Publié par : gperra | 12 août 2011

Sortie culturelle-philosophique au Louvre Créer un dialogue avec les oeuvres d’art et les autres : contempler/discuter/philosopher.

Sortie culturelle-philosophique au Louvre

Créer un dialogue avec les oeuvres d’art et les autres : contempler/discuter/philosopher.

J’ai envie de proposer à ceux que cela pourrait intéresser une nouvelle façon de visiter les Musées. Cette idée est venue du constat décevant que les visites de musées ou d’expositions sont trop souvent un exercice consistant à aller le plus rapidement d’un tableau à l’autre, de manière finalement assez solitaire. A la sortie, on se sent gavés d’images que l’on a à peine saisies et encore moins « digérées ».

Ce que je voudrais proposer dans le cadre de ce genre de sorties, c’est de constituer un petit groupe, pas plus de 3 ou 4 personnes, qui en se donnant un temps de visite limité (pas plus d’une heure trente) déciderait de passer au minimum 20 minutes par tableaux, ce qui impose de ne pouvoir en voir que 4 ou 5 par sorties. Au cours de ce délais imparti, il s’agirait d’apprendre à contempler le tableau tout en dialoguant. Se dire pour commencer tout simplement ce qu’on voit, ce qui nous frappe… Puis peut-être ce qui nous interpelle, éventuellement nous dérange, ce qui sollicite notre vécu ou notre sensibilité, ce que cela peut mobiliser dans notre esprit comme références (pour autant qu’on sent qu’elles peuvent éclairer ce qu’on a en face de soi), ce que cela fait surgir comme questions, comme hypothèses, comme essai d’interprétation de leur sens, etc.

Essayer de se placer autant dans le dialogue entre les participants qu’avec le tableau, formant ainsi une sorte de triangle interactif entre la représentation picturale, soi et les autres. Ainsi, le tableau peut ne plus être une oeuvre vis à vis de laquelle on se place dans un face à face solitaire et intimidant, mais quelque chose qui, entrant dans une conversation comme axe de référence, devient une tierce personne avec lequel le dialogue s’instaure. Ainsi l’oeuvre d’art peut devenir une sorte d’ami, justement parce qu’il s’est intégré dans un processus où je la découvre tout autant que les autres et moi-même.

L’important est que les participants osent se sortir du schéma de pensée scolaire concernant l’oeuvre (où l’on répète ce qu’on croit savoir sur le peintre, son époque, son style, etc) pour apprendre à élaborer une pensée personnelle à son sujet. Une pensée partant de soi mais sans pour autant s’enfoncer dans le subjectivisme, puisque ensembles nous cherchons à partager ce que nous pensons et ressentons. Bref, quitter le modèle de la visite guidée (et aseptisée) pour entrer dans l’aventure individuelle et collective d’une rencontre personnelle avec les oeuvres !

Ce qu’il faut aussi savoir faire, c’est rentrer dans le tableau. Or rentrer dans un tableau ou dans la sculpture, c’est plusieurs choses à la fois. C’est observer chaque détail, mais pas pour en faire l’inventaire : pour se demander quel sens ils peuvent avoir, et comment ils se relient les uns aux autres pour dire quelque chose. C’est aussi apprendre à s’identifier, parfois en allant jusqu’à imiter les regards, les positions des mains, les postures, etc. Car trop souvent notre corps et notre sensibilité ne participent pas assez de l’oeuvre que nous regardons. Nous regardons seulement avec notre tête. Mais contempler, c’est plonger ! C’est immerger sensoriellement et sensiblement dans l’oeuvre. Rentrer dans une oeuvre enfin, c’est oser la penser par soi-même, chercher à dégager sa signification d’ensemble, qui n’est pas ce « message de l’auteur » auquel nos analyses  littéraires nous ont habitué durant notre scolarité, mais en quoi il peut nous toucher. Nous toucher profondément parce qu’il a voulu dire ou ce qu’il nous dit à travers les âges, par delà l’éloignement des cultures et des modes de représentations, quand ce qui existe d’universellement humain en nous parvient à être interpellé.

De par mon expérience, si ce petit jeu est bien conduit, c’est-à-dire si l’on a su se dégager d’un rapport culturel au mauvais sens du terme pour rentrer dans un « dialogue amical » avec l’oeuvre, alors celle-ci peut devenir à la fois l’occasion d’une rencontre avec les autres et une véritable expérience s’intégrant dans notre vécu. Car le problème de la culture est précisément que nous avant du mal à l’appréhender autrement que comme une référence qui nous reste somme toute externe, tandis qu’il serait peut-être bien plus intéressant d’apprendre à en faire l’objet d’un vécu. Et si possible d’un vécu partagé.

J’ai ainsi des souvenirs inoubliables de discussions de trois quart d’heures entre deux ou trois personnes devant des oeuvres du Louvres qu’on aurait pu considérer au premier abord mineures, comme une petite sculpture mésopotamienne, un vase, ou un minuscule tableau de Raphaël que le flot des visiteurs remarquait à peine : la qualité de la discussion que nous avions su élaborer entre nous autour de ces oeuvres, tout simplement parce que nous avions pris le temps d’échanger nos impressions, nos pensées, nos références, nous les avaient fait découvrir dans toute leur richesse, nous dévoilant des dimensions cachées complètement insoupçonnées. Mais ce procédé s’est également révélé tout aussi valable pour les grandes oeuvres, comme par exemple la Victoire de Samothrace, c’est-à-dire de ces oeuvres qui ne sont plus investies d’aucune pensées nouvelles, justement parce qu’on croît trop bien les connaître avant même d’avoir véritablement fait l’effort de les percevoir.

Bref, savoir s’étonner, s’émerveiller, se questionner, échanger ensemble autour d’un tableau ou d’une sculpture ! Et prendre pour cela le temps nécessaire, sans avoir peur des blancs ou des vides, des pensées plus ou moins pertinentes qui nous traversent, sans se juger, dans l’écoute de ce que les autres pourront nous dire ou nous répondre.

Tout cela peut paraître très compliqué, mais c’est en fait très simple. Il suffit de me faire confiance pour rentrer dans ce petit jeu interactif, le temps d’une sortie.

Contrat Creative Commons
Sortie culturelle-philosophique au Louvre. Créer un dialogue avec les oeuvres d’art et les autres : contempler/discuter/philosopher. de Grégoire PERRA est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 3.0 non transcrit.
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