Publié par : gperra | 21 février 2012

Fiche de lecture des Méditations Métaphysiques de Descartes

Descartes

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Méditations Métaphysiques

Première méditation : des choses que l’on peut révoquer en doute

J’avais reçu quantité de fausses opinions pour véritables. Me défaire de toutes les opinions que j’avais reçue jusque lors en ma créance, et commencer tout de nouveau dès le fondements ?

Il ne sera pas nécessaire de prouver qu’elles sont toutes fausses, de quoi peut être je ne viendrais jamais à bout. Mais ne pas donner créance aux choses qui ne sont pas certaines et indubitables.: la ruine des fondements entraîne nécessairement avec soi le reste de l’édifice. Les principes.

Tout cela (…) je l’ai appris des sens, ou par les sens : or j’ai quelque fois éprouvé que les sens étaient trompeurs.

Comment pourrais-je nier que que ces mains et ce corps-ci soit à moi ?

Il me semble bien à présent que ce n’est point avec des yeux endormis que je regarde ce papier (…) : ce qui arrive dans le sommeil ne semble point si clair ni si distinct que tout ceci. Mais je me ressouviens d’avoir souvent été trompé par de semblables illusions. Il n’y a point d’indices concluants ni de marques assez certaines par où l’on puisse distinguer nettement la veille d’avec le sommeil.

mais ces choses qui nous sont représentées dans le sommeil (…) ne peuvent être formés qu’à la ressemblance de quelque chose de réel. Il y a des choses encore plus simple et plus universelles qui sont vraies et existantes : la nature corporelle en généra, et son étendue (figure, quantité, grandeur, nombre, lieu, durée….

L’arithmétique et la géométrie sont ainsi certaines parce qu’elles traitent de choses fort simples et générales et non des choses composées comme la physique et l’astronomie.

Que je veille ou que je dorme, deux et trois joints ensemble formeront toujours le nombre de cinq. Il ne semble pas possible que des vérités si apparentes puissent être soupçonnées d’aucune fausseté ou incertitude.

J’ai dans mon esprit l’opinion qu’il y a un dieu qui peut tout et par qui j’ai été créé et produit tel que je suis. Il se peut faire qu’il ait voulu que je me trompe toutes les fois que je fais l’addition de deux et de trois.

Peut être suis-je tellement imparfait que je me trompe toujours. Mais mes raisons de douter, non par aucune inconsidération ou légèreté, sont très fortes et mûrement considérées : je désire trouver quelque chose e constant et d’assuré dans les sciences.

Mais les anciennes opinions me reviennent encore souvent en la pensée, leur long et familier usage qu’elles ont eu avec moi leur donnant droit d’occuper mon esprit contre mon gré, et de se rendre presque maîtresse de ma créance. J’emploie tous mes soins à me tromper moi-même, feignant que toutes es pensées sont fausses et imaginaires; Il ne peut y avoir de péril ni d’erreur en cette voie, puisqu’il n’est pas maintenant question d’agir, mais seulement de méditer et de connaître;

Supposons : point un vrai Dieu qui est la souveraine source de la vérité, mais un mauvais génie trompeur. Toutes les choses extérieures que nous voyons ne sont que des illusions et tromperies. Je me considérais moi-même comme n’ayant point de corps. Il est en ma puissance de suspendre mon jugement. Ne point recevoir en ma croyance aucune fausseté.

Mais une certaine paresse m’entraîne insensiblement dans le train de ma vie ordinaire. J’appréhende de me réveiller de cet assoupissement.

Méditation seconde : de la nature de l’esprit humain et qu’il est plus aisé à connaître que le corps.

Comme si tout à coup j’étais tombé dans une eau très profonde, je suis tellement surpris que je ne puis ni assurer mes pieds dans le fond, ni nager pour me soutenir au dessus.

Comme Archimède, j’aurais droit de concevoir de hautes espérances si je suis assez heureux pou trouver seulement une chose qui soit certaine et indubitable.

Je pense n’avoir aucun sens, je pense que le corps et le reste ne sont que des fictions de mon esprit. Je me persuade que je ne suis point. Mais j’étais sans dote, si je me suis persuadé., ou seulement si j’ai pensé quelque chose.. Il n’y a pas de doute que je suis si le mauvais Génie me trompe. Il ne saurais jamais faire que je ne sois rien tant que je penserais être quelque chose. Cette proposition : je suis, j’existe est nécessairement vraie, toutes les fois que je la prononce ou que je la conçois en mon esprit.

Mais qu’est-ce donc que j’ai cru être ci devant ? Un homme ? Un animal raisonnable ?

Je considérais que j’avais un corps., que je pensais et que j’avais une âme; âme : une chose extrêmement rare et subtile, comme un vent, une flamme ou un air très délié… ? Pour le corps, j’entends tout ce qui peut être terminé par quelque figure.

Mais à cause du Malin Génie, puis-je m’assurer d’avoir la moindre de toutes les choses que j’ai attribuées ci-dessus à la nature corporelle ,

De même pour les attributs e l’âme : se nourrir, marcher, sentir

Je suis,j’existe, cela est certain, mais combien de temps ?Je suis une chose vraie et vraiment existante ; mais quelle quelle chose ? Je l’ai dit : une chose qui pense. Je ne suis rien du tout de ce que je puis feindre ou imaginer.

Je suis maintenant éveillé et j’aperçois quelque chose de réel et de véritable, mais parce que je ne l’aperçois pas encore assez nettement, je m’endormirai tout exprès, afin que mes songes me représentent cela même avec plus de vérité et d’évidence.

Rien de tout ce que je puis comprendre par le moyen de l’imagination n’appartient à cette connaissance que j’ai de moi-même

Mais qu’est-ce donc que je suis Une chose qui pense ? Une chose qui doute, qui conçoit, qui affirme, qui nie, qui veut, qui ne veut pas, qui imagine aussi, et qui sent.

Il est certain que je suis, et que j’existe, quand même je dormirais toujours.

Il est très certain qu’il me semble que je vois, que j’ois, et que je m’échauffe… C’est proprement ce qui en moi s’appelle sentir et cela n’est rien autre chose que penser.

Je ne puis m’empêcher de croire que les objets des sens soient ce que je connais le plus distinctement, plus que je ne sais quelle partie de moi-même qui ne tombe point sous l’imagination.

On croît connaître distinctement les corps. Prenons un morceau de cire. Quand il sort de la ruche il a une certaine apparence. mais si on l’approche près du feu tout se perd. La même cire demeure t elle après ce changement ? Ce que l’on connaissais dans ce morceau de cire avec tant de distinctions ce n’est peut être rien de tout ce que j’y ais remarqué par l’entremise des sens puisqu’elles ont disparu. Il ne demeure rien que quelque chose d’étendu, de flexible et de muable.

Je la conçois capable de recevoir une infinité de changements et ne saurais néanmoins parcourir cette infinité avec mon imagination, je ne la connais donc pas par ma faculté d’imaginer.

Il n’y a que mon entendement seul qui conçoive ce que c’est que cette cire. Sa perception n’est point une vision, un attouchement, une imagination, mais seulement une inspection de l’esprit, laquelle peut être imparfaite ou confuse ou bien claire et distincte, si je porte mon attention sur les choses qui sont en elle et dont elle est composée.

Le langage nos trompe lorsque nous disons que nous voyons la même cire et non que nous jugeons que c’est la même.

Que vois-je de cette fenêtre sinon des chapeau et des manteaux. Mais je juge que ce sont de vrais hommes par la seule puissance de juger qui réside en mon esprit, ce que je croyais voir de mes yeux.

Je me connaît moi-même avec bien plus de vérité et de certitude, distinction et netteté. Il ne se peux pas faire que lorsque je vois ou lorsque je pense voir, que moi qui pense ne soit pas quelque chose. La nature e la cire, ou de quelque autre corps, prouvent beaucoup plus facilement la nature de mon esprit. Nous ne concevons les corps que par la faculté d’entendre qui est en nous. Il n’y a rien qui ne soit plus facile à connaître que mon esprit.

Méditation troisième : De Dieu ; qu’il existe

Peut-être se trouve-t-il en moi d’autres connaissance que je n’ai pas aperçues ? Je puis établir pour règle générale que toutes les choses que nous concevons fort clairement et fort distinctement sont toutes vraies.

Qu’est-ce que je concevais clairement et distinctement dans les choses que j’apercevais par l’entremise de mes sens ? Rien sinon les idées ou les pensées de ces choses qui se présentaient à mon esprit.

Je croyais apercevoir qu’il y avait des choses hors de moi, d’où procéderaient ces idées, et auxquelles elles étaient tout à fait semblables;

Dieu existe-t-il et est-il trompeur ?

Entre mes pensées, quelques une sont comme les images es choses, e c’est à celles-là que convient proprement le nom d’idée.

Lorsque je veux, je crains, j’affirme, je nie, je conçois bien alors quelque chose comme le sujet de l’action de mon esprit, mais j’ajoute aussi quelque chose : soit des affections, soit des jugements;

Les idées considérées en elles-mêmes ne peuvent être fausses.

Il n’y a pas non plus de fausseté dans les affections ou volontés, car bien que je puisse désirer des choses mauvaises ou qui ne furent jamais, il n’est pas moins vrai que je les désire.

C’est dans les jugement que je dois prendre garde de ne pas me tromper lorsque je les juge conforme à des choses qui sont ors de moi.

Or de ces idées les unes semblent être nées avec moi, les autres être étrangères et venir du dehors, et les autres êtres faîtes et inventées par moi-même. La faculté e concevoir une chose je la tiens de ma nature propre ; `la faculté de sentir procède de choses qui sont hors de moi ; les fictions ou imaginations de mon esprit.

Quelles sont les raisons qui m’obligent à croire certaines idées semblables à leurs objets ?

Ce la semble enseigné par la nature. Elles ne dépendent point de ma volonté car elles se présentent à moi malgré moi.

Par nature, j’entends seulement une certaine inclination qui me porte à croire que cela m’est enseignée par a nature. Et non pas une lumière naturelle qui me fasse connaître ce qui est vrai. Je ne saurai rien révoquer en doute de ce que la lumière naturelle me fait voir être vrai…

Les inclinations naturelles ne m’ont pas moins porté au mal qu’au bien.

L’idée que les idées doivent venir d’ailleurs par qu’elles ne dépendent pas de notre volonté n’est pas convaincante. Lorsque je dors ces idées se forment en moi sans l’aide des objets qu’elles représentent. Il y a souvent une grande différence entre l’objet et son idée. Il y a deux idées du soleil, l’une venue des sens, l’autre de l’astronomie (idées qui sont en moi) et ces deux idées ne peuvent être toutes deux semblables au soleil. Or celle qui vient immédiatement de son apparence lui est le plus dissemblable.

Les idées qui me représentent des substances sont sans doute quelque chose de plus, et contiennent en soi plus de réalité objective, c’est-à-dire participent par représentation à plus de degrés d’être ou de perfection, que celles qui me représentent seulement des modes ou accidents. Ainsi l’idée d’un Dieu souverain, éternel, infini, immuable, tout connaissant, tout-puissant et créateur universel.

Il doit y avoir pour le moins autant de réalité dans la cause efficiente et totale que dans son effet.

Donc le néant ne saurait produire aucune chose. Et ce qui est plus parfait ne peut être une suite et une dépendance du moins parfait.

L’idée de la chaleur ou de la pierre ne peut être en moi si elle n’y a été mise par quelque cause, qui contienne en soi pour le mins autant de réalité que j’en conçois dans la chaleur ou dans la pierre.

Toute idée étant œuvre de l’esprit, sa nature est telle qu’elle ne demande de soi aucune autre réalité formelle que celle qu’elle reçoit ou emprunte de a pensée ou de l’esprit.

Pou imparfaite que soit ce mode d’être, la représentation, on ne peut pas dire qu’elle tire son origine du néant.

Il est nécessaire que la réalité soit formellement dans les causes de ms idées. Cette manière d’être objectivement appartient aux idées, de leur nature propre. Il faut parvenir une première idée dont la cause soit comme un patron ou un original, dans lequel toute la réalité ou perfection soit contenue formellement en effet, qui se rencontre seulement objectivement ou par représentation dans ces idées.

Les idées sont en moi comme des images qui peuvent facilement déchoir de la perfection des choses dont elles ont été tirées, mais qui ne peuvent jamais rien contenir de plus grand ou de plus parfait.

Mais si la réalité objective de quelqu’une de mes idées est telle, que je connaisse clairement qu’elle n’est point en moi, ni formellement ni éminemment, et que par conséquent je ne puis moi-même en être la cause, il suit de là nécessairement que je ne suis pas seul dans le monde, mais qu’il y a encore quelque chose qui existe et y qui est cause de cette idée. C’est le seul argument qui puisse me convaincre de l’existence d’aucune autre chose que de moi-même.

Il y a des idées des animaux, des hommes, des anges. Mais celles-ci peuvent être formées par le mélange des autres idées, sans que cela corresponde à une réalité.

Dans les idées des choses corporelles, il y a fort peu de choses que je conçoive clairement et distinctement : grandeur, extension, figure, situation, mouvement, substance, durée, nombre. Par contre la couleur, la lumière, le son odeurs, saveurs, chaleur, froid : obscurité et confusion.

Même si les jugements ont une vérité et fausseté formelle, elles peuvent aussi avoir une fausseté matérielle : représenter ce qui n’est rien comme si c’était quelque chose.

Le froid est il privation de chaleur ou une qualité réelle ?

Si elles sont fausses , c’est-à-dire si elles représentent des choses qui ne sont point, la lumière naturelle me fait connaître qu’elles procèdent du néant. Mais même quand les idées sont vraies, elles me font paraître si peu e réalité que je ne puis discerner la chose représentée d’avec le non être et je pense que je pourrais en être l’auteur.

La substance est une idée que je tire de moi car je suis moi-même une substance.

Étendue, figure, situation et mouvement ne sont point formellement moi, ce sont seulement certains modes de la substance et comme les vêtements sous lesquels la substance corporelle nous paraît. Donc elle peuvent être contenus en moi.

Seule l’idée de Dieu n’a pu venir de moi-même. Je n’aurais pas l’idée d’une substance infinie, moi qui suis un être fini, si elle n’avait été mise en moi par quelque substance véritablement infinie.

L’idée de l’infini n’est pas la négation du fini car il se rencontre plus de réalité dans la substance infinie que dans la substance finie. Comment pourrais-je connaître qu’il me manque quelque chose et que je ne suis pas parfait, si je n’avais en moi aucune idée d’un être plus parfait que le mien ?

Cette idée est fort claire et fort distincte, contenant en soi plus de réalité objective qu’aucune autre.

On peut feindre qu’un tel être n’existe point, on ne peut feindre néanmoins que son idée ne me représente rien de réel.

Il est de la nature de l’infini que ma nature qui est finie est bornée ne le puisse comprendre.

Toutes les perfections que j’attribue à la nature d’un Dieu sont peut être en moi en puissance ? Non car dans l’idée de la Divinité, rien ne se rencontre seulement en puissance mais tout y est actuellement et en effet.

Ma connaissance augment par degré mais ne saurait être actuellement infinie. Dieu lui ne peut rien ajouter à la souveraine perfection qu’il possède.

De qui aurais-je mon existence s’il n’y avait point de Dieu ? De quelque chose de moins parfait que lui…

Si je m’étais moi-même donné ce plus que je viens de dire, c’est-à-dire si j’avais été l’auteur de ma naissance et de mon existence, je ne me serais pas privé des choses qui sont de plus facile acquisition, non plus d’aucune des choses qui sont dans l’idée que je conçois de Dieu.

Il est nécessaire que Dieu soit l’auteur de mon existence.

Une substance, pour être conservée dans tous le moments qu’elle dure a besoin du même pouvoir et de la même action qui serait nécessaire pour la produire et la créer tout de nouveau, si elle n’était point encore. Je connais donc que je dépend de quelque être différent de moi.

Il doit y avoir autant de réalité dans la cause que dans son effet. Donc comme je suis une chose qui pense, je dois avoir été créé par une autre chose qui pense et qui possède en soi toutes les perfections que j’attribue à la nature divine.

Je n’ai pas non plus été créé par plusieurs puissances divines indépendantes, car l’unité, la simplicité, ou l’inséparabilité de toutes les choses qui sont en Dieu est une des principales perfections que je conçois être en lui.

Je dois à mes parents la naissance, mais ça ne fait pas toutefois que ce sont eux qui me conservent.

Cette idée (de Dieu), je ne l’ai pas reçu par les sens et jamais elle ne s’est offerte à moi contre mon attente, ainsi que le font d’ordinaire les idées des choses sensibles. Elles n’est pas non plus une pure production ou fiction de mon esprit, car il n’est pas en mon pouvoir d’y diminuer ou d’y ajouter quelque chose. Comme idée de moi même, elle est née et produite avec moi dès lors que j’ai été créé.

Dieu a mis en moi cette marque comme la marque de l’ouvrier empreinte sur son ouvrage.

Lorsque je fais réflexion sur moi, non seulement je connais que je suis une chose imparfaite, incomplète et dépendante d’autrui, qui tend et qui aspire sans cesse à quelque chose de meilleur et de plus grand que je ne suis, mais je connais aussi en même temps que celui duquel je dépends possède en soi toutes ces grandes choses auxquelles j’aspire et dont je trouve en moi les idées, non pas indéfiniment et seulement en puissance, mais qu’il en jouit en effet, actuellement et infiniment.

La contemplation de Dieu par la méditation de son idée, bien qu’imparfaite au regard de la souveraine félicité de l’autre vie, nous fait jouir du plus grand contentement que nous soyons capable de ressentir en cette vie.

Méditation quatrième : Du vrai et du faux

En accoutumant son esprit à se détacher des sens, on remarque qu’il y a peu de chose que l’on connaisse avec certitude touchant les choses corporelles, au contraire des intelligibles.

L’idée que j’ai de l’esprit humain ne participe en rien de ce qui appartient au corps.

Je ne pense pas que l’esprit humain puisse rien connaître avec plus d’évidence et de certitude que l’idée de Dieu.

Je reconnais qu’il est impossible que jamais il me trompe, puisqu’en toute fraude et en toute tromperie il se rencontre quelque sorte d’imperfection. Cela ne peut se rencontrer en Dieu.

J’expérimente en moi-même une certaine puissance de juger. Il ne me l’a pas donnée telle que je puisse jamais faillir, lorsque j’en userai comme il faut.

Lorsque je ne pense qu’à Dieu, je ne découvre en moi aucune cause d’erreur ou de fausseté. Mais je sus néanmoins sujet à une infinité d’erreurs. Car il y a dans ma pensée une certaine idée négative du néant. Je suis comme un milieu entre Dieu et le néant., entre le souverain être et le non-être. C’est pourquoi je ne doit pas m’étonner si je me trompe.

L’erreur, en tant que telle, n’est pas quelque chose de réel qui dépende de Dieu, mais c’est seulement un défaut. La puissance que Dieu m’a donnée pour discerner le vrai d’avec le faux n’est pas en moi infinie.

L’erreur n’est cependant pas pure négation, un manquement de quelque perfection, mais plutôt une privation de quelque connaissance qu’il semble que je devrais posséder. Dieu n’a pas donné une faculté imparfaite.

Ma nature étant extrêmement faible et limitée, je n’ai plus de peine à reconnaître qu’il y a une infinité de choses en sa puissance, desquelles les causes passent la portée de mon esprit.

Mais a même chose qui pourrait peut être sembler imparfaite toute seule se rencontre très parfaite en sa nature si elle est regardée comme partie de tout cette univers.

J’existe et je suis placé dans le monde comme faisant partie de l’université de tous les êtres.

L’erreur provient de mon entendement et de ma volonté ensemble.

L’entendement me présente les idées des choses, que je puis assurer ou nier. En le considérant ainsi précisément, on peut dire qu’il ne se trouve jamais en lui aucune erreur.

On n’est pas privé des idées que l’on a pas.

Il n’y a pas de raisons de penser que Dieu a mis dans chacun de ses ouvrages toutes les perfections qu’il peut mettre dans quelques uns.

De toutes les choses qui sont en moi, il n’y en a aucune que je ne reconnaisse bien qu’elle pourrait être plus grande et plus parfaite. Ma faculté de concevoir, ma mémoire, mon imagination.

Seule la volonté, que j’expérimente en moi être si grande que je ne conçois point l’idée d’aucune autre plus ample et plus étendue : c’est elle qui me fait connaître que je porte l’image et la ressemblance de Dieu.

Être libre ne signifie pas être indifférent mais au contraire connaître le vrai et le bien afin que plus librement j’en fasse le choix et l’embrasse. La grâce divine et la connaissance naturelle, loin de diminuer ma liberté, l’augmentent plutôt et la fortifie. Si je connaissais toujours clairement ce qui est vrai et bon, je serais entièrement libre sans jamais être indifférent.

Ce n’est pas ma puissance de vouloir, parfaite qui est cause de mes erreurs, mais celle de concevoir.

Mes erreurs naissent de ce que, ma volonté étant beaucoup plus ample et plus étendue que l’entendement, je ne la contient pas dans les mêmes limites, mais je l’étends aussi aux choses que je n’entends pas.

L’indifférence ne s’étend pas seulement aux choses dont l’entendement n’a aucune connaissance, mais aussi à toutes celles qu’il ne découvre pas avec une parfaite clarté, au moment que la volonté en délibère.

Si je m’abstiens de donner mon jugement sur une chose lorsque je ne a conçois pas avec assez de clarté , j’en use fort bien. Mais si je me détermine à la nier ou assurer, je me trompe, même si c’est la vérité, car cela n’arrive que par hasard.

La lumière naturelle nous enseigne que la connaissance de l’entendement doit toujours précéder la détermination de la volonté.

La privation réside dans l’opération, non dans mes facultés.

Ce n’est point une imperfection en Dieu, de ce qu’il m’a donné la liberté de donner mon jugement, ou de ne pas le donner, sur certaines choses dont il n’a pas mis une claire et distincte connaissance en mon entendement, mais sans doute c’est en moi une imperfection de ce que je n’en use pas bien, et que je donne témérairement mon jugement sur des choses que je ne conçois qu’avec obscurité et confusion.

Si il n’y avait que moi, il est clair que Dieu aurait pu me rendre plus parfait en me donnant une connaissance claire de toutes les choses dont j’aurai à délibérer. Mais une plus grande perfection de l’Univers consiste à ce que des parties ne soient pas exemptes de défauts plutôt que d’être toutes semblables.

Toutes les fois que je retiens ma volonté dans les bornes de ma connaissance, il ne se peut cependant faire que je me trompe : ces idées clairs ayant pour origine Dieu et celui-ci ne pouvant être source d’aucune erreur.

Je parviendrai à la vérité si j’arrête suffisamment mon attention sur toutes les choses que je concevrai parfaitement, et si je les sépare des autres que je ne comprends qu’avec confusion et obscurité.

Méditation cinquième : De l’essence des choses matérielles ; et, derechef de Dieu, qu’il existe.

Avant de considérer s’il y a des choses hors de moi, je dois considérer leurs idées qui sont en ma pensée.

J’imagine distinctement : la quantité continue, l’extension en longueur, largeur et profondeur + grandeurs, figures, situations, mouvements et durées.

Lorsque je commence à les découvrir, il ne me semble pas que j’apprenne rien de nouveau, mais plutôt que je me ressouviens de ce que je savais déjà auparavant, des choses qui étaient déjà en mon esprit.

J’ai une infinité d’idées de certaines choses qui n’ont peut être aucune existence hors de ma pensée mais qui ne sont pas un pur néant mais sont vraies et immuables. La pensée du triangle. Je n’ai point inventé l’essence déterminée de cette figure qui n’est peut être en aucun lieu du monde hors de ma pensée.

Cette figure ne vient pas des sens. Je peux former en mon esprit une infinité d’autres figures dont on ne peut avoir le moindre que jamais elle ne soient tombés sous les sens.

Tout ce qui est vrai est quelque chose.

SI TOUT CE QUE JE RECONNAIS CLAIREMENT ET DISTINCTEMENT APPARTENIR À UNE CHOSE LUI APPARTIENT EN EFFET, C’EST UNE PREUVE DE L’EXISTENCE DE DIEU.

Car je trouve en moi l’idée d’un être souverainement parfait. Son existence est actuelle et éternelle. Donc l’existence de Dieu doit passer en mon esprit au moins pour aussi certaine que j’ai estimé jusqu’ici toute les les vérités des mathématiques.

Et l’existence ne peut être séparée d’avec l’essence de Dieu, comme l’idée d’une montagne de l’idée d’une vallée.

Mais quoique je conçoive Dieu avec l’existence, il ne s’ensuit pas pour cela qu’il y en ait aucun qui existe. Car ma pensée n’impose aucune nécessité aux choses. Je peux ainsi imaginer un cheval ailé.

De cela seul que je ne puis concevoir Dieu sans existence, il s’ensuit que l’existence est inséparable de lui, et partant qu’il existe véritablement. C’est la nécessité de la chose elle-même, à savoir de l’existence de Dieu, qui détermine ma pensée à le concevoir de cette façon (et non l’inverse qui serait un sophisme caché). Car il n’est pas en ma liberté de concevoir un Dieu sans existence comme il m’est libre d’imaginer un cheval ailé.

Il y a une grande différence entre les fausses supposition et les véritables idées qui sont nées avec moi, dont la première et principale est celle de Dieu (dont les attributs pensables sont marqués de nécessité).

Cette idée n’est point quelque chose de feint ou d’inventé, dépendant seulement de ma pensée, mais c’est l’image d’une vraie et immuable nature.

Il n’y a que les choses que je conçois clairement et distinctement qui aient la force de me persuader entièrement.

Pour ce qui est de Dieu, si ma pensée ne se trouvait point divertie par la présence continuelle des choses sensibles, il n’y avait aucune chose que je connusse plus tôt ni plus facilement que lui.

Et la certitude de toutes les autres choses en dépend si absolument, que sans cette connaissance, il est impossible de pouvoir jamais rien savoir parfaitement.

Il se peut faire aisément que je doute de la vérité de la formule géométrique du triangle, si j’ignore qu’il y ait un Dieu. Mais comme je sais qu’il y a un Dieu non trompeur, tout ce que je conçois clairement et distinctement ne peut manquer d’être vrai.

Je ne puis me tromper dans les jugements dont je connais clairement les raisons.

Quand bien même je dormirais, tout ce qui se présente à mon esprit avec évidence est absolument véritable.

Méditation sixième : de l’existence des choses matérielles et de la réelle distinction entre l’âme et le corps de l’homme.

Il n’y a point de doute que Dieu n’ait la puissance de produire toutes les choses que je suis capable de concevoir avec distinction.

L’imagination n’est rien d’autre qu’une certaine application de la faculté de connaître au corps qui lui est intimement présent.

Il y a une différence entre l’imagination et la pure intellection ou conception.

Si je veux penser à un Chiliogone, je conçois bien à la vérité que c’est une figure composée de mille côtés, mais je ne puis pas imaginer ses mille côtés, les regarder comme présents avec les yeux de mon esprit.

J’ai besoin d’une particulière contention d’esprit pour imaginer, de laquelle je ne me sert point pour concevoir.

Cette vertu d’imaginer n’est en aucune sorte nécessaire à ma nature où à mon essence, de mon esprit. Elle dépend donc de quelque chose qui diffère de mon esprit.

L’esprit en concevant se tourne en quelque façon vers soi même et considère quelqu’une des idées qu’il a en soi ; mais en imaginant il se tourne vers le corps. Mais je conjecture l’existence des corps et n’en connaît pas la nécessité.

Premièrement, on sent qu’on a un corps. Que ce corps est placé parmi beaucoup d’autres provoquant plaisir et douleur. Puis on remarque que ces corps ont des qualités propres à chaque sens. Celles-ci se présentaient à mon esprit indépendamment de ma volonté mais liée à un sens.

Comme les idées que je recevais par les sens sont beaucoup plus vives et distinctes que celles que je pouvais feindre de moi-même en méditant, elles ne pouvaient procéder de mon esprit. Puis on en vient à se persuader qu’il n’y a aucune idée dans mon esprit qui n’eût passé auparavant par mes sens.

Mon corps semble être mien car je ne peux jamais en être séparé comme les autres corps.

Mais je n’avais aucune explication pour tout ce que j’éprouvais à travers ce corps. Les jugements que j’avais coutume de faire de ces objets se formaient en moi avant que j’eusse le loisir de peser et considérer aucune raisons qui me pussent obliger à les faire.

Mais après, j’ai trouvé de l’erreur dans les jugements fondés sur les sens extérieurs et même les intérieurs (les douleurs fausses). Et je n’ai jamais rien cru sentir étant éveillé que je ne puisse quelquefois croire aussi sentir quand je dors. Et la nature semblant me porter à beaucoup de choses dont la raison me détournait, je ne croyais pas me devoir confier beaucoup aux enseignements de cette nature.

Mon essence consiste en cela seul que je suis une chose qui pense, ou une substance dont toute l’essence ou la nature n’est que de penser. J’ai donc d’un côté une idée claire et distincte de moi-même en tant que chose qui pense et non étendue, et de l’autre j’ai une idée distincte du corps en tant que chose étendue et qui ne pense point.

Je trouve en moi des facultés de penser toutes particulière, et distinctes de moi, à savoir les facultés d’imaginer et de sentir, sans lesquelles je puis bien me concevoir clairement et distinctement tout entier, mais non pas elles sans moi, c’est-à-dire une substance intelligente à qui elles soient attachées.

Il en va de même pour d’autre faculté comme de mouvoir mon corps. Mais ces facultés doivent aussi être attachées à quelque substance corporelle ou étendue.

Sentir : cette faculté active ne peut être en moi en tant que je ne suis qu’une chose qui pense. , vu qu’elle ne présuppose point ma pensée. Il faut nécessairement qu’elle soit en quelque substance différente de moi, dans laquelle toute la réalité soit contenue formellement. Une nature corporelle.

Ayant une très forte inclination à croire que ces idées partent des choses corporelles, et dieu n’étant pas trompeur, elles ne doivent pas être produites par d’autres causes que par des choses corporelles qui existent.

Mais elles ne sont peut être pas entièrement telles que nous les apercevons par les sens. Mais toutes les choses que je conçois clairement et distinctement, à savoir les objets de la géométrie spéculative, sont véritables. Mais tout ce qui est lumière, son, couleur, elles sont douteuses et incertaines.

Tout ce que la nature m’enseigne contient quelque vérité, car elle n’est autre chose que Dieu même, ou bien l’ordre et la disposition que Dieu a établie dans les choses créées.

La nature m’enseigne que j’ai un corps et que je n’y suis pas seulement logé comme un pilote dans son navire, mais que je lui suis conjoint très étroitement, et tellement confondu et mêlé que je compose comme un seul tout avec lui

Sinon quand je suis bblessé j’apercevrais ma blessure par le seul entendement.

Donc tous ces sentiments de faim, de soif de douleur, ne sont autre chose que certaines façon confuses de penser, qui proviennent et dépendent de l’union comme du mélange de l’esprit avec le corps.

En tant que je suis composé du corps et de l’âme, je peux recevoir diverses commodités ou incommodités des autres corps qui l’environnent.

Je prends ici la nature en une signification plus resserrée que lorsque je l’appelle un assemblage de toutes les choses que Dieu m’a donné. Il y a des choses que je connaît par la lumière naturelle seule sans le corps, et d’autres qui n’appartiennent qu’au corps seul.

Mais c’est à l’esprit seul, et non point au composé de l’esprit et du corps, qu’il appartient de connaître la vérité.

Certains sentiments ayant été mis en moi pour signifier à mon esprit qu’elles choses sont convenables ou nuisibles au composé dont il fait partie, je m’en sert néanmoins comme si elles étaient des règlent très certaines par lesquelles je puisse connaître immédiatement l’essence et la nature des corps qui sont hors de moi, de laquelle toutefois elles ne me peuvent rien enseigner que de fort obscur et confus.

Considérant la machine du corps humain comme ayant été formée par Dieu pour avoir en soi tous les mouvements qui ont coutume d’y être…

Ce n’est pas une dénomination extérieure lorsqu’on dit de la nature de l’hydropique qu’elle est corrompue et que sans avoir besoin de boire il a le gosier sec, toutefois au regard de tout le composé, c’est-à-dire de l’esprit uni au corps, ce n’est pas une pure dénomination mais une erreur de la nature.

Il y a une grande différence entre l’esprit et le corps en ce que le corps, de sa nature, est toujours divisible, et que l’esprit est entièrement indivisible.

L’esprit ne reçoit pas immédiatement l’impression de toutes les parties du corps mais seulement du cerveau, la partie où s’exerce le sens commun.

Quand je ressens de la douleur au pied, la physique m’apprend que ce sentiment se communique par le moyens des nerfs dispersés dans le pied, qui se trouvant étendus comme des cordes depuis là jusqu’au cerveau, lorsqu’ils sont tirés dans le pieds, tirent aussi en même temps l’endroit du cerveau d’où ils viennent et auquel ils aboutissent, et y exercent un certain mouvement, que la nature a institué pour faire sentir de la douleur à l’esprit.

Tous ces sentiments qui viennent dans les nerfs jusqu’au cerveau montre la bonté de Dieu car ils servent à la conservation du corps.

Ainsi la soif est un signal qu’il nous faut boire pour la conservation de notre santé.

Donc la nature de l’homme, en tant qu’il est composé de l’esprit et du corps, peut être quelquefois furtive et trompeuse : car on peut exciter directement le nerf et faire sentir une fausse douleur.

Mais en général elle ne trompe pas. Tous mes sens me signifient plus ordinairement le vrai que le faux. Et mon entendement et ma mémoire peuvent me faire découvrir les causes de mes erreurs.

Distinguer la veille du sommeil : notre mémoire ne peut jamais lier et joindre nos songes les uns aux autres et avec toute la suite de notre vie, ainsi qu’elle a coutume de joindre toutes les choses qui nous arrivent étant éveillés.

Lorsque j’aperçois des choses dont je connais distinctement et le lieu d’où elles viennent, et celui où elles sont, et le temps auquel elles m’apparaissent et que, sans aucune interruption, je puis lier le sentiment que j’en ai avec la suite du reste de ma vie, je suis entièrement assuré que je les aperçois en veillant.

Mais il faut reconnaître l’infirmité et la faiblesse de notre nature.

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