Publié par : gperra | 22 juillet 2011

Les alibis du milieu anthroposophique : « C’est un cas particulier ! »

Les alibis du milieu anthroposophique : « C’est un cas particulier ! »

Pourquoi les anthroposophes ou les personnes qui vivent dans le milieu anthroposophique ont-ils tant de mal à prendre conscience de la logique d’enfermement dans laquelle ils se trouvent ?

Tenter de répondre à cette question est devenu pour moi non seulement un souci de compréhension de la nature humaine, mais également une nécessité intérieure depuis la parution de mon article sur le site de l’UNADFI : « L’endoctrinement à l’anthroposophie dans les écoles Steiner-Waldorf » (site de l’UNADFI). En effet, en rédigeant et publiant un tel article, je m’imaginais, sans doute assez naïvement, que les personnes sincères qui le liraient ne pourraient que prendre au moins la mesure des problèmes que je soulevais. J’espérais qu’au minimum ils ne chercheraient pas à s’aveugler quant aux faits que je mentionnais, puisque chacun d’eux sont vérifiables et même connus de pas mal de personnes impliquées dans les événements que je décris. Et pourtant, les premières réactions, à part quelques exceptions, m’ont surprises par l’incapacité dont elles témoignaient de prendre en compte les faits mentionnés en tant que révélateur d’une cohérence d’ensemble. L’argument revenant le plus souvent sous la plume de mes détracteurs consistait en effet à affirmer que ces problèmes certes bien réels ne seraient en rien représentatifs. On me précisait alors immanquablement que nul système n’est parfait (comme si mon reproche avait pu consister à reprocher à la pédagogie Steiner -Waldorf de ne pas être parfaite!) et que les excès, les erreurs ou les fautes individuelles n’étaient jamais à exclure.

Cet argument mérite de s’y attarder, non pas pour sa pertinence, mais pour la logique interne qui le gouverne. En effet, je dois admettre qu’il su retarder, chez moi également, la prise de conscience de la réalité du sectarisme que je décris dans l’article mentionné plus haut. Je voudrais donc ici tout simplement évoquer ce qui m’a permis de comprendre son caractère fallacieux, afin que cela puisse servir aux esprits sincères et soucieux de la vérité. Je voudrais le faire en présentant successivement deux parcours parallèles qui se sont déroulés simultanément dans le temps : celui que j’ai effectué au sein des écoles Steiner-Waldorf et celui que j’ai réalisé dans le milieu anthroposophique.

Commençons tout d’abord par celui des écoles. Lorsqu’on m’a proposé de devenir enseignant à l’école Perceval de Chatou, j’avais déjà quelques réserves, non seulement en raison de ma scolarité à Verrières, mais aussi pour avoir enseigné deux ans dans mon ancienne école. J’étais alors choqué par les formes de vie collégiales malsaines que j’avais pu constater, avec leurs atmosphères de complot et de règlements de compte permanents. Au cours de l’entretien d’embauche, on me certifiait pourtant que ces défauts que je pointais n’étaient pas inhérent à la pédagogie Waldorf, mais plutôt propres à l’école de Verrières-le-Buisson. On m’assurait alors que rien de tel n’avait cours à Perceval et que cette école-là avait su surmonter les travers néfastes d’un mode de collégialité passéiste dans lequel mon ancienne école se serait enlisée. Mais lorsqu’après deux ans d’enseignement à Chatou, je m’apercevais que les mêmes problèmes y étaient également présents, et que je m’en ouvrais au cours de ma formation pédagogique à un professeur de l’école de Strasbourg, celui-ci m’expliquait qu’en effet, il était bien connu que certains démons n’avait pas été vaincus à Perceval, mais que son école à lui avait su garder intacts les principes d’une collégialité vivante, constitutive de la pédagogie Waldorf. Dans un autre contexte, une figure montante de l’anthroposophie française m’expliquait même que l’atmosphère sociale délétère de l’école de Chatou s’expliquerait sans doute par sa proximité avec les effluves spirituelles de la Seine charriant les eaux usées de Paris. Pourtant, un peu plus tard, une mère de famille de l’école de Strasbourg, où j’étais invité à faire une conférence sur un thème anthroposophique, me décrivait des aspects alarmants du fonctionnement interne de cette école, dans lesquels je retrouvais les principaux traits de ce que j’avais connu à Chatou et à Verrières. J’en faisais alors part à un professeur de l’école de Colmar. A son tour, celui-ci me déclarait alors que ces problèmes étaient propres à ces écoles, mais qu’il régnait dans l’école de Colmar une entente pédagogique de qualité entre les différents professeurs. Là encore, ces affirmations furent vite contredites par des sources internes plus proches de la réalité des faits. Il m’arriva un peu la même sorte de chose lors de ma formation à l’Institut Rudolf Steiner de Chatou. Conscients d’un certains nombre de problèmes, j’envisageais un moment de poursuivre ma formation pédagogique à Didascalie, une autre formation du Sud de la France dont j’avais eu des échos favorables. Là encore, des informations plus exactes m’apprenaient que les mêmes manières de procéder produisant les mêmes insuffisances se retrouvaient dans l’une des formations comme dans l’autre. Il en allait de même du Foyer Michaël, où j’effectuais deux courts séjour, et où des témoignages internes m’apprenaient que la réalité sociale et pédagogique de cet établissement ne correspondait pas forcément à la façade affichée.

Quand je fut appelé à travailler à la revue l’Esprit du Temps et à devenir membre de sa rédaction, je constatais au bout de deux ans à peine à quel point le dogmatisme qui y régnait allait de la façon d’envisager les idées de Steiner comme des absolus intangibles à une rigidité extrême dans tout ce qui touchait à la mise en page. Après avoir en vain tenté de changer les choses, puis avoir posé ma démission, je fut alors contacté par une revue anthroposophique concurrente, Tournant, dont le directeur m’expliquait qu’il connaissait bien les travers de la revue que je quittais, mais que rien de tel n’avait cours chez eux. Mais après la parution de quelques articles, je devais me rendre à l’évidence : le même chaos décisionnel et rédactionnel régnait, là-aussi. Je fut alors sollicité une fois de plus, cette fois par pour écrire au sein de la revue interne éditée par la Société Anthroposophique en France, où l’on me promettait que je n’aurais jamais à y subir ce que j’avais connu ailleurs. On se livrait même à des déclarations tonitruantes selon lesquelles rien ne serait désormais plus comme avant dans la Société Anthroposophique en France ! Mais après plusieurs articles qui eurent un certain retentissement, sans doute en raison d’une pertinence et d’une liberté de ton qui n’avait plus cours dans ces cercles depuis longtemps, le directeur de la revue me fit comprendre qu’un moratoire de deux ans sur mes publications me ferait sans doute le plus grand bien, car j’avais selon lui besoin de réfléchir à certains propos que je m’étais permis d’écrire sur les anthroposophes et le milieu anthroposophique.

Bref, dans le milieu anthroposophique, c’était partout le même refrain : « Oui là-bas il y a bien les problèmes que tu décris, mais ici rien de tel ! ». En dernier recours, on m’expliquait même que cette situation serait inhérente à la France « en raison de la mauvaise qualité des traductions des œuvres de Steiner » (sic) mais qu’il en irait tout autrement en Allemagne où l’anthroposophie serait libre et vivante. Bien évidemment, un petit voyage outre-Rhin permet de constater qu’il n’en est rien. Si je décris ces faits, c’est pour montrer le caractère d’alibi récurrent que représente dans le milieu anthroposophique l’argument : « c’est un cas particulier ! ». Il y est en effet toujours possible de se voiler la face sur les travers systématiques d’un milieu en isolant les unes des autres chaque situation problématique, puis en opposant à chaque endroit qui irait mal un autre qui irait bien. Ce stratagème rhétorique permet de ne pas saisir l’ensemble en tant qu’ensemble. Il permet d’autre part de continuer à croire à un ailleurs, un autre lieu où les problèmes rencontrés précédemment n’auraient plus cours.

Une dernière anecdote. Lorsque, conscient de cette logique dogmatique et sectaire qui régnait dans tout le milieu anthroposophique, je décidais en 2009 de démissionner de la Société Anthroposophique, je fut à deux reprises contacté par de hauts dirigeants de cette institution, me disant qu’il ne fallait pas me fixer sur les agissements de telle ou telle personne particulière ou tel ou tel cercle restreint, mais que, si je revenais sur ma décision, ils me garantissaient, grâce à leur protection, une totale liberté de ton et d’expression (exactement comme on l’avait fait en me proposant d’écrire pour les Nouvelles de la Société Anthroposophique en France). Bien évidement, j’avais suffisamment entendu ce refrain pour savoir ce qu’il en était réellement. J’écrivais donc à l’une de ces personnes m’ayant fait cette proposition que cette dernière ne changeait rien et que je ne voulais plus ni appartenir ni cautionner ni subir la logique systématique de ce milieu. A partir de ces mots précis, ce fut le silence radio. Non pas qu’on ait compris ni choisi de respecter ma décision, car alors ces personnes qui se disaient « mes amis » m’auraient recontacté plus tard, mais parce que ces hauts dirigeants avaient je pense compris que j’avais brisé l’une des dernières chaînes de la prison mentale qui m’empêchait de prendre totalement conscience de la réalité de ce milieu, et qu’il ne servait dès lors plus rien d’insister.

Comprendre que ce qui relie les cas isolés entre eux possède une cohérence est un acte de la pensée. Isoler les situations particulières les unes des autres par l’argument systématique du cas particulier est un moyen d’anéantir l’activité pensante.

Comprendre que cette cohérence qui relie les cas particuliers entre eux est aussi réelle que la réalité des cas isolés eux-mêmes est un acte de foi dans la réalité spirituelle du monde. En tenir compte dans sa vie – c’est-à-dire pour ce qui me concerne démissionner et témoigner – c’est mettre en accord son être profond avec la réalité de l’Esprit.

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