Publié par : gperra | 23 juillet 2011

Les alibis du milieu anthroposophique : « à l’Education Nationale, ce n’est pas mieux ! »

Les alibis du milieu anthroposophique : « à l’Education Nationale, ce n’est pas mieux ! »

Un autre argument revenant souvent pour minimiser les travers des écoles Steiner-Waldorf que j’évoque dans mon article paru sur le site de l’UNADFI (site), consiste à dire : «  Oui mais à l’Education Nationale ce n’est pas mieux, il y a aussi des problèmes ! ». Certes, on peut à bon droit exercer son esprit critique également sur cette institution, mais cela doit-il devenir un alibi pour ne plus voir aucun des graves dysfonctionnements qui frappent les écoles Steiner-Waldorf ? Qu’on ouvre une revue comme celle de l’APAPS, ou les « Lettres » publiées par la Fédération des Ecoles Steiner-Waldorf, ou qu’on lise un quelconque article sur la pédagogie de Rudolf Steiner paru dans l’une des revues anthroposophiques françaises ces vingts dernières années, ou plus, et qu’on y cherche ne serait-ce qu’une ligne d’autocritique ou d’exposé de problèmes sur le fonctionnement de ces écoles. On s’apercevra bien vite de l’impossibilité d’y trouver autre chose que des apologies exaltées des prétendus bienfaits de cette pédagogie innovante, ou de merveilleuses descriptions des principes qui la guident, sans jamais interroger la réalité de leur application. Pas une ombre au tableau, pas un nuage à l’horizon ! N’est-ce pas étonnant ? N’est-ce pas en soi profondément suspect ?

Sur la question de l’endoctrinement, c’est-à-dire sur le procédé consistant à instiller subrepticement des références anthroposophiques dans l’esprit des élèves, il n’est pas rares de voir arriver l’objection : « Oui mais de toute façon, les professeurs de l’Education Nationale eux-aussi ont une idéologie qu’ils imposent aux élèves ». Là-aussi, cet argument mérite que soit relevé la pensée fallacieuse qui le constitue. Celui-ci présente un grave défaut de positionnement intellectuel face à la question de la vérité. En effet, toute connaissance possède à la fois une valeur de vérité et une certaine relativité. Enseigner consiste précisément à savoir trouver un certain équilibre entre ces deux pôles. Par exemple, en Philosophie, je peux apprécier la valeur de vérité contenue dans le Stoïcisme et la faire percevoir aux élèves sans pour autant enseigner cette antique doctrine comme un absolu, et encore moins comme une religion. Ou encore, un enseignant en théâtre pourra apprécier la valeur de la méthode de Constantin Stanislavski sans pour autant devenir un fanatique intransigeant de celle-ci, mais au contraire pouvoir également apprécier la valeur de la pratique théâtrale des auteurs classiques, ou de Jacques Lecoq, et les faire pratiquer également à ses élèves. Cet équilibre entre relativité et vérité, qui doit selon moi toujours être présent dans l’acte d’enseigner, est possible parce que l’enseignant apprend durant ses années de formation universitaire à contextualiser ses connaissances. Il peut les situer dans l’histoire, les comparer à d’autres , etc. Enseigner correctement, c’est notamment savoir tenir ce juste milieu entre l’appréciation du contenu de vérité d’une connaissance et la relativisation de cette dernière par sa contextualisation.

Si l’être humain a accès à des vérités éternelles, n’oublions pas qu’il ne peut le faire que par le biais de sa pensée. Or cette dernière est toujours contextualisée, quelque soit le génie de l’homme qui formule des vérités éternelles. Jamais celles-ci ne sont donc présentes à l’état pur dans les propos d’aucun penseur.

Mais un enseignant anthroposophe n’est bien souvent plus à même de se positionner à l’égard des idées de Steiner de la manière juste que nous avons décrite, précisément parce qu’il finit par les considérer comme des absolus. A la manière de ces professeurs obnubilés par l’idéologie marxiste, les enseignants anthroposophes, quand ils ne finissent pas par ne plus lire que Steiner, inféodent toutes les connaissances provenant d’autres sources aux repères de l’anthroposophie. Dès lors, le processus de relativisation devient impossible. Vécues comme des révélations directes de La vérité, les pensées de Steiner ne sont plus considérées comme des pensées humaines.

On peut donc dire tout ce qu’on veut contre les insuffisances de l’Education Nationale, et regretter nombre de ses dysfonctionnements, il n’empêche que la formation qu’elle dispense, en particulier à l’Université, propose un mode d’approche juste des connaissances et de leur enseignement. Quant-à ceux qui persistent dans l’argument selon lequel toute éducation et toute pédagogie seraient par nature des formes d’endoctrinement, peut-être leur serait-il utile de se renseigner sur des modes d’enseignement ouvertement sectaires, ou sur les lavages de cerveau, afin qu’ils puissent se rendre compte de la différence réelle entre des pédagogies qui tentent vraiment de respecter la liberté de conscience des élèves et celles qui ne le font pas. En tout état de cause, l’honnêteté intellectuelle devrait leur commander de ne pas défendre une pédagogie qui prétend « éduquer vers la liberté » alors qu’ils considèrent en fait cette liberté des élèves comme un objectif inatteignable !

Je me souviens qu’un jour, revenant à l’école de Verrières-le-Buisson et y rencontrant l’un de mes professeurs, je lui faisais part de mon bonheur d’apprendre, maintenant que j’étais à l’Université, des connaissances et des idées philosophiques appartenant à mon époque, sans chercher à savoir, comme on le faisait toujours avec lui, si elles étaient du côté du Bien ou du Mal, du Vrai ou du Faux. Je lui parlais alors de Sartre, dont je lui disais que je pouvais comprendre certaines idées et dont je regrettais qu’il nous les ait présentées comme une pure « manifestation méphistophélique », à l’occasion de la période sur le Faust. Celui-ci se mit alors en colère et me dit que je ne comprenais pas tout le bienfait que procurait le fait d’avoir reçu des repères pour penser. Aujourd’hui, je peux dire que c’est bien là que se situe le problème de la pédagogie Steiner : en vivant certaines idées anthroposophiques sous le mode de repères qu’ils situent au-dessus de la pensée et qu’ils présentent comme tels, les enseignants Steiner-Waldorf emprisonnent la pensée de leurs élèves. Certes, ces repères offrent une certaine confiance en soi qui permet de juger tout ce qui nous entoure. Mais c’est au prix d’une incapacité à juger ces repères eux-mêmes, qui deviendront ainsi des idées fixes, des objets de dévotions, des cadres inconscients de toute activité intellectuelle ultérieure. C’est-à-dire d’un endoctrinement.

Contrat Creative Commons
Les alibis du milieu anthroposophique : « à l’Education Nationale, ce n’est pas mieux ! » de Grégoire PERRA est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 3.0 non transcrit.

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