Publié par : gperra | 21 février 2012

Fiche de lecture de « Descartes – Profil », chez Hatier

Descartes

Profil – Hatier

 

 

 

 

 

 

 

 

La Méthode :

 

Elle a besoin d’un fondement métaphysique. Descartes substitut à l’autorité de la tradition l’autorité de la raison.

 

Un projet révolutionnaire

 

Il faut abattre la maison pour la reconstruire car les fondements ne sont pas bien fermes. Ce sont toutes les opinions qui lui,ont été transmises par son éducation : elles sont incertaines.

Descartes ne va pas critiquer, les unes après les autres, les opinions reçues mais critiquer le fait même qu’elles soient reçues.

Descartes et la tradition

La tradition est une pensée qu’aucun sujet ne pense. Pour D., l’exigence essentielle d’une science de voir ses vérités reconnues par le sujet pensant.

Dans les œuvres de l’État ou le travail corporel collectif, l’imperfection est irrémédiable.

Mais dans les œuvres de la pensée, la connaissance d’une vérité nous aide à trouver d’autres vérités : la connaissance n’est pas une contribution parcellaire à une synthèse collective (la tradition).

C’est un combat au nom de la vérité qui est plus ancienne que la tradition.

Le lien entre autorité et vérité

On a en soi des opinions qu’on tient pour vraies sans avoir jugé de son contenu. Refus de Descartes de l’argument d’autorité : Platon, Aristote, etc. Il faut retrouver en soi-même les vérités en question.

Descartes propose de substituer à toutes les autorités qui se trouvent hors de moi l’autorité qui se trouve en moi et qui est moi. Ce qui importe dans la vérité, c’est la certitude de la posséder.

1) Déterminer ce dont je suis vraiment certain.

2) Se demander si j’ai raison d’en être certain.

Qu’est-ce que la raison ?

La raison est un pouvoir de juger, un tribunal. Ce pouvoir est impliqué dans toute opération de la pensée. Se souvenir suppose un jugement sur le passé, etc. Personne ne peut juger sa raison sans la mettre de nouveau en œuvre (on ne peut dénigrer son bon sens que par un acte de la raison, ce qui revient à se contredire.

La raison est en nous une lumière naturelle. Comme le soleil, elle éclaire la variété des choses sans perdre son unité.

C’est le pouvoir de distinguer le vrai du faux. Quand on préfère le faux et le mauvais, c’est qu’on use mal de la raison. Il faut alors se donner une méthode ferme. Notre jugement est sain lui-même : la méthode ne vise pas à l’améliorer mais à le préserver.

Les mathématiques sont un domaine où la lumière naturelle a été préservée et peut servir d’exemple pour fonder la méthode.

Le modèle mathématique

La géométrie et l’algèbre sont un des lieux où l’on a fait des découvertes durables.

Pour Descartes, les maths sont faciles et nous montrent que la connaissance est facile.

Il faut faire abstraction des objets mathématiques eux-mêmes (nombres, figures) qui nous font croire que les maths sont une science spéciale à côté des autres sciences. Apparaît alors une mathématique universelle qui est l’étude des divers rapports ou proportions qui existent entre les objets, pour déduire des lois de série.

On passe du simple au complexe. Il n’y a rien d’occulte, pas besoin de génie ni de pouvoir caché.

Les maths nous donne des objets entièrement éclairés : des idées claires et distinctes. Il suffit de respecter l’ordre de notre compréhension : du clair au distinct.

Nous pouvons ainsi aller jusqu’au bout de ce que nous pouvons connaître. Au delà, il n’y a rien d’inconnu. Les conditions de la connaissance définissent la vérité de l’être connu.

Il y a un seul problème : il faut du temps. Le problème du temps différencie la question de la connaissance de celle de l’action.

Règles de la méthode : les quatre préceptes

a) Règle de l’évidence : tenir seulement pour vrai ce qui est évident, les idées claires et distinctes. Ne pas aller chercher avant l’heure les idées obscures.

b) Règle de l’analyse : réduire le complexe aux éléments simples dont il est constitué.

c) Règle de l’ordre : Conduire par ordre ses pensées du plus simple au plus complexe. Un tel ordre nous livre aussi l’ordre objectif des objets eux-mêmes.

d) Règle du dénombrement : Passer en revue pour être sur de ne rien omettre. Ainsi ne pas détruire l’ordre des raisons. Quand la déduction devient trop longue, on fait en effet confiance à sa mémoire. Mais cette règle est plutôt le moyens de garder à l’esprit l’ensemble des évidences passées nécessaires à une évidence présente.

La méthode exige un fondement métaphysique

Il est sage de douter des idées reçues sans attendre les occasions de douterqui viennent nécessairement tant qu’on a pas entrepris la démarche de la certitude.

Mais ne peut-on également douter du savoir méthodique ? On peut douter de sa certitude mais seulement en la mettant en suspend dans le vide.

C’est parce que la raison fait autorité qu’elle est en droit de douter de sa propre autorité. Il faut un fondement qui mette à l’abri du doute sur soi-même : la métaphysique.

L’œuvre du doute

L’hypothèse de la tromperie universelle que représente la fiction du « Malin Génie ». (Méditations).

Le doute cartésien

a. Définition du doute : mettre toutes ses opinions à l’épreuve du doute afin d’établir ce qui est indubitable. Ce n’est pas une hésitation mais ce qui nous en délivre. Il s’agit de douter une fois pour toutes afin de ne plus jamais avoir à douter.

b. Le doute méthodique : rejeter toutes les opinions reçues parce que certaines se sont révélées fausses. Pour disqualifier une autorité, il suffit de la prendre au moins une fois en défaut. Descartes rejette donc tout ce qu’il a reçu des sens car ils sont parfois trompeurs. Mais mêmes en s’imaginant le monde comme un rêve, celui-ci est composé de figures, grandeurs, durées, objets des sciences mathématiques et donc de ma certitude.

c. Le doute métaphysique : Mais ces certitudes mathématiques peuvent aussi avoir été l’œuvre d’un Dieu trompeur. Ce doute métaphysique porte sur la méthode elle-même.

d. L’hypothèse du Malin Génie : il faut encore rendre méthodique le doute métaphysique, c’est-à-dire le rendre hyperbolique, exagéré. Mettre toute son énergie à se convaincre soi-même qu’on est dans l’erreur. « Je demeurerai obstinément attaché à cette pensée ».

« Je pense donc je suis » : le cogito

Pas de doute que je suis s’il me trompe. La proposition « Je suis, j’existe » est nécessairement vraie toutes les fois que je la prononce ou que je la conçois en mon esprit.

Le « Je » fait donc autorité quant à son existence. Mais seulement en tant que « Je pense ».

Le cogito est une certitude exceptionnelle puisque je continue par ailleurs à douter de tout. Il a une indubitabilité supérieure, même vis-à-vis des autres certitudes de la raison. Le doute m’a appris que le je pense est premier par rapport à tout le reste car il est condition de toute certitude future.

Qui suis-je ?

Seule la certitude du cogito, telle qu’elle se découvre dans l’épreuve du doute extrême, peut m’apprendre précisément ce que je suis : une chose qui pense, un entendement, une raison. La pensée n’est plus une faculté parmi d’autres, mais ce qui me constitue comme sujet. Les contenus de l’imagination, du désir, de la sensation sont douteux mais il est hors de doute qu’ils font partie de mes pensées. La chose qui pense est donc un composé de divers facultés. Toutes ont pour substance la pensée.

Priorité de la connaissance de l’âme sur celle du corps : l’analyse du « morceau de cire »

Cette chose qui pense, on peut l’appeler âme. L’âme est plus facile à connaître que le corps.

Nous croyons que nous connaissons mieux les choses matérielles. Nous croyons facile de connaître un morceau de cire. Mais nos yeux ne voient que le visuel, l’objet en lui-même est connu par une « inspection de l’esprit ». Quand la cire fonds, toutes les données sensorielles qui la caractérisaient s’évanouissent. Mais on sait que c’est la même cire par un acte de l’esprit.

Il faut donc distinguer l’inspection de l’esprit de la vision des yeux.

L’idée de Dieu en moi

a. Comment sortir du doute ?

À la tromperie du Malin Génie échappe ma pensée et toutes les idées qui sont dans ma pensée. Ce sont les images des choses et en tant que telles ont peut douter qu’elles se rapportent à quelque chose de réel.

Y-a-t-il en moi une idée qui, considérée en elle-même, indique à coup sûr que je ne peux en être la cause ?

b. L’idée de parfait.

Je me perçois comme un être limité, une substance finie. Mais l’idée de l’imparfait doit avoir préalablement en elle l’idée du parfait.

sa réalité formelle : c’est une idée très claire et très distincte. On la conçoit cependant sans pouvoir la comprendre car on est imparfait.

sa réalité objective : Elle est la représentation d’un objet, l’être parfait, infini, Dieu. C’est une donnée nécessaire du « je pense ». Seul Dieu a pu mettre cette idée en moi en me créant.

La toute-puissance de Dieu et sa véracité

Intermittente, l’hypothèse d’un Dieu trompeur ne peut susciter en moi qu’un doute léger. Car un Dieu tout puissant ne peut vouloir me tromper (même s’il peut le faire), cela n’a pas de sens pour un être parfait.

« Dieu ne peut être trompeur, puisque la lumière naturelle nous enseigne que la tromperie dépend nécessairement de quelque défaut. »

Dieu garantit donc de l’extérieur l’autorité de ma raison.

La véracité divine

Le problème de l’erreur humaine

Le doute universel est né de l’expérience de l’erreur reconnue. Mais puisque Dieu garantit la véracité de la lumière naturelle, on peut au contraire s’étonner qu’il soit possible de se tromper.

On peut penser que c’est en raison de la finitude et de l’imperfection de notre être.

Mais l’erreur n’est pas une simple négation, un non-être, mais une privation. La privation implique donc un mal.

L’erreur comme la vérité provient du jugement. Le jugement est la combinaison de deux facultés : concevoir l’objet et se prononcer sur lui. La première faculté est l’entendement, la seconde la volonté.

Or le pouvoir d’affirmer ou de nier de la volonté est infini. La volonté est la faculté qui me montre que je suis à l’image de Dieu.

La volonté étant plus ample que l’entendement, je ne la contient pas dans les mêmes limites, mais je l’étends aussi aux choses que je n’entends pas. D’où la naissance de l’erreur.

On peut éviter de commettre des erreurs en suspendant son jugement sur les choses que l’on entends pas. Je suis donc bien le seul coupable de mes erreurs.

L’affirmation de la liberté humaine

La volonté est une pure liberté consistant dans le pouvoir de faire ou de ne pas faire une chose.

La plénitude de la liberté n’est pas dans l’indifférence mais dans l’adhésion à l’évidence que la raison enseigne. Je suis libre dans la vérité, je suis coupable dans l’erreur.

La liberté indifférente est une liberté à son plus bas degré.

On est libre quand on se trompe ou cherche à se tromper soi-même (le Malin Génie). Le cogito était donc la révélation de la liberté, son intuition pure. Méditation 4.

Connaissance de Dieu et certitude scientifique

a. L’essence des choses matérielles.

Un corps n’est reconnu comme tel que par l’intermédiaire d’une idée de l’entendement. Qu’est-ce qui nous permet de reconnaître un corps comme tel ? Méditation 5.

Un corps se reconnaît à son extension. C’est l’objet de la géométrie. La géométrie donne une telle certitude qu’elle semble pouvoir se passer de la garantie divine.

b. Un savant véritable ne peut être athée

Puisque Dieu est parfait, il a une infinité de perfections, dont l’existence. Je dois reconnaître que l’idée de perfection que j’ai en moi implique nécessairement celle de l’existence de Dieu, comme la somme des angles d’un triangle implique la somme de deux angles droits. Le géomètre conséquent ne doit donc pas être athée.

De plus, on ne peut toujours revenir sans cesse à une démonstration vraie pour s’assurer de sa véracité. Or le souvenir d’une évidence n’est plus une évidence. Seule la certitude de l’existence de Dieu nous permet d’établir une science, de savoir que ce que nous avons reconnu comme vrai reste vrai.

c. La création des vérités éternelles

La loi du triangle est une vérité nécessaire, donc éternelle. Mais ce n’est pas la raison qui détermine les nécessités. C’est la toute puissance de Dieu qui a fondé les vérités éternelles. Et il aurait pu en faire d’autres. Mais il doit rester immuable et ne pas mentir. Créant librement les vérités, Dieu les livre à notre raison. Nous avons donc de notre côté la liberté de juger.

L’extension de la garantie divine aux idées obscures et confuses

Les idées obscures et confuses sont reçus par les sens : les sensations ou les sentiments.

Qu’y-a-t-il de vrai en elles ? Méditation 6.

Ce sont nos sensations qui nous garantissent de l’existence des choses matérielles. Mais il n’y a pas de science aussi exactes que les mathématiques dans ce domaine. Il faut donc prouver cette foi, ce qui conduit à s’interroger sur la question du rapport de l’âme et du corps.

L’existence des choses matérielles

Les sensations se donnent en moi comme produites par quelque chose (passivité). Nous avons une forte inclination à croire qu’elles nous viennent des choses corporelles. Cela ne peut venir ni de Dieu (qui serait alors trompeur), ni de la chose qui pense. Cela vient donc de la matière.

Et les variétés matérielles répondent aux différences sensibles (goût, couleur, odeur, etc.).

Quelque chose doit exister dans l’objet qui correspond à la sensation de froid.

Être certain de l’existence de la matière, c’est donc être certain qu’à une variété de signes correspond bien quelque chose. Nous sommes assuré du code, mais pas de savoir si le froid que nous ressentons correspond bien au froid réel. On peut donc se tromper, mais les sens ne sont pas trompeurs.

Distinction et union de l’âme et du corps

a. Distinction réelle de l’âme et du corps : le dualisme cartésien.

La pensée peut seulement me dire que je suis une chose qui pense, c’est-à-dire une substance dont l’essence est de penser.

Mais j’ai aussi une idée claire et distincte du corps en tant que chose étendue qui ne pense point (inverse du cogito). Mon âme est donc distinct du corps et peut exister sans lui. 44

Âme et corps ne sont pas deux composantes de l’homme mais deux substances distinctes. Seule l’âme est je.

b. Union substantielle de l’âme et du corps

Mais l’âme et le corps sont mélangés de façon à former une sorte d’unité. On ne peut connaître qu’obscurément et confusément le résultat de ce mélange.

Je ne suis pas seulement logé dans mon corps comme un pilote dans un navire mais étroitement confondu et mêlé à lui. Quand mon corps est blessé, j’ai mal.

c.La sensation, guide de vie

Il y a donc un langage codé : telle sensation = telle blessure. Mais s’y ajoute également les sensations agréables ou désagréables. On cherche les premières et fuit les secondes. L’union de l’âme et du corps est donc comprise comme une finalité. La sensation est donc un guide de vie.

d.L’erreur sensible

Mais dans la région de l’union de l’âme et du corps, il y a des erreurs. Sont-elles compatibles avec le principe de véracité divine ?

Ces erreurs ne semblent pas imputables à notre liberté mais aux sensations elles-mêmes. Illusion de l’amputé qui a mal à un membre absent.

En réglant le mécanisme de l’union de l’âme et du corps, Dieu ne pouvait empêché qui s’y produise une certaine fausseté. Il a donc choisi la solution qui combine le minimum de fausseté avec le maximum de vérité.

Les sensations concernant notre corps ont une certaine urgence, ce qui n’est pas le cas de celles concernant le monde. D’où une scission, chez Descartes, entre les sciences des choses matérielles, comme la physique, et celles de l’union corps/âme : la médecine et la morale.

La Physique

« Toute ma physique n’est que géométrie »

Discours de la Méthode, parties 5 et 6.

L’objet de la physique

a. Une physique géométrique

C’est à la sensation de détecter l’existence des choses matérielles, mais c’est à l’entendement de connaître leur essence. Celle-ci est l’extension.

En revanche, des qualités comme la dureté, la couleur ou la pesanteur ne sont pas essentielles. Il faut donc les expliquer à partir de l’extension.

b. Un univers sans vide

Il n’y a pas de vide. Dès lors qu’il y a extension, il y a matière. La matière ne saurait trouver nulle part sa limite, il est indéfini (contrairement à Dieu qui est infini).

Quand nous pensons que les sensations nous renseignent sur l’essence des corps, , nous imaginons en chaque corps la présence de principes, à chaque qualité sensible une faculté occulte qui serait son double. C’est une erreur.

c. Matière et mouvement

Mais comment rendre compte, seulement à partir de l’extension, de la diversité et des variations des formes de la matière ?

Par ce qui divise la matière en partie, le mouvement. La physique est donc l’étude des effets différentiels du mouvement dans la matière.

d. Les trois éléments

Trois éléments naissent du mouvement de la matière. La poussière, les sphères parfaitement polies et les blocs mal équarris. Le premier élément rempli tous les intervalles laissés béants. Le deuxième remplit l’espace immense qui remplit les sphères des astres. Le troisième constitue le corps grossier de la terre et des planètes.

e. La lumière

La lumière vient en un instant du corps lumineux à l’œil. C’est une pression de la matière subtil du premier élément, une inclination à se mouvoir. Le mouvement n’est rien d’autre que la translation d’un corps à un autre. Il y a relativité du mouvement.

Les lois de la nature

a. L’ancienne physique et la nouvelle

Le mouvement n’est pas un processus mais un état. Un corps ne se meut pas par la présence en lui d’un principe moteur mais parce qu’il était déjà en mouvement ou qu’un autre corps lui a transmis son mouvement. Le mouvement est à lui-même sa propre cause.

Il faut supposer une uniformité naturelle de tout mouvement pris en lui-même, une vitesse constante. Les causes de l’accélération et du ralentissement, de la déviation, doivent être cherchées dans l’environnement du corps qui tombe, jamais en lui. Tout mouvement est donc naturellement rectiligne.

Un corps se meut uniformément, à l’infini et en ligne droite : principe d’inertie. C’est une loi à laquelle doit obéir la nature pour être intelligible.

b. Physique et métaphysique

Mais d’où vient cette loi ? De la toute puissance incompréhensible de Dieu qui l’oblige à l’immuabilité. Dieu doit créé, l’instant suivant, le monde identique à ce qu’il était : le mouvement est immuable.

Quand deux corps se choquent, une quantité identique de mouvement est transmise d’un corps à l’autre. Il y a un principe de conservation de la quantité de mouvement.

Ces principes auxquels obéissent la nature assurent sa transparence, la communication direct entre l’activité de Celui qui les institue et la passivité de notre esprit, qui doit reconnaître leur nécessité.

Dieu est donc comme un roi qui a non seulement le pouvoir d’établir des lois mais de les imprimer dans le cœur de ses sujets.

Une conception mécaniste de la nature

Les héritiers de Descartes se sont opposés à la théorie de Newton car elle imaginait une force tirant les corps. La matière ne contient aucun désir. Étant pure extension, elle est incapable d’une action à distance.

Un mouvement se transmet de corps en corps par contact, créant ainsi un tourbillon.

Descartes pousse donc à l’extrême la théorie mécaniste. Il n’y a pas la place dans sa physique pour une physique mathématique mais pour une analyse mécaniste.

De la physique à la biologie

a. Les animaux-machines

La machine est un modèle pour la connaissance claire. Admettre que tout est machine, c’est admettre qu’aucune partie de ce monde ne saurait constituer en elle-même un monde propre, opposer sa légalité spécifique à ce qui l’environne.

Toutes les fonctions animales, par exemples, s’expliquent comme le reste par figures et mouvements. L’animal est une machine très complexe, un automate conçu par les mains de Dieu. La biologie est donc une partie de la physique.

b. Irréductibilité du comportement humain à la machine : le langage et la raison

Le corps humain aussi est une machine. Mais il y dans son comportement une dimension non mécanique qui annonce l’union de son corps à son âme.

Une machine parfaite imitant l’homme parlerait, mais en réagissant à des signaux en nombre nécessairement limité. Le propre de la parole humaine est au contraire de composer des signes, non pour réagir à des signaux mais pour répondre au sens de tout ce qui se dira en sa présence. Les hommes parlent pour exprimer des pensées.

La raison humaine nous permet d’inventer tandis que la machine est programmées. L’homme agit par connaissance.

Les applications techniques de la science

Qui dit machine dit machination. La machine est un stratagème ingénieux pour atteindre un but.

Si tout est mécanisme dans la nature, rien ne doit nous empêcher de la détourner à notre profit. Devenir comme maîtres et possesseurs de la nature.

L’univers physique demeurera ce qu’il est : il conserve sa quantité de mouvement.

Cet objectif n’a pas seulement pour but de jouir des fruits et des commodités de la terre, mais surtout de « conserver la santé ». C’est-à-dire rendre les hommes plus sages en les rendant moins dépendant de l’action de l’âme sur le corps.

Médecine et Morale

La conservation de la santé : médecine scientifique ou sagesse pratique ?

Descartes comme Molière a peu d’estime pour la médecine de son époque. Il pense qu’on pourrait exempter une infinité de maladie et même l’affaiblissement de la vieille si l’on connaissait les remèdes dont la nature nous a pourvus.

L’a vieillesse peut en effet être ramené à la question de l’usure de la matière, que l’on doit pouvoir réparer. L’objectif de la médecine est ainsi de donner du temps. Mais cela prends du temps et Descartes demande une aide publique.

Nous ne pouvons être sages et habiles qu’en délivrant nôtre esprit des troubles dus à la dépendance du tempérament et la disposition des organes du corps. Sans attendre l’achèvement de la science, on peut déjà exercer une sagesse pratique : divertir son imagination et ses sens et n’employer que son entendement à considérer ses maux. Un mal n’est un mal que s’il est ressenti.

Descartes a guéri de sa disposition maladive en ne considérant les choses que sous l’angle agréable. La conservation de la santé est donc du ressort de la morale et non de la médecine.

Les maximes de la morale par provision

a. La spéculation et l’action

L’urgence de l’action conditionne toute l’action morale. On ne peut, comme dans la spéculation intellectuelle, suspendre son jugement. Dans le domaine de l’action, celui qui refuserait d’agir agirait.

Il faut combattre le mal de l’incertitude qui nous pousse à revenir en arrière, à se contredire ou à changer d’opinion. Ce qui compte, c’est la détermination intérieure de ma volonté à agir résolument et non d’attendre de pouvoir connaître de manière certaine le vrai du faux, le bon du mauvais. Nous devons nous faire une morale par provision en attendant la vraie morale établie par la connaissance.

b. Les quatre maximes

usage et discernement

Le philosophe doit savoir se gouverner en choisissant parmi les coutumes de son pays les plus vraisemblables, utiles, commodes, prudentes.

fermeté et résolution

Une fois déterminé, il faut être résolu dans ses actions. Exemple du voyageur égaré en forêt qui se perds encore plus s’il ne suit pas la ligne droite.

faire de nécessité vertu

Plutôt changer mes désirs que l’ordre du monde. On ne désir jamais des choses vraiment impossibles mais des choses presque possibles. Il faut nous habituer à considérer les bien qui sont hors de nous comme éloignés de notre pouvoir. Nos désirs dépendent de nos pensées sur ce qui est possible ou impossibles. On peut changer ces pensées.

cultiver sa raison

et la connaissance de la vérité. 66 La morale provisoire est donc bien provisoire. Le fait que l’on juge pour le mieux nous met à l’abri du remords et garantit le contentement.

Le contentement et la morale rationnelle

Si elles garantissent le contentement, en quoi les règles de la morale provisoire se distinguent-elles de la morale rationnelle ?

Idée de contentement qui procède de la résolution. N’ayant jamais manqué de faire au mieux pour ce qui dépends de moi, l’usage irréprochable de mon libre-arbitre me suffit. La constance du bon vouloir rend le contentement indépendant des événements du monde. Mais comme nous pouvons nous tromper, même avec notre bon vouloir, notre contentement n’est pas solide.

La vraie morale n’exige cependant pas de nous une science infinie mais quelques vérités qui regardent en général toutes nos actions et d’autres qui se rapportent plus particulièrement à chacune d’elles.

Aimer Dieu = savoir de la toute puissance.

Ne pas craindre la mort ni la fortune = savoir que l’âme est distincte du corps.

Ne pas nous croire au centre de la création et dans le conseil de Dieu = savoir de l’étendue de l’univers.

Préférer les intérêt du tout à ceux de sa personne particulière = savoir que l’on fait partie d’un tout.

Les vérités particulières concernent nos passions. Ce n’est plus le domaine des idées claires et distinctes mais celles du mélange psychophysique. D’où une science des passions comme succédané de la science parfaite qui devrait fonder la morale ?

Définition des passions

Traité des passions de l’âme.

Les passions = des perceptions, sentiments ou émotions de l’âme causées, entretenues et fortifiées par quelque mouvement des esprits.

a. À quel genre appartiennent les passions ?

La passion nous agite comme le ferait la volonté, alors qu’elle est le contraire : une passivité qui se présente comme une activité.

b. Explication mécanique des passions

La passion est une action du corps sur l’âme. Elle est produite dans l’âme par le mouvement des esprits animaux. Ils sont la partie la plus tenue du sang, vaporisées par la chaleur du cœur, qui se répandent le long des nerfs, portant au cerveau les impressions des organes, et aux organes les ordres du cerveau. À toute situation réponds un certain mouvement des esprits animaux. Une passion correspond dans l’âme à ce mouvement. C’est la causalité circulaire de l’union de l’âme et du corps.

c. Les passions sont rapportées à l’âme

Certains sentiments correspondent à quelques mouvements des esprits mais sont rapportés aux objets extérieurs (odeurs, sons, couleurs), les autres à notre corps (faim, soif, douleur).

Dans la passion, le sujet incarné prends pour lui la charge de son incarnation, comme si l’âme avait à cœur de défendre les intérêts du corps. Les passions sont donc toutes bonnes de leur nature même si elles exagèrent ce qu’elles présentent. Ce ne sont pas des maladies de l’âme.

La modération n’est pas, pour Descartes, la vertu suprême, mais les excès dus à un mauvais usage de nos passions.

L’usage des passions : un projet moral

a. L’usage naturel des passions

Les passions primitives sont l’amour, la haine, le désir, la joie et la tristesse. Elles incitent l’âme à l’action tout en assurant la conservation du corps.

La douleur produit en l’âme la tristesse, la haine de ce qui est cause de cette douleur, le désir de s’en délivrer.

Le chatouillement prévient l’âme de ce qui est utile au corps et fait naître le joie, puis l’amour de ce qu’elle croît en être la cause et le désir d’acquérir ce qui peut maintenir la joie. Cet usage est réglé par une institution de nature.

Mais cet usage peut parfois être mauvais : on recherche les biens et fuit les maux avec plus d’ardeur qu’il n’est convenable, confondre ce qui est nuisible avec ce qui est agréable au corps. On surestime les intérêts du corps.

b. Variations de l’usage

On peut aussi changer l’usage des passions. Par exemple faire que l’amour précède la joie quand on a reconnu un objet comme digne d’être aimé. Ou la haine d’un objet opposé précède la tristesse.

Du point de vue de l’âme, la passion d’amour n’est jamais excessive, c’est son manque qui est dangereux. Ce que nous faisons par haine du mal, nous le ferions mieux par amour du bien. Tout est excès dans la haine.

Mais dans l’usage du corps, la haine et la tristesse sont meilleures car elle nous inspirent la prudence.

c. Régler moralement l’usage des passions

Nous avons un pouvoir sur nos passions par la ruse, comme de se servir de la force du vent.

Descartes ne veut pas agir médicalement sur les esprits animaux mais de régler moralement l’usage des passions.

Il faut les mettre au service de la juste appréciation des biens et des maux.

Pour élargir sa prunelle, il faut regarder au loin. On ne peut l’élargir directement par notre volonté. De même on ne peut agir volontairement sur nos passions. Mais nous pouvons les supprimer indirectement par la représentation des choses qui ont coutume d’être jointes avec les passions que nous voulons avoir et qui sont contraire à celles que nous voulons rejeter.

La générosité, passion du libre arbitre

Mais ce qui intéresse la morale en premier lieu, ce sont les actions auxquelles ces passions nous portent. Est-il donc bon ou mauvais de désirer avec passion.

Oui pour les choses qui sont bonnes et dépendent entièrement de nous.

Non pour les choses, même bonnes, qui ne dépendent aucunement de nous. On peut les désirer mais sans passion.

La morale par provision nous indiquait que nous pouvions atteindre le contentement par la résolution. Cela suffit effectivement si l’on est généreux. La générosité est une passion qui annule la différence entre le bien et le mieux. C’est une passion de la vertu. C’est parce qu’ils sont passionnés que les hommes généreux sont entièrement maîtres de leurs passions.

La générosité est une juste estime de soi, fondée sur la seule chose qui soit légitimement estimable, l’usage de notre libre arbitre.

Le généreux fonde son appréciation des hommes sur ce qu’ils peuvent faire.

C’est l’ultime formulation du cogito.

Il n’a pas l’orgueil de se prendre pour Dieu mais l’humilité de n’acquiescer qu’au vrai , au bien ou au mieux avec une ferme résolution. Il suffit à l’homme de s’estimer soi-même pour mettre son contentement (à l’abri de tout regret).

L’héritage cartésien

Être cartésien est un mode même de la réflexion et non une philosophie particulière. Clair, logique, méthodique, rationnel, solide.

La Physique de Descartes est plus isolé. Impossibilité de reconnaître l’existence du vide.

Il a cependant raison en disant qu’il n’y a de physique que fondée sur la métaphysique, c’est-à-dire extérieurement garantie.

Également la relation entre le cogito et Dieu, le fini et l’infini.

Être cartésien, c’est s’assurer soi-même du véritable commencement.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Catégories

%d blogueurs aiment cette page :