Publié par : gperra | 2 mai 2012

Essai de typologie des membres dirigeants de la Société Anthroposophique

Essai de typologie des membres dirigeants de la Société Anthroposophique

Il existe à mon sens plusieures sortes de personnalités charismatiques de l’anthroposophie. Elles sont ici présentées en fonction de leur capacité à constituer autour d’elles des groupes fermés :

  • Les « synthétiseurs ». Contrairement à la plupart des anthroposophes qui ne font bien souvent que répéter inlassablement les idées de Steiner sans être en mesure de les comprendre, véritables perroquets humains, ceux que j’appelle les « synthétiseurs » travaillent inlassablement à résumer l’œuvre de Steiner et à en proposer des synthèses plus ou moins pertinentes. Ils jouissent d’un certain charisme, car leur façon de procéder donne l’illusion qu’ils se sont approprié les propos du Maître. Leur rôle est à mon sens celui de simples rouages de la Société Anthroposophique. Ils en dirigent souvent l’une des branches ;

  • Les conférenciers, ou « têtes pensantes », spécialistes d’un domaine de l’anthroposophie. Ces personnes sont autorisées à pratiquer l’exégèse des idées de Steiner, à ne pas se contenter de sa mémorisation ou sa récitation, mais à réfléchir à partir de son œuvre et tenter d’en produire une compréhension au sens véritable de terme. Une telle activité est réservée aux personnalités les plus fiables. Ils ont un rôle de dirigeants. Ils usent à mon avis de leur intelligence comme un moyen d’obtenir, de la part de la masse hébétée, une certaine considération et le pouvoir qui va avec. Ils font en quelque sorte figure de dieux parmi les sots. Ces personnes deviennent des figures charismatique en s’appropriant un ou deux domaines de la doctrine anthroposophique. Quand on connaît la Société Anthroposophique de l’intérieur, on s’aperçoit que celle-ci est organisée autour de quelques personnes qui se posent en spécialistes de différents domaines : le Goethéanisme, les mythes, contes et légendes, la zoologie anthroposophique, la botanique anthroposophique, la philosophie anthroposophique, l’histoire du monde vue par l’anthroposophie (divisée en quelques périodes ou thèmes ayant chacun leur spécialiste, comme les Templiers, les Croisades, la période gréco-romaine, la période égyptienne, etc), le christianisme anthroposophique, les saisons du point de vue de l’anthroposophie, la pédagogie Steiner-Waldorf, l’économie anthroposophique, la méditation anthroposophique, etc. A chaque thème sa figure charismatique. Ces places sont chères et jalousement gardées. Il arrive cependant que certaines figures particulièrement marquantes s’accaparent plusieurs domaines et accroissent ainsi leur sphère d’influence. Le statut de conférencier dépasse le simple cadre du partage de recherches intellectuelles auprès d’un public : chez les anthroposophes, c’est en effet autour du partage des représentations communes que s’effectue ce qu’ils appellent la « communion spirituelle ». Une conférence n’est pas pour eux un simple moyen de communiquer des idées, mais un acte de communion sacramentelle. Ainsi, les « conférenciers » ont implicitement un rôle de pasteurs des esprits. Lorsqu’ils parlent, ils officient. Une condition absolue à l’exercice de leur activité est de ne remettre en question ni Steiner ni les propos de leurs homologues, afin de donner l’impression d’une cohésion pastorale.

  • Les « lecteurs de classe ». Pour bien comprendre le monde des anthroposophes, il est important de s’intéresser un moment à cette fonction de lecteur de classe. Ce sont eux qui dirigent l’École de Science de l’Esprit, c’est-à-dire un cercle d’anthroposophes plus fermé qui a le droit s’assister aux lectures et d’intégrer les Sections professionnelles. Les lecteurs sont répartis un peu partout sur le territoire et se réunissent entre eux, notamment pour coopter ceux qui auront le droit de les rejoindre. On est donc ici dans quelque chose qui s’apparente à la succession apostolique. Les Sections Professionnelles ne sont pas nécessairement dirigées par des lecteurs, mais par de simples membres de l’École de Science de l’Esprit. La lecture consiste à lire des conférences spéciales de Rudolf Steiner réservée aux membres de l’École de Science de l’Esprit1. Les mantras de cette Classe sont des sortes de codes renvoyant à ces conférences lues, sans lesquelles il est impossible de les comprendre. Sans entrer dans le détail de ces lectures, on peut dire qu’elle ont une sorte de caractère cultuel non seulement par le fait qu’une personne vivante prête sa voix à Rudolf Steiner en le faisant parler comme s’il était là, mais aussi par le fait qu’elles se terminent par la récitation d’un mantra, accompagné de gestes cérémoniels et magiques (pour permettre notamment à l’entité cosmique de l’archange Michaël d’être présente). Les anthroposophes se défendent d’un tel caractère cultuel, parlant de simple exercice de la pensée. Mais il ne faut pas s’y tromper, cette fonction de lecteur s’apparente en définitive à celle de prêtre, sans que la chose soit dite ouvertement. Rudolf Steiner parle même au sujet de ces lectures de « culte inversé ». Une telle fonction de lecteur est vécue comme une sorte de grade honorifique supérieur. Bon nombre de lecteurs se prennent en effet au jeu de l’admiration béate que leur fonction suscite. C’est pourquoi j’appelle ces lecteurs de classe les prêtres-anthroposophes2.

  • « Le prêtre-président ». J’emprunte cette formule au livre de José Dupré, Anthroposophie et Liberté3, qui traduit de façon remarquable la véritable fonction du Président de la Société Anthroposophique Française, ou d’autres pays. Cette personnalité a en effet le rôle de produire, à différentes occasions comme les congrès, les assemblées annuelles, les réunions de branches, des discours qui sont en même temps des prêches.

  • Les « sommités de Dornach » constituent des personnalités encore supérieures en grade au « prêtre-president ». Elles sont généralement membres de ce que les anthroposophes appellent le « Vorstand », c’est-a-dire le Comité Directeur de la Société Anthroposophique Universelle. Elles ont chacune leur « zone d’influence », ou « domaine réservé », pouvant comprendre plusieurs pays. Par exemple,  Bodo von Plato possède la France dans sa zone d’influence, ce qui signifie que les membres du Comité Directeur de la Société Anthroposophique en France doivent travailler sous ses ordres. Ces  zones d’influence constituent des lieux où ils se rendent régulièrement pour se montrer et faire des conférences. À ma connaissance, ces « sommités de Dornach » sont très très bien rémunérées. Le parking du Goetheanum est rempli de leurs grosses voitures. Comme ils ont des logements de fonction, il leur arrive de faire agrandir leurs maisons simplement parce qu’un jour ils ne trouvent plus de place pour ranger un livre dans leur bibliothèque, comme me l’a un jour raconté un ancien camarade de classe qui suivait une formation au Goetheanum et y avait vécu trois ans.
  • Les « rebels  de service » sont des dirigeants de petits groupes d’anthroposophes, souvent en disgrâce ou en rupture vis-a-vis de la Société Anthroposophique. Ils la critiquent ouvertement, parfois dénonçant sa corruption interne, mais toujours au nom de l’Anthroposophie et de Rudolf Steiner, qu’ils ne remettent jamais en question. Christian Lazarides ou Francis-Paul Emberson sont de bons exemples de ces rebels de service. Ils constituent autour d’eux des communautés de dissidents qui en réalité sont encore plus anthroposophes que les  anthroposophes, c’est-a-dire des fanatiques.
  • Les « voyants-mediums » anthroposophes constituent la dernière catégorie des dirigeants de l’Anthroposophie. Il s’agit de personnes qui laissent entendre qu’elles ont des capacités médiumniques, ou plus exactement de que les anthroposophes appellent la « clairvoyance ». Par exemple de percevoir les incarnations passées des êtres humains, de dialoguer avec les êtres élémentaires, d’être inspirés par les anges, de converser avec le Christ éthérique, de voyager dans le monde astral, de lire dans la « chronique de l’akasha », d’entrer en contact avec les défunts, etc. Pour justifier de ces dons particuliers, elles font comprendre qu’elles les ont acquis grâce à la pratique des exercices meditatifs préconisés dans les ouvrages de Rudolf Steiner. Elles se défendent en revanche de les posséder en raison de ce que les anthroposophes appellent une  « clairvoyance atavique », c’est-a-dire instinctive et héritée sans efforts, qui est sévèrement condamnée par le Maître. Les médiums au sens courant du terme appartiennent pour les anthroposophes à cette catégorie. Ainsi, pour les anthroposophes, il y a les voyants-anrhroposophes et les médiums ordinaires, qu’il ne faut pas assimiler. Du fait même de l’impression que ces prétentions à la médiumnité anthroposophique produit sur leurs entourages, ces voyants-anrhroposophes se comportent bien souvent au sein de leurs  cercles fermés comme des gourous au sens classique du terme, c’est-a-dire profitant de leur pouvoir de séduction de manière sexuelle ou pécuniaire. J’ai ainsi connu quelques  voyants-anrhroposophes couchant avec à peu près toutes les femmes qui les entouraient, et/ou amassant des sommes d’argent considérables sur leurs propres comptes en banque, grâce aux « dons » qu’ils avaient récoltés.

Nous avons ainsi détaillé les principales fonctions de représentation charismatique de l’anthroposophie. Mais il est important de souligner que plusieurs sont susceptibles d’être cumulées par un seul individu. Ainsi, un conférencier spécialiste d’un domaine peut être en même temps « prêtre-président », et accroître ainsi sa sphère d’influence. Il peut aussi exister des synthétiseurs-conférenciers, proposant des conférences qui ne sont rien d’autres que des compilations plus ou moins réussies d’œuvres de Steiner. Chacun de ces personnages, synthétiseurs ou conférenciers, sont souvent les centres de petits groupes d’anthroposophes. Je me souviens ainsi de l’enterrement de l’un de ces personnages, auquel était venu assister toute sa petite communauté éplorée. L’une de ses membres s’était alors écrié : « L’image qui me vient maintenant, c’est que nous sommes comme la communauté de Jean-le-Baptiste après sa décapitation. C’est comme si il s’était sacrifié pour devenir l’âme de notre communauté après sa mort, comme Jean-le-Baptiste est devenu l’âme communautaire des apôtres que le Christ a envoyé en mission. ». Partout en France, il existe ainsi des petites communautés anthroposophiques constituées autour de telles figures charismatiques.

Tout se passe en fait dans la Société Anthroposophique comme si le personnage originel de Steiner, qui cumulait autrefois toutes ces activités et ces fonctions, s’était en quelque sorte divisé en une pluralité de petits personnages charismatiques. Tandis que Steiner était à la fois conférencier, voyant, spécialiste de nombreux domaines, s’exprimant sur tous les sujets, la Société Anthroposophique possède une pluralité de dirigeants anthroposophes capable d’incarner chacune des virtualités du personnage fondateur. Elle est dirigée par une multiplicité de petites personnalités charismatiques qui sont comme des fragments du gourou originel.

Il faudrait aussi ajouter que l’on trouve encore bien souvent dans le milieu anthroposophique un cas particulier que l’on peut appeler celui des « couples-gourous », c’est-à-dire un mari et sa femme cumulant diverses fonctions décrites plus hauts et se plaçant au centre d’un groupe ne jurant plus que par lui. Je pense que ces « couples-gourous » sont des répliques du « couple-gourou originel » qu’a du former celui de Rudolf et Marie Steiner.

Le lecteur pourra prolonger utilement la lecture de cet article par celui intitulé Éléments explicatifs de l’enfermement mental provoqué par l’anthroposophie.

1Rudolf Steiner, Leçons ésotériques de la 1ère classe, Ed. EAR.

2 Il ne faut pas confondre ce statut de lecteurs avec les prêtres de la Communauté des Chrétiens, fondée par Steiner, qui assume quant à eux ouvertement une fonction pastorale. Cette confusion est rendue possible par le fait que ces prêtres de la Communauté des Chrétiens sont membres de droit de l’École de Science de l’Esprit.

3 José Dupré, Rudolf Steiner, l’anthroposophie et la liberté, Ed. Clavellerie.

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Responses

  1. A reblogué ceci sur La Vérité sur les écoles Steiner-Waldorf.


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