Publié par : gperra | 2 février 2012

Mon recueil de citations philosophiques par thèmes du programme

Le Sujet

La conscience, l’inconscient, le sujet

1) Définition de la conscience :

Sens philosophique : le recul par rapport à soi-même qui permet de savoir, au moment où l’on fait quelque chose, qu’on le fait.

La conscience suppose un écart de soi à soi et donc une impossible coïncidence avec soi-même.

Cela conduit l’homme à réfléchir sur lui-même, sur sa condition dans le monde et à se transformer.

Le propre de la pensée semble être d’être réfléchie, c’est-à-dire consciente d’elle-même.

La pensée est plus sûre de sa propre existence que des choses extérieures (Descartes).

Singularité de la conscience par rapport au reste de l’univers qui, lui, ne sait pas qu’il existe. L’homme apparaît, de par sa conscience, comme étranger au monde.

Mais la conscience est en même temps relation, conscience de quelque chose (Husserl).

2) Unité et identité du sujet :

La conscience est ce qui me permet de penser et de dire « je pense », de me penser comme sujet de mes pensées.

Il faut qu’il y ait une unité dans le temps, un lien, une unité entre les représentations. La conscience de soi définit un sujet qui conduit une pensée.

J’ai conscience d’être le même être parce que ma conscience relie et unit des états éloignés les uns des autres dans le temps. La conscience de soi est aussi mémoire de soi et confère ainsi une identité.

Notion de personne responsable, moralement et juridiquement de sa conduite.

3) La construction de l’identité du sujet

L’unité du sujet existe-t-elle vraiment ?

La personnalité de tout sujet est complexe, multiple et changeante.

L’identité se construit aussi par le regard qu’autrui pose sur moi-même.

Autrui constitue comme une médiation entre moi-même et moi-même.

La connaissance de son identité n’est pas une contemplation passive mais l’homme prend conscience de lui-même en considérant les œuvres qu’il réalise.

4) Des pensées viennent à la conscience et non de la conscience

La conscience n’est pas maîtresse de tous les états de conscience.

D’où viennent les pensées qui nous viennent en rêve ?

Hypothèse qu’il puisse y avoir de la pensée inconsciente d’elle-même.

5) L’inconscient ou l’étrangeté de l’homme à lui-même

Freud : le sens des conduites appartement dépourvues de sens s’éclairent à l’idée d’une action de l’inconscient.

L’inconscient est une partie du psychisme qui œuvre à l’insu de la conscience.

L’ensemble de nos pulsions qui s’enracinent dans la sexualité.

Mécanisme de refoulement pour se plier à la réalité extérieure et sociale.

La tension entre les désirs et la nécessité d’y renoncer peut-être à l’origine des conflits psychiques.

La notion d’inconscient conduit à relativiser la notion de sujet, souligne son peu de liberté. Mais l’inconscient n’est pas un autre moi, un sujet caché derrière la conscience. Le sujet, pris au cœur de tensions et de contradictions dont le sens lui échappe en grande partie, doit se construire avec elle.

Il n’est plus possible de définir le sujet à partir de la seule conscience de soi. Mais c’est la conscience qui permet la parole permettant de faire émerger le sens d’une conduite inconsciente, de sec positionner face à elle et de construire sa liberté.

Citations :

Sartre :

« Connaître, c’est s’éclater vers, filer par-delà soi vers ce qui n’est pas soi . »

« La conscience n’a pas de dedans, elle n’est rien que le dehors d’elle-même, un mouvement pour se fuir. » Sartre, Situations

Sartre cherche à définir ce qu’est la conscience. La pensée commune se la représente comme quelque chose d’isolé, une réalité à part enfermée en elle-même, une pure intériorité  : l’âme. Sartre récuse cette conception en montrant que la conscience est toujours consciente de quelque chose. Elle est donc toujours tournée vers l’extérieur, toujours en mouvement vers le dehors. La conscience n’est donc, selon Sartre, pas une intériorité, mais plutôt un éclatement vers les choses.

Kant :

« Que l’homme puisse posséder le Je dans sa représentation, (.. .) c’est par là qu’il est une personne, totalement différent par le rang et la dignité des choses comme les animaux dénués de raison. »

« Avant de dire Je, l’enfant avait simplement le sentiment de lui-même ; désormais, il en a la pensée. » Kant, Anthropologie du point de vue pragmatique

Ce texte de Kant définit ce qu’est un sujet. C’est un être qui a conscience de lui-même. Cette conscience de soi est permise par un concept spécial que seul l’homme possède dans sa pensée : le Je. Grâce à lui, il peut se désigner lui-même. Cela fait du sujet un être doué de raison, c’est-à-dire capable de se penser lui-même, de se diriger lui-même. En effet, il peut se voir lui-même et donc décider de modifier ses propres pensées, changer de lui-même son propre comportement. Le sujet est donc autonome. Tandis que les animaux, qui n’ont pas conscience d’eux-mêmes, doivent suivre leurs instincts et ne peuvent réfléchir. Le sujet est donc un être libre. C’est ce qui fait qu’il a une dignité.

Hume :

« Le moi, ou la personne, ce n’est pas une impression particulière, mais ce à quoi nos diverses idées et impressions sont censées se rapporter. » Hume, Traité de la nature humaine.

Hume se demande à quoi correspond l’idée et le sentiment que nous avons d’être une personne unique, un moi. Cela correspond-t-il à une réalité qu’on pourrait identifier précisément ? Hume remarque que chaque fois que nous nous ressentons nous-même, cette impression est toujours associée à une autre impression : je + le froid = j’ai froid ; je + la faim = j’ai faim. Nous n’avons pas une sensation de nous-mêmes qui serait isolée, à part. C’est toujours quelque chose qui se rapporte à une autre sensation. Le moi n’est donc pas pour Hume une réalité en-soi, une substance, une essence, une « âme », mais seulement ce à quoi se rapporte nos sensations, une sorte de point de convergence qui constitue l’unité de nos sensations. Le moi n’est donc pas une réalité en elle-même.

Rousseau :

« Après la mort, délivrés des illusions que nous font le corps et les sens, (…) nous serons uniquement occupés à comparer ce que nous avons fait avec ce que nous avons du faire, c’est alors que la voix de la conscience reprendra sa force et son empire. » Rousseau, Emile

Rousseau essaie de montrer que notre sens moral est quelque chose qui fait naturellement parti de notre conscience. Mais les hommes n’écoutent pas cette voix intérieure qui leur parle au plus profond de leurs cœurs. Car ils sont trop pris par les illusions du corps et des sens (la jouissance), mais aussi l’orgueil, la vanité, etc. Il émet l’hypothèse qu’une fois que délivrés de notre corps après la mort, nous pourrons mieux entendre cette voix de la conscience qui parle toujours en nous, y compris de notre vivant. Autrement dit, Rousseau affirme que le sens du bien et du mal existe tout naturellement en nous, dans notre conscience. L’homme est donc capable de savoir par lui-même si une action est bonne ou mauvaise : il n’a besoin d’avoir recours à une autorité supérieure extérieur (Eglise, Etat, etc.) pour sentir ce qui est juste ou injuste. Nous nous en rendons compte, par exemple, lorsque nous ressentons spontanément de la pitié envers quelqu’un qui souffre, ou de la joie face à une bonne action. C’est alors notre cœur qui parle. La conscience est moralement autonome.

Hegel :

« L’homme, parce qu’il est esprit, a une double existence. Il existe d’une part au même titre que les choses de la nature, mais aussi pour soi, il se contemple, se représente à lui-même, se pense. »

Hegel reprend ici la même idée que le texte de Kant, à savoir que le statut de sujet fait de l’homme un être à part dans la nature, un être qui n’a pas seulement une existence naturelle (en-soi) mais aussi une existence pour-soi.

« Cette conscience de soi, l’homme l’acquiert de deux manières : théoriquement, parce qu’il doit se pencher sur lui-même ; pratiquement, parce qu’il est poussé à se reconnaître lui-même en changeant les choses extérieures qu’il marque du sceau de son intériorité. » Hegel, Esthétique

Hegel réfléchit à la manière dont l’homme prend conscience de lui-même, à la façon dont la conscience devient conscience de soi. Cela ne s’est pas fait d’un coup, une fois pour toutes. La conscience de soi est plutôt apparu à la suite d’un long processus, tant pour l’individu que pour l’humanité. Ce n’est que progressivement que l’on prend conscience de soi-même. Ce n’est d’ailleurs pas fini, car la conscience de l’homme recèle encore au fond d’elle-même un vaste potentiel qu’elle doit découvrir. Hegel nomme ce potentiel : l’Esprit. On peut découvrir celui-ci de deux manière : soit par l’introspection, quand le sujet se tourne vers son intériorité et découvre ce qu’elle porte au fond d’elle-même (par la philosophie notamment) ; soit par le travail, qui permet d’extérioriser ce que la conscience porte en elle, ses idées, ses concepts, ses talents, etc. Car en travaillant, l’homme modifie le monde et le transforme à son image, c’est pourquoi il peut ensuite se reconnaître dans ses œuvres.

L’Inconscient

Nietzsche :

« Le corps est une grande raison. Instrument et jouet de ton corps, telle est ta petite raison que tu appelles esprit. » Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra

Nietzsche fait remarquer qu’on accorde selon lui une importance exclusive et démesurée à la raison, à la conscience. Pourtant, elle n’est pas la seule à posséder de l’intelligence. Le corps est également une instance qui possède une remarquable intelligence, bien supérieure à celle de la conscience. En effet il y a une sagesse du corps : celui-ci n’est pas une simple mécanique pourvu d’instincts ! Nietzsche va même plus loin en disant que notre esprit est l’instrument et le jouet du corps, comme s’il pouvait se faire manipuler et diriger à son insu. Quoique l’esprit (notre conscience) croit que c’est lui qui commande au corps, prend des décisions et s’autodétermine dans la vie(le sujet est autonome), il subit en fait sans le savoir la volonté du corps.

Freud :

« Les données de la conscience sont extrêmement lacunaires. »

« Notre expérience quotidienne la plus personnelle nous met en présence d’idées qui nous viennent sans que nous en connaissions l’origine , et de résultats de pensées dont l’élaboration nous est demeurée cachée. » Freud, Métapsychologie

On attribuait seulement au sujet conscient de lui-même le pouvoir de former des pensées. Freud montre que l’inconscient est également capable d’élaborer des pensées, à l’insu de la conscience et de les lui souffler. Il ébranle donc ce qui jusqu’alors était considéré comme le propre de la conscience humaine et son privilège absolu : la capacité de donner naissance à des pensées. Elle n’est plus seule à pouvoir revendiquer cette capacité puisque l’inconscient peut également y prétendre.

« Le moi n’est pas maître en sa propre maison. » Freud, Introduction à la psychanalyse.

Pour Freud, Il y a eu trois grandes révolutions scientifiques. La première avec Galilée qui a montré que la Terre n’est pas au centre de l’univers mais tourne autour du Soleil. La deuxième avec Darwin qui a montré que l’homme n’a pas été créé d’un coup par Dieu, mais qu’il descend du singe et des autres espèces animales. Enfin la troisième avec la psychanalyse qui a montré que la conscience n’était qu’une toute petite partie de la vie psychique et qu’elle était loin de contrôler tout ce qui se passe dans l’intériorité de l’homme. C’est pour l’humanité une nouvelle leçon d’humilité qu’elle a bien du mal à accepter, d’où les critiques incessantes contre la psychanalyse.

« Notre concept de l’inconscient nous vient de la théorie du refoulement. » Freud, Essai de psychanalyse

Freud a remarqué au cours de ses études sur ses patients atteints de maladies mentales que ce qui est enfoui dans l’inconscient et qui bien souvent est la cause de leurs états y a été refoulé par la conscience. Celle-ci refuse de voir certaines pulsions ou certains souvenirs qui aspirent à se faire connaître d’elle, c’est pourquoi elle résiste à leur apparition.

Autrui

Incapacité de l’homme à devenir pleinement homme sans l’aide d’autres hommes. Les enfants sauvages.

L’homme est plus dépendant que les autres animaux de son environnement social pour développer ses capacités physiques, psychologiques et intellectuelles.

Tout se passe comme si chacun sortait progressivement de soi en élargissant son expérience d’autrui.

1) De soi à autrui et d’autrui à soi

Autrui désigne l’autre en général, mais l’expérience d’autrui est toujours singulière.

L’autre est ce qui n’est pas moi. C’est une autre conscience aux perceptions et aux volontés déterminées, que je ne saurais maîtriser comme une chose ou comme un animal : une autre liberté.

A première vue, l’homme ne saurait avoir conscience d’autrui comme il a conscience de lui-même. Mais toute conscience de soi et du monde extérieur n’est possible que sur fond d’un monde intersubjectif. Autrui est déjà là pour moi, avant même que ma conscience ne détache d’elle des objets, ou se détache d’elle-même dans le mouvement réflexif de la conscience de soi. Un monde m’est commun avec autrui.

Avec autrui, j’ai affaire d’emblée à des êtres dont le comportement est expressif, significatif. Autrui m’apparaît non comme chose mais comme comportement.

Sa liberté est lisible dans le visage de l’autre et engage ma responsabilité.

2) Proximité et étrangeté d’autrui

Sans le regard d’autrui sur soi, on ne saurait atteindre la conscience de soi. L’expérience existentiel de la conscience de soi est inséparable de la conscience qu’on a d’autrui et de la conscience qu’autrui a de soi. L’autre est un médiateur entre moi et moi-même.

Freud : le développement harmonieux de la personnalité d’un individu suppose l’abandon de certaines prétentions démesurées de son égoïsme spontané.

Selon Hobbes, les individus çà l’état de nature, sans les lois qui réfrènent leur agressivité, vivent dans l’état de guerre. Mais Rousseau fait remarquer que la pitié, la sensibilité à la souffrance d’autrui, est un trait naturel de l’homme.

Kant : autrui dans sa personne n’est pas simplement un moyen pour mes fins, il est une fin en soi, un être dont la raison et la liberté font la dignité de sa personne.

L’expérience d’autrui ne consiste pas dans le sentiment d’une fusion de soi dans la totalité d’un groupe avec lequel je suis susceptible de m’identifier. Au contraire, si je ne fais plus qu’un avec une totalité, je ne fais pas l’expérience de la différence d’autrui avec moi-même, je ne fais pas l’expérience d’autrui du tout.

3) La lutte pour la reconnaissance

La prise de conscience de la singularité de son être propre est indissociable de la prise de conscience de la singularité d’autrui. La conscience de soi s’inscrit dans des conflits de désirs, de volonté, de liberté.

La conscience de soi procède d’un désir d’être reconnu par autrui comme étant une conscience à part entière, c’est à dire ce qui caractérise en propre l’homme.

Mais mon désir de reconnaissance se heurte au désir de reconnaissance d’autrui. Seule une reconnaissance réciproque permet de triompher du désir premier de nier la liberté de l’autre.

Etre reconnu, c’est être pour l’autre une liberté.

Selon Rousseau, nos sociétés ont donné une importance démesurée à l’amour propre, non simplement de soi mais de l’image qu’ion donne de soi aux autres.

Mais ce serait une illusion de croire que notre liberté peut se déployer loin d’autrui et de son jugement ; elle réside aussi dans notre capacité de reconnaître la personne d’autrui, aussi étrangère qu’elle nous soit, et dans notre volonté de construire un monde harmonieux avec lui.


« L’individuation est réelle. Chaque individu est un être radicalement des autres. Dans moi seul réside tout ce que j’ai d’être véritable : tout le reste est non-moi et me reste étranger. Voilà un jugement en faveur duquel protestent mes os et ma chair, qui sert de principe à tout égoïsme, et qui s’exprime et fait par tout acte dépourvu de charité, injuste ou malicieux.

L’homme bon vit dans un monde qui est homogène avec sa propre essence : les autres ne sont pas pour lui un non-moi, mais il dit d’eux : c’est encore moi. » Schopenhauer, Le fondement de la morale, chap 4, D’une explication métaphysique du fait primordial en morale.

Citations :

Hegel :

« Il est tout à fait exact que l’homme est naturellement libre, mais il l’est suivant le concept et non dans son existence naturelle immédiate. » Hegel, Leçons sur la philosophie de l’histoire.

Les Lumières ont défini l’homme comme un sujet, c’est-à-dire un être libre parce qu’il est conscient de lui-même. Cependant, libre ne veut pas dire autonome. L’homme a en effet besoin de vivre avec les autres hommes. Ce n’est que dans la rencontre et la vie avec ses semblables que l’homme peut devenir humain. La liberté n’est pas quelque chose qui s’exerce dans la solitude mais une faculté qui se déploie au contact d’autrui.

Merleau-Ponty :

« Le comportement d’autrui et même les paroles d’autrui ne sont pas autrui. » Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception.

Merleau-Ponty veut montrer que nous ne connaissons jamais quelqu’un de l’intérieur, comme si nous étions à sa place. Nous avons toujours affaire à son apparence, son corps, son visage, ses paroles, etc. Le sujet est quelque chose auquel nous n’avons pas un accès direct.

Pascal :

« On n’aime jamais personne, mais seulement des qualités. » Pascal, Pensées.

Pascal se demande ce qu’on aime quand on dit qu’on aime quelqu’un. Aime-t-on son moi, son sujet ? Mais on ne perçois jamais rien de ce dernier. Tout ce qu’on perçois, ce sont des caractéristiques du corps ou des qualités de l’âme. Cependant, on ne peut aimer que ce qu’on perçoit. En conséquence, ce n’est pas le moi d’autrui que l’on n’aime, puisqu’on n’en perçoit rien, mais les qualités qui y sont rattachées. Pascal souligne ainsi le caractère mystérieux et inconnaissable du moi d’autrui, qu’on a trop souvent tendance à confondre avec ses défauts ou ses qualités. Ainsi, quand on veut décrire quelqu’un, on fait le portrait de ses qualités ou ses défauts. Pourtant, on sait que les défauts et les qualités d’un individus peuvent changer au cours d’une vie. Le moi est donc autre chose que ses qualités changeantes, mais quelque chose d’inconnu qui reste fixe dans le temps.

Rousseau :

« L’homme sauvage vit en lui-même ; l’homme socialisé toujours hors de lui ne sait vivre que dans l’opinion des autres. » Rousseau, Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes.

Rousseau veut montrer que la société a dénaturé l’homme, qui à l’origine était bon et sans orgueil. En effet, en vivant en société, l’homme est constamment en train de chercher à plaire à son semblable. Il perds ainsi sa propre estime de lui-même pour obtenir la reconnaissance des autres.

Sartre :

« Autrui est le médiateur indispensable entre moi et moi-même : j’ai honte de moi tel que j’apparais à autrui. » Sartre, L’Etre et le Néant.

Ce qui caractérise le sujet, à savoir la conscience de soi, ne pourrait avoir vu le jour sans autrui. En effet, les premières manifestations humaines de la conscience de soi, comme la honte et la pudeur, n’ont pu avoir lieu que parce qu’il y avait un regard extérieur d’un autre être humain. Car la conscience de soi n’est pas le produit d’une réflexion qui s’exercerait dans la solitude, mais un frisson qui me saisit quand le regard d’un autre être humain se pose sur moi. L’homme ne serait jamais devenu un sujet sans autrui.

Lévi-Strauss :

« La notion d’humanité, englobant sans distinction de race ou de civilisation, est d’apparition fort tardive et d’expansion limitée. » Levi-Strauss, Race et Histoire

L’idée même qu’un autre homme soit un être humain comme moi est une conception assez récente apparue en Occident. Auparavant, les hommes d’une tribu n’appelait humains que ceux qui appartenaient à leur propre tribu. Les autres étaient considérés comme des êtres privés d’humanité. Et les Européens qui ont conquit l’Amérique se sont longtemps demandé si les Indiens avaient une âme. Ainsi, le concept d’humanité s’appliquant à tous les hommes tout nouveau.

Kant :

« Quelles seraient l’ampleur et la justesse de notre pensée si nous ne pensions pas en communauté avec d’autres à qui nous communiquons nos pensées et qui nous communiquent les leurs ? » Kant, Qu’est-ce que s’orienter dans la pensée ?

On a vu que le sujet est un être fondamentalement libre, puisqu’il est conscient de lui-même. Il peut prendre sa propre pensée comme objet. Ainsi, un homme peut de lui-même modifier le cours de ses pensées, ou transformer ses pensées en décidant lui-même de le faire. Sa liberté consiste donc à développer sa propre pensée par lui-même. Cependant, cette activité nez peut se faire seul. Nous avons besoin d’autrui pour juger de la pertinence de nos propres pensées en les communiquant ou en les confrontant à celles des autres. En conséquence, l’homme n’est sujet qu’avec autrui, puisque sans lui il ne pourrait jamais développer sa pensée.

Lévinas :

« L’accès au visage est d’emblée éthique. Autrui, dans la rectitude de son visage, n’est pas un personnage dans un contexte, mais un sens à lui seul. » Levinas, Ethique et Infini.

On a vu avec Rousseau que la conscience de soi est en même temps conscience morale. Là encore, il semble que ce soit le contact avec autrui qui permet au sujet d’être sujet. En effet, pour Lévinas, la morale est quelque chose qui apparaît en moi au contact du visage nu de quelqu’un d’autre. Car cette fragilité et ce caractère unique d’un visage (chaque visage est différent des autres, même chez les jumeaux) me donne à sentir que je suis face à quelque chose de transcendant, c’est-à-dire qui dépasse tout ce que je peux connaître. Quelque chose qui touche à la dimension du sacré. Certes, le moi est inconnaissable et mystérieux (Pascal), mais dans le visage d’autrui je fait l’expérience directe de la transcendance du sujet.

Le Désir

1) Désir et désirs

Il n’y a pas le Désir, mais des désirs extrêmement diversifiés, changeants, instables.

L’analyse du désir se fragmente en analyse des désirs et se met au service d’un souci de maîtrise, d’une thérapeutique des désirs.

2) Besoins et désirs

Les besoins sont présentés comme modèles et étalons des désirs dans la mesure où ils peuvent être rapportés à une certaine naturalité et fixent une limite interne à la satisfaction.

Le désir tend toujours à s’écarter des limites du besoin et va chercher sa volupté dans des satisfactions hors-nature, il est déréglé par des représentations qui lui font perdre la mesure du besoin.

Le désir est contemporain de l’apparition d’une pensée, même diffuse, d’un espace de représentation.

Les satisfactions des désirs s’obtiennent sur un fond d’insatisfaction irrémédiable.

3) Le désir et le manque

Les désirs sont subjectivement vécus comme la conscience d’un manque.

Le désir est la marque de notre nature imparfaite, capable de concevoir un être plus parfait. Le désir vaut comme signe d’un écart entre ma ,nature finie et la pensée d’un être qui me serait supérieur. Il nous renvoie sans cesse à notre incomplétude.

Anticipation du plaisir, le désir est aussi mêlé de souffrance.

4) Le désir comme puissance

Le désir est aussi ce qui meut les hommes dans la recherche de satisfaction, il est la condition de tout projet et de toute entreprise.

Le désir est ce qui nous fait exister, ce qui oblige à sortir de soi.

Le désir étant imagination, il ne peut se satisfaire de ce qui est.

Le désir ne dépend pas de l’objet mais de la constitution psychique du sujet désirant. La valeur des choses n’est pas inhérente aux choses, mais attribuée aux choses par un sujet qui évalue.

Le propre du désir apparaît comme tel quand il se porte sur un objet privilégier qui est le désir d’autrui. L’objet d’élection du désir est un autre désir.

5) Le désir comme essence de l’homme

Le désir est à la racine de toutes les passions et actions humaines et tous les désirs d’une même personne ne sont que les multiples expressions d’un même désir de’ vivre, se conserver et persévérer dans son être, réaliser son essence.

Freud définit la pulsion comme un processus dynamique à l’origine de toute activité, à la lisière du psychique et du somatique.

Citations :

Epicure :

« C’est par une sage considération de l’avantage et du désagrément qu’il procure que chaque plaisir doit être apprécié. » Epicure, Lettres à Ménecée

Epicure invite a apprendre à distinguer les désirs naturels et ceux qui sont vains, c’est-à-dire non aucune nécessité naturelle. Car on ne peut atteindre le bonheur que si l’on sait ne pas céder aveuglément à n’importe quelle promesse de plaisir, mais que l’on sait voir lesquels sont utiles pour nous et conformes à notre nature. Ainsi certaines choses procurent du plaisir mais nous portent préjudice (trop manger). Tandis que certaines souffrances sont désagréable mais souhaitable (se faire soigner une dent). C’est seulement quand on se sera exercé à les discerner qu’on pourra espérer atteindre l’ataraxie, c’est-à-dire la paix de l’âme et du corps.

Saint Augustin :

« Il est difficile de savoir si c’est un besoin physique qui veut être satisfait , ou la sensualité qui nous dupe et veut être servie. » Saint Augustin, Confessions.

Saint Augustin montre qu’il est très difficile de distinguer entre la satisfaction de ses besoins naturelles et les désirs qui ne sont pas nécessaires, comme la recherche de la volupté. C’est deux sortes de désirs sont très proches et pourtant de nature profondément différente.

Kant :

« Le refus fut l’habile artifice qui conduisit l’homme des excitations purement sensuelles vers les excitations idéales, et peu à peu du désir purement animal à l’amour. » Kant, Anthropologie du point de vue pragmatique

Kant montre que le désir chez l’homme est le résultat d’une transformation des instincts par la raison. Le fait que l’homme soit un être doué de conscience de soi a provoqué l’intervention des pensées, c’est-à-dire un travail d’idéalisation et d’imagination autour de l’objet du désir. Par exemple lorsque pour l’homme il y a apparition de fantasmes et idéalisation de la femme désirée, parce que celle-ci l’a fait languir en se refusant à une satisfaction sexuelle immédiate. Chez l’homme, le désir se distingue donc de l’instinct en ce sens qu’il est réfléchi, qu’il y a intervention de la conscience sur les instincts.

Schopenhauer :

« Le désir satisfait fait place aussitôt à un nouveau désir. Comme une aumône qu’on jette à un mendiant, elle lui sauve la vie aujourd’hui pour prolonger sa misère jusqu’à demain. » Schopenhauer, Le monde comme volonté et comme représentation.

Schopenhauer montre que le désir, qui est partout présent dans le monde, fait de l’existence une souffrance perpétuelle. En effet, quand on désire quelque chose qu’on n’a pas, on souffre de ne pas l’avoir. Mais si on finit par l’obtenir, on n’est que momentanément satisfait et l’on va vouloir aussitôt satisfaire un nouveau désir. C’est un cycle sans fin. C’est pourquoi mieux vaudrait apprendre à ne plus rien désirer ni vouloir.

Leibniz :

« L’inquiétude, ce qu’on nomme désir, est le principal aiguillon qui excite l’industrie et l’activité des hommes. » Leibniz, Nouveaux Essais sur l’entendement humain.

Contrairement à Schopenhauer, Leibniz souligne le caractère positif du désir, car c’est ce dernier qui met en mouvement les hommes et les pousse au progrès. Pour satisfaire ses désirs, l’homme fait des efforts.

Platon :

« Les hommes qui sont fécond selon le corps cherchent un partenaire sexuel pour procréer. Les hommes qui sont féconds selon l’âme cherchent des âmes belles et nobles avec lesquelles ils pourront enfanter des pensées et accoucher des vertus qu’ils portent en eux. » Platon, Le Banquet

Pour Platon, il n’existe pas que les seuls désirs du corps. Il existe aussi des désirs de l’âme, c’est-à-dire notre aspiration la plus profonde à nous élever vers l’idéal, vers ce qui est beau et noble. Ces désirs de l’âme visent les pensées, qui sont ce qu’il y a de plus pur au sein de l’âme elle-même. On peut accoucher des pensées quand on rencontre un interlocuteur comme Socrate qui pratiquait la maïeutique, c’est à dire l’art du questionnement qui permet de se débarrasser des fausses croyances et des préjugés afin de parvenir ensuite à exprimer le savoir caché que tout âme possède sans le savoir.

Spinoza :

« Le Désir est l’essence même de l’homme en tant qu’effort pour persévérer dans son être. » Spinoza, Ethique.

On a tendance à considérer le désir comme quelque chose qui ne ferait pas partie de l’homme mais qui agirait sur lui de l’extérieur. La Bible parle ainsi de tentations et prétendent qu’elles viennent du diable. Pour Spinoza, le désir n’est pas quelque chose d’externe à l’homme mais est au contraire l’expression de son essence. En effet, notre corps tout comme notre esprit (substance étendue et substance pensante) ont des désirs qui les incitent à continuer d’exister et à se développer conformément à leur nature (par exemple le désir de nourriture pour le corps, où le désir de connaissances pour l’esprit). Il faut donc apprendre à suivre notre nature profonde, laquelle s’exprime par des désirs sur lesquels nous pouvons certes nous tromper (et réaliser ainsi de faux désirs), mais qui ne sont pas mauvais en soi. Si chacun suivait ses vrais désirs, ceux qui sont conformes à son essence, les hommes vivraient en harmonie, étant donné que la Nature a régler de manière harmonieuse tous les désirs.

Kojève :

« Le désir humain diffère du désir animal par le fait qu’il porte non pas sur un objet réel, mais sur un autre désir. Il est humain de désirer ce que désirent les autres, parce qu’ils le dé sir. »

« Désirer le désir d’un autre, c’est désirer que la valeur que je suis ou que je représente soit la valeur désirée par cet autre. Tout désir humain est fonction du désir de la reconnaissance. » Kojève, Introduction à la lecture deHegel.

On a tendance à considérer le désir comme le rapport d’un sujet à un objet. Par exemple, le lion désire de la viande crue. Ce n’est pourtant pas vrai pour l’homme, car celui-ci cherche avant tout le désir de l’autre être humain, c’est-à-dire sa reconnaissance. En effet, l’homme ne peut se sentir exister que dans un autre regard humain. L’homme ne désir pas une chose pour elle-même, mais pour ce qu’elle représente pour autrui. Par exemple, on veut posséder un objet que convoite quelqu’un d’autre, parce que l’on sait que lorsqu’on l’aura, on sera l’objet de son admiration pour cela.

La Culture

Introduction :

  1. La dévolarisation du naturel et celle du culturel

La haine de la nature peut prendre la forme de l’extermination des sauvages, la haine de la culture (nazisme) peut prendre la forme d’un retour à la sauvagerie.

Simone de Beauvoire : «  Il n’y a pas de naturel féminin. » Le deuxième sexe

Claude Levi-Strauss : L’homme n’est pas coupé de la nature. Cette frontière constamment reculée servait à écarter les hommes d’autres hommes, au profit de minorités toujours plus restreintes. » Anthropologie structurale II.

  1. La morale est-elle naturelle ?

Distinguer les deux sens du terme nature : appartenant à la nature biologique/ ce qui définit un être dans son essence.

Rousseau : l’âme humaine, altérée au sein de la société par mille causes sans cesse renaissantes, a changé d’apparence au point d’être méconnaissable. » Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes

Lévinas : « La Morale n’appartient pas à la culture, elle permet de la juger. Elle découvre la dimension de la hauteur. La hauteur ordonne l’être à partir de la révélation de l’autre. » Humanisme de l’autre homme.

  1. La nature de l’Homme est la culture.

Il est dans la nature de l’homme d’être social, de parler et de penser dans le sein d’une communauté dont il édifie les règles. Il est également dans sa nature d’apprendre, c’est-à-dire de dépasser ce que la nature fait de lui sans son concours.

Aristote : « La cité est au nombre des réalités qui existent naturellement. L’homme est par nature un animal politique. » La Politique.

Rousseau : «  L’homme se distingue de l’animal par sa faculté de se perfectionner. »Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes.

  1. Penser le passage de la nature à la culture.

Mais il faut penser le passage de la nature à la culture, même théoriquement. C’est le passage de l’animal à l’homme. Mais ce passage n’est pas une transition, il est une rupture.

Bataille : « Les hommes se distinguèrent des animaux par le travail et par le fait qu’ils s’imposèrent des interdits. Il glissa d’une sexualité sans honte à une sexualité honteuse, d’où l’érotisme découla. » L’Erotisme.

Lévi-Strauss : « La prohibition de l’inceste est une règle sociale, mais qui a un caractère d’universalité. » Structures élémentaires de la parenté.

  1. L’éducation : une lutte contre la nature ?

Le passage de la nature à la culture doit être penser comme opposition seulement dans le cadre de l’éducation, où il s’agit de s’opposer au naturel en nous qui prend la forme de l’impulsion spontanée de l’instinc.

Freud : «  Il semble que toute civilisation doive s’édifier sur la contrainte et le renoncement aux instincts. » L’avenir d’une illusion.

Kant : « La discipline nous fait passer de l’état animal à celui d’homme. Elle dépouille l’homme de sa sauvagerie. L’instruction est la partie positive de l’éducation. » Traité de pédagogie.

La Nature et la Culture

1) La nature imaginée

L’appel à la Nature a souvent un aspect normatif . En esthétique comme en morale, la nature peut être présentée comme modèle sur lequel il faut se régler ou ce dont il faut s’écarter.

En fait, nous sommes immergés dans la culture, et ce n’est que de là que les hommes peuvent penser leur rapport à la nature et le rapport en eux de la nature et de la culture.

2) Une nature déficiente

La détermination de la nature en l’homme ne peut être que le fait d’hypothèses, de conjectures, mais certaines sont plus intéressantes que d’autres.

La nature humaine ne se laisse penser qu’en termes de manque. L’homme manifeste un état de manque de la nature à soi, un écart qui faisait dire à Nietzsche que l’homme est l’animal le plus raté, le plus dégénéré, le plus éloigné de ses instincts, mais c’est dans cette faille qu’a u se développer la culture, c’est-à-dire l’ensemble des procédés par laquelle la nature tente de combler son écart à soi.

La sexualité humaine n’a ni but spécifique ni objet donné : le comportement sexuel de l’être humain n’est pas préformé, il est le résultat d’une histoire individuelle. L’homme se distingue par son indétermination.

3) La nature irrécusable

L’homme n’est pas un empire dans un empire, un être séparé de la nature. L’homme est un être biologique en même temps qu’un individu social. La culture vient surdéterminer la nature biologique de l’homme, le différenciant de l’animal en développant un nouveau cercle fonctionnel.

On ne peut dissocier nature et culture, l’une est toujours le développement de l’autre.

4) Critères de la nature et de la culture

Quels sont les signes de la culture ? Selon Levi-Strauss, c’est la présence de règles. Celles-ci sont relatives et conventionnelles, n’appartenant qu’à un espace culturel limité. La nature se définit au contraire par des lois, qui se caractérisent par leur spontanéité et leur universalité.

Cependant la prohibition de l’inceste est une règle universelle. Elle constitue le point de passage de la nature à la culture. Première institution, la prohibition de l’inceste est au fondement de toutes les institutions et institue un système ouvert d’échanges généralisé où s’échangent des femmes, des mots et des biens.

5) Culture et éducation

La condition naturel de l’homme s’apparente à un état de prématuration. C’est dans la culture, par un travail d’acquisition et de formation que l’homme devient véritablement humain.

La culture passe nécessairement par une transformation des conditions naturelles et de discipline pour rejeter l’immédiateté du désir.

La culture n’est pas seulement une entreprise de satisfaction des besoins élémentaires, elle fait aussi naître des besoins et des exigences de satisfaction proprement culturels.

Alors que la nature est donnée, la culture apparaît comme une tâche qui vaut comme vraie nature de l’homme. L’éducation est alors une nécessité et un devoir.

Kant : « L’homme est l’unique créature qui doive être éduquée. » Propos de pédagogie. L’éducation est donc un devoir de l’homme envers lui-même, dont la destination (naturelle) exige qu’il soit cultivé, civilisé, moralisé.

Citations :

« L’âme humaine, altérée au sein de la société par mille causes sans cesse renaissantes (…) a changé d’apparence au point d’être presque méconnaissable. » Rousseau, Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes.

Pour Rousseau, il existe un état naturel de l’homme, que l’on peut supposé être le premier connu dans l’histoire par l’espèce humaine, où l’homme était conforme à lui-même. Il était alors bon envers les autres, bon par nature, c’est-à-dire doué de curiosité et de désir de comprendre le monde avec sa raison, sans jalousie à l’égard de ses semblables. Mais la société l’a dénaturé, l’a rendu passionné et jaloux et cela a créé l’inégalité parmi les hommes. Pour comprendre l’homme, il faut donc se référer à cet état de nature oublié que Rousseau présuppose.

« Une norme, dans l’expérience anthropologique, ne peut être originelle. » Canguilhem, Le Normal et le pathologique.

Canguilhem critique la démarche même de Rousseau. Ce dernier cherche l’origine du droit et de la morale dans la nature originelle : il veut montrer que ce sont des normes légitimes car naturelles et non artificielles (construites par l’homme). Cependant, Canguilhem affirme qu’une norme n’est jamais naturelle, mais toujours fixée par la raison. Ainsi le droit et la morale sont des fruits de la culture et non l’expression spontanée de la nature.

« Vouloir vivre conformément à la nature, c’est en fait vouloir prescrire et incorporer à la nature sa morale et son idéal. » Nietzsche, Par-delà le bien et le mal., I, par. 9.

A son tour, Nietzche dénonce l’attitude qui consiste à vouloir prendre la nature comme source originelle de la morale et du droit. En effet, la nature n’est pas un être moral, mais un être indifférent. Il n’y a donc pas de règles de vie qui seraient naturelles. Vouloir justifier son comportement en prétendant qu’il est naturel (conforme à la nature), c’est en fait une projection de nos propres conceptions morales sur la nature.

« En amalgamant de façon abusive caractères innés et caractères acquis, les racistes laissent croire que culture et technologie sont le produit direct du génome et que les traits morphologiques sont de véritables marqueurs des qualités morales et intellectuelles. » Jacques Ruffié, De la biologie à la culture.

Ce texte insiste sur le danger de faire de la nature la source et la justification des normes morales, car cela peut produire le racisme.

« Ce n’est pas tant l’entendement, qui fait parmi les animaux la distinction spécifique de l’homme, que sa qualité d’agent libre et sa perfectibilité. » Rousseau, Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes.

Rousseau réfléchit à la distinction entre l’homme et l’animal. Ce dernier est entièrement soumis à la nature et à ses instincts, tandis que l’homme a la capacité d’y résister parce qu’il possède une volonté libre. Il peut également se perfectionner, contrairement à l’animal qui reste toujours le même une fois qu’il a achevé son développement naturel. L’homme se caractérise donc par le fait qu’il peut travailler sur lui-même et que son développement (ou sa régression) dépendent de lui-même.

« L’homme n’est rien d’autre que ce qu’il se fait. » Jean-Paul Sartre, L’Existentialisme est un humanisme.

Sartre réfléchit à cette notion de « nature humaine » sur laquelle se sont fondés les droits de l’homme. Il trouve cette notion problématique, car elle présuppose une définition de l’homme conçue par la nature ou par Dieu avant même qu’il existe. Il y aurait alors une prédestination de l’homme élaborée par une instance supérieure. Mais penser qu’il est prédéterminé par Dieu, n’est-ce pas déresponsabiliser l’homme de sa propre existence et de ses actes ? Sartre préfère penser qu’il n’y a pas de nature humaine et que l’homme se définit lui-même par ses propres actes.

« Le caractère dominant de l’homme, son trait distinctif, n’est pas son essence métaphysique mais son œuvre. » Ernst Cassirer, Essai sur l’homme.

Cassirer défend un peu la même idée que Sartre, à la différence près qu’il ne nie pas forcément l’existence d’une nature humaine préexistante, mais montre qu’on ne peut pas l’observer empiriquement. Tout ce qu’on peut observer concrètement, c’est ce que l’être humain a réalisé, ce qu’il a fait. Donc il n’est pas possible de définir l’homme autrement que par ses œuvres, puisque son essence métaphysique (sa nature humaine), même si elle existe, reste inconnaissable.

« La nature est un principe de mouvement inné. » Aristote, Physique, livre II, chap. 1.

Aristote réfléchit à ce qui distingue le naturel de l’artificiel. Ce qui est naturel possède selon lui la capacité du mouvement, du changement. Tandis que ce qui est artificiel ne peut se mouvoir ou changer que par une cause extérieure à soi. Le principe interne du mouvement chez les êtres naturels se nomme le désir.

« La nature, c’est tout ce qui est en nous par hérédité biologique ; la culture, c’est au contraire tout ce que nous tenons de la tradition externe. L’anthropologie essaie de faire, dans l’ordre de la culture, la même œuvre de description que le zoologiste le fait dans l’ordre de la nature. » Lévi-Strauss, Entretiens avec Lévi-Strauss.

La culture est pour Levi-Strauss un fait naturel à l’espèce humaine. La nature de l’homme, c’est d’être un être de culture. Il précise que la culture se transmet toujours de manière extérieure. On la reçoit. Contrairement à l’instinct qui est en vous, donc intérieur.

« L’homme ne vit plus dans un univers purement matériel, mais dans un univers symbolique. Le langage, le mythe, l’art, la religion sont des éléments de cet univers. L’homme ne peut plus se trouver en présence immédiate de la réalité mais s’entretient constamment avec lui-même à travers cet élément médiateur artificiel. » Ernst Cassirer, Essai sur l’homme.

Pour Cassirer, l’homme se distingue de l’animal par le fait qu’il perçoit la réalité à travers ce qu’il appel le système symbolique. C’est-à-dire que comme il ne perçoit le monde qu’à travers la culture, donc le langage, les mythes, etc., celui-ci n’est jamais complètement objectif et extérieur. La réalité devient pour lui symbolique : elle mélange constamment ce qui est perçu objectivement par les sens et ce qui est issu de l’homme lui-même.

« Tout ce qui est universel, chez l’homme, relève de la nature et se caractérise par la spontanéité, tout ce qui est astreint à une norme appartient à la culture et présente les attributs du relatif et du particulier. » Claude Lévi-Strauss, Lesstructures élémentaires de la parenté.

La distinction entre le naturel et le culturel est permise par la différence entre l’universel et le particulier (cf. repères conceptuels). La nature est régie par des lois qui sont par définitions universelles, la culture par des règles, par définition relatives, fixées par convention variables entre les hommes dans les différents groupes humains.

« La prohibition de l’inceste est le processus par lequel la nature se dépasse elle-même. » Claude Lévi-Strauss, Les structures élémentaires de la parenté.

La prohibition de l’inceste, qu’on observe dans toutes les cultures humaines, est une règle universelle. Elle tient donc à la fois de la nature et de la culture. Elle permet que la culture apparaisse chez l’homme, puisque c’est en devant aller chercher son partenaire sexuel en dehors du cercle familiale que l’homme doit s’ouvrir à autrui, quitter son environnement, faire des efforts pour se transformer lui-même.

« La civilisation est avant tout édifiée sur le renoncement pulsionnel et chaque individu isolé doit, sur le chemin qui le mène de l’enfance à la maturité, répéter sur sa personne cette évolution qui mène l’humanité à la résignation raisonnable. » Freud, Petit Abrégé de psychanalyse.

Pour survivre à la dure réalité de la vie et aux dangers de la nature, l’espèce humaine a du apprendre à vivre ensemble. Les hommes ont du s’entraider pour survivre. Cela impliquait des règles de comportement en groupe. On ne pouvait plus suivre spontanément ses désirs dans ses relations humaines. On renonce à une partie de ses pulsions pour vivre avec les autres. Mais ces pulsions refoulés continuent d’exister et deviennent une énergie psychique qui permet de donner naissance aux œuvres culturelles comme l’art et la poésie.

« Une limitation de son agressivité : tel est le premier et peut-être le plus dur sacrifice que la société doit exiger de l’individu. » Freud, Nouvelles conférences d’introduction à la psychanalyse.

Parmi les pulsions premières de l’homme, il y a l’agressivité, la volonté de détruire les autres pour s’affirmer soi-même. Freud nomme Thanatos une telle pulsion. Pour vivre en société, l’homme doit y renoncer partiellement. Eros est la pulsion opposée, celle qui pousse un individu à se fondre dans un groupe.

« La nature a voulu que l’homme tire entièrement de lui-même tout ce qui dépasse son existence animale et qu’il ne participe a aucune autre perfection que celle qu’il s’est créé lui-même, indépendamment de l’instinct, par sa propre raison. » Kant, Idée d’une histoire universelle du point de vue cosmopolitique.

En faisant de l’homme un être faible et dépendant des autres pour survivre, la nature semble avoir eu un projet spécifique, faire de l’homme un être sociable et l’obliger à se perfectionner lui-même. En effet, pour vivre avec les autres et pour survivre dans la nature, il faut faire des efforts. Car la vie sociale n’est pas facile (il faut supporter les autres) et inventer de nouvelles techniques demande d’être créatif et inventif. C’est par un effort sur soi-même et un dépassement de ses instincts que l’homme devient humain.

Citations :

Le langage, propre de l’homme

« L’un de mes buts essentiels a toujours été de placer la ligne de démarcation entre culture et nature, non dans l’outillage, mais dans le langage articulé. » Levi-Strauss, Entretiens avec Claude Levi-Strauss (Georges Charbonnier)

Il est difficile de savoir quand l’homme se distingue de l’animal pour devenir un être de culture. Les anthropologues ont parfois pour critères la présence d’outils fossiles pour déterminer si les ossements qu’ils ont découverts sont ceux d’humains. Mais certains animaux utilisent également des outils. Par contre, l’utilisation du langage est un signe absolu d’humanité et de culture, puisque c’est par lui que nous recevons la culture dont nous héritons.

« La langue de convention n’appartient qu’à l’homme. » Rousseau, Essai sur l’origine des langues.

Certains animaux ont des langues. Il y a par exemple la langue des oiseaux ou des baleines. Cependant, ces langues ne sont pas acquises, les animaux les ont en naissant. En conséquence ces langues animales sont incapables d’évoluer. La perfectibilité, qui est le propre de l’homme, s’exprime dans le fait qu’il possède une langue de convention et non d’instinct, c’est-à-dire capable d’évoluer.

« Dans le langage humain, la référence à l’expérience objective et la réaction à la manifestation linguistique s’entremêlent librement et à l’infini. L’abeille ne construit pas de message à partir d’un autre message. » Emile Benveniste, Problèmes de linguistique générale

Une grande différence entre le langage humain et les formes de communication des animaux est le rapport du signe à la réalité. Quand une abeille transmet un message, celui-ci est transmis tel quel à la ruche, mais lui-même ne fera pas l’objet d’un commentaire. L’homme est le seul être qui construit des signes au sujet des signes eux-mêmes.

Le langage signifie-t-il les choses ?

« Le nom sera semblable à la chose. » Platon, Cratyle, 433d-434b

pour Platon, il existe une correspondance mystérieuse entre le signifiant et le signifié. Les sons qui désignent un objet ne sont pas choisi par hasard mais lui correspondent.

« Les mots ne sont que des symboles des relations que les choses entretiennent les unes avec les autres et avec nous ; nulle part ils n’atteignent la vérité absolue. » Nietzsche, La philosophie à l’époque tragique des Grecs.

Quand on parle, on croit que les mots que l’ont prononce sont en relation directe avec l’essence-même des choses qu’ils désignent. Nietzsche dénonce cet croyance naturelle en montrant que les mots n’indiquent pas les choses elles-mêmes, mais les relations que nous avons avec elles. Par exemple le mot table ne désigne pas l’objet table en-soi, mais cet objet dans l’utilité précise qu’il a pour nous.

« Pour le sujet parlant, il y a entre la langue et la réalité adéquation complète : le signe recouvre et commande la réalité, mieux, il est cette réalité. » Emile Benveniste, Problèmes de linguistique générale

Les linguistes disent souvent que le lien entre l’objet et les phonèmes qui le désignent est arbitraire. Mais pour l’homme qui parle, le mot possède une sorte de lien étroit avec la réalité. La magie repose sur cette croyance qu’il existerait un rapport essentiel entre le mot et la chose.

Langage et pensée

« Les mots sont des sons distincts et articulés dont les hommes ont fait des signes pour signifier leurs pensées. » Antoine Arnaud et Claude Lancelot, Grammaire générale et raisonnée (1660)

Le propre du langage humain est l’expression des pensées.

« Le premier usage des dénominations est de servir de marques ou de notes en vue de la réminiscence. » Tomas Hobbes, Léviathan

Mais ils ont aussi pour fonction de servir de repères afin que nous puissions nous rappeler nos propres pensées. En effet, sans le langage, nos pensées disparaîtraient sans cesse dans le néant de l’oubli au moment même où elles apparaissent. C’est parce que nous pouvons donner à la pensée une forme fixe grâce au langage que nous pouvons ensuite nous souvenir de ce que nous avons pensé. Le langage permet donc à la pensée de faire retour sur elle-même dans le temps.

« Il ne faut pas confondre les paroles (des hommes ; signes qui servent à communiquer les pensées) avec les mouvements naturels (les sons où les gestes des animaux), qui témoignent les passions. » Descartes, Discours sur la méthode

On entend souvent la remarque que les animaux seraient peut-être doués de raison comme les hommes, mais que nous n’en saurions rien car nous n’aurions pas les moyens d’entrer dans leurs têtes, de vérifier de l’intérieur s’ils pensent. Mais une chose est sûre, c’est qu’on n’a jamais vu un animal chercher à communiquer des pensées par des gestes ou des sons. Pourtant, certains possèdent des organes évolués qui lui permettraient d’émettre des signes. Le fait qu’ils n’essaient même pas de le faire est le signe que les animaux sont dépourvus de raison. Car un être qui possède la raison cherchera toujours à entrer en communication avec une autre raison s’il le peut. Quand un animal émet un son (aboiement, miaulement, etc.), il exprime des passions, non des pensées.

« Nous ne saisissons la pensée que déjà appropriée aux cadres de la langue. Hors de cela, il n’y a que volition obscure, « ce que nous voulons dire » ou « ce que nous avons dans l’esprit ». » Emile Benveniste, Problèmes de linguistique générale.

La pensée et le langage sont étroitement liés, car nous ne pourrions prendre conscience de notre pensée sans les mots par lesquels celle-ci prend forme. En effet, si nous observons notre pensée au moment même où celle-ci se forme à l’intérieur de notre esprit, nous découvrons des intentions. La pensée que nous avons sur le bout de la langue est une chose obscure et insaisissable. Il nous faut les mots pour la saisir.

« Voici ce que me semble faire l’âme quand elle pense : rien d’autre que dialoguer, s’interrogeant elle-même et répondant, affirmant et niant. » Platon, Théétète, 189 e-190a

La pensée et le langage ne font qu’un dans le sens où la pensée est un dialogue intériorisé de la conscience avec elle-même.

« Les êtres purement abstraient ne se conçoivent que par le discours. » Rousseau, Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes.

Le langage humain possède la particularité de contenir des abstractions, c’est-à-dire des notions qui ne proviennent pas de la sensibilité ou des souvenirs que nos sens ont laissé en nous (ce que Rousseau nomme imagination).

« Il y a une opacité du langage : nulle part il ne cesse pour laisser place a du sens pur, il n’est jamais limité que par du langage encore et le sens ne paraît en lui que serti dans les mots. » Merleau-Ponty, Signes.

Le langage n’est pas un simple outil pour traduire la pensée. En effet, ce qu’on appelle le sens (que la pensée forme) n’est pas une chose transcendante et extérieure au langage. Le sens ne se forme qu’à l’intérieur même langage, il ne se situe pas à l’extérieur de lui.

« La philosophie est la lutte de notre entendement par les moyens de notre langage. » Ludwig Wittgenstein, Tractatus logico-philosophicus

Le langage n’est pas neutre. Il induit un certain rapport de l’homme au monde. Wiitgenstein veut tenter de prendre conscience par lma reflexion philosophique des diverses croyances inscrites sans même que nous nous en rendions compte dans le langage que nous utilisons.

Langage et pouvoir

« Il n’est pas de sujet sur lequel l’orateur ne parlerait de façon plus persuasive que n’importe quel homme de métier devant une foule. » Platon, Gorgias

Platon dénonce ici le fait que la rhétorique est une manière d’utiliser le discours pour obten,ir le pouvoir sur autrui et non pour rechercher la vérité. Cf. repère conceptuel : persuader/convaincre.

« Le shaman fournit à sa malade un langage dans lequel peuvent s’exprimer immédiatement des états informulés, ce qui provoque le déblocage du processus physiologique. » Claude Levi-Strauss, Anthropologie structurale

Levi-Strauss a observé comment les sorciers de certaines tribus pouvaient soigner des malades rien qu’en leur racontant un conte ou un mythe. Il y a donc un pouvoir symbolique du langage. Celui-ci consiste à donner les moyens à celui qui écoute le mythe ou le conte de se replacer lui-même dans un système ou une représentation du monde qui a du sens. Une femme enceinte va ainsi donner un sens aux douleurs de son accouchement, et ainsi parvenir à mieux les supporter, en entendant un mythe qui met en rapport le phénomène de l’accouchement et l’ordre du monde.

« La parole était à l’origine un charme, un acte magique, et elle a conservé encore beaucoup de son ancienne force. » Freud, La question de l’analyse profane

Parmi les pouvoirs de la parole, Freud a découvert celui de la cure psychanalytique, la cure par la parole. En effet, comment se fait-il que l’on puisse se sentir mieux après avoir parler à quelqu’un qui nous a vraiment écouté ? Et comment se fait-il que l’on puisse même guérir de troubles psychiques graves sans médicaments ni changements de mode vie, juste par le dialogue avec un psychanalyste ? C’est que la parole est dérivée de l’action, de ce qui est en acte dans la vie humaine.

« Il faut admettre que la fonction primaire de la communication écrite est de facilité l’asservissement. » Claude Levi-Strauss, Tristes Tropiques

On attribue généralement à la parole un pouvoir culturel et libérateur. Ainsi la parole écrite est souvent connue comme le principal vecteur de la diffusion des idées et de la civilisation. Donc de la libération de l’homme de l’ignorance ; mais Lévi-strauss fait remarquer qu’historiquement, l’écriture s’est développée parallèlement aux états centralisés qui prenaient leurs essors (civilisation égyptienne par exemple) et aux grands projets architecturaux qui réclamaient une main-d’œuvre soumise (les esclaves). L’écriture possède donc sans doute en elle un pouvoir d’asservissement social.

« Le discours, loin d’être cet élément transparent ou neutre dans lequel la sexualité se désarme et la politique se pacifie, est un des lieux où elles exercent quelques unes de leurs plus redoutables puissances. » Michel Foucault, l’ordre du discours

Le langage contient des interdits. En particuliers les interdits politiques et sexuels : on appelle cela des tabous. Le pouvoir (religieux ou politique) s’exprime donc au cœur même du langage qu’il modifie pour en faire un instrument d’asservissement invisible des populations.

« Les hommes acceptent le dialogue, parce qu’ils ont déjà exclue la violence. » Eric Weil, Logique de la philosophie

Comment se fait-il que les hommes acceptent de dialoguer et de débattre alors que l’issue d’un débat peut être au détriment de l’un des deux protagonistes du discours ? En effet, il y a des gagnants et des perdants dans un débat. Les hommes l’acceptent et acceptent aussi ses conséquences parce qu’ils ont fait le choix de la vie en communauté. Ils ont donc renoncé à la violence. Le dialogue est donc ce qui se substitue à la violence dans les sociétés humaines.

Le travail

Un monde sans travail

« A la sueur de ton visage tu mangeras du pain jusqu’à ce que tu retournes au sol. » La Bible de Jérusalem, Genèse, 2, 25-3

La malédiction de Dieu sur Adam et Eve après que ceux-ci aient mangé du fruit défendu est l’expression symbolique du fait que le travail soit vécu par l’homme sous le mode du malheur. Contrairement à l’animal qui ne se pose pas la question du pourquoi de ses multiples activités mais les effectue pour vivre, l’homme porte en lui la nostalgie d’un état sans travail, d’une relation paradisiaque à la nature dont le travail et les efforts seraient exclue. On retrouve la trace d’un tel sentiment originel dans le mythe de l’Âge d’Or d’Hésiode.

« Lors de la transgression d’Adam, Dieu, comme le rapporte l’écriture, ne maudit pas Adam lui-même mais la terre qu’il travaillait. » Irénée de Lyon, Contre les hérésie, II, 23, 3.

Cet auteur des premiers siècles chrétiens précise que ce n’est pas l’homme qui a été maudit par Dieu mail la terre. Cela signifie que pour le chrétien, c’est la nature qui a déchue de son état paradisiaque. Le travail n’est donc pas en lui-même une malédiction, mais la compensation apportée par l’homme à la malédiction subie par la nature.

Travail, nature et société

« Le travail est désir refréné, disparition retardée : le travail forme. La conscience travaillante en vient à l’intuition de l’être indépendant, comme intuition de soi-même. » Hegel, Phénoménologie de l’Esprit

Hegel veut montrer que le travail n’a pas seulement un rôle de transformation du monde mais de transformation de soi. Certes, à première vue, le travail peut apparaître comme une aliénation, surtout dans le cas de l’esclave qui a du renoncer à sa liberté afin de travailler pour son maître. Mais en travaillant, il entre en contact avec la réalité, développe les capacités qui sommeillaient en lui, se découvre lui-même et devient ainsi progressivement un être indépendant. Par le travail, la conscience humaine devient un être pour-soi.

« Si l’on retire un individu de son milieu social, on lui coupe presque tous ses ressorts moraux, ses motifs de travailler et même sa raison d’être. » Bronislaw Malinowski, Les Argonautes du pacifique occidental.

Les motivations qui poussent un être humain à travailler varient en fonction du contexte social. Ainsi les individus de certains peuples ne sauraient être motivé à travailler pour un salaire, comme nous le sommes en occident, mais pour des raisons religieuses par exemple. Ainsi, il est important de ne pas juger un peuple et le décréter paresseux, mais chercher à comprendre quelles sont ses motivations spécifiques de travailler.

Travail et propriété

« Le travail distingue et sépare les biens qui sont communs, y ajoute quelque chose de plus que la nature et par ce moyen en fait des biens particuliers. John Locke, Traité du gouvernement civil, chap. 5.

La notion de travail est étroitement associé en occident à celle de propriété. C’est par son travail que l’on s’octroie le droit de possession de certaines choses. Par exemple, les noisettes appartiendront à celui qui aura pris la peine d’aller les ramasser. Locke théorise ce sentiment partagé de manière assez naturelle et spontanée en connectant le concept de travail à celui de propriété.

« En lui expliquant ce terme d’appartenir, je lui fais sentir qu’il a mis là son temps, son travail, sa peine, sa personne enfin ; qu’il y a dans cette terre quelque chose de lui-même qu’il peut réclamer contre qui que ce soit. » Rousseau, Emile ou De l’éducation, livre II.

Rousseau rejoins le propos de Locke en le nuançant cependant de façon importante : le sentiment de propriété associé au travail s’apprend. C’est le rôle de l’éducation que de favoriser la naissance du sentiment de propriété associé à celui du travail effectué. Cependant, cette reconnaissance ne doit pas seulement être présente pour soi-même mais également à l’égard d’autrui. une bonne éducation inculque donc le respect du travail et de la propriété d’autrui.

« Le partage des terres a produit une nouvelle sorte de droit, le droit de propriété différent de celui qui résulte de la loi naturelle. » Discours sur les origines et les fondements de l’inégalité parmi les hommes, 2ème partie.

Le sentiment de la propriété associé au travail effectué a conduit à des règles de droit. En effet, c’est pour que soit reconnue et défendue la propriété de chacun en lien avec le travail qu’il a effectué que se sont constituées les premières règles juridiques. Cependant, cela a également introduit l’inégalité parmi les hommes, puisque chacun travail différemment, plus ou moins bien en fonction de ses aptitudes.

La division du travail

« On produit toutes choses en plus grand nombre, mieux et plus facilement, lorsque chacun, selon ses aptitudes et dans le temps convenable, se livre à un seul travail, étant dispensé de tous les autres. » Platon, La République, livre II.

Il est difficile à un homme de se suffire à lui-même en travaillant seul. Il a donc naturellement besoin de s’associer avec d’autres hommes pour satisfaire ses besoins. Ce faisant, il donne naissance à ce qu’on peut appeler une cité. Une cité est une organisation sociale et une répartition des taches permettant à chaque individu de se spécialiser dans son métier. La division du travail est donc un processus inévitable pour l’homme.

« De produit individuel d’un ouvrier indépendant faisant une foule de choses, la marchandise devient le produit social d’une réunion d’ouvriers dont chacun n’exécute constamment que la même opération de détail. » Marx, le Capital, livre I, 4ème section, chap. 14

Marx a analysé comment s’est constitué un nouveau type de division du travail au XIXème siècle. En effet, la première division du travail faisait de chaque travailleur un artisan spécialisé maîtrisant la production d’un type d’objet spécifique : chaussure, lampe, etc. Cet artisan a donc la satisfaction de donner naissance lui-même à un objet qu’il a produit du début à la fin. Mais la seconde division du travail survenue avec l’industrialisation a pour conséquence que c’est désormais une équipe d’ouvrier qui va produire l’objet qu’un seul produisait auparavant. Ses gestes deviennent ainsi répétitifs et l’ouvrier n’éprouve plus de satisfaction à faire son travail, puisqu’il n’en perçoit plus le sens global.

Le travail aliéné

« L’ouvrier, qui travaille pour vivre, ne compte pour le travail comme faisant partie de sa vie ; c’est bien plutôt le sacrifice de cette vie. » Marx, Le Capital, livre I, 3ème section, chap. 7.

Le travail devient alors aliénant. On ne ressent plus, en travaillant à la chaîne, la moindre satisfaction pour la création d’un objet. Il n’est plus question de se réaliser soi-même dans son travail et de se reconnaître soi-même dans le résultat de son travail, comme le faisait l’artisan. Le but du travail devient le salaire, c’est-à-dire le moyen de subvenir à ses besoins pour travailler encore. Cela est d’autant plus aliénant que la plus-value réalisée par les ouvriers qui ont fabriqué l’objet n’est même pas perçue par les ouvriers eux-mêmes mais par le patron qui s’empare des bénéfices ainsi produits.

Travail et loisir

« L’homme est le seul animal qui doit travailler. » Kant, Réflexions sur l’Education, III.

Pourtant, l’homme est un être qui a par nature besoin de travailler. En effet, sans la contrainte et la pénibilité du travail, l’homme s’ennuierait. Il serait passif et soumis face au spectacle de la nature. Il ne se réaliserait pas en tant que sujet, c’est-à-dire en tant qu’être qui se distingue de la nature et des objets qu’elle contient. L’homme possédant une raison, il lui est donc nécessaire de s’opposer à la nature telle qu’elle est en la transformant par le travail.

Ce travail est différent de l’activité du jeu car ce qui compte quand on joue, c’est le plaisir que procure l’occupation à jouer, non le but de cette occupation, puisque jouer n’a pas d’utilité en dehors du fait même de s’amuser en jouant. Le travail est une activité orientée vers un but.

« La plus grande jouissance des sens, c’est le repos après le travail. Le penchant à se reposer sans avoir préalablement travailler correspond à de la paresse. » Kant, Anthropologie du point de vue pragmatique, II, par. 87

Kant identifie la paresse comme un vice. En effet, il n’est pas conforme à la nature de l’homme (sujet actif et doué de raison) de se laisser aller à ne rien faire. La paresse est donc d’une certaine façon contre-nature.

La technique

La technique et la vie

« Toutes les pièces mécaniques sont des produits immédiats ou dérivés d’une activité technique organique. » Georges Canguilhem, La Connaissance de la vie

La notion de technique conduit tout d’abord à s’interroger sur l’origine de cette dernière. Or les premières formes de techniques s’observent en premier lieu dans la nature : les organes des plantes et des animaux, leurs diverses productions, etc. Par exemple, la guêpe qui est capable de fabriquer du papier. On peut même remarquer qu’un bon nombre des inventions techniques humaines sont tout simplement des imitations des diverses techniques des autres règnes : le poignard n’est-il pas une imitation des griffes de certains animaux, etc.

« Il y aurait donc à considérer le corps social comme un être indépendant du corps zoologique. » André Leroi-Gourhan, Le geste et la Parole

Cependant, la technique apparaissant dans un groupement humain modifie ses habitudes et son organisation sociale, ce que la technique naturelle ne fait pas chez les animaux. En effet, l’apparition de techniques au sein d’une société humaine requiert une certaine organisation sociale de cette dernière : pour la production des outils, il faut que certaines personnes du groupe se spécialisent toute leur vie afin d’assurer leur production, car seule une personne experte et spécialisée peut assurer une production optimale. La technique apparaît donc comme un corollaire d’une nouvelle organisation sociale. Ce nouveau corps social n’est pas constitué par les forces de l’instinct, comme l’était de corps zoologique (l’organisation sociale humaine avant l’apparition de la technique), mais construit par la raison.

Production naturelle et production artificielle

« L’instinct est la faculté d’utiliser et même de construire des instruments organisés ; l’intelligence est la faculté de fabriquer et d’employer des instruments inorganisés. » Henri Bergson, l ‘Evolution Créatrice

Il reste à tenter de définir conceptuellement la différence entre les productions techniques naturelles et les productions techniques humaines, donc artificielles. Bergson montre que l’intelligence à l’œuvre dans la nature et qui produit des objets techniques (l’instinct) a pour support ce qui est organique. En effet, ce sont les organes des animaux ou des végétaux qui sont les instruments techniques utilisés par l’instinct. Tandis que le support de la technique humaine est inorganique : l’homme travaille des matériaux comme des pierres ou du métal.

« Un objet technique est constitué de telle façon qu’une représentation de ce qu’elle est a du nécessairement précéder son effectivité. » Kant, Critique de la faculté de juger.

Kant apporte un autre élément de distinction entre la technique naturelle instinctive et la technique humaine artificielle : cette dernière doit d’abord être conçu dans l’esprit avant d’être réalisé sous forme d’objet. Il faut qu’un objet technique produit par l’homme soit d’abord une représentation. Tandis que l’animal, lui, ne se représente pas dans son esprit l’objet qu’il va réaliser, mais suit son instinct pour le faire.

La technique, fait universel antérieur à la science

« La constitution de réserves alimentaires est à l’origine de la transformation complète que subissent les sociétés humaines. » André Leroi-Gourhan, Le Geste et la Parole

La production technique agricole est l’une de celles qui a le plus profondément transformé les sociétés humaines. En effet, en semant et en récoltant, l’homme pouvait désormais s’approprier beaucoup plus de nourriture qu’il ne le faisait par la cueillette et la chasse. Il pouvait même constituer des réserves en la stockant. De ce fait, il n’y eut plus besoin de ce que l’ensemble du groupe travaille pour nourrir la collectivité, mais seuls quelques- devaient s’en charger uns (les agriculteurs). Ainsi, les autres hommes voyaient leur temps libéré pour d’autres activités, par exemple l’éducation des enfants, la vie religieuse, la réflexion ou la recherche scientifique. La technique a donc permis l’émergence de l’activité scientifique.

« On appelle technique un groupe de mouvements, en majorité manuels, organisés et traditionnels, concourant à produire un but connu comme physique, chimique ou organique. » Marcel Mauss, Journal de psychologie

Il reste à définir la technique en la distinguant clairement de la science avec laquelle on pourrait la confondre. Pour Mauss, ce qu’on appelle technique se distingue de ce qui est scientifique par deux critères : une technique est portée par une tradition, c’est une somme de mouvements que l’on a appris et que l’on reproduit ; une technique vise un effet concret immédiat (au contraire de la science qui peut rester purement spéculative).

Les techniques modernes, applications de la science

« Entre les savants proprement dits et les directeurs effectifs de travaux productifs, il commence à se former de nos jours une classe intermédiaire, celle des ingénieurs. » Auguste Comte, Cours de philosophie positive

Pourtant, la définition proposée par Marcel Mauss et qui s’applique parfaitement aux sociétés primitives qu’étudie l’anthropologie n’est plus aussi pertinente dans nos sociétés industrialisées. En effet, un ingénieur n’est pas tout à fait un scientifique en ce sens que son activité n’a pas des buts purement spéculatifs (il doit produire quelque chose), mais il ne reproduit pas simplement un savoir-faire technique hérité de la tradition, car il invente de nouveaux objets et de nouvelles manières de les produire. La modernité place donc l’ingénieur entre la production purement technique et la science pure.

« À la science, il appartient de connaître, et par suite de prévoir ; à la technique, il appartient de pouvoir, et par suite d’agir. » Auguste Comte, Cours de philosophie positive

Mais le risque est alors de confondre le scientifique et l’ingénieur, la recherche pure et la recherche appliquée. Comte montre que la distinction se révèle quand on considère le mode de pensée et la finalité des deux activités. La science pure a comme mode de penser l’activité cognitive, la compréhension des phénomènes ; tandis que la technique a comme mode de pensée d’envisager ce qui est possible, réalisable, car son but est pratique.

Les techniques contemporaines, sciences appliquées

« Pour envisager dans toute sa généralité le principe de la production du mouvement par la chaleur, il faut le concevoir indépendamment d’aucun mécanisme. » Sadi Carnot, Réflexion sur la puissance motrice du feu

L’histoire des sciences contient un grand nombre d’exemples qui montrent que la science a du s’affranchir de la technique pour se constituer en tant que telle. En effet, avec la révolution industrielle, on sait techniquement comment utiliser les fortes chaleurs pour les hauts-fourneaux. Cependant, on ne comprennait pas les lois de la thermodynamique et on ne cherchait pas vraiment à les comprendre. C’est Sadi Carnot qui aura cette exigence de rechercher les lois qui régissent l’activité calorique indépendamment des circonstances techniques particulières de sa production.

« En suivant la physique contemporaine, nous avons quitté la nature, pour entrer dans une fabrique de phénomènes. » Gaston Bachelard, L’activité rationaliste de la physique contemporaine

Inversement, la science va également permettre l’apparition de nouveaux phénomènes par application des théories scientifiques. Par exemple la fission de l’atome, qui résulte de la recherche scientifique purement théorique. Ainsi, la science qui au départ succédait dans le temps à la technique (parce qu’elle étudiait les phénomènes que celle-ci avait préalablement mis en œuvre) se met à la devancer. Elle produit désormais des phénomènes nouveaux qui vont venir enrichir la technique.

« La chimie crée son objet, ce qui la distingue des sciences naturelles et historiques. » Marcellin Berthelot, Chimie organique fondée sur la synthèse.

Ce phénomène est particulièrement sensible avec une science comme la chimie, puisque celle-ci consiste à tenter de combiner des substances afin de produire de nouveaux composés. Là encore, la science crée l’objet et ne se contente pas de l’étudier.

Outils et machines

« L’être le plus intelligent est celui qui est capable de bien utiliser le plus grand nombre d’outils : or la main semble bien être non pas un outil mais plusieurs. » Aristote, Les parties des animaux (687a7-687b9), livre IV.

Mais quel rapport l’homme entretient-il avec cet univers technique qu’il a lui-même produit ? Tout d’abord, on peut dire que l’homme se reconnaît dans ses productions techniques, puisque qu’elles sont l’expression de son intelligence. Ainsi Aristote montre-t-il que tout objet technique est l’œuvre de la main humaine, c’est-à-dire d’un organe qui a pour particularité sa polyvalence et sa multifonctionnalité. L’outil est donc l’expression de l’intelligence humaine.

« Dès que l’instrument, sorti de la main de l’homme, est manié par un mécanisme, la machine-outil a pris la place du simple outil. » Marx, Le Capital, livre premier, 4ème section, chap 15.

Cependant la machine, qui apparaît avec la révolution industrielle, pose un problème car elle ne représente pas la même chose que l’outil. En effet, la machine fonctionne toute seule, sans l’homme, tandis que l’outil était encore le prolongement de la main humaine. Le lien organique et sensible que l’homme entretenait avec l’outil est donc troublé par l’apparition des machines.

« C’est le support même de l’individualisation technique qui a changé : ce support était un individu humain, il est maintenant une machine. » Gilbert Simondon, De l’existence des objets techniques, 1ère partie, chap. 5.

Pire encore, à cause des machines, c’est la place même de l’homme dans l’organisation du travail qui va être affectée. En effet, il n’occupe plus la place centrale qu’il occupait en maniant des outils qui étaient à son service. C’est lui qui doit se mettre au service de la machine et de ses exigences fonctionnelles. Il doit même adapter son rythme corporel à celui de la machine, ce qui a quelque chose de profondément aliénant, comme le montre par exemple Charlie Chaplin dans les Temps modernes.

La technique, activité neutre ?

« Il est possible de parvenir à des connaissances qui soient fort utiles à la vie, par laquelle connaissant la force et les actions du feu, de l’eau, de l’air, des astres, nous pourrions nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature. » René Descartes, Discours de la méthode, VIème partie

Quel est le but et la finalité de la technique ? Où nous mène-t-elle ? En effet, à bien des égards nous pouvons avoir l’impression que la technique est une sorte de phénomène incontrôlable qui modifie notre monde et nos habitudes, jusqu’à notre façon de penser et de ressentir, sans que personne ne maîtrise véritablement le processus. On peut donc se demander s’il n’y a pas un but, une finalité à l’œuvre derrière le déploiement de la technique. Descartes, l’un des penseurs de la Révolution Scientifique qui donnera ensuite naissance à la Révolution Industrielle, affirme que le but de la technique n’est rien de moins qu’un renversement du rapport immémorial de l’homme à la nature. En effet, tandis que depuis son apparition, l’homme considérait la nature avec une crainte mêlée de respect, la technique lui permettra de ne plus la craindre et d’en devenir comme « maître et possesseur ». Affirmation radicale, puisque cela revient d’une certaine façon à s’octroyer le rôle que l’on attribuait jadis à Dieu. Il y aurait ainsi une sorte de projet de la technique qui modifie profondément nos modes de pensées et pas seulement notre environnement.

« La science a donné ce qu’on lui demandait et n’a pas pris d’initiative. » Bergson, Les deux sources de la morale et de la religion

Bergson tient à préciser et rectifier cette idée d’une intentionnalité de la technique. En effet, selon lui, la technique n’est pas un être à part entière, doué de conscience et capable de faire des projets. Si on peut parler d’intentionnalité de la technique, ce serait au sens où celle-ci porte en elle les projets dont les consciences humaines l’ont investie. C’est nous-mêmes qui avons mis dans la technique et dans son développement des ambitions métaphysiques et des bouleversements de nos modes de pensées.

« Il n’est plus possible de parler de neutralité de la technologie. La société technologique est un système de domination. » Herbert Marcuse, L’homme unidimensionnel

Contre Bergson et sa forme d’optimisme consistant à penser que nous avons le pouvoir de maîtriser l’évolution de la technique et les impacts qu’elle produit en profondeur sur nos consciences, Marcuse montre que l’évolution de la technique est bien un phénomène qui nous échappe, car il a des implications systématiques sur la société qui sont loin d’être neutres. En effet, la technique est en elle-même un instrument de domination qui engendre des formes de sociétés totalitaires.

« Nous avons besoin de la menace contre l’image de l’homme pour nous assurer d’une image vraie de l’homme grâce à la frayeur émanant de cette menace. » Hans Jonas, Le principe de responsabilité

C’est la raison pour laquelle il n’est pas irrationnel ni puéril d’avoir peur de la technique, comme le font par exemples ces nombreux films de science-fiction où nous voyons des machines, des robots ou des intelligences artificielles qui se mettent à dominer l’homme. Jonas montre qu’il est utile de craindre la déshumanisation potentielle de la technique en ce sens que cela peut nous permettre une réflexion sur les valeurs authentiquement humaines (l’image de l’homme) que nous voulons placer au cœur du fonctionnement de nos sociétés et de nos comportements.

L’art

1) Quand y-a-t-il art ?

Ce qui permet de dire qu’un objet est artistique réside plus dans l’intention qui vise l’objet que dans l’objet lui-même.

Un objet technique est un moyen au service d’une fin qui lui est extérieure, tandis que l’oeuvre d’art est un monde qui nous fait faire une expérience de la totalité.

2) Emergence de l’artiste et de l’esthétique

L’autonomie de l’artiste et de l’oeuvre d’art, qui émerge très progressivement à travers l’histoire, rend possible la la constitution d’un champs esthétique séparé.

L’art perd sa sacralité et sa fonction sociale. Mais elle affirme aussi sa capacité à tenir debout toute seule, détachée de tout contexte. Elle met entre parenthèse la réalité extérieure et se donne comme un monde qui ne renvoie qu’à soi-même.

3) La question de l’oeuvre

Le lien entre la représentation et la chose représentée va se distendre jusqu’à se perdre. L’oeuvre s’affranchit de la figuration et affirme son autonomie.

Citations :

Art, technique, science

« Au Moyen-Âge, l’œuvre d’art était sacrifice, offrande, consécration d’une partie des richesses que la peine des hommes avait créées. » Georges Duby, Saint Bernard, l’art cistercien.

La première question que pose cette notion est de savoir quand, précisément, on peut parler d’art. En quoi un beau paysage ou un objet artisanal seraient moins artistiques qu’une œuvre d’art officiellement reconnue comme telle ? Le premier élément important est de reconnaître la spécificité de la fonction sociale d’une œuvre d’art. Au Moyen-Âge, cette fonction est étroitement associée à la vie religieuse dont elle fait partie. L’œuvre d’art est une offrande de la société à la divinité afin d’obtenir ses faveurs en retour. Cette offrande n’est pas celle d’un artiste particulier mais de toute la société. Aujourd’hui, l’art a une autre fonction sociale.

« L’art se distingue de la science et de l’artisanat. » Kant, Critique de la faculté de juger

Une autre précision permet de distinguer ce qui fait une œuvre d’art. En effet, l’art se distingue de la science en ce sens qu’un artiste n’a pas le pouvoir de prévoir tout ce qu’il va faire à partir de ce qu’il sait. Il y a une part d’imprévu et de possible dans la réalisation d’une œuvre d’art. Ce n’est pas non plus une œuvre artisanale, car il s’agit d’un libre jeu et non de la production d’un objet qui aura un but utilitaire.

« Il est possible de percevoir tout objet, naturel ou créé par l’homme, sur le mode esthétique. » Erwin Panofsky, L’œuvre d’art et ses significations.

Un autre élément qui permet de distinguer si un objet est artistique, c’est son « intentionnalité esthétique ». C’est-à-dire s’il invite l’homme à percevoir sa dimension esthétique. Le vol d’un oiseau ou un lever de lune peuvent avoir une grande dimension esthétique, mais rien en eux n’indiquent qu’ils invitent l’homme à la percevoir, comme le fait un tableau en attirant le regard et éveillant la réflexion. Dans le cas des objets naturels, c’est l’homme qui décide de percevoir leur dimension esthétique, mais il n’y est pas invité ni incité par ces objets eu-mêmes.

« Sans une règle qui le précède, un produit ne peut jamais être désigné comme un produit de l’art. Le génie est le talent (don naturel) qui donne à l’art ses règles. » Kant, Critique de la faculté de juger, par. 46.

Enfin, une œuvre d’art obéit toujours à des règles. Une musique obéit à des règles de composition, une peinture à des canons. Ces règles changent au cours des époques, mais il y a toujours des règles. Ce sont les artistes de génie qui donnent à l’art de nouvelles règles en bouleversant les précédentes.

L’art et l’idée

« La peinture la plus digne d’éloges est celle qui a le plus de ressemblance avec ce qu’elle imite. » Léonard de Vinci, Traité de la peinture

Une problématique importante de l’art est de savoir comment une œuvre signifie, comment elle produit du sens et ne se contente donc pas de reproduire la réalité, le sens existant. En effet, l’art possède cette mystérieuse capacité de produire du sens nouveau tout en reproduisant le monde tel qu’il est : la musique reproduit les sons, la peinture les couleurs et les formes, etc.

Dans ce texte, Léornard de Vinci témoigne de la révolution esthétique qui s’est produite à la Renaissance lorsque les artistes se sont mis à observer avec exactitude la réalité afin de la reproduire fidèlement, ce qu’on ne faisait pas auparavant.

« Les peintres qui obéissent à l’imagination cherchent dans le dictionnaire de la nature les éléments qui s’accommodent à leur conception. Ceux qui n’ont pas d’imagination copie le dictionnaire. » Beaudelaire, Curiosités esthétiques.

Cependant, le rapport à la réalité, inauguré à la Renaissance, n’est pas une soumission de l’artiste qui devrait se contenter de la recopier fidèlement. Car le rapport de l’artiste à la réalité se fait toujours par l’entremise de l’imagination, c’est-à-dire la faculté de choisir dans la réalité ce qu’on y trouve comme un poète puiserait dans un dictionnaire, puis de réorganiser l’ensemble en fonction d’une idée (conception) que l’artiste veut exprimer.

« Le symbole est de sa nature essentiellement équivoque. » Hegel, Esthétique, 2ème partie

Il y a donc d’un côté la réalité que l’artiste reproduit et le sens qu’il veut exprimer. Le symbole est l’intermédiaire entre le sens et la réalité sensible. Or un symbole est une image qui a la possibilité de renvoyer à plusieurs significations et non une seule. C’est pourquoi une œuvre d’art, qui est toujours symbolique, n’a jamais une seule explication, mais plusieurs niveaux de sens possibles.

« Autre est le sens fourni par la lettre, autre est le sens qu’on tire des choses signifiées par la lettre. Le premier sens est littéral, le second allégorique. » Dante, Lettre à Cangrande Della Scala

Dante rend ainsi attentif au fait qu’il faut savoir distinguer entre le sens apparent (littéral) d’une œuvre et son sens caché (allégorique, ou moral). Par exemple, dans un conte il y a, en premier lieu, une histoire (littérale), une aventure. Mais si l’on fait l’effort de réfléchir sur les images du conte et chercher à interpréter leurs significations, on découvrira un sens allégorique, par exemple une morale.

L’art et l’expérience de la beauté

« Ce qui importe pour dire que l’objet est beau, c’est ce que je fais de cette représentation en moi-même, et non ce par quoi je dépends de l’existence de cet objet. » Kant, Critique de la faculté de juger, par. 2

Enfin, il faut tenter de définir ce qu’on appelle l’expérience de la beauté. Pourquoi quelque chose de beau peut-il nous bouleverser ? Que se passe-t-il en l’âme humaine face au spectacle de la beauté ?

Kant va chercher à répondre à cette question en montrant tout d’abord que la contemplation esthétique est désintéressée. C’est-à-dire que nous ne sommes pas touchés par la fonction utilitaire de l’objet esthétique, mais par autre chose qui reste à définir.

« La vue de la beauté terrestre réveille le souvenir de la beauté véritable. » Platon, Phèdre

Pour Platon, cette chose mystérieuse qui nous touche en face d’une œuvre d’art est le souvenir de notre vie avant de naître, lorsque nous contemplations les Idées (essences). Une œuvre qu’on peut appeler belle nous fait pressentir l’existence de la réalité essentielle du monde. Au-delà de la théorie platonicienne de la réminiscence et de la réincarnation, il faut retenir que le sentiment de la beauté est un arrachement au monde et un pressentiment de l’essence qui se cache derrière l’apparence sensible.

« La nuit est sublime, le jour est beau. » Kant, Observations sur le sentiment du beau et du sublime.

Enfin Kant distingue le sentiment de la beauté de celui du sublime. Le beau, c’est quand nous observons un agencement ordonné dans lequel nous nous repérons. Par exemple, un jardin ou un bâtiment architectural en plein jour. Tandis que le sublime est un sentiment de perte des limites, d’infini, comme lorsque nous regardons la nuit étoilée dans le désert, ou en montagne. Le sublime est une dépossession de soi par perte des repères.

« C’est la poésie en son vouloir propre qui est élan dans les mots vers plus que les mots, appel lancé au lecteur pour qu’il aille plus loin que le poète. » Yves Bonnefoy, Entretiens sur la poésie, ch. 4.

L’artiste et son public

« Nous trouvons la liberté dans une étroite soumission à l’objet. L’insoumission ne trouve que l’arbitraire des caprices et les désordres de la fantaisie. » Igor Stravinsky, Poétique musicale

La question de l’œuvre

« L’art est un mode de connaissance sui generis, différente de toute connaissance scientifique et conceptuelle, mais pourtant médiation de vérité. » Hans-Georg Gadamer, Vérité et Méthode

« La vision du peintre n’est plus un regard sur un dehors : c’est plutôt le peintre qui naît dans les choses comme par concentration et venue à soi du visible. » Maurice Merleau-Ponty, L’œil et l’Esprit

La religion

Religion, individu et société

« L’homo religiosus croit toujours qu’il existe une réalité absolue, le sacré, qui transcende ce monde-ci, mais qui s’y manifeste, le sanctifie et le rend réel. » Mircéa Éliade, Le Sacré et le Profane

La religion est tout d’abord un fait vécu par les individus qui ont la foi. Sur ce vécu, il leur est souvent difficile de s’exprimer, car il s’agit de quelque chose qu’ils nomment indicible et ineffable : le sacré. Le rôle de la philosophie est de tenter de penser et de former des concepts appropriés à ce vécu religieux qui en premier lieu échappe à la définition. Ici Mircéa Éliade cherche à définir le sacré, sentiment commun à toutes les religions. Le sacré est ce qui donne à la réalité son être et son sens.

« L’inspiration religieuse constitue un permanent rappel de la relativité d’un être particulier par rapport à une totalité inconditionnelle. » Gilbert Simondon, Du mode d’existence des objets techniques

Un autre concept important dès lors qu’il s’agit de comprendre le vécu religieux est celui de totalité. En effet, la religion est toujours un système d’explication du monde qui tente d’expliquer le monde dans sa totalité, tandis que la science le fait dans les détails, pas à pas. Un croyant se situe toujours, quelle que soit sa religion, dans un rapport avec une totalité qui le dépasse.

« Nous ne rencontrons pas, dans l’histoire, de religion sans Église. Une religion est un système solidaire de croyances et de pratiques relatives à des choses sacrées qui unissent en une même communauté morale tous ceux qui y adhèrent. » Émile Durkheim, Les Formes élémentaires de la vie religieuse.

On peut aller plus loin dans la définition du phénomène religieux et proposer une définition sociologique de ce dernier. C’est ce que Fait Durkheim en montrant qu’une relions est toujours l’affaire d’une communauté qui y adhère. Ce n’est pas un simple système de pensées. De plus, il n’y a pas non plus de religion au sens sociologique du termes sans pratiques religieuses, c’est-à-dire sans rituels.

« La politique et le religieux sont posés comme deux ordres de pratique et de relations séparées : le problème est de comprendre comment ils s’articulent ou se désarticulent. » Claude Lefort, Essais sur le politique

Enfin, l’étude et la compréhension de l’histoire n peut s’abstraire de celles des religions. En effet, le politique et le religieux sont étroitement associés tout au long de l’histoire. On ne peut donc désolidariser l’étude historique de la compréhension des religions.

Religion et philosophie, Foi et Raison

« L’acte de l’intelligence est vie, et Dieu est cet acte même. Aussi appelons nous Dieu un vivant éternel parfait. » Aristote, La Métaphysique, t. II, livre L., chap. 7

La grande difficulté de la philosophie par rapport à la religion est que cette dernière est une affaire de foi, de croyance, tandis que la philosophie est une affaire de savoir et de démonstration. Sont elles pour autant incompatibles. Dans ce texte d’Aristote qui a eu une grande influence au Moyen-Âge, on voit comment un philosophe peut tenter de penser ce qui est au cœur de la religion, Dieu, et même d’en proposer une définition conceptuelle.

« La théologie peut recevoir quelque chose des disciplines philosophiques afin de rendre plus clair ce qu’elle exprime. » Saint Thomas d’Aquin, Somme Théologique

Thomas d’Aquin est le penseur chrétien qui au XIIIème siècle va chercher à penser clairement les rapport de la philosophie et de la religion. Pour lui, seule la Théologie peut avoir accès aux vérités suprêmes par la révélation intérieure que permets les Écritures. Cependant, la philosophie peut aider la foi car nous avons aussi besoin de comprendre ces révélations pour pouvoir mieux y adhérer. La philosophie est donc une discipline subalterne de la théologie.

« Je ne trouve pas moins en moi l’idée d’un être souverainement parfait que celle de quelque figure ou quelque nombre que ce soit. » Descartes, Méditations Métaphysiques, V.

Descartes est le penseur qui va chercher à formuler des preuves de l’existence de Dieu. Autrement dit, il va inverser le rapport entre religion et philosophie tel qu’il existait, puisque c’est maintenant la philosophie qui va justifier la religion et non l’inverse. Pour Descartes, il est possible de prouver l’existence de Dieu car lorsque j’examine ma propre pensée, je découvre que j’ai en moi des idées innées comme celle du triangle ou celle de la perfection. Parmi elles, il y a l’idée de Dieu, qui est inséparable de celle de son existence. Donc Dieu existe.

« Les postulats de la raison pratique sont ceux de l’immortalité, de la liberté et de l’existence de Dieu. » Kant, Critique de la raison pratique.

Kant va proposer encore un autre type de rapport entre la philosophie et la foi. En effet, il y a pour Kant des limites strictes au désir de connaître : les choses en soi échappent au pouvoir de notre connaissance. Dieu fait partie de celles-ci. Il n’y aura donc jamais d’étude scientifique de Dieu et Kant condamne par avance toute métaphysique qui voudrait se constituer comme science. Cependant, le domaine de la moralité offre à l’homme une sorte de preuve indirecte. En effet, lorsque j’agis moralement, je le fais en sondant ma volonté qui ne peut vouloir que ce qui est bon, si je suis sincère avec moi-même, ce qui n’est pas toujours facile. Or ma volonté morale présuppose certaines idées : l’immortalité, car je ne suis pas parfait dans mes actes et je dois tendre à le devenir, donc mon âme ne peut s’achever avec ma vie ; la liberté, car au fond de moi je sais que je suis responsable de mes actes et que je ne suis jamais obligé de faire une action mauvaise ; l’existence de Dieu, car le fait que ma volonté morale soit naturellement orientée vers le Bien présuppose l’existence de l’être du Bien, Dieu.

« La foi et la religion sont deux choses fondamentalement différentes qui pour leur bien respectif doivent rester rigoureusement séparées, de telle sorte que l’une suive son chemin sans même faire attention à l’autre. » Arthur Schopenhauer, Sur la religion, par. 175.

Mais il n’en demeure pas moins que la foi et la philosophie sont séparées car de nature différente. En effet, elles n’ont pas le même but, la même visée. La philosophie recherche le savoir, la religion ce que l’on doit croire.

« Le but de la Philosophie est uniquement la vérité ; celui de la Foi uniquement l’obéissance et la piété. » Spinoza, Traité théologico-politique

Spinoza note également cette différence de nature. Il ajoute que l’une et l’autre ont deux sources différentes : la Nature pour la Philosophie et l’Écriture pour la Religion.

« La Religion naturelle : servir Dieu selon les lumières qu’il donne à mon esprit et selon les sentiments qu’il inspire à mon cœur. Les plus grandes idées de la divinité nous viennent par la raison seule. Voyez le spectacle de la nature, écoutez la voix intérieure. » Rousseau, Émile

La pensée de Rousseau veut réunir Religion et Philosophie à travers le concept de Religion naturelle. Il s’agit d’une religion qui n’emprunterait rien aux différentes confessions religieuses qui existent à travers le monde, lesquelles relèvent de traditions qui opposent les hommes les uns aux autres (les guerres de religion). Mais selon Rousseau, il existe au fond du cœur de chaque homme la notion du divin qui s’exprime à travers notre propre conscience.

« Nous connaissons la vérité non seulement par la raison mais encore par le cœur. C’est de cette dernière sorte que nous connaissons les premiers principes : espace, temps, mouvement, nombres. Les principes se sentent. » Blaise Pascal, Pensées.

Pascal récuse également la séparation de la religion et de la philosophie. En effet, pour ce dernier, le cœur n’est pas simplement le domaine de la subjectivité : c’est aussi un outil de connaissance intuitive du monde. Par exemple, en physique, il faut recourir au cœur pour comprendre ce qu’est un mouvement ou une force. De même en mathématique pour comprendre les nombres. Dieu fait partie des réalités intuitive que seul le cœur peut comprendre, pour ensuite lres soumettre au travail de la raison.

«  C’est justement le rapport avec l’incompréhensible, l’absurde, qui est l’expression de la passion de la foi. » Kierkegaard, Post-Scriptum aux Miettes philosophiques

Pour Kierkegaard, le propre de la foi est de savoir saisir les paradoxes que justement la raison et la philosophie se refusent à penser. Par exemple, un Dieu fait homme, ou une mère vierge, etc.

Critiques de la religion

« La religion est le soupir de la créature tourmentée, l’âme d’un monde sans cœur. Elle est l’opium du peuple. » Karl Marx, Critique de la philosophie du droit de Hegel

Aux XIXème et XXème siècles, de grands penseurs et philosophes ont émis des critiques sérieuses sur la religion, tant du point de vue social (Marx), psychologique (Nietzsche et Freud) et politique (Sade). La critique marxiste de la religion fait remarquer que ce qui produit le besoin de religiosité chez l’homme est la misère sociale. En effet, un culte est souvent un lieu de refuge face à la difficulté de la vie. Mais il induit un effet pervers, puisqu’en se réfugiant dans la religion l’on oublie de se battre pour changer les conditions d’existence et la réalité sociale.

« Le monde de fiction constitué par la religion se distingue du monde du rêve par le fait que ce dernier reflète la réalité, tandis que le premier falsifie, dévalorise et nie la réalité. » Nietzsche, L’Antéchrist

L’analyse de Nietzsche examine le fond psychologique du phénomène religieux. Il remarque que souvent la religion est la manifestation d’un dégoût et même d’une haine de la vie, du corps. On se réfugie dans des mondes imaginaires parfaits qui explique le monde, alors qu’en fait on n’aime pas vraiment le monde, la réalité.

« Les idées de la religion sont la réalisation des désirs les plus anciens et les plus forts de l’humanité. L’angoisse humaine en face des dangers de la vie s’apaise à la pensée du règne bienveillant de la Providence divine. » Freud, L’avenir d’une illusion

Freud analyse le phénomène religieux en tant que phénomène pathologique et remarque une parenté entre la croyance religieuse et l’illusion délirante. En effet, la croyance religieuse est semblable à une illusion délirante car elle exprime, elle-aussi, des désirs inconscients. Par exemple, la croyance en Dieu le Père serait peut-être la manifestation du désir refoulé de l’enfant d’avoir un père protecteur tout-puissant.

« Cessons de croire que la religion puisse être utile à l’homme. Ayons de bonnes lois, et nous saurons nous passer de religion. » Sade, La philosophie dans le boudoir

Enfin, Sade conteste le lien entre la religion et la politique. En effet, on ne cessait de dire que la religion a une utilité sociale car elle fait de bons citoyens respectueux des autres et obéissants aux lois. Mais pour Sade, les hommes pourraient très bien respecter les lois et les autres hommes sans avoir besoin pour cela de référence à la religion. Sade est pour une séparation stricte des domaines du religieux et du politique.

L’Histoire

Le devenir historique

« Alors que la vitesse de l’évolution biologique est à peu près constante, l’évolution culturelle est en accélération permanente. » Jacques Ruffié, De la biologie à la culture

« Unes des phases les plus créatrices de l’histoire de l’humanité se place pendant l’avènement du néolithique, c’est-à-dire avant l’apparition de l’écriture. » Claude Lévi-Strauss, Tristes Tropiques

« Un animal est, au bout de quelques mois, ce qu’il sera toute sa vie. Il y a une qualité très spécifique qui distingue l’homme de l’animal, c’est sa faculté de se perfectionner. » Rousseau, Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes

« L’esprit qui va plus avant, c’est l’âme intérieure de tous les individus, mais l’intériorité inconsciente que les grands hommes leur rendent consciente. » Hegel, Leçons sur la philosophie de l’histoire

« Tant que les hommes ne s’appliquèrent qu’à des ouvrages qu’un seul pouvait faire, ils vécurent libres. Dès l’instant qu’un homme eut besoin du secours d’un autre, l’égalité disparut, la propriété s’introduisit. Ce sont le fer et le blé qui ont civilisé les hommes et perdu le genre humain. » Rousseau, Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes

La connaissance historique

« L’événement, c’est comme un pavé jeté dans la mare, et qui fait remonter des profondeurs une sorte de fond un peu vaseux, qui fait apparaître ce qui grouille dans les soubassements de la vie. » Georges Duby, Dialogues

« Sur tout événement, l’imaginaire de masse veut pouvoir greffer quelque chose du fait divers, son drame, sa magie, son mystère. L’événement, c’est le merveilleux des sociétés démocratiques. » Pierre Nora, Faire de l’histoire

« Qu’est alors cette vérité historique ? une fable convenue… » Napoléon, Mémorial de Saint-Hélène

« Il est presque impossible de penser l’homme préhistorique sans apporter de jugement de valeur, sans en faire l’héritier posthume de notre pensée du XXème siècle. » André Leroi-Gourhan, Les religions de la préhistoire.

« Tout travail historique décompose le temps révolu, choisit entre ses réalités chronologiques : temps individuel, temps social, temps géographique. » Fernand Braudel, Écrits sur l’histoire

L’histoire lue par les philosophes

« Un des grands vices de l’histoire est qu’elle peint beaucoup plus les hommes par leurs mauvais côtés que par leurs bons. » Rousseau, Émile, IV

« Ce qu’enseignent l’expérience et l’histoire, c’est que les peuples et gouvernements n’ont jamais rien appris de l’histoire. Chaque époque constitue une situation si individuelle que dans cette situation on doit et on ne peut décider que par elle. » Hegel, Leçons sur la philosophie de l’histoire

« L’excès des études historiques implante la croyance nuisible à la caducité de l’espèce humaine, achemine vers une pratique sage et égoïste qui finit par paralyser la force vitale. » Nietzsche, Considérations intempestives.

« La nature, dans le jeu de la liberté humaine, n’agit pas sans plan ni dessein final. Cette idée pourrait nous servir de fil conducteur a priori pour l’étude de l’histoire. » Kant, Idée d’une histoire universelle du point de vue cosmopolitisme

« La raison gouverne le monde et par conséquent l’histoire universelle. Cette raison est immanente dans l’existence historique. » Hegel, Leçons sur la philosophie de l’histoire

« Le mode de production de la vie matérielle domine en général le développement de la vie sociale, politique et intellectuelle. Ce n’est pas la conscience des hommes qui détermine leur existence, c’est au contraire leur existence sociale qui détermine leur conscience. » Marx, Critique de l’économie politique, avant-propos.

La Raison et le Réel

La raison et l’expérience

« Tous les hommes, par nature, désirent savoir. La prédilections qu’ils ont pour les sensations en est un signe. » Aristote, La Métaphysique, A1, 980a27 -980b32

« Ceux qui ont de l’expérience ne savent que le fait, mais ne savent pas pourquoi il s’est produit, tandis que ceux qui ont du savoir-faire connaissent le pourquoi, c’est-à-dire la cause. » Aristote, La Métaphysique, A1, 980a27 -980b32

« Supposons qu’au commencement l’âme est ce qu’on appelle une table rase, vide de tous caractères, sans aucune idée, quelle qu’elle soit. (…) Les observations que nous faisons sur les objets extérieurs et sensibles (Sensation), ou sur les opérations intérieures de notre âme (Réflexion), fournissent à notre esprit les matériaux de toutes ses pensées. » John Locke, Essai philosophique concernant l’entendement humain, II, 1.

« L’âme renferme l’être, la substance, l’un, le même, la cause, la perception, le raisonnement et quantités d’autres notions, que les sens ne sauraient nous donner. » Leibniz, Essai sur l’entendement humain, II, 1.

« Ne faut-il pas que nous ayons déjà connu l’Egal en soi avant ce temps où, voyant pour la première fois des objet égaux, nous avons eu l’idée que tous les objets égaux tendent à être comme l’Egal en soi, tout en lui étant inférieurs ? » Platon, Phédon, 740A-70A

« L’éclatant exemple des mathématiques nous montre jusqu’où nous pouvons aller dans la connaissance a priori sans le secours de l’expérience. » Kant, Critique de la raison pure, Introduction, paragraphe 3.

« Tous les exemples qui confirment une vérité générale ne suffisent pas pour établir la nécessité universelle de cette même vérité. » Leibniz, Nouveaux essais sur l’entendement humain. II, 1

« Tous les objets de la raison humaine peuvent naturellement se diviser en deux genres : les relations d’idées et les faits. » Hume, Enquête sur l’entendement humain, section IV.

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La raison et la connaissance

« Les opinions vraies sont de belles choses et produisent toutes sortes de bien. Mais elles ne consentent pas à rester longtemps. Elles s’enfuient de nôtre âme, tant qu’on ne les a pas enchaîné par la connaissance raisonnée de leur cause. » Platon, Ménon, 96d-98c.

« L’évidence première n’est pas une vérité fondamentale. L’objectivité scientifique n’est possible que si l’on a déjà rompu avec l’objet immédiat. » Gaston Bachelard, La Psychanalyse du feu.

« Les choses belles et les choses justes qui sont l’objet de la Politique donnent lieu à des divergences et des incertitudes. On doit donc se contenter de montrer la vérité de manière grossière et approchée. » Aristote, Ethique à Nicomaque, 1092b11 -1095a11

« Si l’homme était forcé de se prouver à lui-même toutes les vérités dont il se sert chaque jour, il n’en finirait point. Il n’y a pas de si grand philosophe dans le monde qui ne croie un million de choses sur la foi d’autrui. » Charles Alexis Clérel de Tocqueville, De la démocratie en amérique, t. II, 1ère partie, chap 2.

« C’est en effet l’étonnement qui poussa les premiers penseurs aux spéculations philosophiques. » Aristote, La Métaphysique, A, 2, 982b8 – 982b33, t. 1.

« La raison me persuade que je dois soigneusement m’empêcher de donner créance aux choses qui ne sont pas entièrement certaines et indubitables. » René Descartes, Méditations métaphysiques, I,

« Il y a trois espèces d’assentiment : l’opinion, la croyance et le savoir. L’opinion est un jugement problématique, la croyance un jugement assertorique et le savoir un jugement apodictique. » Emmanuel Kant, Logique, Introdution, IX.

« Nous ne deviendrons jamais philosophes, si nous avons lu tous les raisonnements de Platon et d’Aristote, et que nous sommes incapables de porter un jugement assuré sur les sujets qu’on nous propose. » René Descartes, Règles pour la direction de l’esprit

«« De nos jours domine le préjugé selon lequel chacun sait immédiatement philosopher ; On fait consister la philosophie dans le manque de connaissances et d’études. On ne se rend pas assez compte que ce qui est vérité selon le contenu dans quelque science que ce soit peut seulement mériter le nom de vérité si l’a philosophie l’a engendré. »

 Il est pénible de voir que l’absence de science et la grossièreté sans forme ni goût, incapable de fixer la pensée sur une seule proposition abstraite et encore moins sur le lien de plusieurs propositions, assurent être l’expression de la liberté et de la génialité. » Hegel, Phénoménologie de l’Esprit. Hegel, Phénoménologie de l’Esprit, t. 1, Préface, p. 57-58

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« La science ne doit pas seulement présenter une somme de vérités, elle doit aussi détailler les idées absurdes qui ont précédé la vérité et mêlé quelquefois leur ombre à sa lumière. Le héros est l’esprit humain, nous devons dire ses méprises et même ses erreurs, en même temps que nous montrons sa gloire. » Jean-Sylvain Bailly, Histoire de l’astronomie moderne, discours préliminaire, p. 5-6

« Le véritable commencement de toute activité scientifique consiste dans la description des phénomènes, qui sont ensuite rassemblés, ordonnés et insérés dans des relations. Les concepts fondamentaux qui ont été fixés dans des définitions voient leur contenu constamment modifié. » Freud, Métapsychologie. p. 11-12

« Une théorie est un système hypothético-déductif, constitué par un ensemble de propositions dont les termes sont rigoureusement définis et dont les relations entre les termes (ou variables) revêtent le plus souvent une forme mathématique. » Raymond Aron, A propos de la théorie des relations internationales, p. 185

« Nous ne connaissons que des phénomènes idéaux, qui se rapprochent plus ou moins des phénomènes concrets. (…) Les théories ne sont que des moyens de connaître et d’étudier les phénomènes. Une théorie ne doit être accepté que temporairement. » Vilfredo Pareto, Manuel d’économie politique, p. 9-10

« Les expériences que nous avons des choses sont souvent trompeuses, mais la déduction ne peut jamais être mal faite par un entendement doué de raison, Ceux qui cherchent le droit chemin de la vérité ne doivent s’occuper d’aucun objet à propos duquel ils ne puissent obtenir une certitude égale aux démonstrations de l’arithmétique et de la géométrie. L’arithmétique et la géométrie traitent d’un objet si pur et si simple qu’elles n’admettent absolument rien que l’expérience ait rendu incertain. Elles consistent tout entières à tirer des conséquences par voie de déduction rationnelle » Descartes, Règles pour une direction de l’esprit, règle 2, p. 82-84

« Le premier qui démontra le triangle isocèle trouva qu’il ne devait pas s’attarder à ce qu’il voyait dans la figure, mais qu’il avait à engendrer cette figure au moyen de ce qu’il se représentait a priori par concepts.» Kant, Critique de la Raison pure, seconde préface, p. 39

« Avec la lunette astronomique, c’est la possibilité de trancher par l’expérience les problèmes les plus décisifs de la philosophie naturelle qui prenait corps. » Maurice Clavelin, La philosophie naturelle de Galilée.

« On ne peut perfectionner la science sans perfectionner le langage. » Antoine-Laurent Lavoisier, Traité élémentaire de chimie, discours préliminaire.

« Toutes les sciences ne sont rien d’autre que l’humaine sagesse, qui demeure toujours une et identique à elle-même, quelque différents que soient les objets auxquels elle s’applique. » Descartes, Règles pour la direction de l’esprit, règle 1.

La Démonstration

« L’originalité essentielle des Grecs consiste en un effort conscient pour ranger les démonstrations mathématiques en une succession telle que le passage d’un chaînon au suivant ne laisse aucune place au doute et contraigne l’assentiment universel. «  Nicolas Bourbaki, Eléments d’histoire des mathématiques, p. 10

« Nous estimons posséder la science d’une chose quand nous croyons que nous connaissons la cause par laquelle la chose est. Savoir, c’est connaître par le biais de la démonstration. » Aristote, Seconds Analytiques, I, 2, 71b9-72a8

« Puisque les démonstrations sont universelles, et que les notions universelles ne peuvent être perçues, il est clair qu’il n’y a pas de science par la sensation. Car la sensation porte nécessairement suer l’individuel, tandis que la science consiste dans la connaissance universelle. » Aristote, Seconds Analytiques, livre I, 31

« Au point départ d’une théorie déductive devront figurer des propositions non démontrées, qu’on appellera axiomes ou postulats. » Robert Blanché, L’axiomatique, Ed PUF, p. 15

« On a constaté que les démonstrations supposaient plus que ce qui est explicitement énoncé dans l’inventaire des principes, ce surplus intervenant sous forme d’appels à l’intuition. » Roger Martin, Logique contemporaine et formalisation, Ed. PUF, p 89-10

« Les mathématitiens ne voient pas adéquatement la proportionnalités des nombres donnés et, s’ils la voient, ce n’est point par verrtu de la proposition d’Euclide, mais intuitivement, sans faire aucune opération. » Spinoza, Traité de la Réforme de l’entendement, par 16, Ed Flammarion

« Avec la géométrie et les techniques qui s’y rattachent, nous voyons que leur connaissance de l’être ressemble à un rêve et qu’elles sont incapables de le faire voir avec clarté à l’état de veille, tant qu’elles laissent intact les hypothèsent dont elles se servent faute d’en donner raison. » Platon, La République, livre VII, 533 b-c, Ed Nathan, p. 68

« Le mouvement de la démonstration mathématique n’appartient pas au contenu de l’objet, mais est une opération extérieur à la chose. » Hegel, Phénoménologioe de l’Esprit, Préface, III, 2, Ed Aubier Montaigne, p. 36

« Les démonstartions reposent sur des données préalables, mais elles n’ont jamais auparavant examiné, dans un esprit critique cette connaissance d’où procèdent ces données préalables. » Husserl, Philosophie première, t II, Ed PUF, p. 14-15

L’Interprétation

« Une fois qu’on a mis en lumière les différents sens d’un terme et qu’on sait sur lequel d’entre eux l’interlocuteur dirige son esprit, on peut appliquer son raisonnement sur ce sens-là. » Aristote, Topiques, I, 18, Ed Vrin, p. 46-47

« Le destinataire d’un énoncé tretient celle des interprétations de la phrase émise qui lui paraît laé plus plausible dans le contexte de l’entretien en cours. » Jean-Claude Pariente, Le Langage, in Notions de Philosophie, Ed Gallimard, Folio Essai, 410-411

« Les mots ne donnent pas seulement l’idée de l’objet signifié mais d’autres images accessoires. Les mots scientifiques présentent l’idée nue et circonscrite de tel ou tel objet, c’est pourquoi on les appellle des termes. » Giacomo Léopardi, Zibaldone, fragment 110, Ed Vrin, p. 46-47

« Le mouvement de la compréhension procède toujours du tout vers la partie pour retourner au tout. L’accord de toutes les particularités avec le tout est à chaque fois le critère de la justesse de la compréhension. » Gadamer, Du cercle de la compréhension, Ed PUF, p. 73.

« Etant donné que le sens littéral est toujours sujet et matière des autres, surtout de l’allégorique, il est impossible de parvenir à la connaissance des autres avant qu’à la sienne. » Date, Le Banquet, livre II, chap 1, Ed Le livre de poche, 214-215

« La formation des concepts reste constamment conditionné =e par la langue déjà parlé. Le seul chemin philosophique honnête est alors de prendre conscience de la relation entre le mot et le con,cept comme d’une relation essentielle qui détermine notre pensée. » Gadamer, L’histoire des concepts comme philosophie, Ed. PUF, p. 122-123

«  L’énigme ne bloque pas l’intelligence, mais la provoque ; il y a quelque chose à désenvelopper, à désimpliquer dans le symbole. C’est le surccroît même de sens, par rapport à l’expression littérale qui met en mouvement l’interprétation. Tout mythos comporte un logos latent qui demande à être exhibé. » Paul Ricoeur, De l’interprétation, Ed du Seuil, p. 27

La Matière, le Vivant, l’Esprit

« Par nature, la matière se présente comme le porte-empreinte de toutes choses. » Platon, Timée, 50 b-c

« Depuis les atomes, le mouvement s’élève. Peu à peu il parvient à nos sens, mais les chocs originels demeurent invisibles. » Lucrèce, De la nature, II, 114-141, Ed Flammarion, p 121-123

« La nature de la matière ne consiste point en ce qu’elle st une chose dure, ou pesante, ou colorée, mais seulement en ce qu’elle est une substance étendue en longueur, largeur et profondeur; » Descartes, Les principes de la philosophie, deuxième partie, par 4, Ed Garnier, p 149-150

« La théorie de la relativité nous a appris que la matière représente d’immenses réservoirs d’énergie et que l’énergie représente de la matière. » Einstein et Infeld, l’Evolution des idées en Physique, Ed Flammarion, p. 228-229

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Responses

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