour se former, ni même bien souvent pour sa vie personnelle d’ailleurs, ce qui favorise la constitution d’un vase clôt profondément pathogène. En outre, les critères par lesquels un professeur Waldorf est reconnu par ses paires ne sont nullement ses compétences pédagogiques, mais son implication dans la vie et la gestion de l’école. J’ai pu ainsi voir des enseignants qui déclaraient ostensiblement ne pas aimer leur matière devenir des leaders de leur école parce que leur implication sur le plan administratif était très importante. Ou encore, une autre façon d’être reconnu dans le milieu Waldorf est la capacité de faire de beaux discours anthroposophiques et spirituels, mais nullement ses qualités pédagogiques. Puis au final, ce qui absorbe toutes les forces qui devraient être utilisées pour se former et continuer à se former, c’est la lutte perpétuel pour le pouvoir, au point que nombre d’école Waldorf en France s’illustrent par leurs complots sordides, leurs intrigues assassines et leurs sociabilité dépravée.

• Les organes qui devraient permettre la prise de conscience de l’aspect dramatique de cette situation, comme les instituts de formation, la Fédération ou l’APAPS ne jouent pas publiquement leur rôle, ou seulement partiellement, pour plusieurs raisons. Soit ils sont trop éloignés des écoles et se sont engagés sur la voie de la promotion vers l’extérieur de la pédagogie sur un plan théorique et ne font pas l’effort de se tourner vers la réalité de sa pratique aujourd’hui. Soit un nombre important des dirigeants de ces structures sont eux-mêmes issus de ces sanglantes luttes pour le pouvoir au sein de leurs écoles au détriment de l’exercice pédagogique, ce qui ne leur donne nullement l’envie de remettre en cause un mode de fonctionnement par lequel ils ont l’impression d’avoir réussi. Soit ils sont bien conscients de ces problèmes, mais n’osent pas les formuler publiquement par peur des attaques de l’extérieur (contexte des accusations de sectarisme) ou des retours de bâtons venant de l’intérieur.

Quelles sont les solutions ?

• Commencer par élaborer un rapport circonstancié des raisons pour laquelle la formation est si mal en point dans la pédagogie française et l’exposer publiquement ;

• Intégrer les conclusions de ce rapport dans les formations proposées par les Institut, afin que la jeune génération des professeurs puissent être avertie de ces problèmes et de leurs causes, plutôt que de continuer à tenter de leur cacher jusqu’au dernier moment en leur présentant les écoles existantes comme des lieux idylliques dans lesquels ils auraient la chance de travailler un jour ;

• Rendre obligatoire pour les écoles le financement intégral des formations préalables en cours d’emploi pour les professeurs qui en font la demande, comme une sorte de code de déontologie Waldorf ;

• S’aligner sur l’Education Nationale en rendant possible (et pourquoi pas obligatoire) trois stages disciplinaires et transdisciplinaires par an pour chaque professeur, pris sur le temps d’enseignement ;

• Instaurer une semaine de formation spécifiquement Waldorf par an, en lien avec les Instituts ;

• Instaurer pour chaque collège pédagogique d’une école des chefs d’équipe bénéficiant d’une décharge d’enseignement importante (un mi-temps). En effet, une équipe cela se gère, s’organise. Et il faut le faire de manière professionnelle. Si un professeur devient officiellement chef d’équipe, investit d’une autorité qui lui donne le droit de suivre et de contrôler ses collègues, on passera d’une autorité invisible et hypocrite car soi-disant diluée dans les collèges à une autorité visible et reconnue comme telle. En outre, on en finira avec une gestion d’équipe amateur réalisée à la petite semaine. Car il faut aussi que ces chefs d’équipe soient formés à un tel travail et reçoive la formation nécessaire, pour animer des réunions, organiser des plannings, gérer des ressources humaines, etc.

• Il reste le problème du suivi disciplinaire des enseignants. Comme je l’ai dit, il faudrait permettre de participer au moins aux modules disciplinaires des plans académiques de l’Éducation Nationale, mais on pourrait aussi imaginer la création de modules disciplinaires spécifiquement Waldorf organisés par les Instituts. Le problème est plus épineux dès que l’on passe à la question de l’inspection, en raison de la petitesse et de la faiblesse du réseau Waldorf en France. Dans l’idéal, il faudrait imaginer la mise à disposition par la Fédération d’un corps d’enseignants compétents pouvant jouer le rôle d’inspecteurs (qui est aussi celui de conseillers pédagogiques).

Licence Creative Commons
Mes rapports sur la formation anthroposophique et sur les Écoles Steiner-Waldorf en 2008 de Grégoire Perra est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 3.0 non transposé.
Basé(e) sur une oeuvre à gregoireperra.wordpress.com.
Les autorisations au-delà du champ de cette licence peuvent être obtenues à https://gregoireperra.wordpress.com.

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