Publié par : gperra | 22 février 2012

Mon adaptation du Mahabharata

Le Mahabharata

Adaptation de Grégoire Perra

à partir du texte de Jean-Claude Carrière.

Personnages

Les Femmes :

Gandhari

Draupadi 

Kunti

Madri 

Servante 

Les Pandavas :

Bhima 

Arjuna 

Nakula 

Sahadeva 

Yuishsthira 

Les Kauravas :

Duryodhana 

Karna 

Dushassana 

Dhritarashtra 

Dieux et Démons :

Urvasi 

Hidimbi 

Hidimba (le Rakshassa) 

Shiva 

Krishna 

Tableau n°1 :

Le mariage de Gandhari

Nakula : En Inde, autrefois, il y avait un grand royaume dont le nom était Hastinapurna, dont le roi était aveugle de naissance.

Sahadeva : On avait tenu secrète cette infirmité, jusqu’au jour où Dhritarashtra fût en âge de se marier.

Nakula : Une jeune princesse du Nord, qui s’appelait Gandhari, fut choisie pour être l’épouse du grand roi. Elle vint avec son escorte joyeuse, traversant tout le pays au milieu des fêtes, des chants, des jets de poudre de couleur.

Une procession joyeuse accompagne Gandhari. Elle arrive jusqu’à Hastinapurna.

Sahadeva : Arrivée à Hastinapura, en attendant le jour de ses noces, elle s’installa à l’écart. Sa servante favorite, chaque jour, visitait la ville célèbre. Ensuite elle raconta à la reine mille merveilles.

Nakula : Un jour, à son retour de promenade, cette même servante parue soudain bouleversée.

Gandhari : Qu’est-ce qui te bouleverse ? Toi que je voyais rayonnante, qu’y a-t-il ?

Servante : Princesse…

Gandhari : Réponds-moi : où es-tu allée ? Qu’est-ce que tu as vu ?

Servante : J’ai pénétré dans le palais des princes…

Gandhari : Eh bien ?

Servante : J’ai vu… J’ai vu Dhritarashtra, votre futur époux.

Gandhari : Tu l’as vu ?

Servante : Oui.

Gandhari : Comment est-il ? Il est beau ? Il est fort ?

Servante : Il est fort, oui, il est tres fort.

Gandhari : Alors pourquoi pleures-tu ? Parle-moi !

Servante : Princesse, on vous a trahie, Dhritarashtra est aveugle.

Gandhari : Que dis-tu ?

Servante : Aveugle de naissance.

Gandhari : C’est impossible, un roi ne peut pas être aveugle, tu as dû te tromper.

Servante : J’ai demandé à un vieux garde. Dhritarashtra est aveugle. Ses yeux ne s’éclaireront jamais.

Gandhari : Et on me l’a caché ? On a préparé mes noces, on les annonce, mon époux aux yeux vides s’avance en tâtonnant dans les ténèbres, on lui tient la main, on le guide… Non, ce n’est pas possible, on t’a menti. Aveugle, il ne pourrait régner que sur la nuit, sur les monstres qui respirent hors de notre vue, parmi les cris d’un peuple malsain, déchiré, d’un peuple qui n’est plus un peuple.

Servante : Il est aveugle, je l’ai vu.

Gandhari reste un moment immobile.

Gandhari : À quoi bon mes fards et mes vêtements, si mon époux ne doit jamais me voir ? Pourquoi mes cheveux ? Pourquoi le rouge sur mes lèvres ? Pourquoi ma chair et mes yeux ? Domme-moi mon voile.

La servante tend un voile à Gandhari, qui est maintenant très calme et qui la regarde un instant.

Servante : Que regardez-vous ?

Gandhari : Je te regarde, toi, ma dernière image dans ce monde.

Servante : Que faîtes-vous ?

Gandhari se noue un bandeau sur les yeux.

Gandhari : Je pose un bandeau sur mes yeux, je le noue fermement, je ne l’enlèverai jamais. Prends ma main, conduis-moi auprès de mon époux. Ainsi je ne pourrais jamais lui faire reproche de son malheur.

La servante prend Gandhari par la main. À ce moment paraît Dhristarastra, le roi aveugle. Gandhari, en musique, va rejoindre son époux. Il passe une main sur le visage de Gandhari, touche son bandeau, la prends dans ses bras. Ils s’éloignent ensemble.

Tableau n°2

La Naissance des Kauravas.

Nakula : Quand Gandhari fut enceinte, elle porta son fruit pendant deux ans.

Sahadeva : Rien ne se présentait. Son ventre était pesant, très dur.

Gandhari réapparait, tenant son énorme ventre à deux mains. La servante vient vers elle :

Gandhari : Prends une barre de fer.

Servante : Quoi ?

Gandhari : Obéis-moi. Prends une barre de fer. (La servante saisit une barre de fer.) Frappe-moi sur le ventre ! fort ! (La servante hésite.) Fais ce que je te dis ! Frappe très fort ! Frappe ! (La servante frappe Gandhari avec la barre de fer.) Plus fort ! Plus fort, je te dit ! (La servante frappe avec plus de force.) Plus fort encore ! Vas-y, frappe ! Oui ! Encore ! Je sens que tu me délivres ! Frappes ! (Gandhari pousse un cri. La servante cesse de la frapper. Une grosse boule apparaît entre les jambes de la reine.) Qu’est-ce qui vient de sortir de mon ventre ?

Servante : Une boule de chair. On dirait du métal…

Gandhari : Elle crie ? Elle bouge ?

Servante : Non, elle est froide et dure.

Gandhari : Jette cette boule dans un puits et laisse-moi seule.

Nakula : Non, ne jette rien ! Coupe cette boule en cent morceaux, mets les dans cent jarres de terre cuite, arrose les d’eau fraîche, il en naîtra cent fils.

La servante s’en va en emportant la boule.

Sahadeva : Le premier reçut la lumière en hurlant comme un âne féroce. Des cris épouvantés lui répondirent dans les rues de la ville, dans la campagne, dans les bois. Les chiens hurlaient de peur et de rage, mais aussi les chacals, les oiseaux sauvages, et même le vent. On l’appela Duryodhana, le dur à vaincre.

Nakula : Naquirent ensuite Dussassanah et Karna. Duryodhana, Dussassanah et Karna : les trois aînés des cent frères porteurs de violence.

Tableau n°3

La naissance des Pandavas

Nakula : Dhristarashtra prit également deux autres femmes : Kunti et Madri. Mais il se refusait, par amour pour Gandhari, de leur faire l’amour et de leur donner ainsi des enfants qui pourraient un jour contester le trône à ceux de Gandhari.

Sahadeva : Kunti et Madri décidèrent alors de se rendre sur le toit du monde, l’Himalaya. Munies de Mantras puissants, elles invoquèrent les dieux afin qu’ils leur donnent eux-même une descendance.

Nakula : C’était possible en ce temps-là.

Kunti : Je dois te faire un aveu : je possède un mantra, un pouvoir magique.

Madri : Qui te l’a donné ?

Kunti : Un ermite tout puissant, pour me récompenser de l’avoir bien servi. J’avais quatorze ans.

Madri : Quel pouvoir te donne ce mantra ?

Kunti : Le pouvoir d’évoquer un dieu, à ma volonté.

Madri : Et d’avoir un enfant de lui ?

Kunti : Oui.

Madri : Comment peux-tu en être sûre ?

Kunti : j’en suis sûre.

Madri : L’as-tu déjà mis à l’épreuve ?

Kunti : Non, jamais

Madri : Prononce ton mantra, vite, n’hésite pas.

Kunti : Quel dieu d’abord évoquerai-je ?

Madri : Évoque Dharma, oui, Dharma, car rien n’est au-dessus de lui. Dharma, le dieu de la droiture, de la loi, de la marche correcte du monde.

Kunti commença par évoquer le Dharma. Elle se recueille, prononce son mantra,

Kunti :Celui duquel le monde est venu

Celui auquel il retourne

Celui pour lequel il est fondé

Lui, qui se connaît lui-même,

Qu’il soit loué et glorifié

Ô toi, lumière de l’infini silence

Que les dieux eux-mêmes ne peuvent décrire

Nous te saluons

Donne-nous le feu purificateur. Qu’il ensoit ainsi

(Mantram tiré des Oupanishads)

Nakula : On vit à l’instant même une lueur courir dans le ciel, écartant les ténèbres, faisant frémir les montagnes. (Yudishsthira apparaît sur la scène.)

Sahadeva : Le fils de Dharma. Elle le nomma Yudishsthira et elle su qu’il était né pour être roi, pour être le meilleur des rois.

Madri : Évoque maintenant Vayu, le dieu du vent.

Nakula : On sentit un éboulement dans les montagnes blanches, une grande force coucha les arbres, une lumière se précipita vers elle à travers le ciel et un fils apparu. (Bhima apparaît sur la scène.)

Sahadeva  : C’était Bhima, le fils du Vent, à la force immense, incomparable. Alors Kunti pris une initiative.

Kunti : J’évoque maintenant Indra, le roi des dieux.

Nakula : Elle osa appeler Indra lui-même, le roi des dieux, pour lui demander un fils parfait, noble et fort, le meilleur des princes.

Sahadeva : Indra obéit au mantra. Une lueur parcourut le ciel, un frisson agita les arbres et un troisième fils apparu. (Arjuna apparaît sur la scène.)

Nakula : Kunti sut, à l’instant-même, qu’il s’appelerait Arjuna. Arjuna l’invincible, le conquérant, le meilleur combattant du monde. Arjuna, auquel ni homme ni femme ne devait résister.

Madri : Kunti, prêtes-moi ton mantra , que j’ai des enfants moi-aussi.

Kunti : Madri, évoque les Aswins, les dieux jumeaux aux yeux dorés.

Nakula et Sahadeva : Et par une seule invocation, elle donna naissance à deux enfants superbes, des jumeaux qui furent aussitôt nommés Nakula et Sahadéva. (Nakula et Sahadéva se présentent mutuellement.)

Kunti : Voici Yudishsthira, notre premier né, fils de Dharma, irréprochable. Yudishsthira, qui sera roi. Voici Bhima, le fils du vent, à la force immense. En naissant, il est tombé sur un rocher et il l’a brisé. Voici Arjuna, fils du roi des dieux, Arjuna l’invincible, le premier combattant du monde.

Madri : Voici nos fils jumeaux. Nakula et Sahadeva, unis comme la patience et la sagesse.

Kunti : Cinq fils venus des dieux.

Tableau n°4

Le mariage de Draupadi

Nakula : Cinq fils qui eurent une seule épouse Draupadi, l’étoile des femmes.

Sahadeva : Un jour qu’Arjuna revenait joyeux d’un tournoi au cours duquel il avait remporté la main de la princesse d’un royaume voisin, sa mère dit, avant même qu’il ne franchisse la porte…

Arjuna : Mère, devine ce que j’ai gagné !

Kunti répond sans se retourner :

Kunti : Tu partageras avec tes frères !

Arjuna : Mais c’est une femme.

Kunti se retourne, voit Arjuna et une femme, qui vient d’apparaître.

Arjuna : Je l’ai gagnée dans un tournoi, très loin d’ici. Tous les princes de la terre la convoitaient. Je l’ai gagné et elle m’a choisi.

Kunti : Qu’est-ce que j’ai dit ?

Arjuna : Tu as dit : tu partageras avec tes frères.

Kunti : Je ne peux pas retirer ma parole. Il faut faire ce que j’ai dit. Comment s’appelle-t-elle ?

Arjuna : Draupadi. Elle est l’étoile des femmes.

Kunti : Il faut faire ce que j’ai dit. Vous devez partager entre vous cinq, mais sans que le malheur vous frappe.

Arjuna fait entrer Draupadi et la présente à ses autres frères. Les cinq pandavas réfléchissent.

Yudishsthira : Je pose une question : est-ce que nous aimons tous cette femme ?

Bhima : Oui, moi je sens déjà que je l’aime.

Arjuna : Je l’aime profondément.

Nakula : Moi aussi.

Sahadeva : Moi aussi.

Yudishsthira : Moi aussi je l’aime, je le sens. L’amour est apparu comme une lumière au milieu de nous. Puisque notre mère ne peut pas avoir prononcer un mensonge, puisque nous aimons tous Draupadi, nous devons l’épouser tous les cinq.

Kunti : Oui, c’est très bien ainsi. Draupadi aura cinq époux.

Nakula : Et si la division nous vient de cette femme ? S’il en est un de nous qu’elle préfère ? Un qu’elle méprise ? Si la jalousie nous déchire à cause d’elle ?

Kunti : Ce que j’ai dit est dit. Le destin s’est glissé dans ma voix par surprise. Elle doit être votre épouse, elle le peut. Que pour cette première nuit un sommeil commun vous unisse. Protégez-là.

Les Cinqs Pandavas et Draupadi se disposent pour la première nuit. Ils couchent tous les cinqs côte à côte et Draupadi s’endort à leurs pieds.

Nakula : Quand ils revinrent au palais de Dhritarashtra, accompagnés de leurs deux mères et de Draupadi, le roi du les reconnaître et leur accorder des terres. Mais sa préférence allait aux cent fils de Gandhari. Aussi leur donna-t-il les terres de Khandavas-Prastha, des marécages puants et des forêts lugubres.

Sahadeva : Les cinq frères acceptèrent pourtant et se mirent au travail. Ils transformèrent bientôt ce pays infecte en ensemençant la terre, en creusant des lacs aux eaux douces et en bâtissant une capitale brillante que l’univers entier venait visiter. Ils firent fleurir le désert, les champs se recouvrirent bientôt d’une épaisse chevelure de blé. Draupadi les unissait comme un ciment.

Tableau n°5

Le complot

Duryodhana entre. Il est furieux. Gandhari, sa mère, survient. Elle lui tend une assiète de nourriture. Duryodhana saisit l’assiette et la jette. À ce moment, Dushassana apparaît dans l’ombre.

Gandhari : Qui est-ce ?

Dushassana : C’est moi, Dushassana.

Gandhari : Que viens-tu faire ici ?

Dushassana : Je viens voir mon frère.

Gandhari : Il est amer et agité, il ne mange plus et ne dort plus.

Dushassana : Pourquoi ?

Duryodhana : J’ai vu tous les rois de la terre entourer Yudishthira, j’ai vu son peuple heureux, même les vieillards, même les enfants, et moi je suis comme un ruisseau tari, comme un éléphant de bois, stérile, seul, exclu, parce que mon père naquit aveugle, je ne suis pas un homme, pas même une femme. Yudishthira roi des rois, respecté, aimé, moi je n’aime rien, je ne suis rien, je vais me jeter dans le feu, boire du poison.

Dushassana : Il existe un moyen de dominer Yudishthira et je le connais.

Gandhari : Qu’as-tu imaginé ?

Duryodhana : Dis-moi ce moyen.

Dushassana : Yudishthira est un homme de vertu, incapable d’une fausseté, du plus mince mensonge, mais il est frappé d’une faiblesse : il aime le jeu. Faiblesse double, car il aime le jeu et ne sais pas jouer. Jette-lui un défi, invite-le à une partie de dés, il ne pourra pas refuser. Moi, personne au monde ne peut me battre. Je connais tous les coups, même les plus subtils. Laisse-moi jouer à ta place et je vaincrai.

Duryodhana : Il faudra jouer gros.

Dushassana : Nous jouerons gros.

Duryodhana : Tu crois que Yudishthira acceptera ?

Dushassana : Je le crois.

Gandhari : Éloigne le jeu, mon fils. Tu n’as trouvé que de l’amour dans ce palais, tu es l’aîné, tu commandes à tous. Qu’est-ce qui te manque ?

Duryodhana : Honte à celui qui dit : j’ai de quoi manger et m’habiller, je n’ai besoin de rien. Honte à celui qui ne connaît pas la colère. Leur palais a été bâti par un dieu, par Maya l’arhitecte suprême, un palais incomparable.

La scène est jouée tandis qu’il la raconte.

Arjuna me disait :

Arjuna : Regarde les murs de porphyre, les plafonds de turquoise, les poutres d’or si minutieusement sculptées !

Duryodhana : Et je les voyais ! Oui ! Je voyais un sable de perles, des terrasses en pierre de lune, et tout à coup (il claque dans ses mains) je heurte un mur que je n’avais pas vu ! Un mur invisible ! Arjuna me dit en riant :

Arjuna : C’est un chef-d’œuvre de Maya ! Tu penses à un mur et le mur existe ! Je m’avance, soudain Bhima me crie :

Bhima : Attention ! Il y a un bassin devant toi !

Duryodhana : Mais je ne vois aucun bassin ! Et pourtant j’ai les pieds mouillés ! Je cours, j’ouvre une porte, c’est un trompe-l’œil, je me cogne, je me blesse… Draupadi s’écrie :

Draupadi : C’est un aveugle, fils d’aveugle !

Duryodhana : Je roule dans un escalier, je tombe dans une citerne ! Et tous riaient comme des cruels ! Un palais-illusion ! Un labyrinthe de mirages ! Bhima-Ventre-de-Loup s’est moqué de moi, Draupadi a ri, son rire m’a percé, tout ce que j’ai vu là-bas me rend fou, les vases d’or massif, les armes, les chars, les pierres rares, les troupeaux qui attendent aux portes, les milliers de femmes, tous les trésors, les rois-barbares venus pour rendre hommage, c’est comme un abrégé du monde, la douleur m’a séparé de la vie, je me suis évanoui.

Dhritarashstra (entrant) : Calme-toi et va voir tes femmes.

Duryodhana : Mais je veux être mécontent ! Être insatisfait ! Le corps d’un homme grandit depuis sa naissance et chacun s’en réjouit. De même son désir ; son désir de puissance. J’ai des doutes sur moi-même. Il me faut résoudre ces doutes.

Gandhari : Tu as une ombre dans l’esprit. Elle t’entraîne avec une force incroyable.

Dushassana : Invitons Yudishthira à une partie de dés. Les dieux ont créée le monde en jouant, les insectes jouent avec les fleurs et les étoiles jouent dans le ciel un jeu immense aux règles inconnues. Jouons et levons les doutes !

Dhritarashstra (se retournant) : Karna est là ? Karna !

Karna : Je suis là.

Dhritarashstra : Prends un cheval, va inviter Yudishthira, dis-lui : nous jouerons aux dés entre amis.

Dushassana : Dis-lui que nous joueront à la « porte du paradis », c’est son jeu préféré.

Karna : Je pars à l’instant. (Il sort)

Tableau n°6 :

L’intervention de Krishna

Chœur : Les mondes sont peuplés d’une infinité de créatures, celles qu’on voit, celles qu’on ne voit pas, les serpents Nagas qui vivent dans les profondeurs de la terre et peuplent d’immenses palais au fond des eaux, les Rakshashas, monstres des nuits de la forêt, mangeurs de chair humaine, les Gandharvas, créatures légères qui vont et viennent entre le ciel et nous, les Apsaras, les Danavas, les Yakshas, et la longue guirlande des dieux, sur qui pèse la mort, comme tous les êtres.

Trois dieux dominent l’univers, trois dieux qui n’en sont qu’un. Brahma, le créateur, on ne le voit jamais, on croit qu’il sommeille, caché, parmi l’océan sans limites. Shiva le destructeur, l’ardent Shiva, toujours attentif à la fin des âges. Il est partout où on ne l’attend pas. Le troisième est Vishnu, qui fait le contraire. C’est lui qui maintient, c’est lui qui fait durer les mondes. Quand le chaos menace, Vishnu prend une forme terrestre et descend parmi nous pour jouer son rôle. Son action, elle est subtile, mystérieusement claire. Au même instant, il peut être partout, ici, là. Il l’eau et la feuille qui tremble, il est toi, il est le feu, il est le cœur des choses invisibles. Certains murmurent qu’il serait descendu comme Krishna, l’ami d’Arjuna. Il avait la peau sombre, les yeux noirs, souvent à demi fermés. Un demi-sourire flottait sur ses lèvres, même quand il dormait.

Nakula : Deux jours plus tard, à la tombée de la nuit, Dhritharastra fut informé que Krisna désirait le voir secrètement. Les hommes se rencontrèrent dans un pavillon abandonné, non loin du fleuve.

Sahadeva : On entendait les oiseaux de nuit, les cris des crapauds.

Dhritarashtra : Pourquoi veux-tu me voir secrètement ?

Krishna : Dhritarashtra, tu as plus de quatre fois vingt ans, tu vois venir et disparaître les générations mais ta peau ne se ride pas, ta chair reste ferme, ta voix forte, ton esprit toujours clair et profond.

Dhritarashtra : Qu’est-ce que tu veux, Krishna ?

Krishna : Une partie de dés va se dérouler ici.

Dhritarashtra : Je le sais.

Krishna : Yudishthira ne refusera pas l’invitation.

Dhritarashtra : Il ne devrait pas venir.

Krishna : Quelles que soient ses raisons de jouer, il viendra.

Dhritarashtra : Cette partie de dés cache des orages que je distingue mal.

Krishna : Moi aussi.

Dhritarashtra : Que veux-tu ?

Krishna : Dhritarashtra, ici ton autorité n’est pas discutée. Je suis venu te parler dans l’ombre pour te demander une faveur : quoi qu’il se passe au cours de la partie, quoi que tu entendes, tu ne dois pas interrompre le jeu.

Dhritarashtra : Sous aucun prétexte ?

Krishna : Sous aucun prétexte.

Dhritarashtra : Si comme moi tu distingues mal les conséquences de ce jeu, ne vaut-il pas mieux éviter le pire ?

Krishna : Qu’est-ce qui est le pire ?

Dhritarashtra réfléchit avant de répondre.

Dhritarashtra : La destruction.

Krishna : La destruction de quoi ?

Dhritarashtra : De l’action droite et de l’ordre du monde, la destruction du dharma. C’est ça, le pire.

Krishna : Et si ta race devait être détruite pour sauvegarder le dharma ? (Dhritarashtra garde le silence. Krishna insiste : ) Serais-tu prêt à sacrifier ta race ? quelle est ta réponse ?

Dhritarashtra : Cette question me tient constamment en alerte. Le sommeil me fuit comme un ennemi. Toute la nuit mon cœur bat vite.

Krishna : C’est pourquoi je te le demande : n’interviens pas. Laisse chacun aller jusqu’au fond de lui-même.

Tableau n°7 :

La parti de dés

Yudhisthira, accompagnés de ses quatre frères, fait son entrée dans le palais de Dhritarashtra. On échange des saluts et on se prépare pour le jeu, en musique. Dushassana prend place en face de Yudhisthira.

Dushassana : Convenons d’un règlement avant de jeter les dés.

Yudhisthira : Tu passes ta vie à jouer. On dit que tu connais des ruses fascinantes. Mais la tricherie est un crime : tu ne vas pas nous attaquer comme un brigand dans une impasse ?

Dushassana : Le joueur profond, qui connaît le jeu et qui réfléchit dans le calme, la tricherie ne le trouble pas. Il n’y a ici aucun crime mais simplement le jeu, tout le jeu. Un homme savant discute avec des ignorants : est-ce qu’on appelle ça de la tricherie ? Retire-toi du jeu si tu as peur !

Yudhisthira retire un collier de son cou.

Yudhisthira : Voici un collier d’or et de perles sans égales, nées dans le fracas de l’océan.

Duryodhana : Dushassana, gagne cet enjeu.

Yudhisthira et Dushassana lancent les dés.

Dushassana : J’ai gagné.

Duryodhana : J’ai des perles et de l’or, ce n’est pas ce que je désire.

Yudhisthira : J’ai des trésors immenses, de l’or et des bijoux enfermés dans quatre cents coffres. Je suis maître de cette richesse, je la joue contre toi.

Duryodhana donne son assentiment. Ils lancent les dés.

Dushassana : J’ai gagné.

Yudhisthira : J’ai cent mille servantes, jeunes, belles, parfumées, habiles dans les soixante-quatre métiers, instruites au chant et à la danse. Je les joue contre toi.

Duryodhana donne son assentiment. Ils lancent les dés.

Dushassana : J’ai gagné.

Yudhisthira : Dushassana aux doigts rapides, j’ai autant de serviteurs mâles, soumis, intelligents, adroits, habillés de soie. Je les joue maintenant contre toi.

Dushassana : J’ai gagné.

Gandhari s’adresse alors à Dhritarasthra.

Gandhari : Ils sont ivres de jeu ! Arrête-les ! Arrête ce jeu ! Il te suffit d’une parole !

Duryodhana : Je connais ta pensée, Dhritarasthra, mon père. Tu es avec nos ennemis !

Dhritarasthra : Tu crois gagner, mais tu te perds, mon fils.

Tous attendent la réaction de Dhritarasthra. Il reste silencieux.

Gandhari : Tu ne dis rien ? Pourquoi ? Ordonne !

Duryodhana : Yudhisthira, veux-tu que nous arrêtions le jeu ?

Yudhisthira : Non, continuons.

Dushassana : Qu’est-ce que tu joues ?

Yudhisthira : J’ai seize mille chars aux timons d’or, attelés à des chevaux splendides. J’y ajoute deux chevaux Gandharvains , tachetés comme des perdrix, qui m’ont été donnés par un demi-dieu. Je suis maître de cette richesse. Je la joue contre toi.

Yudhisthira jette les dés. Dushassana joue à son tour.

Dushassana : J’ai encore gagné. Que te reste-t-il ?

Yudhisthira : Mes haras, mes étables, mes vaches, mes taureaux, mes chèvres, mes brebis.

Ils jettent les dés.

Dushassana : J’ai gagné.

Yudhisthira : Ma capitale, mes terres, mes forêts, mon royaume, tous mes sujets, tout ce que je possède !

Ils jettent les dés.

Dushassana : J’ai gagné. J’ai tout gagné.

Tous commencent à s’en aller. Yudhisthira reste silencieux, immobile.

Duryodhana : Il te reste encore quelque chose ?

Yudhisthira : Il me reste mes frères, Nakula et Sahadéva, les jumeaux aux yeux dorés, fils de Madri. Ils sont une immense richesse. Je la joue contre toi.

Ils jettent les dés.

Dushassana : J’ai gagné. Les fils de Madri sont à nous.

Yudhisthira : Il me reste Arjuna, le toujours vainqueur, l’ami de Krishna. Quand il pince la corde de son arc Gandiva, il fait trembler toute chose vivante. Ni homme, ni femme ne lui résiste. Il m’est précieux comme ma vie. Je le joue maintenant contre toi.

Dushassana : J’ai gagné.

Yudhisthira : Il me reste Bhima aux épaules de lion, le plus puissant des hommes. Il arrache les arbres, il ébranle la terre, il a porté ses quatre frères et sa mère sur ses épaules, il est la force même. Je le joue contre toi.

Dushassana : J’ai gagné. Te reste-t-il encore quelque chose ?

Yudhisthira : Je reste seul de tous mes frères. Je me joue moi-même, moi, Yudhisthira. Je m’offre moi-même comme enjeu.

Ils lancent les dés.

Dushassana : J’ai gagné, et rien n’est pire que de se perdre soi-même, car la liberté est une richesse qui reste à celui qui a tout perdu. Mais tu possèdes encore quelque chose, et tu l’oublies.

Yudhisthira : Quoi donc ?

Dushassana : Tu possèdes une épouse. C’est le seul bien, que je n’aies pas gagné. Mets Draupadi en jeu et regagne tout grâce à elle.

Yudhisthira : C’est une femme qui n’est ni grande, ni petite, ni pâle, ni sombre. Elle a des vagues de cheveux noir-bleu, des yeux de la couleur du lotus, elle est la perfection de la terre et tous les désirs vont vers elle, la dernière à s’endormir, la première à se réveiller, avant les bergers. Sa peau est lisse et brillante sous la sueur. Je la joue contre toi.

Ils lancent les dés.

Dhritarasthra : Qui a perdu ? Qui a perdu ?

Dushassana : C’est encore Yudhisthira qui a perdu !

Duryodhana : Karna, vite, amène ici Draupadi, dépêches-toi, et qu’on la mette aux cuisines avec les laveuses de vaisselle ! Vite!

Tableau n°8 :

La honte de Draupadi

Karna : Draupadi…

Draupadi : Oui, que veux-tu ?

Karna : La partie de dés est terminée.

Draupadi : Eh bien ?

Karna : On te demande de venir au palais.

Draupadi : Qui me demande ? Pourquoi ?

Karna : Parce que Yudhisthira t’a perdue.

Draupadi : Que veux-tu dire : il m’a perdue ?

Karna : Il t’a perdue en jouant aux dés.

Draupadi : N’avait-il pas autre chose à jouer ?

Karna : Il a tout joué et tout perdu, ses richesses, son bétail, son royaume, ses frères. Il s’est joué et perdu lui-même.

Draupadi : Il s’est perdu lui-même ?

Karna : Je te le dis.

Draupadi : Avant de me perdre, ou après m’avoir perdue ?

Karna : Avant de te perdre.

Draupadi : Retourne à la salle de jeu et demande-lui ceci : est-il vrai que tu t’es perdu toi le premier, avant de me perdre ? Et si tu t’es perdu, avais-tu le droit de me jouer ?

Karna tente de saisir Draupadi.

Karna : Tu as été jouée et perdue, tu es à nous, viens !

Draupadi : Laisse-moi m’habiller ! Je n’ai qu’une robe et elle est tachée de sang. Je suis dans le jour de mes règles. Ne m’offre pas dans cet état aux yeux des rois.

Karna : Que tu aies tes règles, que tu n’aies qu’une robe, quelle importance ? On t’a gagné au jeu, tu n’es plus qu’une esclave, allez, viens !

Il l’a saisit par les cheveux et l’entraîne vers la salle de jeu.

Voici la nouvelle servante.

Draupadi relève son visage et regarde autour d’elle.

Draupadi : Il n’y a donc plus un souffle de vie ? Vous voyez cette honte et ne faîtes rien ? Yudhisthira, avais-tu le droit de me perdre ? Si tu t’es perdu toi-même avant de me jouer, je ne t’appartenais plus. Peut-on appartenir à qui s’est perdu soi-même ? Qui peut me répondre ?

Duryodhana : Tout a été gagné, mêmes leurs vêtements, mêmes leur parures ! Allons, mettez-les nus ! Tous !

Karna : Et Draupadi aussi, nous voulons la voir nue.

Duryodhana : Dushassana, enlève-lui sa robe !

Dushassana commence à enlever la robe de Draupadi. Celle-ci implore Krishna :

Draupadi : Krishna, où que tu sois, tu vois une femme objet de mépris, aide-moi, mon esprit se perd, Krishna sauve-moi d’un geste, tu le peux.

Ô Krisna,

Tu es sans commencement

Et tu n’as ni milieu ni fin

Ta force est sans limites et tes bras sans nombre,

Tes yeux sont le Soleil et la Lune,

Ta bouche est un feu flamboyant

Qui de son éclat réchauffe l’univers tout entier !

(extrait de la Baghavad Gita)

Sauve-moi ! Krishna !

Krishna apparaît et tend la main vers elle. Sa robe semble inépuisable, infiniment longue. Elle chante un hymne à Krishna. Dushassana se fatigue à arracher la robe.

Gandhari : Quel est ce prodige ?

Karna : Sa robe semble interminable, inépuisable. Impossible de la mettre nue. C’est un prodige de Krishna.

Duryodhana : Un prodige ? Mais où voyez-vous un prodige ? Elle a mis des épaisseurs et des épaisseurs de tissus. Allez ! Qu’on l’emmène ! J’ai dit : avec les laveurs de vaisselles.

Dushassana saisit Draupadi et veut l’emmener. Elle résiste.

Draupadi : Attends ! Lâche-moi, tu ne peux pas me faire ça ! Me voici exposée devant vous tous. Où est le dharma ? Qu’est-ce qui s’est brisé ?

Bhima : Écoutez ce que je vais dire ! Que la route du ciel me soit fermée si je ne tiens pas ma promesse ! Je briserai la poitrine de Dushassana et je boirai son sang sur le champ de bataille ! Je jure que je le ferai ! Je mangerai ses tripes et boirai son sang !

Duryodhana : Cesse de beugler ! Tu n’effrayes que les mouches !

Draupadi : Duryodhana, Dushassana, et tous vos frères, et toi aussi Karna, vous êtes perdus, la mort forcément vous saisira, votre sang pénètrera la terre, rien ne pourra effacer mes paroles.

On entend le cri d’un animal. Tous frémissent.

Gandhari : Un chacal a hurlé.

Sahadeva : Oui, près du temple.

Dhritarashtra : Draupadi, approche-toi. Choisis une grâce, n’importe laquelle, et je te l’accorde. Que choisis-tu ?

Draupadi : Que tes fils gardent ce qu’ils ont gagné, toutes les richesses. Mais toi, libère-nous, laisse-nous partir. Nous passerons douze ans dans le bois, vêtus de hardes, et une treizième année cachés, déguisés, dans un lieu inconnu. Si au cours de cette treizième année nous sommes découvert, nous repartirons pour douze ans dans les bois À la fin des treize ans, les uns et les autres, nous retrouverons nos royaumes.

Dhritarashtra : Je t’accorde cette grâce. Vous pouvez partir.

Duyodhana : Ne les laisse pas partir, sinon c’est la guerre. Nous avons triché, ils le savent, ils ne pourront jamais nous pardonner, Arjuna caresse son arc, Bhima fait trembler sa massue, ils veulent tout récupérer, ils préparent déjà un massacre. Rappelle-les mon père, ils marchent vers notre mort !

Dhritarashtra : Je ne peux pas leur refuser une chance de se sauver.

Dushassana : Laisse-les partir, regarde-les ! Ils sont perdus les Pandavas ! Eux qui se croyaient au sommet du monde, ils sont précipités dans la forêt, dans le désert, ils vont ronger des graines et de l’herbe, la peau craquelée, la barbe crasseuse ! Draupadi, choisis un époux parmi nous. Les tiens sont maintenant des arbres stériles, des animaux empaillés.

Bhima : Un jour je te rappellerai tes paroles et je boirai ton sang, sale porc.

Dushassana tourne autour de lui, imitant sa démarche lourde et se moquant de lui.

Dushassana : La grosse bête ! Le gros bœuf ! Meuh ! Meuh !

Bhima : Dushassana, je t’ouvrirai le ventre et Arjuna tuera Karna.

Arjuna : Oui je t’abatterai Karna. Je te le dis et je le ferai.

Karna : Tu me trouveras toujours devant toi. N’oublie pas d’emporter ton arc dans les bois et de t’entraîner.

Arjuna : Je n’oublierai pas .

Karna : Moi, chaque jour je penserai à ta mort.

Arjuna : La mort, Karna… Chacune de tes pensées, chacun de tes souffles te fait avancer vers la mort. J’ai fait un vœu, je ne dit rien de plus.

Ils sortent.

Nakula : Ils marchaient pieds nus. Toute la ville regardait leur départ en silence. Yudishthira s’avançait le premier, ensuite Bhima, les yeux fixés sur ses deux bras. Arjuna Faisait jaillir le sable à chaque pas.

Arjuna : Sahadeva et Nakula étaient souillés de poussière et de boue.

Sahadeva : Draupadi marchait la dernière, la tête basse. Bhima contractait ses bras menaçant, les plus forts du monde . Dans les grains de sable qu’il éparpillait, Arjuna voyait l’image de milliers de flèches qui volent.

Arjuna : Les jumeaux cachaient leur beauté pour ne pas entraîner de femme à leur suite.

Draupadi : Et Draupadi murmurait dans sa robe tâchée de sang : un jour on verra des veuves, leurs enfants morts, les cheveux défaits, le jour de leurs règles, se lamenter sur des cadavres froids.

Tableau n°9 :

Arrivée dans la forêt

Sahadeva (marchant en avant du groupe avec prudence dans la sombre forêt) : Les créatures infernales ont toujours pris la forêt pour abri. Dans l’Inde ancienne, ces créatures sombres et effrayantes, aux pouvoirs multiples, s’appelaient les Rakshasas.

Nakula (le suivant de près) : Dans la forêt où Draupadi et ses cinq époux luttaient contre la détresse et la peur, régnaient deux de ces monstres, un frère et une sœur. Il s’appelait Hidimba, elle s’appelait Hidimbi.

Sahadeva : Invisibles aux regards humains, cette-nuit-là, ils volaient à travers les arbres, en chasse affamée de chair humaine.

Les Pandavas et Draupadi s’étendent, tandis que Bhima déclare :

Bhima : Je veillerai pendant votre sommeil. Dormez dans le calme.

Tous dorment, sauf Bhima qui veille auprès d’un feu. On entend alors des craquements, des grognements dans la forêt et deux formes imprécises, mais effrayantes, sortent des profondeurs de la nuit.

Rakshasha : Hidimbi, ma sœur, je crois que je rêve…

Hidimbi : À quoi ?

Rakshasha : Ne sens-tu pas des odeurs de chair qu’apporte le vent ?

Hidimbi : Si, je les sens, je sens des odeurs de chair humaine mon frère…

Rakshasha : Regarde !

Ils aperçoivent ceux qui dorment.

Hidimbi : Hum… Ma langue se promène sur mes lèvres…

Rakshasha : La mienne aussi. Je suis déchiré par la faim. Hum… Je sens déjà dans ma bouche des gouttes de graisse…

Hidimbi : Hum… Je vais plonger mes dents à travers cette chair, boire leur sang jeune, chaud, fumant, délicieux…

Rakshasha :Va voir qui ils sont et apporte-moi leurs cadavres. Dépêche-toi. Quand nous aurons mangé nous danserons au clair de lune.

Tableau n°10 :

Bhima et Hidimbi

Hidimbi s’approche des dormeurs, mais soudain elle tombe en arrêt devant Bhima. Celui-ci evine une présence dans l’ombre et se tient sur ses gardes. Hidimbi lui demande à voix basse :

Hidimbi : Qui est-tu, toi que je vois ?

Bhima : Bhima. Et toi, que je ne vois pas ?

Hidimbi : Je m’appelle Hidimbi, cette forêt est mon royaume.

Bhima : Tu es une Rakshashi ?

Hidimbi : Oui.

Bhima : Montre-toi.

Hidimbi : Non, je ne veux pas.

Bhima : Pourquoi ?

Hidimbi : Pour le goût des humains mon aspect est horrible, je suis noire et velue, mon odeur est infecte.

Bhima : Je veux te voir.

Hidimbi : Non ! Attends ! Je dois d’abord me composer un visage de beauté et un vrai corps de femme.

Bhima : Tu peux le faire ?

Hidimbi : Regarde. (Elle se redresse et apparaît aux yeux de Bhima comme une femme.) Tu me trouves belle ?

Bhima : Comme la nuit.

Hidimbi : Alors dis-moi d’où tu viens, splendide jeune homme, dis-moi quelle est ta vie, ce que tu fais.

Bhima : Je veille.

Hidimbi : Cette forêt est dominée par un Rakshasha terrifiant, mon frère, qui manque de viande, qui m’a envoyée prendre votre vie, mais à ta vue l’amour m’a possédée, tu m’as ébloui, je t’aime, je ne peux pas te tuer, aime-moi comme je t’aime et sois mon époux, je vole dans les airs, je fais ce que je veux, je te sauverai.

Bhima : Je ne peux pas te suivre, je ne peux pas abandonner mes frères à la mort.

Hidimbi : Je les sauverai tous !

Bhima : Je ne compte pas sur toi pour les sauver. Aucun Rakshasha ne peut me vaincre.

On entend un cri du Rakshasha qui se rapproche.

Hidimbi : Je l’entends, il accourt, vite ! Saute sur mon dos avec les autres, je vous emporte loin d’ici ! Tu ne le connais pas, il est féroce !

Bhima : Je n’ai absolument pas peur de ton frère, Hidimbi. Ne me dédaigne pas en pensant de moi : ce n’est qu’un homme.

Le Rakshasha surgit en hurlant. Tous ceux qui, dormaient se réveillent.

Rakshasha : Hidimbi ! Mais pourquoi avoir pris cette répugnante apparence de femme ? Je comprends tout, sale perverse dépravée, je vais te tuer avec tous ces dormeurs !

Bhima : Halte ! Avant de tuer cette femme, lutte avec moi, avec moi seul ! (Le Rakshasha pousse des cris épouvantables.) Oui, hurle ! Je vais coudre ton horrible gueule ! et dans un moment tu ne crieras plus !

Rakshasha : Et moi je vais te dépecer ! Je vais t’ouvrir le ventre ! Je sucerai ta moëlle ! Je croquerai les miettes de tes os !

Ils se battent un moment. Tantôt c’est le Rakshasha qui a le dessus, tantôt c’est Bhima.

Hidimbi : Le jour va poindre ! C’est juste avant le jour que les Rakshashas ont le plus de force ! Soulève-le de terre ! Étouffe-le ! Maintenant !

Bhima : Je vais rendre le bonheur à ce bois.

Bhima tient un moment le Rakshasha dans ses bras, puis il le jette sur le sol. Le démon s’immobilise peu à peu.

Draupadi : Il est mort ?

Bhima : Oui, je n’entends plus son cœur de monstre.

Hidimbi : As-tu encore peur de moi ?

Bhima : Je n’ai jamais eu peur.

Hidimbi : Que peux-tu encore me refuser ?

Bhima : Rien. (Il tend ses bras ouverts à Hidimbi.) Le jour se lève, emporte moi, je serais avec toi.

Ils restent un moment ainsi, immobiles dans les bras l’un de l’autre, tandis que les ombres de la nuit s’effacent.

Hidimbi : Alors, transfigurée par la joie, Hidimbi devint une femme d’une beauté presque incroyable. Elle saisit Bhima, elle l’emporta dans les airs et partout, sur les sommets des montagnes, sur les plaines bleues, dans les repaires secrets des gazelles, au bord des lacs lointains, partout, elle lui fit l’amour.

Bhima : Ils eurent un fils ?

Hidimbi : Oui, Un fils aux yeux rouges. Il sera très fort. Un magicien magnifique. Je peux déjà deviner sa puissance.

Puis Hidimbi reprend sa forme première.

Bhima : Hidimbi reste avec nous… Pourquoi ne pas…

Hidimbi : J’habite dans un autre monde où je retourne. Non ! Ne me regardes plus, je m’en vais.

Bhima : Hidimbi ! (Elle disparaît)

Tableau n°11 :

Le départ d’Arjuna

Arjuna vient embrasser Bhima :

Bhima : Pourquoi tu m’embrasses ?

Il embrasse Nakula et Sahadeva en ajoutant :

Arjuna : Je ne peux plus attendre ici. Mes bras faiblissent, mon esprit se détruit, j’ai l’impression d’une infirmité qui guette mon cœur.

Sahadeva : Où vas-tu ?

Arjuna : Quelque part dans le Nord, il existe des armes. Je vais les chercher, car celles que nous connaissons ne suffiront pas.

Draupadi : Tu me laisses ici ?

Arjuna : Oui, je te laisse avec mes frères. Je sois partir seul.

Nakula : Où sont ces armes ?

Arjuna : Les humains ne le savent pas. Elles sont enfouies dans les montagnes. On dit que pour les obtenir, il faut tout oublier, même son corps, même sa vie. Je suis préparé. (Il se recueille un instant et ajoute : ) Je m’en vais car je suis marqué depuis mon enfance pour la guerre. Tous les dons que j’ai reçu, tous mes efforts, tous les secrets que j’ai appris, n’ont qu’un objet, qu’une fin : la guerre. Et je sais maintenant que cette guerre aura lieu, que je la conduirai. Je le sais. Je ne passerai pas à côté de ma vie.

Draupadi : Combien de temps sans te voir ?

Arjuna : Je ne sais pas. Tout ce que je sais, je l’ai dit. Je reviendrai.

Il embrasse Draupadi et s’en va.

Tableau n°12 :

La rencontre avec Shiva

Nakula : Après avoir voyagé de nombreux mois, Arjuna s’était assis dans un bois épineux sur le dos de l’Himalaya, sans manger, sans dormir.

Un animal surgit. Arjuna saisit son arc, tire rapidement une flèche et l’abat. Il va le ramasser quand une voix lui dit.

Shiva (sous l’apparence d’un chasseur) : Ne touche pas à ce sanglier !

Arjuna : Qui es-tu ?

Shiva : Je suis chasseur de ces vastes montagnes. Pourquoi as-tu frappé ce sanglier qui était ma proie ?

Arjuna : Ce sanglier est à moi. Je l’ai frappé le premier.

Shiva : C’est moi qui l’ai frappé ! Avant toi ! Que viens-tu chercher dans le vent et le froid ?

Le chasseur fait un mouvement vers le sanglier.

Arjuna : Ne t’approche pas de ce sanglier !

Shiva : Ce sanglier, je le prends, je le charge sur mes épaules, il est à moi.

Arjuna arme son arc.

Arjuna : Si tu poses ta main sur le poil de cet animal, tu ne m’échapperas pas vivant.

Shiva : Tu n’es pas capable de m’effrayer. Cette terre est habituée à mon pas. Tu as tiré sur ce sanglier et tu l’as raté. Ne rejette pas sur les autres ta maladresse. J’emporte mon sanglier. (Arjuna lance ses flèches mais le chasseur esquive.) Encore ! Encore ! Épuise tes flèches ! Tu ne peux pas m’atteindre ! Tu ne peux rien contre moi, je te domine, ton souffle se casse, regarde, je te soulève maintenant dans mes bras, ta respiration se bloque, tu es comme mort.

Arjuna tombe inanimé sur le sol. Il revient difficilement à lui. Il regarde le chasseur et le reconnaît.

Arjuna : Shiva… (Il s’incline) Shiva, toi le plus subtil des êtres, Shiva au cou bleu, au troisième œil, je suis venu dans ces montagnes, poussé par le désir de te voir. Dans ce bois épineux sur le dos de l’Himalaya où j’ai vécu deux ans, l’esprit tendu dans la glace et le vent, j’ai atteint la frontière lointaine de la douleur, je t’ai combattu sans te connaître, mon esprit est bouleversé, pardonne-moi.

Shiva : Tu es pardonné, je suis content de toi. Demande-moi une faveur, ce que tu veux.

Arjuna : Ce que je veux, c’est une arme absolu que tu possèdes.

Shiva : Pasupata ?

Arjuna : Oui.

Shiva : Elle peut détruire le monde.

Arjuna : Je le sais.

Shiva : Tu peux la lancer avec ton arc, mais aussi avec ton œil, avec ta parole, avec ta pensée, c’est une arme sans retour, sans limite, sans pardon.

Arjuna : Je le sais aussi.

Shiva : Tu ne pourras jamais t’en débarrasser, ni me la rendre.

Arjuna : Il me faut cette arme.

Shiva : Je te la donne.

Arjuna : Quand Shiva disparut, j’entendis un fracas dans le ciel, comme cent mille tonnerres et un char immense apparut, crevant les nuages. De l’air enflammé sortait un hurlant de ce char brillant d’étincelles, d’armes-miroirs, de vapeurs, de lumières insupportables. La voix du cocher me dit : monte. Mon cœur frappait fort. Je demandai au cocher de contrôler ses chevaux, que je ne voyais pas, puis je dis adieu à la montagne, je lui dis : mes yeux ses sont reposés sur ta neige et sur tes ruisseaux, j’ai bu l’eau claire qui jaillit de ton corps et j’ai vu les dieux s’approcher de moi. Je te dis merci et je pars. Je montai dans le char immense. Arraché par une puissance prodigieuse, il m’emporta dans les régions illuminées qui de la terre paraissent des étoiles. Oui, j’ai vu des milliers de mondes en feu sifflant dans l’espace. J’ai vu des corps brillant de leur propre clarté, des fumées, des esprits, des créatures fugitives, j’ai vu Airavata, l’énorme éléphant blanc qui a quatre défenses, j’ai dépassé le monde des hommes, je suis arrivé à Amaravati, la ville qui ne se décrit pas, où séjourna Indra, mon père. Il m’a prit sur ses genoux, il m’a caressé avec sa main où la foudre a laissé des traces et pendant cinq ans, avec lui, j’ai approfondi le fonctionnement de cette arme. Pasupata.

Tableau n°13 :

Urvasi et le serpent cosmique

Une femme s’avance. Le serpent cosmique la suit.

Urvasi : Arjuna !

Arjuna : Qui es-tu ?

Urvasi : Je m’appelle Urvasi, je suis une Apsaras. Je vis dans les territoires du ciel.

Arjuna : Que me veux-tu ?

Urvasi : Indra ton père m’a fait dire : mon fils Arjuna est ici, mais il est seul, sans une femme, depuis cinq ans. Prépare-toi pour aller dans sa chambre ce soir. J’ai mis de l’ombre autour de mes yeux et de l’or autour de mes bras, j’ai parfumé ma peau, j’ai bu un peu de vin, je suis venue hâtivement par les jardins.

Arjuna : Urvasi je t’admire, tu portes avec toi la beauté.

Urvasi : Un jour tu m’as regardée directement et longuement. Je suis prise d’amour pour toi.

Arjuna : Mais tu es une Apsara, je suis un homme.

Urvasi : Nous, les Apsaras, nous avons toute liberté de choisir, nous ne sommes pas liés à un époux. Ce que je te propose n’a rien d’effrayant, rien de dangereux, ce n’est que de l’amour.

Arjuna : Je suis trop éloigné de la terre, j’ai oublié la forme et l’odeur du plaisir.

Urvasi : L’amour est le même dans tous les mondes.

Arjuna : Va-t’en Urvasi, nous ne pouvons pas nous aimer.

Urvasi : Je suis venue vers toi, ne me repousse pas, je t’aime.

Arjuna : Moi aussi je t’aime et je te respecte, comme une mère. Je m’incline devant toi. Traite-moi comme ton fils.

Urvasi : Regarde ma peau. Elle frissonne maintenant de colère. Que je te traite comme un fils ! Retiens mes paroles : parce que tu as insulté une femme venue pour t’aimer, tu vivras comme une femme, toi aussi, parmi les femmes, tu seras méprisé et tu seras privé de ta virilité.

Urvasi se retire rapidement.

Tableau n°14 :

La Baghavad Gita

Nakula : Treize années s’étaient écoulées. Le temps de l’exil avait pris fin. Arjuna avait rejoins ses frères et ensemble ils avaient rassemblés une grande armée. Face à elle, les Kauravas avaient réunies toutes leurs forces.

Sahadeva : Tous les peuples du monde connu se rassemblèrent sur l’immense champ de Kuruk-Shetra, tous animés par les tambours, tous armés à leur manière, tous hurlant, agités, furieux, bariolés de peintures de guerre, prêts à se jeter sur la terre comme des chiens sur un morceau de chair.

Nakula : Des deux côtés tout était prêt, les chevaux, les chars, les éléphants de combat, les convois de vivre, les entrepôts, les forges, les tentes pour les blessés, les bûchers pour les morts, les musiciens, les devins, les thérapeutes, les filles de plaisir, les serpents venimeux.

Sahadeva : Duryodhana commandait en chef les armées des Kauravas.

Nakula : De l’autre côté, Arjuna assurait naturellement la responsabilité militaire. Il lui revenait de donner le signal de la bataille. Pour s’y préparer, sous sa tente, il fit une longue prière à Kali, l’étrange déesse, celle qui frappe et qui rassure, celle qui caresse et dévore.

Sahadeva : Krishna, fouet en main, vint alors dire à Arjuna que son attelage l’attendait. Celui-ci monta dans le char conduit par Krishna, il plaça toutes ses armes à portée de main, il saisit la conque avec laquelle il devait lancer le combat, et le char s’avança entre les deux armées.

Nakula : Arjuna s’avança jusqu’au centre des troupes adverses, où se tenaient les principaux chefs. Il saisit sa conque, il éleva son bras, il regarda de tous côtés. Il aperçu ses parents, ses amis. Sa main resta comme paralysée dans l’air. Il sentit soudain ses jambes faiblir, sa bouche se dessécher et brûler.

Arjuna : Krishna, à la vue de mes parents mes jambes faiblissent, ma bouche se dessèche, mon corps tremble, mon arc s’échappe de mes mains, ma peau brûle et je ne peux plus me tenir debout. Que pourrait apporter de bon ce combat ? Ma famille sera massacrée. À pareil prix, comment désirer la victoire, les plaisirs et même la vie ? Oncles, cousins, neveux, ils sont tous là. Je ne peux pas souhaiter la mort des miens. Tout bonheur me serait impossible. Je préfère ne pas me défendre et attendre ici la mort.

Krishna : D’où viens cette folle et honteuse faiblesse ? Relève-toi !

Arjuna : Je suis saisi d’angoisse et j’ai perdu ma fermeté. Je tremble, je ne suis plus maître de mon esprit. Éclaire-moi. (Krishna parle à voix basse à Arjuna.) Tu me dis : que la victoire et la défaite, le plaisir et la douleur, te soient indifférents. Agis sans réfléchir aux fruits de l’acte. Tu me parles de l’oubli du désir, du détachement, mais tu me pousses à la bataille et au massacre. Tes instructions sont équivoques, elles me troublent. (Krishna parle encore à voix basse.) Tu me dit que le renoncement ne suffit pas, oui, je le comprends, qu’il ne faut pas demeurer solitaire, inactif, car nous sommes au service du monde. Oui, je le sais. Mais ce que tu me demandes, comment le mettre en pratique ? L’esprit est capricieux et instable, il est fuyant, fébrile, turbulent et tenace. Le subjuguer me paraît plus ardu que maîtriser le vent.

Krishna : Tu dois apprendre à voir d’un même œil une motte de terre et un monceau d’or, une vache et un bhrame, un chien et un mangeur de chien. L’esprit est plus grand que les sens. Au-dessus de l’esprit, il y a l’intelligence pure, qui est libérée de la pensée. Au-delà de l’intelligence pure il y a l’être, l’être universel. C’est là que tu vis, que nous vivons tous.

Arjuna : Comment se décider ? Comment choisir ? L’homme malgré lui est poussé à faire le mal, comme s’il y était contraint. Pourquoi ?

Krishna dit alors à voix haute.

Krishna : Pour répondre à cette question, Krishna conduisit Arjuna à travers la forêt touffue de l’illusion. Il se mit à lui enseigner l’antique yoga de la sagesse et le mystérieux chemin de l’action. Il parla longtemps, très longtemps, entre les deux armées qui s’apprêtaient à se détruire. Lentement, il conduisit Arjuna dans tous les points de son esprit. Il lui montra tous les mouvements de son être et son véritable champ de bataille, où il ne faut ni flèches, ni guerrier, où l’on combat seul. C’est le plus secret des savoirs.

Arjuna : Je sens mes illusions s’évanouir une par une. Si je suis capable de la contempler, montre moi maintenant ta forme universelle. Je ne peux pas compter tes bouches, ni tes yeux, ni tes bijoux, tes vêtements, tes armes. C’est une vision prodigieuse, cette forme qui pénètre tout, magnifique et sans fin, comme si mille soleils se levaient dans le ciel. Je te vois, je vois tous les mondes en un point. (Krishna se tient immobile.) Tout les guerriers se précipitent dans ta bouche et tu les broies entre tes dents. Tous veulent se détruire et tu les dévores. À travers ton corps je vois les étoiles, je vois la mort et la vie, je vois le silence. Dis-moi qui tu es. Je suis secoué jusqu’au fond de moi-même et j’ai peur.

Krishna : La matière est changeante, mais je suis tout ce que tu dis, tout ce que tu penses. Tout reposes sur moi comme des perles sur un fil. Je suis le parfum de la terre et je suis la chaleur du feu, je suis l’apparition et la disparition, je suis le jeu des torpeurs, je suis l’éclat de ce qui brille. Je suis celui qui par lui-même existe. Tous les êtres tombent dans la nuit et tous les êtres sont ramenés au jour. Les armes ne peuvent pas percer cette vie qui t’anime, ni le feu la brûler, ni les eaux la mouiller, ni le vent la sécher. N’aie aucune crainte et relève-toi car je t’aime. (Krishna, après un court silence, reprend : ) Krishna reprit sa forme douce et bienveillante. Il dit à Arjuna : agis comme tu dois agir. Moi-même, je ne suis jamais dans l’inaction. Relève-toi.

Arjuna : Mon illusion s’est effacée, mon erreur est détruite. Grâce à toi j’ai retrouvé la connaissance. Me voici ferme. Tous mes doutes sont dispersés, j’agirai selon ta parole.

(Arjuna souffle dans la conque, donnant le signal du combat.)

Tableau n°15 :

Bhima contre Dushassana

La bataille fait rage. Apparaît Bhima, couvert de sang et de boue.

Bhima : Nakula, c’est toi ?

Nakula : Oui, Bhima.

Bhima : Le sang brouille mes yeux, tout mon corps est troué.

Nakula : Où étais-tu ?

Bhima : Depuis trois jours, je n’ai pas arrêté de me battre. Je suis maintenant exténué. Nakula, je voudrait me baigner dans l’eau fraîche d’un fleuve et que le courant lave tout mon sang.

Nakula : Arjuna va se battre contre Karna. Voici la journée décisive

Bhima : Où sommes-nous ?

Nakula : La bataille a tout confondu. Les hommes se tuent en désordre.

Bhima : Nakula, je suis brisé.

Nakula : Repose-toi ici, à l’abri. (Il sort)

Dushassana surgit, une arme à la main.

Bhima : Qui vient vers moi ? Je ne vois qu’une forme qui marche à travers le sang de mes yeux.

Dushassana : C’est moi.

Bhima : Qui toi ? Approche ton corps…

Dushassana : Reconnais-moi. Je suis Dushassana !

Bhima : Dushassana! On t’a dit que j’étais blessé et tu viens prudemment me tuer…

Dushassana : Tu ne peux plus te lever ?

Bhima : Non, je suis détruit par la fatigue, je suis aveugle et je dors en parlant. Je suis alourdi par le sang des morts.

Dushassana saisit son arme et frappe. Bhima évite les coups de son mieux.

Épargne-moi, je n’ai plus de défense…

Dushassana : Je vais me sauver et sauver mon frère !

Dushassana danse légèrement autour de Bhima. Il le frappe et le blesse. Bhima tient son bras blessé.

Bhima : Tu m’as touché, tes amis sont heureux.

Dushassana : Tu sues comme un vieil éléphant et tu ne peux plus te remuer. Pense à ta vie qui va s’arrêter là !

Bhima : Dushassana… (Brusquement, lorsque Dushassana va le frapper à mort, Bhima se détend, lance sa main et saisit la cheville de son adversaire. Bhima bondit et maîtrise Dushassana.) Pauvre avorton stupide, qui voulais-tu abattre ?

Dushassana : Aidez-moi !

Bhima : Fini de crier. Ta mauvaise heure est venue, Dushassana. Pour toi tout se termine ici et maintenant. (Il élève la voix, il crie : ) Draupadi m’entend ? Qu’elle vienne ! (Draupadi apparaît.) Regarde. Je vais boire son sang comme je l’ai promis. À ton tour, Dushassana. Il te reste une respiration ou deux. Rappelle-toi ta pauvre vie, et Draupadi tirée par les cheveux. Regarde-là. Qu’elle soit ta dernière image. Allez, meurs ! (Il plonge les mains dans le ventre de Dushassana et le tue. Puis il s’accroupit pour boire son sang et manger ses tripes. Dushassana meurt horriblement, en voyant ses intestins mangés par Bhima.) Hum… Le sang de cet ennemi a un goût plus délicieux que le lait de ma mère, il est meilleur que le miel, que le vin, il est plus doux que la plus douce boisson de la terre… (Il regarde autour de lui.) Ne me regardez pas avec horreur, en fermant à demi vos paupières, ne dites pas entre vos dents : celui-ci n’est pas un être humain… Je bois le sang de la vie à sa gorge ! Et il m’a supplié de le boire. (Il se relève couvert de sang, et danse autour du cadavre.) Autrefois, maintenant, nous n’avons jamais connu le bonheur. Adieu. (Il sort en silence, appuyé sur Draupadi.)

Shiva : (venant prendre le cadavre de Dushassana par la nuque et l’emporter)

Il y a deux naissances en ce monde,

Pour tout ce qui existe,

Ombre et Clarté,

La lumière délivre et les ténèbres enchaînent

Les êtres nés des ténèbres n’ont en eux ni transparence, ni vérité, ni conduite,

Ils disent que le monde est irréel,

Qu’il ne s’appuie sur rien,

Qu’il est sans âme,

Qu’il s’est constitué, morceaux après morceaux,

Qu’il a pour origine unique le désir,

Ancrés dans cette vision des choses,

Anéantis dans leurs êtres

Perdus pour tout discernement

Ils ne se manifestent qu’en actions terribles

Ils ne sont bons qu’à détruire le monde

Enchaînés à des réflexions sans fins

Dont la mort seule est le terme

Ils sombrent dans les ténèbres de l’Enfer.

(extrait de la Baghavad Gita)

Tableau n°16 :

Arjuna contre Karna

Duryodhana : Bhima a éventré mon frère ! Karna (Karna apparaît) Tous mes espions me disent que leurs hommes sont hagards et qu’Arjuna titube de fatigue. Karna, tu t’es reposé. Le malheur a retourné sa marche. Il s’avance maintenant vers nos ennemis. Karna, c’est le moment. Toutes nos vies sont dans ta main. Voici Arjuna.

Arjuna apparaît, conduit par Krishna.

Karna : Me voici, Arjuna, moi le bâtard, l’obscur, toi le fameux, l’inattaquable, mais le ciel s’illumine pour moi et le soleil me fortifie. Tu ne finiras pas ce jour vivant ! (Arjuna ne réponds rien et, sur un geste de Krishna, il attaque le premier. Karna pare en riant ses premiers coups, facilement. Mais la roue du char de Karna se bloque.) Attends un moment, que je dégage ma roue ! Tu n’a pas le droit de me frapper, tu le sais.

Arjuna, respectueux des règles, s’arrête. Mais Krishna le pousse à attaquer.

Krishna : Frappe ! C’est le moment ! Ne l’écoute pas ! N’attends pas !

Karna s’efforce de dégager sa roue en disant à Arjuna, qui ne bouge toujours pas :

Karna : Je suis désarmé, menacé, faible devant toi. Tu connais le droit et la vertu, laisse-moi dégager ma roue.

Krishna : Tu parles maintenant de vertu, mais quand Dushassana jetait les dés, où était la vertu ? Dans quel trou s’était-elle cachée ? Ne t’écorche pas la bouche avec ce mot, tu n’en sortiras pas vivant. (à Arjuna : ) Il pleure de colère, il est à toi. Je vais te dire ce qui bloque sa roue : c’est la terre elle-même avec ses mains boueuses. Subitement elle prend part à la bataille. Elle se défend, elle a décidé de t’aider. C’est elle qui vient de happer la roue de son char et qui ne la relâchera plus. Frappe ! Oui, achève la guerre !

Duryodhana : Karna, ne te laisse pas tuer comme un cocher ! Relève-toi, appelle ton arme suprême et lance-là ! C’est le moment ! Vite ! Refuse de mourir, Karna ! Lance l’arme total !

Karna : Je connais la formule secrète. Si je la prononce, une créature céleste viendra déposer l’arme dans ma main.

Krishna essaye avec énergie de pousser Arjuna à frapper :

Krishna : Qu’est-ce qui te paralyse ? Frappe !

Duryodhana : Lance ton appel ! Dis les mots ! Sauve-nous tous !

Karna : Oui je l’appelle, je l’appelle cette créature lointaine… (Il tend sa main ouverte comme pour y recevoir l’arme) …et je lui dit… (Soudain sa voix s’arrête, sa bouche reste entrouverte).

Duryodhana : Que t’arrive-t-il ? Parle !

Karna : Qu’est-ce que je dois dire ? (Profondément troublé, il cherche des mots oubliés) C’était une phrase simple, subitement je ne m’en souviens plus… Pourquoi le soleil s’est-il enfui ? D’où vient cette ombre ? (Personne ne lui répond.) Ma roue s’est embourbée, toute ma tête est noire et un vieux mystère me tue. Qu’est-ce que je dois dire ?

Krishna dit alors à Arjuna, mais cette fois sans violence :

Krishna : Tous les signes sont contre lui. Achève-le.

Arjuna tue Karna, qui ne se défend plus.

Shiva : (venant prendre le cadavre de Karna par la nuque et l’emporter)

Ô Vischnu,

Quand je vois tes bouches aux mâchoires cruelles,

Semblables au temps voraces, je ne sais où aller et je me sens perdu

À corps perdus les guerriers tombent dans tes bouches horribles aux mâchoire béantes

On en voit certains suspendus entre tes dents, têtes broyées,

De même que les fleuves aux eaux tumultueuses, se jettent têtes en avant dans l’océan,

Voici que cette fleur des hommes se jette dans tes bouches de feu.

(extrait de la Baghavad Gita)

Tableau n°17 :

La mort de Duryodhana

Gandhari : Tout saigne, tout pleure, arrête cette guerre, Yudishsthira aura pitié de toi.

Duryodhana : Yudishsthira ne me pardonnera jamais. Lui et ses frères, ils me traqueront jusqu’au gouffre au bout de la terre.

Gandhari : Tes frères sont froids, tes troupes disloquées s’enfuient, la débâcle a vidé ton camp, on te croît déjà mort !

Duryodhana : Yudishsthira, vient te battre !

Yudishsthira, Bhima et Krishna apparaissent.

Yudishsthira : Choisis ton adversaire et ton arme.

Krishna : Mais pourquoi prendre ce risque. Je l’entends respirer comme un serpent puissant.

Duryodhana : Je choisis la massue ! (Il jaillit brusquement, une massue à la main, impressionnant)

Krishna : (à Yudishsthira) Que fais-tu ? Il s’est entraîné à la massue tous les jours pendant treize ans ! Tous les jours ! Contre une statue de fer !

Bhima s’avance alors et dit :

Bhima : C’est moi qui vais combattre, et je finirai la guerre aujourd’hui. Je vais mettre un terme à ta vie.

Ils commencent à se battre. Duryodhana esquive habilement toutes les attaques de Bhima et frappe en retour. Il tourne autour de Bhima , qui est blessé et se déplace avec lourdeur. Après une feinte, il frappe Bhima qui vacille et tombe Au lieu de l’achever, Duryodhana lui dit :

Duryodhana : Tu es lourd, tu n’en peux plus, je pourrais t’écraser la tête, mais on ne frappe pas un adversaire à terre. Relève-toi !

Krishna : Tu es blessé ?

Bhima : Oui.

Krishna : Gravement ?

Bhima : Oui.

Krishna : Ne le montre pas, reste debout, tu dois le convaincre que tu es le plus fort. Attaque et frappe bas, vise les jambes…

Bhima : Les jambes ? Je ne peux pas, je n’ai pas le droit !

Krishna : Je te dis de frapper les jambes !

Bhima reprend le combat. Duryodhana se montre toujours aussi habile et la massue de Bhima frappe le vide. Bhima, en un dernier effort, pivote sur lui-même et soudain lance sa massue dans les jambes de Duryodhana. Duryodhana pousse un cri et tombe, les cuisses fracassés. Bhima lui écrase la tête avec son pied.

Yudishsthira : Bhima, enlève ton pied ! Cet homme est de ton sang, et il fut un roi. La guerre est terminée. Ne l’insulte pas.

Gandhari : (qui s’est approché en tâtonnant du corps de son fils) Pourquoi ne pas m’avoir laissé un fils ? Un seul fils ? Où est Yudishsthira ?

Yudishsthira : Ici.

Gandhari : Approche-toi, Yudishsthira. (Il pousse un cri de douleur et se tient le pied)

Draupadi : Qu’est-ce qui ta frappé ?

Krishna : C’est le regard de Gandhari. Il est passé sous le bandeau, il est tombé sur son pied et il était si chargé de douleur qu’il l’a brûlé !

Yudishsthira : Partons, la guerre est finie.

Shiva : , (venant prendre le cadavre de Duryodhana par la nuque et l’emporter)

De même que les papillons entrent dans la flamme brûlante

Poussés par un élan irrésistible vers la mort,

De même c’est pour mourir que dans tes bouches

Pénètrent tous les mondes, mus par le même élan irrésistible,

Tu te pourlèches en avalant d’un trait tous les mondes dans tes bouches en feu,

L’univers tout entier est saturé d’incandescence,

Et tes flammes terribles le transforment en brasier, ô Vischnu.

(extrait de la Baghavad Gita)

Tableau n°18 :

La fin de Gandhari et Dhritarashtra

Gandhari : Sommes-nous dans la forêt ?

Dhritarashtra : Oui, j’entend le vent dans les arbres et le bruit d’un fleuve.

Gandhari : Nous allons vivre ici nos derniers jours, sans aucune peur de la mort.

Dhritarashtra : Il est bon que les rois finissent leur vie dans la solitude.

Gandhari : Trente-six ans ont passé depuis la grande bataille et j’entends toujours le bruit des armes et les chairs frappées.

Dhritarashtra : Tu as soupiré, Gandhari. Tu es triste ?

Gandhari : Ce n’était pas un soupir de tristesse. Toutes les odeurs ici me rappellent mon enfance.

Dhritarashtra : Chaque jour tu as dû regretter le beau pays de ton enfance.

Gandhari : Non. Le jour où je t’ai épousé, j’ai tué toute autre pensée.

Dhritarashtra : Je ne te crois pas. (Gandhari reste silencieuse.) On t’a trompée . on t’a mariée sans te dire que j’étais aveugle. J’ai détruit ta vie.

Gandhari : Au début, tu pensais que je ne persisterai pas, que j’enlèverais mon bandeau. Tu pouvais m’ordonner de l’enlever, tu étais le roi, tu pouvais me dire : regarde au moins tes enfants. Mais tu ne l’as jamais dit.

Dhritarashtra : Je sentais ta colère. Je l’ai toujours sentie près de moi. Je la sens encore. (Gandhari ne dit rien) Notre vie est presque finie. Enlève ton bandeau.

Gandhari : Non.

Dhritarashtra : Tu ne peux pas mourir les yeux fermés. Enlève ton bandeau. Je te l’ordonne. (Gandhari se relève, mais sans enlever son bandeau.) L’as-tu enlevé ?

Gandhari : Oui.

Dhritarashtra : Que vois-tu ?

Gandhari : Je ne peux rien voir clairement. Mes yeux doivent s’accoutumer à la lumière.

Dhritarashtra : Et maintenant ?

Gandhari : Oui je commence à distinguer des formes, les arbres, le ciel, deux oiseaux qui passent.

Dhritarashtra : Il y a un feu de forêt quelque part.

Gandhari : Oui. Depuis ce matin, je sens la fumée, j’entends les cris de peur des animaux qui fuient.

Dhritarashtra : Le feu vient vers nous.

Un court silence, Le feu apparaît.

Gandhari : Ce sera plus facile que je ne pensais de tenir ta main jusqu’au bout.

Dhritarashtra : Plonge dans la rivière.

Gandhari : Je sens le souffle du feu.

Dhritarashtra : Traverse la rivière, sauve ta vie !

Gandhari l’entraîne vers la forêt.

Gandhari : Viens, marchons tous les deux vers la flamme, pose ta main sur mon épaule.

Dhritarashtra la suit sans parler.

Chant : (sur la musique de Ode à Shiva, Chant du Gange)

Yasmat jatam

Jagat sarvam

Yasminn eva praliyate

Yenedam dhriyate caiva

Tassmai jnanatmane mamah

(phonétique :

Djassmatt djatamm

Djagat sarouamm

Djasminn éoua praliyaté

Djenedamm dhriyate tchaïoua

Tassmai djnanatmane namahh.)

Tableau n°19 :

Épilogue

Nakula : Puis vint le siècle de la destruction. Le nôtre. Car la terre, les arbres, les hommes, les dieux suivirent le mouvement du temps. Les esprits meurent, les corps meurent, et même les formes meurent. C’est un autre âge, dominé par des rois barbares, monde pervers, brisé, vidé, des hommes à la vie courte, aux cheveux blancs dès la seizième année, petits, sans force, sans courage, et tous très durs. Ils s’accouplent avec les bêtes. Les femmes, putains parfaites, leurs bouches servent à l’amour. Vaches taries, arbres stériles, fini les fleurs, fini la pureté. Ambition, fausseté, commerce, c’est l’âge Kâli, c’est l’époque noire.

Sahadeva : La campagne est un désert, le crime marche dans la ville, des animaux mangeurs de sang marchent dans les rues principales. Sécheresse, famine, toute l’eau est bue par le ciel, terre morte et chaude. Le feu s’élève, emporté par le vent, le feu perce la terre, détruit le monde souterrain, le vent et le feu calcinent le monde. D’immenses nuages se dressent, bleus, jaunes et rouges, pareils à des monstres marins, à des villes fracassées, avec de guirlandes d’éclairs. L’eau tombe, l’eau tombe et engloutit la terre, les montagnes fendent les eaux.

Nakula : Le monde n’est plus qu’une mer, un marécage gris, brumeux, froid.

Sahadeva : Un vieil homme reste seul, épargné par la destruction. Il s’appelle Markandeya, il marche, il marche dans l’eau glauque, épuisé, ne trouvant nulle part un asile, un être vivant, l’esprit désespéré et la gorge pleine d’angoisse.

Nakula : Soudain, sans savoir pourquoi, il se retourne et voit un arbre surgi dans le marais, un figuier, et au pied de cet arbre un enfant souriant, très beau.

Sahadeva : Le vieil homme s’arrête, essoufflé, chancelant, ne comprenant pas la présence de cet enfant.

Nakula : Et l’enfant lui dit : je vois que tu cherches le repos, entre dans mon corps.

Sahadeva : Le vieil homme sentit en lui, subitement, un grand dédain pour la vie humaine.

Nakula : L’enfant ouvrit la bouche, un vent puissant se leva, une rafale irrésistible, et Markandeya se sentit attiré, emporté vers cette bouche. Il y entra malgré lui tout entier et tomba dans le ventre de l’enfant.

Sahadeva : Arrivé là, en regardant autour de lui, il vit un ruisseau, des arbres, des troupeaux, il vit des femmes qui portaient de l’eau, une ville, des rues, des foules, des fleuves. Oui, dans le ventre de l’enfant il vit la terre entière, calme et belle, il vit l’océan, il vit le ciel illimité.

Nakula : Il marcha longtemps, pendant plus de cent ans, sans jamais atteindre la fin de ce corps. Puis le vent se leva de nouveau, il se sentit aspiré vers le haut, il sortit par la bouche même de l’enfant et il le vit sous le figuier.

Sahadeva : L’enfant le regarda en souriant et lui dit…

Nakula : « J’espère que tu es reposé maintenant. »

Licence Creative Commons
Mon adaptation du Mahabharata de Grégoire Perra est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 3.0 non transposé.

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