Publié par : gperra | 13 janvier 2011

Statuette du dieu Amon

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Il s’agit d’une petite statuette de Dieu Amon à tête de bélier, en position debout et avançant un pied comme pour signifier la marche. Quand on se rend attentif à la géométrie inscrite dans les formes de ce corps, on s’aperçoit qu’il semble construit avec deux principes : le cercle et le rectangle, qui s’interpénètrent de diverses façons suivant les parties du corps. Le cercle prédomine vers le haut du corps : il est entier et manifeste avec la couronne, puis dans la forme des cornes, du mufle souriant en demi-cercle… On le retrouve encore, mais beaucoup plus discret, dans la ceinture du pagne ou la rondeur des épaules. Le rectangle, quant à lui, domine à partir du bas : il est évident dans la brique sur laquelle marche le dieu. On le voit également dans la forme qui va des épaules jusqu’aux mains, encadrant là aussi le torse, l’abdomen et les hanches dans une figure rectangulaire que la raideur des bras serrés le long du corps souligne. Les pieds sont également comme de petits rectangles posés à plat sur le sol.

L’élément le plus frappant de la sculpture est sans doute le ventre, que le sculpteur détache de façon exagérée des hanches et des côtes de manière à marquer un cercle dont le centre est le nombril. Dans le corps du Dieu est donc inscrit ce qui est devenu dans notre culture le symbole même du soleil, un cercle avec un point au centre. Il se situe non seulement au beau milieu du corps, mais également au centre du rectangle formé par les épaules et les bras : le cercle solaire au coeur du rectangle de la terre et dans le corps humain ! Quel signe grandiose ! En outre, ce signe solaire, émergeant de la réalité sensible et charnelle, se situe également entre deux lignes de force. La première ligne, verticale, traverse le corps en son milieu, des pieds jusqu’à la tête : c’est la tension vers les hauteurs, la droiture, la tenue de soi. La deuxième ligne de force passe par les deux bras dont on a l’impression qu’ils sont comme tendus pour porter une charge. Elle va du haut vers le bas et s’apparente à la pesanteur terrestre. L’homme est donc en équilibre entre ce qui l’aspire vers la terre et ce qui en lui veut remonter vers les cieux.

Mais une troisième ligne de force, allant de l’arrière vers l’avant, traverse le corps, symbolisée à la fois par la position de marcheur et le museau allongé du bélier. Cela produit une impression de dynamisme volontaire. Cet homme–bélier se présente ainsi comme un guide, un meneur qui sait où il va. En effet, Amon incarne le pouvoir sacré de la royauté sur la terre. Et peut-être est-ce effectivement ce que, dans les profondeurs obscures de notre inconscient, encore aujourd’hui, nous attendons d’un dirigeant politique : qu’il donne une direction vers laquelle il marche d’un pas assuré, tout en exprimant une douceur «agnelesque» ce qui nous permet de le suivre avec confiance ?

Dans cette statuette s’exprime également une sagesse du corps humain, puisque effectivement, le cercle est un principe qui prédomine dans les os situés vers le haut du corps, comme le crâne, tandis que le la droite est davantage le principe des os des membres et du bas du corps. La cage thoracique est à ce titre un intermédiaire entre les deux principes, plutôt circulaire est fermée en haut et tendant vers la droite au niveau des côtes flottantes.

A partir de ces statuettes, on peut s’imaginer ce que pouvait être la formation des sculpteurs égyptiens : méditant de pures figures géométriques qui devait leur être présenté comme la quintessence du sacré d’une part, puis observant avec attention et minutie le monde sensible et celui des êtres vivants en particulier. Quel étonnement, quelle déflagration mentale ce devait être pour certains lorsqu’ils se rendaient compte de la présence effectives de figures géométriques pures dissimulée dans les formes des êtres de chair ! A ce titre, je crois qu’on peut parler d’une sculpture de magiciens, au sens où la magie consiste à inscrire les êtres et les éléments du domaine suprasensible dans la réalité sensible, sans pour autant dévoiler le procédé qui permet de le faire. Ainsi, les formes géométriques sont bien là dans ses sculptures, à portée de regard de tous, sans pour autant qu’on puisse les apercevoir, à moins de s’exercer à une observation patiente et respectueuse.

Contrat Creative Commons
Statuette du dieu Amon by Grégoire Perra est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 2.0 France.

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