Publié par : gperra | 4 mai 2012

Les pressions du milieu anthroposophique

Les pressions du milieu anthroposophique

Je souhaite à présent décrire les types de pressions exercées par la communauté anthroposophique sur ses membres afin de leur interdire d’en sortir ou de la remettre en question. Mais avant toute considération, il me semble important de souligner qu’il ne me semble pas que ces pressions que je vais décrire soient organisées, ni même conscientes chez la plupart de ceux qui les exercent. Je pense plutôt à des modes de comportements de types instinctifs, de l’ordre de la pure animalité de l’homme. En effet, l’enfermement dans un mouvement spirituel quel qu’il soit produit, comme je l’ai décrit dans un autre article, une « animalisation de la pensée » (Lire à ce sujet mon article : Le milieu anthroposophique, une animalisation de la vie de la pensée). Ce processus conduit donc naturellement à ce que les autres, ceux qui sont différents, qui refusent l’anthroposophie en tant que mode de vie et doctrine, soient considérés comme des ennemis et traités comme tels, à la manière des meutes qui défendent leurs territoires et leur gènes.

Une surveillance constante de chacun des membres par toute la communauté

Les communautés anthroposophiques sont constituées de personnes qui se connaissent presque toutes, formant un réseau très réactif. Elles sont en outre reliés entre elles par des liens formels et informels. Les liens formels entre les communautés sont assurés par cinq institutions importantes : la Société Anthroposophique, la Communauté des Chrétiens, la Fédération des Écoles Steiner-Waldorf, l’Association des Patients de la Médecine Anthroposophique (APMA) et le Mouvement d’Agriculture Bio-Dynamique (MABD). Parfois, certaines de ces institutions sont si étroitement liées idéologiquement et humainement qu’elles partagent les mêmes locaux, comme la Fédération des Écoles Steiner-Waldorf et l’APMA, dont les sièges sociaux se situent dans un même local de la rue Gassendi, à Paris. Ou alors leurs locaux sont voisins, comme ce local situé rue Gassendi et celui la Communauté des Chrétiens, à cent mètres l’un de l’autre. Ou celui de la Société Anthroposophique, situé à un kilomètre environ des deux autres. Ces dispositions géographiques favorisent bien évidement la constitution d’un réseau informel efficace. C’est pourquoi, dans le milieu des anthroposophes, la moindre parole prononcée en aparté à une personne qui semble être de confiance peut très vite faire le tour d’un nombre considérable de gens. En effet, sitôt qu’un propos contre l’anthroposophie ou une critique à l’égard de l’un de ses dirigeants est prononcé, il fait immédiatement « le tour de la planète », chacun parlant, téléphonant ou envoyant  immédiatement un mail à tous ses contacts pour le lui répéter, et les autres faisant de même. Le milieu anthroposophique, dont beaucoup de membres ont substitué leur vie personnelle par celle du groupe auquel ils appartiennent, se prête volontiers à ce jeu malsain de police verbale. Les rumeurs vont à la vitesse de l’éclair, même lorsqu’elles ne sont pas vérifiées. Il est parfois arrivé que le décès d’une personne soit annoncé alors qu’elle avait simplement eu un malaise. C’est pourquoi toute personne appartenant aux cercles des anthroposophes apprend très vite à taire toute critique ou tout commentaire risquant de susciter une indignation générale. Car les réactions ne se bornent pas à ce que, du jour au lendemain, la plupart des gens que vous connaissez vous fasse la tête, ou tombent sur vous pour vous cribler de reproches. Vous pouvez être également convoqué par certains dirigeants pour vous sommer de ne plus réitérer de tels propos. Cela m’est arrivé au moins une fois avec un très haut dirigeant de la Société Anthroposophique en France (Je raconte cet incident dans mon article paru sur le site de l’UNADFI), mais également avec un prêtre de la Communauté des Chrétiens, parce que j’avais imprudemment dit que l’un de ses confrères ne disait selon moi pas bien la messe. A mon sens, ces convocations ont pour fonction de rappeler de manière permanente aux membres que chaque propos tenu, même en privé, est sous surveillance.

Une culpabilisation permanente

Ensuite, quand un membre ne cède pas à la pression de la communauté et continue de dire ce qu’il pense, comme je l’ai fait, divers arguments lui sont assénés pour lui faire comprendre que son comportement inadmissible doit cesser. Le premier est la culpabilisation à l’égard de la colère. J’ai ainsi très souvent pu observer comment, chaque fois que je critiquais quelque chose que je trouvais anormal dans le milieu anthroposophique, on me répétait que je ne devais pas me laisser aller à la colère et aux forces démoniaques de mon double. Dans ce milieu, la colère est en effet conçue comme un sentiment mauvais en soi dont l’expression serait toujours condamnable. Ainsi, il est pratiquement interdit d’exprimer la moindre critique vive, sous peine de se voir accusé d’être possédé par une colère démoniaque.

Ensuite, si ce reproche ne suffit pas, on se sert de l’arme de la culpabilisation pour atteindre la personne dérangeante. Par culpabilisation, j’entends le procédé consistant à faire honte à la personne à partir de défauts qu’on a su déceler chez elle. Car les anthroposophes peuvent repérer les défauts de la cuirasse d’une personnalité avec une facilité d’autant plus grande qu’ils les ont souvent eux-mêmes produits. La vie dans le milieu anthroposophique produit en effet selon moi de manière récurrente certaines déviances problématiques du comportement (comme je l’ai expliqué dans un autre article : Éléments explicatifs de l’enferment mental provoqué par l’anthroposophie). Par exemple, il est facile de reprocher l’impulsivité et la naïveté d’une personne dont l’éducation Steiner-Waldorf aura justement désappris à utiliser la raison. Ou encore le manque de sociabilité de quelqu’un, sachant que la vie au sein du milieu anthroposophique crée des rapports sociaux perturbés, notamment par la notion d’amitié ou de famille déplacées hors de leur contexte naturel (Lire à ce sujet mon article : Rapports à soi-même et rapports aux autres dans le milieu anthroposophique). Reprocher à l’autre, pour l’atteindre et le culpabiliser parce qu’il dérange, les défauts de personnalité que l’on a soi-même mis en place, cela tient d’un stratagème vicieux.

L’accusation de vision déformée

Si ce procédé de culpabilisation ne suffit toujours pas, on porte alors l’accusation de « vision déformée ». On explique ainsi à la personne concernée que, si elle voit le mal quelque part, c’est précisément parce que le mal est dans sa manière de voir les choses. Combien de fois m’a-t-on répété, chaque fois que je faisais remarquer ce qui me semblait être un dysfonctionnent évident, que « je voyais le mal partout ». Ce genre d’affirmation se passe généralement de toute justification ou argumentation. On ne cherche jamais à vous montrer en quoi ni pourquoi vous auriez tort. On vous dit tout simplement que vous avez tort parce que votre vision est déformée. Pour le dire avec humour : si vous avez le malheur de dire que le ciel est bleu, les athroposophes vous accuseront d’être un schtroumphe ! En effet, dans le milieu anthroposophique, on ne se place jamais sur le terrain de la raison pour contrer une idée ou un point de vue qui déplaît, mais on procède par accusations contre les personnes. Cette façon de procéder peut paraître grossière, mais elle n’en est pas moins très efficace. Il faut se rendre compte de son impact lorsque c’est l’ensemble de votre environnement social qui vous répète inlassablement en chœur que votre perception du monde est faussée. Il y a véritablement de quoi douter de soi, de tout.

Un jour que, dans une des réunions de rédaction d’une revue anthroposophique à laquelle je participais, je faisais remarquer que les options prises sur la mise en page me semblaient aberrantes et que je ne comprenais pas leur manque d’ouverture culturelle, on me fit alors la remarque suivante : « ce qu’on critique chez les autres, c’est toujours un défaut qu’on a en soi-même. » Dans la vie sociale ordinaire, un tel argument (du niveau du « c’est celui qui l’a dit qui l’est ! ») prêterait sans doute à un bel éclat de rire, mais dans l’univers mystique des anthroposophes, asséné avec l’assurance de personnes qui se considèrent elles-mêmes comme des puits de sagesse transcendante, il a un pouvoir terrible. On n’ose tout simplement plus voir ni même penser les choses anormales qu’on remarque, par peur que ce mal ne soit révélateur d’un mal qu’on aurait en soi.

Quand la folie devient la norme et que la protestation est perçue comme une folie

J’ai évoqué dans un autre article (Éléments explicatifs de l’enferment mental provoqué par l’anthroposophie) comment les modes d’études de l’anthroposophie, basés sur la répétition en boucle des œuvres de Steiner, associés à un goût presque infantile pour les évocations imagées, contribuent à la formation d’une ambiance de « folie douce ». Certaines personnes vont cependant plus loin que d’autres dans cette voie. En effet, il n’est pas rare de rencontrer dans ces milieux de véritables cas sociaux, des personnages aux vêtements hors d’âge, intervenant à tout propos pour déverser des flots incohérents de références bizarres, ayant toujours sur elles des petits carnets où elles notent une quantité invraisemblable de choses, le regard errant, l’hygiène négligée, ayant visiblement davantage besoin de soins psychiatriques que d’assister à des réunions ésotériques. Un jour, un très haut responsable de la Société Anthroposophique Universelle me déclarait en aparté : «  J’en ai marre de tous ces zinzins ! » (anecdote déjà mentionnée dans mon article : Le milieu anthroposophique, une animalisation de la vie de la pensée). L’ironie du sort, c’est que c’est précisément cette organisation, dont il est l’une des plus importante cheville ouvrière et un éminent représentant, qui produit les « zinzins » dont il se plaignait. Quand, jeune étudiant, j’assistais aux réunions et aux conférences qui avaient lieu au Siège de la Société Anthroposophique à Paris, je ne comprenais pas comment il se faisait qu’on y tolérait la présence et les interventions de ces cas sociaux qui n’avaient plus leur bon sens et ne cessaient d’interrompre à tout propos. Connus de tous comme de véritables « parasites » (selon les termes utilisés par certains dirigeants eux-mêmes), ces personnages étaient en effet pourtant toujours accueillis bras ouverts à toutes les réunions où ils se présentaient. Les conférenciers répondaient systématiquement avec amabilité à leurs interventions, même quand celles-ci devenaient si nombreuses et si longues qu’elles finissaient par prendre plus de temps que la conférence elle-même. Quand je fis un jour part aux dirigeants de mon agacement face à cette situation, ceux-ci m’expliquèrent que ces personnes étaient certes problématiques, mais qu’une communauté ne devait jamais rejeter de tels êtres, et sortirait renforcée d’avoir su les assumer. Aujourd’hui, avec le recul, je pense plutôt que le milieu anthroposophique se garde bien de rejeter de telles personnes, parce qu’elles représentent, inconsciemment ou consciemment, le résultat abouti du processus de désagrégation de la structure de la pensée à laquelle la fréquentation de ses cercles conduit. En les acceptant, on finit par faire croire à la normalité d’une situation qui ne l’est pas. Car ne jamais dire à ces personnes qu’elles auraient davantage besoin de se prendre en charge sur le plan de leur santé que de participer à ce genre de réunion contribue à faire considérer comme normal l’état de folie qu’ils déversent sur l’assistance. Là où des individus sains d’esprit devraient rapidement aller dire à ce genre de personnes que leur place n’est pas dans une réunion où leur comportement finit par déranger tout le monde, on accepte au contraire ce genre de « déséquilibrés » jusque dans leurs cercles les plus élevés, comme l’École de Science de l’Esprit (ce qui ne fera bien sûr qu’empirer leur état). Selon moi, il ne s’agit en aucun cas de bonté d’âme, mais une manière d’habituer les anthroposophes à considérer la folie comme un état normal de l’existence et de la vie sociale.

Si ces manifestations problématiques sont considérées comme parfaitement normales, en revanche toute forme de protestations ou de critiques seront qualifiées comme étant de la folie. Très tôt après mon adhésion à la Société Anthroposophique, je commençais à émettre quelques critiques sur la manière dont les choses étaient organisées. Cela commença par des détails. Je faisais par exemple remarquer que la mise en page de leur revue me semblait d’une esthétique douteuse proche des courants New-Age (que les anthroposophes critiquent vertement en affirmant n’avoir rien à faire avec eux). Aussitôt, on se mit à me regarder de travers et à me faire comprendre que je n’avais peut-être pas tout mon bon sens. La même chose se produisit dans une école Steiner-Waldorf où je travaillais lorsque je protestais ouvertement contre le ton employé par certains membres du Collège de Direction de l’école, qui se permettaient de traiter les autres collègues comme s’ils étaient de petits enfants, ou contre l’initiative d’un collègue anthroposophe voulant imposer à tous les autres d’étudier l’ouvrage Théosophie lors de réunions qui en principe devaient servir à évoquer le parcours scolaire des élèves. On commença aussitôt à faire courir des rumeurs à mon sujet. Cette manière de procéder est terrible, car le soupçon ainsi jeté sur une personne a pour conséquence que tout le monde se met à l’éviter. Certains anthroposophes savent en outre habilement profiter de la forme de folie que l’anthroposophie peut générer chez ses adeptes pour la retourner contre ceux qui les dérangent.

 L’anthroposophie est-elle une secte ?

Le milieu anthroposophique diffère donc d’un petit groupe fermé sur lui-même, d’une dérive sectaire au sens courant du terme. L’étendue de ses cercles (décrits dans un autre article : Qui sont les anthroposophes ?) lui procure une ampleur toute différente et lui permet des formes de pressions plus subtiles qu’ailleurs. Il semble bien intégré socialement, avec ses écoles subventionnées par l’Éducation Nationale, sa banque abritée par le Crédit Coopératif, ses produits agricoles revendus par de grandes enseignes de produits biologiques, ses produits cosmétiques et pharmaceutiques présents dans presque tous les dispensaires, ses quelques personnalités médiatiques qui le soutiennent (Jean-Marie Pelt, Catherine Dolto, Jacques Salomé, Michel Cazenave, Henri Gougaud, Christiane Singer, etc), et surtout l’absence d’actions des pouvoirs publiques à son encontre. C’est la raison pour laquelle il me semble indispensable que la société civile ouvre enfin les yeux sur ces activités, associations ou institutions qu’elle accepte en son sein et qu’elle subventionne même parfois. Car son aveuglement est une forme de complicité. L’intégration sociale apparente de l’anthroposophie (qui pourtant se considère comme un îlot de culture dans un monde en pleine décadence) rends en effet difficile à ses membres la prise de conscience et la volonté de se sortir de ce cercle fermé. Lorsque, à l’âge de 25 ans, ma petite-amie de l’époque m’avait demandé de téléphoner au numéro vert mis à disposition par l’État pour prévenir des dérives sectaires, elle voulait juste que j’entende ce que la société de mon pays avait à dire sur ces gens qui m’entouraient, qui m’avaient formé et dont elle percevait à quel point ils avaient modelé en profondeur mon esprit. Malheureusement, je suis tombé sur une personne qui m’a dit qu’il n’y avait aucun problème à fréquenter des anthroposophes et qu’il ne s’agissait selon elle pas d’une secte. Telle était le discours de la société française à ce sujet en 1995. Il ne me semble guère avoir sensiblement changé depuis, malgré quelques avancées significatives en 2000. Quel aurait été mon parcours ultérieur si, lors de ce coup de téléphone, j’avais pu entendre un discours un peu plus averti ? A quelles souffrances aurais-je peut-être pu échapper ? Car c’est bien la souffrance qui, à mon sens, attend celui qui entrera dans le milieu anthroposophique. Souffrance de perdre peu à peu le rapport sain avec soi-même, ses pensées, ses émotions, ses désirs, son corps, sa santé (Lire à ce sujet mon article : L’Emprise de l’anthroposophie). Souffrance d’intégrer un milieu où l’auto-surveillance et la surveillance constante de l’ensemble des individus par toute la communauté est la règle. Souffrance de l’enfermement exclusif dans l’œuvre de Steiner, de sa propre mise à l’écart du monde et des autres au profit « d’amis » et d’une « famille » de substitution parfaitement factices (Lire à ce sujet : Éléments explicatifs de l’enferment mental provoqué par l’anthroposophie). Souffrance enfin des procédés de culpabilisation ou d’accusation de folie dès lors que vous commencez à prendre conscience des dysfonctionnements du milieu.

Au regard des considérations précédentes, la question de la nature sectaire de l’anthroposophie peut paraître légitime. Dans le cadre de mes publications, il ne m’est possible que d’y répondre de manière prudente. L’une des choses que l’on peut remarquer, c’est que les pressions psychologiques exercées par le milieu anthroposophique sur les personnes ne s’exercent que tant que la personne reste à l’intérieur des cercles du milieu anthroposophique. Elles cessent généralement aussitôt que vous en sortez ou que vous vous en éloignez suffisamment. Je n’ai pas eu connaissance d’anthroposophes ayant usé d’intimidations ni de violences pour faire revenir quelqu’un parmi eux. Je ne les en crois pas non plus capables à l’heure actuelle. Sitôt que vous parvenez à sortir de leur milieu, les anthroposophes ne vous considèrent plus qu’avec mépris, mais ils vous laissent tranquille. Les pressions psychologiques exercées sur les personnes lorsqu’elles font preuve d’indépendance d’esprit ou de liberté intérieure peuvent s’avérer terribles et profondément destructrices, mais elles ne s’exercent que sur ceux qui consentent encore à vivre au sein du milieu anthroposophique. Il faut cependant préciser que l’absence de pressions ou de violences sur les sortants n’est pas, loin s’en faut, le seul critère permettant de déterminer si une organisation est une secte. La possibilité de la liberté de pensée au sein même du mouvement en est une autre. Ce dernier critère serait quant à lui beaucoup moins favorable à l’anthroposophie, puisque toute recherche intellectuelle vraiment libre y est de fait interdite, comme j’ai pu en faire l’expérience, et que des procédés d’enfermement mental y sont mis à l’œuvre, ainsi que je l’ai décris dans un autre de mes articles (Lire à ce sujet : Éléments explicatifs de l’enferment mental provoqué par l’anthroposophie).

De plus, en dépit de cette absence de pressions sur les sortants, le problème devient complexe dans trois cas de figure particuliers : celui des enfants scolarisés dans une école Steiner-Waldorf, celui des personnes vivant dans un « village Steiner » et enfin ceux qui sont salariés d’une institution du « Mouvement anthroposophique ». Car, dans ces trois cas, la sortie hors du milieu anthroposophique est concrètement difficile, voire impossible.

a) Les pressions des écoles Steiner-Waldorf sur leurs élèves

Prenons tout d’abord le cas de l’enfant scolarisé dans une école Steiner-Waldorf. Il est possible qu’un enfant scolarisé dans ce type d’établissement fasse preuve assez tôt d’esprit critique à l’égard des éléments de l’environnement anthroposophique qui l’entourent. Par exemple, il pourra interroger les raisons véritables pour lesquelles on pratique l’eurythmie dans son école alors que cela n’existe nulle part ailleurs. Il pourra ne pas vouloir participer aux cérémonies et aux rituels qui émaillent sa scolarité. Il pourra refuser de serrer longuement la main de son professeur chaque matin à l’entrée de la classe, ne pas vouloir dire les « paroles » du matin, s’offusquer de certaines idées spiritualistes émises comme des évidences par ses enseignants, ne pas trouver intellectuellement honnête la manière dont on extrait certaines notions de certaines œuvres étudiées en classe, etc. Le problème réside dans le fait que la participation à ces pratiques et à ces rituels scolaires n’est pas optionnelle dans la pédagogie Steiner-Waldorf. Un enfant qui refuse de s’y plier s’exclue lui-même de l’ensemble de la pédagogie et de la communauté de son école. Ce n’est pas comme avec un cours de catéchisme où il aurait la possibilité de ne pas se rendre : le caractère anthroposophique de la pédagogie Steiner-Waldorf imprègne presque chaque activité, chaque élément de la vie rituelle de l’école, chaque parcelle de son décorum. Le simple fait de les questionner, d’interroger le pourquoi de leur existence, est d’après mon expérience très mal vu par les pédagogues anthroposophes. Un enfant scolarisé dans une école Steiner-Waldorf peut poser des questions comme :

– « Pourquoi faut-il dessiner avec des crayons de cire et jamais avec des feutres ? »

– « Pourquoi ne mange-t-on de la viande qu’une fois par semaine à la cantine ? »

– « Pourquoi faut-il mettre des tuniques et des voiles pour faire de l’eurythmie ? »

– Pourquoi n’apprend-t-on pas les mêmes matières que les enfants des autres écoles ?

– « Pourquoi ne comptent-on pas les classes de la même façon que les autres ? »

– « Pourquoi est-il obligatoire que je sois décalé d’un an en moins par rapport aux enfants des autres écoles ? »

– « Pourquoi doit-on allumer une bougie chaque matin sur la table des saisons ? »

– « Pourquoi la Géographie et l’Histoire sont-elles si différentes de ce que mes copains apprennent dans les autres écoles ? »

-« Pourquoi au Jardin d’enfants on fait tout le temps des rondes? »

– « Pourquoi y-a-il ce portrait de la Vierge Marie dans toutes les salles des « petites classes » ? »

– « A quoi sert d’écouter des mythes et des contes pendant deux heures chaque matin ? »

– « Pourquoi y-a-t-il des « périodes » ? »

– « Pourquoi les murs de notre école ont-ils des formes bizarres qu’on ne voit pas ailleurs ? »

– « Pour nos bâtiments sont-ils presque toujours peints en mauve, en rose et en violet ? »

-« Pourquoi est-on obligés d’aller voir chaque année les Jeux de Noël, du Paradis et des Bergers alors que depuis le temps on les connaît par cœur ? »

– « Pourquoi la professeur d’eurythmie s’habille-t-elle toujours comme ça et marche-t-elle sur la pointe des pieds ? »

– « Pourquoi on doit toujours peindre sur du papier mouillé et jamais autrement ? »

– « Pourquoi il faut recopier chaque semaine dans nos cahiers le dessin que le maître a fait au tableau et pourquoi on n’a pas le droit de faire un peu autrement que lui ? »

– « Pourquoi on a des cahiers sans lignes ? »

– « Pourquoi on n’a pas le droit de jouer avec un ballon dans la cour de récréation ? »

– « Pourquoi a-t-on mis dans la salle commune la photographie en noir et blanc de ce monsieur aux cheveux noirs qui a l’air de nous regarder tout le temps ? »

Bien trop souvent, les enseignants des écoles Steiner-Waldorf n’aiment pas les enfants qui posent de telles questions, car ils se sentent alors attaqués dans leurs convictions et dans leurs coutumes. Ils ne perçoivent pas toujours la légitimité d’une telle démarche enfantine car ils peuvent la comprendre comme une relativisation ou une remise en cause des principes de la pédagogie à laquelle ils croient. Je me souviens ainsi de ma toute première rencontre avec Franz Klockenbring, un enseignant qui a eu une grande influence sur moi au cours de ma scolarité. Nous étions au début de la « neuvième classe » (3ème) et on venait de nous annoncer que l’école avait décidé de ne pas autoriser notre classe à se présenter aux épreuves du Brevet des collèges. Je lui demandais donc :

– « Pourquoi ne pouvons-nous pas passer les épreuves du BEPC ? Ce n’est pas normal Monsieur ! »

Il me répondit alors d’un ton furieux :

– « Mais Grégoire, quand l’État français nous empêche de pratiquer notre pédagogie, qu’est-ce que vous voulez qu’on fasse ?! »

Ce professeur eu l’intelligence de ne pas garder rancune de ma question et le ton qu’il avait employé me dissuada d’en poser d’autres ou d’exiger des explications complémentaires. Mais tous n’agissent pas ainsi. Des enseignants pourront prendre en grippe un enfant qui pose de telles questions. Il peut donc se retrouver en situation d’échec scolaire pour des motifs qui ne concerne pas l’acquisition de ses connaissances ni le développement de ses facultés, mais pour des raisons relatives à son intégration dans les rituels et les pratiques anthroposophiques de l’établissement. Car au bout de quelques années d’enseignement dans cette structure particulière, les pédagogues anthroposophes n’ont bien souvent plus de recul suffisant par rapport au caractère particulier de leur univers pédagogique. Bien souvent, ils n’ont d’ailleurs jamais enseigné ailleurs. Et s’ils sont d’anciens élèves, ils n’auront connu que cela. Ils ne se rendent alors plus compte qu’il s’agit d’un monde à part. Pour eux, l’environnement anthroposophique de leur école est normal. L’anthroposophie est devenu leur normalité quotidienne. Lorsque l’élève interroge, critique ou conteste cette normalité, c’est selon eux qu’il a un problème. Ainsi, la communauté pédagogique de l’école pourra parfois s’acharner sur de tels élèves pour qu’ils mettent un terme à leur comportement jugé déviant. Non pas par méchanceté ni sectarisme conscients, mais parce qu’un élève qui refuse la norme doit être corrigé. Peut-être aussi, inconsciemment, ne supportent-ils pas non plus cette relativisation d’un univers qui est devenu toute leur vie ? Bien sûr, il y aura également des enseignants qui donneront aux enfants qui les sollicitent des explications sur ces spécificités pédagogiques, esthétiques et comportementales. Mais alors, comment feront-ils pour éviter de leur parler d’anthroposophie, puisque chacune de ces spécificités a pour fondements des indications et des concepts de Rudolf Steiner ? Et s’ils le font quand même, comment pourront-ils expliquer sans endoctriner ? Seront-ils en capacité d’exposer les principes qui gouvernent cette pédagogie sans en faire l’apologie, alors que l’oeuvre de Rudolf Steiner est la substance de leur vie ? Une tentative de ce genre avait eu lieu lorsque j’étais élève à Verrières-le-Buisson. Bodo von Plato, alors professeur d’Histoire-Géographie et d’Allemand, s’essaya à une conférence destinée aux élèves sur la vie de Rudolf Steiner, qu’il voulait la plus objective possible. Elle eut lieu le jour anniversaire de sa naissance et de ce fait, ne serait-ce que par ce contexte, pris la tournure d’un cérémonie d’hommage à un homme extraordinaire. On avait l’impression qu’il parlait de son premier amour.

Et comment feront les enseignants Steiner-Waldorf avec les directives de Rudolf Steiner selon lesquelles ils sont sensés ne jamais parler directement d’anthroposophie aux enfants ? Comment pourront-ils donc donner des explications véridiques à ces questions des enfants sans évoquer à aucun moment des idées ou des références de l’anthroposophie ? C’est tout simplement impossible ! La position intenable des pédagogues Steiner-Waldorf apparaît ici dans toute sa lumière ! C’est pourquoi les professeurs de ces écoles n’ont finalement pas d’autres alternatives que de répondre à de telles interrogations par le rejet de la question. « Ici, on fait comme ça ! » est une phrase que j’ai entendu pendant presque toute ma scolarité. Mais en agissant ainsi, les pédagogues anthroposophes imposent comme normalité quelque chose qui ne l’est pas. Les enfants ne sont pas aveugles et ne peuvent que s’apercevoir de la différence entre ce qu’ils vivent à l’école et ce qu’ils rencontrent à l’extérieur de celle-ci. Qu’ils posent des questions est donc inéluctable, à moins d’étouffer leurs velléités de questionnement. Et, pour cela, d’endormir leur raison. On peut donc se demander si l’omniprésence des rituels, des cérémonies, des contes et des mythes n’a pas dans ces écoles une fonction soporifique. Mais en agissant ainsi, ne portent-on pas inéluctablement atteinte à leur liberté intérieure ?

Or un enfant n’a pas le choix : il doit rester dans l’école qu’ont choisie pour lui ses parents. Il n’a pas non plus les capacités de prendre pleinement conscience des raisons véritables qui motivent son besoin de distance critique. Il se sentira simplement mal à l’aise à l’égard de ce qu’il perçoit, ou de ce qu’on lui demande parfois de faire ou de ne pas faire, mais sans pouvoir se l’expliquer. Au plus dira-t-il parfois que « tout ces trucs bizarres le saoulent ». Si les parents ne font pas l’effort leur permettant de comprendre que l’opposition de leur enfant à la « vie de son école » n’est pas chez lui la marque d’une asociabilité ni d’un désinvestissement scolaire, mais l’expression d’une part de lui-même qui perçoit intuitivement le caractère relatif de l’univers anthroposophique du lieu où il effectue sa scolarité, ils l’obligeront à « rentrer dans le rang » et à étouffer une opposition pourtant parfaitement légitime. Ils écouteront les avis du professeur de classe, leur affirmant que leur progéniture est problématique. Ils ne songeront pas à le retirer pour qu’il puisse effectuer sa scolarité dans un autre cadre et un autre univers, qui n’est pas celui des anthroposophes, et qui lui correspondra peut-être mieux. Ce genre d’enfant sera ainsi placé en situation de souffrance psychologique grave pouvant parfois avoir des conséquences désastreuses. La situation peut parfois être encore assombrie par le fait que les pédagogues Steiner-Waldorf sont trop persuadés du bienfait que constituent selon eux le fait d’effectuer l’intégralité de sa scolarité dans un établissement pratiquant leur pédagogie. Il suffit de lire à ce sujet certains passages de l’ouvrage Éduquer vers la liberté. Ainsi, page 194 : « Si il (Martin) avait quitté l’école après la huitième classe par exemple, certainement que les effets de ses années d’école n’auraient pas été aussi déterminants et ne l’auraient pas conduit à une si profonde réussite (…) ». « S’il part, il ratera quelque chose », se disent-ils. « S’il quitte l’école maintenant, ce sera un manque irrémédiable pour toute sa vie », disent-ils souvent aux parents. De plus, l’attachement affectif des enseignants à leurs élèves étant si développé dans ces écoles, surtout pour les professeurs de classe qui suivent leurs élèves pendant parfois plus de huit années consécutives, que tout départ sera parfois vécu comme un arrachement. Le professeur ne veut tout simplement pas laisser « son » élève partir ! C’est alors que peuvent se mettre en place des comportements irrationnels et parfaitement répréhensibles visant à contraindre l’enfant à terminer sa scolarité dans la pédagogie Steiner-Waldorf et dans « son » école, comme de supplier les parents, de tenter coûte que coûte de convaincre l’enfant en ce sens, etc. Suite à mon article publié sur le  site de l’UNADFI, des témoignages me sont parvenus faisant état de cas de ce genre. Ces pratiques constituent des formes de pressions et sont parfaitement anormales. Elles pourraient être évitées si les écoles Steiner-Waldorf faisaient le choix tout simple de dire ouvertement aux parents et aux enfants : nous sommes des écoles qui a pour religion l’anthroposophie ! Pour faire sa scolarité chez nous, il faut croire à l’anthroposophie ! Il faut accepter nos rites, nos coutumes, notre alimentation, nos codes vestimentaires, nos repères esthétiques, nos manières d’être et toutes nos croyances (voir la liste presque complète dans mon article Qui sont les anthroposophes ?) ! Tout deviendrait alors beaucoup plus clair pour tout le monde. Le malheur, c’est que jamais les anthroposophes n’accepterons de désigner l’anthroposophie comme une religion, puisqu’ils sont persuadés qu’il s’agit d’une science (A ce sujet lire également mon article Qui sont les anthroposophes ?). Les anthroposophes ne veulent en effet absolument pas reconnaître que l’anthroposophie est une doctrine. Pour eux, c’est la vérité. Les écoles Steiner-Waldorf sont ainsi placées dans une situation insoluble qui les conduit à mentir à tout le monde (aux enfants, aux parents, aux professeurs non-anthroposophes qu’elles recrutent, à l’Éducation Nationale et finalement à elles-mêmes), parce qu’elles sont écartelées entre la nécessité pour être honnêtes de se désigner elles-mêmes en tant qu’écoles de la religion anthroposophique, et les anthroposophes qui refusent de considérer l’anthroposophie comme une religion. C’est à cette contradiction fondamentale, qui est la racine du mal, que la Fédération des Ecoles Steiner-Waldorf aurait du se confronter après la lecture de mon article paru sur le site de l’UNADFI. Ce n’est pas le choix stratégique qui a été fait. Marie-Céline Gaillard, actuelle Présidente de la Fédération, qui a été ma professeur et ma responsable de classe pendant quatre ans à l’École de Verrières-le-Buisson, devra assumer devant l’Histoire et sa conscience ce manque de courage, d’intelligence et d’initiative face aux exigences de la situation, quelque puisse-t-être la suite des événements.

b) Les pressions des « villages Steiner » sur leurs concitoyens

Prenons maintenant le deuxième cas de figure problématique que nous évoquions, à savoir celui de la personne qui vit dans un « village Steiner », c’est-à-dire un environnement social où de très nombreuses institutions sont d’origine anthroposophique et où certains postes de représentation sont occupés par des anthroposophes ou des membres du milieu anthrposophique. En France, c’est le cas de certains villages en Mayenne et en Alsace. L’influence des anthroposophes peut alors s’étendre jusqu’au canton. En Suède, en Allemagne et en Suisse, certains ministres sont des anthroposophes. Est-il alors réellement possible à une personne vivant dans un tel environnement de faire preuve d’esprit critique à l’égard des institutions anthroposophiques ? Une personne ayant lu mon article et souhaitant accréditer mon témoignage m’écrivait récemment qu’elle était embarrassée, car son sens de la vérité l’incitait à témoigner en ma faveur, mais sa crainte des répercussions possibles sur sa vie de tous les jours l’arrêtait. Car elle n’avait pas, pour l’heure, les moyens de déménager. Nous sommes ici en présence d’un cas typique où la personne n’a pas la possibilité de s’extraire complètement du milieu anthroposophique, et donc d’échapper aux éventuelles pressions que nous avons décrit dans cet article. Une telle situation peut constituer un véritable calvaire. Personne ne désire vivre en paria dans son village. Qu’en serait-il de la possibilité d’échapper à ces pressions dans un monde où l’anthroposophie aurait conquis l’ensemble des institutions et se serait partout répandue ?

c) Les pressions sur les salariés des institutions du « Mouvement anthroposophique »

Prenons enfin le cas de figure de la personne salariée d’une institution du « Mouvement anthroposophique », comme une école Steiner-Waldorf, une succursale Weleda ou une ferme biodynamique. A première vue, rien ne la retient prisonnière de ces institutions si elle découvre qu’elle n’est plus en accord avec l’idéologie qui les sous-tend. A ceci près qu’elles n’ont bien souvent pas été suffisamment informées de la nature de cette idéologie à temps. En effet, les écoles Steiner-Waldorf par exemple prennent souvent un temps trop long pour informer des soubassements de leur pédagogie la personne non-anthroposophe qu’elles sont parfois amenées à recruter. Les pédagogues de ces écoles se disent : « Laissons la personne s’adapter, ne la brusquons pas, on lui dira les choses plus tard, etc ». Ils se disent aussi : « Normalement, il faut participer bénévolement aux tâches de l’école comme les surveillance des cantines, des récréations, venir aux multiples réunions pédagogiques, faire le ménage, animer les réunions de parents et préparer les expositions pédagogiques. Mais si nous lui disons tout ça dès l’embauche, nous risquons de la faire fuir. Laissons lui le temps d’apprécier notre pédagogie, de s’intégrer à l’école et ensuite on lui en demandera davantage ». Mais ainsi, ce qui partait peut-être à l’origine d’une bonne intention s’avère catastrophique. Car la personne est progressivement surchargée de travaux qu’elle ne croyait pas devoir accomplir, alors que sa période d’essai est largement dépassée. J’ai ainsi travaillé dans une école où l’on annonçait après deux ans seulement de quelle nature était la participation intégrale d’un professeur à la vie de son école. Il n’est alors plus possible à personne de revenir en arrière, sauf à rentrer dans un conflit pouvant aller jusqu’aux instances prud’homales. En outre, le fait de ne pas annoncer clairement dès l’embauche la couleur quant à la nécessité d’adhérer à la doctrine anthroposophique pour travailler dans ces écoles peut avoir des effets des plus pervers. En effet, là encore, les pédagogues anthroposophes qui recrutent se disent souvent : « Laissons à cette personne le temps de se familiariser avec l’anthroposophie avant de lui demander si elle veut y adhérer. On a bien le temps ». Là encore, ce qui partait peut-être d’une bonne intention peut avoir des aspects désastreux une fois la période d’essai révolue. Car que se passe-t-il nécessairement si la personne recrutée ne manifeste finalement pas la volonté de s’intéresser à l’anthroposophie ? Elle appartiendra à une institution dont l’identité repose sur l’anthroposophie alors qu’elle ne veut pas devenir anthroposophe. Les pédagogues anthroposophes ne pourront alors et à juste titre que la considérer comme une menace pour l’identité de leur école et la spécificité de leur pédagogie, auxquelles ils tiennent plus que tout. Le risque est alors grand qu’ils se mettent à exercer, consciemment ou inconsciemment, des pressions, des pratiques de persécution et même du harcèlement sur ces professeurs non-anthroposophes. Tout simplement parce qu’ils perçoivent en eux un danger par rapport à l’identité de leur communauté. C’est pourquoi les écoles Steiner-Waldorf devraient mettre un point d’honneur à annoncer clairement dès le départ aux personnes qu’elles recrutent qu’il est absolument nécessaire d’être anthroposophe pour travailler chez eux. Mais à chaque rentrée, lorsque plusieurs professeurs de plusieurs matières manquent et que les parents menacent de retirer leurs enfants si la situation perdure, privant ainsi l’école des revenus financiers nécessaires à sa survie, la tentation est très grande de ne pas être aussi honnête que nécessaire. La Fédération des Écoles Steiner-Waldorf, plutôt que d’intenter des procès à ceux qui, comme moi, dénoncent ce qui se passe réellement au sein de ses établissements, devrait plutôt consacrer son énergie à ce que de telles situations inacceptables ne se produisent jamais. Quand on est droit, on doit mettre un point d’honneur à ne pas laisser subsister des situations de mensonges et de contradictions qui peuvent briser des individus. « Mieux vaut perdre une école que de recruter sans dire ce que nous sommes », devrait être le mot d’ordre de cette Fédération. Cela devrait également devenir celui de toutes les institutions appartenant au « Mouvement anthroposophique » !

Conclusion

Enfin, je voudrais terminer cet écrit sur des considérations d’ordre plus actuelles. Depuis plusieurs années, des voix s’élèvent un peu partout dans le monde pour dénoncer l’anthroposophie et ses institutions dérivées. Celles de Dan Dugan, de Roger Rawlings, de Lydie Baumann-Bay, etc. Nous sommes probablement au début d’un processus inéluctable qui ira en s’amplifiant. En raison de leurs dysfonctionnements et de leurs ambiguïtés, les écoles Steiner-Waldorf sont dans la ligne de mire. Il y a maintenant presque un siècle que la pédagogie Steiner-Waldorf existe : pourquoi n’a-t-elle jamais réussi à percevoir et à régler par elle-même les contradictions fondamentales dans lesquelles elle est embourbée ? Une telle incapacité ne n’explique-t-elle pas par la volonté de garder un système produisant les effets pervers que nous avons décrits ? Cette persistance dans l’erreur produisant des dégâts humains considérables est finalement ce qui ressort de plus suspect et tendrait à accréditer la thèse de la secte. En effet, si l’anthroposophie et les écoles Steiner-Waldorf ne sont pas une secte, pourquoi persistent-elle depuis si longtemps dans des fonctionnements et des positionnements les obligeant à adopter des stratégies de dissimulation et engendrant nécessairement des pressions destructrices de type sectaire ? C’est la raison pour laquelle la société civile et les pouvoirs publics sont aujourd’hui dans l’obligation morale d’intervenir à leur sujet, car le problème constitutif de cette pédagogie semble trop profond pour pouvoir être réglé de manière interne. C’est aussi la raison d’être de mon témoignage. Les lourds nuages qui s’amoncellent au-dessus des écoles Steiner-Waldorf sont à ce titre pleinement légitimes. Pourtant, les écoles Steiner-Waldorf et leurs institutions représentatives, ainsi que les sympathisants du milieu anthroposophique, qui n’ont pas pu ou voulu faire le travail de clarification nécessaire en dépit de nombreux signaux d’alerte, percevront comme des « attaques » ce qui doit arriver. Et ils y répondront comme à des attaques. Jusqu’ici, l’anthroposophie et les institutions d’origine anthroposophique s’étaient contenté d’une place en marge de la société, se faisant aussi discrètes que possible et cherchant à ne pas attirer l’attention des pouvoirs publics. Elles se contentaient d’exister, comptant sur leur lente et progressive croissance, vivant dans l’espoir d’une décadence généralisée ou d’une catastrophe mondiale selon eux inéluctable qui leur permettraient de se positionner un jour comme des solutions à tous les maux de la société. Mais si ce genre de perspectives disparaissait, si au contraire les institutions du milieu anthroposophique se sentaient soudain menacées jusque dans leurs existences, quelles seraient alors les réactions des anthroposophes ou des sympathisants du milieu anthroposophique ? Se contenteraient-ils d’exercer leurs pressions uniquement dans le cadre de ceux qui consentent à rester dans leurs cercles, comme ils l’ont fait jusqu’ici ? Ou seraient-ils capables d’actes plus extrêmes ? J’ai montré dans trois des articles publiés sur mon blog (Qui sont les anthroposophes ?, Éléments explicatifs de l’enferment mental provoqué par l’anthroposophie, et L’Emprise de l’anthroposophie) comment la doctrine de l’anthroposophie, construite sur ce que je crois être une insincérité fondamentale de la pensée (un écartèlement entre une prétention scientifique et une nature religieuse), finissait par provoquer des troubles psychiques importants. Cela fait maintenant plus d’un siècle que les anthroposophes et les institutions anthroposophiques vivent dans des contradictions insolubles qui les plongent dans le mensonge et une certaine forme de folie. Que l’un des très hauts dirigeants de la Société Anthroposophique Universelle exprime le fait qu’il se sente entouré de « zinzins », selon ses propres termes, est à ce titre très inquiétant dans le contexte présent. Quelles seront les réactions de tels « zinzins » s’ils croient que leur univers et leur raison de vivre sont menacés, ou si le mensonge qui les constitue est amené au grand jour ? Depuis la parution de mon article sur le  site de l’UNADFI, cette question s’impose à mon esprit. Je ne vis pas dans la peur, car celui qui a fait ce qu’il estimait juste et conforme à sa conscience ne connaît pas la peur. Mais la crainte, oui.

En choisissant délibérément, notamment dans le droit de réponse qu’elle a fait publié sur le site de l’UNADFI, une stratégie juridique et communicationnelle de « diabolisation » de ma personne, la Fédération des Écoles Steiner-Waldorf se rend-t-elle compte qu’elle porterait l’entière responsabilité morale de tout acte pénalement répréhensible perpétré contre moi par les membres du milieu anthroposophique ?

Le lecteur intéressé pourra compléter utilement la lecture de cet article par celui intitulé Considérations sur la rareté des témoignages concernant le milieu anthroposophique.

Licence Creative Commons
Les pressions du milieu anthroposophique de Grégoire Perra est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 3.0 non transposé.
Basé(e) sur une oeuvre à gregoireperra.wordpress.com.
Les autorisations au-delà du champ de cette licence peuvent être obtenues à https://gregoireperra.wordpress.com/.

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Responses

  1. A reblogué ceci sur La Vérité sur les écoles Steiner-Waldorf.


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