Publié par : gperra | 20 février 2012

Fiche de lecture du Malaise dans la Culture de Sigmund Freud

Le Malaise dans la Culture

Sigmund Freud

I. La source véritable de la religiosité selon Romain Rolland serait la sensation d’éternité, sentiment comme quelque chose de sans frontière, sans borne, océanique.

Mais rien n’est plus assuré que le sentiment de notre moi, lequel nous apparaît autonome, unitaire, bien démarqué de tout le reste. Vers l’extérieur du moins, le moi semble afficher des lignes de frontière claires et tranchées, sauf dans des cas pathologiques.

Au départ le nourrisson ne fait pas encore la différence entre son moi et le monde extérieur comme source de sensations affluant vers lui. À l’origine le moi contient tout, ultérieurement il se sépare de lui un monde extérieur par les fréquentes et inévitables sensations de douleur et de déplaisir que le principe de plaisir commande de supprimer et d’éviter.

Pouvons-nous supposer l’hypothèse d’une survivance de l’originel à côté de l’ultérieur qui est né de lui ?

Dans la vie de l’âme ce qui fut une fois formé ne peut disparaître.

Exemple du développement de la vielle Éternelle, Rome, nous montre que nous sommes lin de maîtriser par une

présentation visuelle les particularités de la vie animiques. Dans la vie de l’âme la conservation de ce qui est passé est la règle.

C’est au sentiment de désaide enfantin que l’on peut suivre d’un trait sur l’origine de la position religieuse.

II. La vie telle qu’elle nous est imposée est trop dure pour nous, elle nous apporte trop de douleurs, de déceptions, de tâches insolubles. Pour la supporter, nous ne pouvons nous passer de remèdes sédatifs.

L’idée d’une finalité de la vie se maintient et s’effondre en même temps que le système religieux.

Ce que les hommes permettent eux-mêmes, par leur comportement, de reconnaître comme dessein et finalité de leur vie est le bonheur. D’une part que soient absents la douleur et le déplaisir, d’autre par que soit vécu de forts sentiments de plaisir.

C’est simplement le programme du principe de plaisir qui pose la finalité de la vie.

Mais la souffrance menace de trois côtés, en provenance du cors propre qui, voué à la déchéance et à la dissolution, ne peux même pas se passer de la douleur et de l’angoisse comme signaux d’alarme, en provenance du monde extérieur qui peut faire rage contre nous avec des forces surpuissantes, et finalement à partir des relations avec d’autres hommes.

Différents procédés plus ou moins efficaces pour diminuer la souffrance : la méthode chimique (l’intoxication), dominer les sources internes des besoins (yoga, etc.), le

déplacement de la libido (travail intellectuelle), la jouissance des œuvres d’art, rompre avec la réalité (la religion), la satisfaction d’aimer et d’être aimer.

Mais jamais nous ne sommes davantage privés de protection contre la souffrance que lorsque nous aimons, jamais nous ne sommes davantage dans le malheur et le désaide que lorsque nous avons perdu l’objet aimé ou son amour.

La beauté dérive du domaine de la sensibilité sexuelle. C’est un modèle exemplaire de motion inhibée quant-au but. Il est remarquable que les organes génitaux eux-mêmes, dont la vue a toujours un effet excitant, ne sont presque jamais jugés beaux, en revanche un caractère de beauté semble s’attacher à certains signes distinctifs sexués secondaires.

Tout comme le commerçant prudent évite de mettre tout son capital sur un seul placement, la sagesse de vie, elle aussi, conseillera peut-être de ne pas attendre toute satisfaction d’une unique tendance.

Dernière technique de vie : la fuite dans la maladie névrotique.

La technique de la religion consiste à rabaisser la valeur de la vie et à déformer de façon délirante l’image du monde réel, ce qui présuppose l’intimidation de l’intelligence. À ce prix, par fixation violente d’un infantilisme psychique (la Providence du Père) et inclusion dans un délire de masse, la religion réussit à épargner à de nombreux hommes la névrose individuelle.

III. Il existe une affirmation selon laquelle ce que nous appelons notre culture porte une grande part de la responsabilité de notre misère et que nous serions beaucoup plus heureux en l’abandonnant et retournant aux conditions primitives.

Le mot culture désigne la somme totale des réalisations et dispositifs par lesquels notre vie s’éloigne de ce celle de nos ancêtres animaux et qui servent à deux fins : la protection de l’homme contre la nature et la réglementation des relations des hommes entre eux.

Par la technique, l’homme est devenu une sorte de dieu prophétique, vraiment grandiose quand il revêt tous ses organes adjuvants ; mis ceux-ci ne font pas corps avec lui et ils lui donnent à l’occasion encore beaucoup de mal.

Beauté, propreté et ordre occupent manifestement une position particulière parmi les exigences de la culture.

La vie en commun des hommes n’est rendue possible que si se trouve réunie une majorité qui est plus forte que chaque individu et qui garde sa cohésion face à chaque individu.

La sublimation pulsionnelle est un trait particulièrement saillant du développement culturel. Elle permet que des activités psychiques supérieures, scientifiques, artistiques, idéologiques, jouent dans la vie de la culture un rôle tellement significatif. La culture est édifiée sur du renoncement pulsionnel.

IV. La vie en commun des hommes fut doublement

fondée, par la contrainte au travail qui créa la nécessité extérieure et par la puissance de l’amour qui ne voulait pas être privé, pour ce qui es de l’homme, de l’objet sexuel trouvé en la femme, pour ce qui est de la femme, de la portion détachée d’elle qu’est l’enfant. Éros et Ananké sont ainsi devenus les parent de la culture humaine.

Mis le rapport l’amour à la culture perd au cours du développement son univocité. Dune part l’amour s’oppose aux intérêts de la culture, d’autre part la culture menace l’amour de restrictions sensibles.

La culture se conduit envers la sexualité comme une tribu qui en a soumis une autre à son exploitation. La culture actuelle fait nettement connaître qu’elle ne veut bien autoriser des relations sexuelles que sur la base d’une liaison d’un homme à ne femme, contractée une fois pour toutes, indissoluble, qu’elle n’aime pas la sexualité comme source autonome de plaisir et qu’elle n’est disposée à la tolérer que comme source, jusqu’ici irremplacée, de multiplication des humains.

V. La culture veut aussi lier libidinalement les uns aux autres les membres de la communauté. Elle se sert pour cela de tous les moyens, favorisant chaque voie pour instaurer de fortes identifications entre eux, mettant en œuvre dans la plus large mesure une libido inhibée quant au but, pour renforcer les liens de la communauté par des relations d’amitié. Pour accomplir ces desseins, la restriction de la vie sexuelles devient inévitable.

L’homme n’est as un être doux, en besoin d’amour, qui serait tout au plus en mesure de se défendre quand il es

attaqué, mais au contraire il compte aussi à juste titre parmi ses aptitudes pulsionnelles une très forte part de penchants à l’agression. En conséquence de quoi, le prochain n’est pas seulement pour lui un aide et un objet sexuel possibles, mais aussi une tentation, celle de satisfaire sur lui son agression, d’exploiter sans dédommagement sa force de travail, de l’utiliser sexuellement sans son consentement, de s’approprier ce qu’il possède, de l’humilier, de lui causer des douleurs, de le martyriser et de le tuer.

Il faut que la culture mette tout en œuvre pour assigner des limites aux pulsions d’agression des hommes.

Il est toujours possible de lier les uns aux autres dans l’amour une assez grande foule d’hommes, si seulement il en reste d’autres à qui manifester de l’agression.

L’homme de la culture a fait l’échange d’une part de possibilité e bonheur contre une part de sécurité.

VI. Le moi lui-même est investi de libido, il en est même le berceau originel et il en reste aussi en quelque sorte le quartier général. Cette libido narcissique se tourne vers les objets, devenant ainsi libido d’objets, et peut se retransformer en libido narcissique.

En dehors d’Éros, il y a une pulsion de mort qui tend à dissoudre les unités, et à les ramener à l’état an-organique es primes origines.

Cette pulsion sera contrainte de se mettre au service d’Éros du fait que l’être vivant anéantirait quelque chose d’autre, animé ou non animé, au lieu de son propre soi.

Les deux espèces de pulsions apparaissent rarement – peut-être jamais – isolée l’une de l’autre. au contraire elles s’allient l’une avec l’autre selon des mélanges divers aux proportions très variables et se rendent ainsi méconnaissables à notre jugement.

Nous ne la devinons derrière l’Éros que comme un reliquat. La culture trouve en elle son obstacle le plus fort.

VII. De quels moyens la culture se sert-elle pour inhiber, rendre inoffensive, peut-être mettre hors-circuit, l’agression qui s’oppose à elle ?

La tension entre le surmoi sévère et le moi qui lui est soumis, nous l’appelons conscience de culpabilité, elle se manifeste comme besoin de punition. La culture maîtrise donc ce dangereux plaisir-désir d’agression de l’individu en affaiblissant ce dernier, en le désarmant et en le faisant surveiller par une instance située à l’intérieur de lui-même, comme une garnison occupant une ville conquise.

Le surmoi tourmente le moi pécheur avec les mêmes sensations d’angoisse et guette les occasions de le faire punir par le monde extérieur.

Le destin est considéré comme substitut de l’instance parentale ; quand on connaît le malheur, cela signifie qu’on n’est plus aimé par cette puissance suprême.

le renoncement pulsionnel qui nous est imposé de l’extérieur crée la conscience morale, laquelle exige ensuite un nouveau renoncement pulsionnel.

La conscience morale apparaît au début par la répression d’une agression et elle se renforce dans la suite par de nouvelles répressions analogues.

Comme la culture obéit à une impulsion érotique intérieure qui lui ordonne de réunir les hommes en une masse intimement liée, elle ne peut atteindre ce but que par la voie d’un renforcement toujours croissant du sentiment de culpabilité. Ce qui fut commencé avec le père s’achève avec la masse.

VIII. La conscience de culpabilité engendrée par la culture n’est pas reconnue comme telle. Elle reste pour une grande part inconsciente. Elle se fait jour comme malaise, comme mécontentement, pour lesquels on cherche d’autres motivations.

L’empêchement de la satisfaction érotique suscite une part de penchant à l’agression contre la personne qui trouble la satisfaction, et cette agression elle-même doit nécessairement être à son tour réprimée.

Il semble presque que la création d’une grande communauté humaine aurait le plus de chance de réussir si l’on avait pas à ce souci du bonheur de l’individu.

De même que la planète continue de tourner autour de son corps central, outre qu’elle exécute une rotation sur son axe propre, de même l’homme individuel prend part, lui-aussi, au développement de l’humanité, tout en suivant son propre chemin de vie.

Ainsi les deux tendances, celle du bonheur individuel et celle du rattachement à l’humanité ont elles aussi à

combattre l’une l’autre en chaque individu.

Le sur-moi-de-la-culture tout comme celui de l’individu pose de sévères exigences d’idéal dont la non-observance est punie par l’angoisse de conscience morale.

Ce sur-moi n se soucie pas suffisamment des données de la constitution animique de l’homme, il édicte un commandement et ne demande pas s’il est possible à l’homme de l’observer. Au contraire , il présume qu’au moi de l’homme tout ce dont on le charge est psychologiquement possible, qu’au moi il incombe de régner sans restriction sur son ça.

La question décisive pour le destin de l’espèce humaine me semble être de savoir si et dans quelle mesure son développement culturel réussira à se rendre maître de la perturbation apportée à la vie en commun par l’humaine pulsion d’agression et d’auto-anéantissement.

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